‹ Montcalm et le Canada français [microforme]Chapitre 22 sur 62 · Dé et publ · texte numérisé non relu

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Pour résister à la formidable invasion qui se préparait sur trois points, quelles étaient en Amérique les forces de la France? Louisbourg, cinq vaisseaux et une garnison de six mille hommes. Dans le Canada, sous les ordres de Montcalm, sept mille soldats des troupes de France et de la colonie, les sauvages et les miliciens. Un mot sur ces dernicrs. Grands, robustes, accoutumés en cas de nécessité à vivre de peu, bons tireurs, rompus à la vie des bois, issus pour la plupart de familles militaires, les Canadiens semblaient éminemment propres à la guerre. Etcependant Montcalm les comptait pour peu; officier de la vieille école, il ne se fiait qu'aux bataillons de ligne. Selon lui « des soldats qu’on ne peut garder cinq mois en campagne ne pourront Jamais lutter contre des troupes régulieres ».

On lui fit un crime de cette opinion. « A l’égard de » la valeur, répondit-il au ministre en se justifiant, » nul ne rend aux Canadiens plus de justice que moi et les Français, mais je ne les emploierai que dans leur genre et je chercheraï à étayer leur bravoure de » l'avantage des bois et de celle des troupes réglées. » La levée en masse lui inspira jusqu’à la fin peu de confiance, et il pava de sa vie le scul éssai qu’il fit en opposant des milices à des régiments de ligne. Montcalm était un classique en art militaire comme en littérature.

Dans l’hiver qui venait de s’écouler, la disette avait {out paralysé. Comment les soldats affaiblis par tant

1. Dépêche du 49 février 1758, extraite des Archives de la Guerre et publiée par M. Dussieux.

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de privations auraient-ils pu soutenir les terribles fatigues d’une campagne sur les glaces ? On s’était donc borné à lancer des partis de Peaux-Rouges sur les frontières de New-York, du Massachusetts et de la Pensylvanie ; ils y avaient « levé des chevelures » et saccagé les défrichements.. « J'étais allé au prin- » temps dernier, écrit Montcalm, chanter la guerre » et festiner avec mes enfants les [roquois, les Algon- » quins et.les Nippissings ; je suis allé cet hiver faire » même cérémonie chez les Hurons et Abenakis. Les » sauvages m’aiment vraiment beaucoup, et moi je » leur trouve souvent plus de vérité qu’à ceux qui se » piquent de police. » Dès le printemps, nos belliqueux alliés, qui avaient pris goût aux expéditions, pressaient Montcalm en plein conseil. « Sommes-nous des femmes ou des guerriers? » demandaïent-ils. Avec quelle joie 1l les eût menés jusqu’à New-York ou à Philadelphie. Son gémie actif, hardi et plein de ressources était fait pour une telle entreprise. Hélas! c’étail un rêve. À peine, avec les forces dont la Nouvelle-France dispose, pourra-t-elle défendre son propre territoire; Montcalm ne franchira jamais la frontière : une armée française, cependant, entrera victorieuse dans Philadelphie, mais ce sera vingt-trois ans plus tard. — Le 18 avril 1758, Montcalm écrit à sa mère : « Nous ne pouvons douter que les Anglais qui » ont reçu du renfort en automne, n'aient dans l’A- » mérique septentrionale, avec leurs montagnards » d'Écosse, vingt-trois bataillons de troupes de la » vieille Angleterre bien complets. Quand même nous » ne ferions qu’une défensive, pourvu qu’elle arrête » l'ennemi, elle ne sera pas sans mérite. Imaginez » que je ne puis être en campagne avec des forces » médiocres avant six semaines, et toujours obligé

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