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98 MONTCOALM ETLE CANADA FRANCAIS.
d’un froid soudain qui menaça d’enchaîner au milieu les glaces la pauvre flottille. Chacun y courut quelque risque ; « mais pour moi, ajouta gaiement Montcalm, » J'avais au milieu de la tempête le bateau qui por- » tait César et sa fortune. » Dans ce mot échappé à sa plume, le vainqueur de Carillon s'est-il trahi? Ses ennemis, on sait à son éternel honneur qu’il n’en manquait pas, ont essayé de faire de lui un ambitieux. On a même vu un historien canadien se laisser égarer dans cette voie. Montcalm rêvait, dit-on, le bâton de maréchal de France. C’est vrai! et jamaisle bâton fleurdelisé n’eût été dans une main plus digne. Par malheur, la France n’eut pas alors beaucoup d’ambitieux comme lui. Toutes les nobles ambitions, il était digne ul de les éprouver. Cet homme de guerre, tant épris des AA beautés de l’antiquité et d’un esprit si cultivé, aspi- qu rait à un autre honneur, à une place à l’Académie dé des Inscriptions et Belles- Lettres. Mais il n’obtiendra Al de cette Académie qu’une épitaphe*. ue
Il y avait peut-être pour la colonie quelque chose | de plus affreux que l’avenir, c’était le présent. Tout fau commerce, toute industrie avaient cessé ; le Canada gr n’était plus qu’une place assiégée ; la monnaie obsi- il dionale, le papier, se dépréciait chaque jour davantage; la ruine partout et pour tous. Le pire était que | le Canada avait encore faim; leterrible hiver de 1758 ra et une çulture insuffisante, suite du manque de bras, En avaient fait avorter la nouvelle récolte comme la pré- cl cédente. De loin en loin un navire, franchissant à tire-d’aile la croisière anglaise, apportait quelques vivres que Bigot vendait à Québec dans une maison à
1. Cette épitaphe, composée par l’Académie des Inscriptions en 1760, a été gravée sur le tombeau érigé à Montcalm, en 1859, par les ha: bitants de Québec.
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