LAC CHAMPLAIN
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laquelle est resté le surnom de « la Friponne » ; puis il fallait attendre de nouveau que l’insouciante métropole jetât un morceau de pain à cette fâcheuse colonie qui mangeait trop. Quand Paris avait bien diné, le Canada était rassasié.
Le cœur de Montcalm se déchirait; au milieu de la misère publique, le général était le témoin de détresses inconnues. Les simples soldats souffraient; cependant, mis en pension chez l'habitant aisé, ils vivaient à peu près. Mais les officiers! Depuis deux ans leur chef, endetté lui-même de 26 000 livres, par la dépense exorbitante d’un état de maison obligatoire, sollicite, implore pour eux quelque supplément de solde, ou du moins le paiement en espèces. « Les » réclamations sont restées sans effet et même sans » réponse. » Ces officiers victorieux vivent d’expédients et de charités secrètes dans la colonie qu’ils ont sauvée. L'histoire le croira-t-elle? il y a eu les pauvres honteux de Carillon! Qui saura jamais ce qu'un uniforme usé peut recouvrir de souffrances, de résignation et de désintéressement! Enfin la misère est telle, que Montcalm somme l’intendant de payer 20 sous par jour à chaque lieutenant : « Vous » avez, lui écrit-il, secouru l’année dernière le peu- » ple; l'officier chargé de le défendre devient peuple » toutes les fois que ses appointements ne lui donnent » pas de quoi vivre“. »
4. Nous trouvons dans une lettre inédite de Montcalm à la marquise de Saint-Véran l'indication du prix de quelques denrées de première nécessité ; pour se rendre compte aujourd'hui du prix réel, il faut au moins doubler : bœuf, la livre, 30 à 40 sous ; pain, 10 sous; sel, 45fr. le minot; k pinte de vin, 10 francs; les œufs, la douzaine, 3 francs: souliers, 30 à 40 francs la paire. « Le lieutenant, ajoute-t-il, meurt de fai Aavbce$es 115 francs, par mois, ainsi, que son général avec ses 25" (00 flages par ân, qui an dyit auvant, et mange la solde de l'année prothäiné !' »
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Vers la fin de l’automne le général eut un: joie; qu’elles étaient rares alors! Li parvint à faire partir à la fois pour la France l’honnête Doreil et le fidèle Bougaïnville : il donna à chacun ses instructions. Enfin un rayon de lumière va pénétrer dans l'ombre où se traitent les affaires de la colonie.
Voici comment il présente Bougainville au ministre de la guerre.
«Vous avez là un officier capable de vousinstruire de » tout sans réserve. Il importe au bien de l’État qu’un » ministre comme vous soit instruit d’un pays d’où » la vérité n’a jamais paru. Ce ne sera pas le sieur » Pean, capitaine de la colonie, envoyé au mois d’août, » qui vraisemblablement l’y aura fait parvenir. Cet » homme, bras droit de M. Bigot, riche à millions, est » l’auteur du commerce exclusif. Ma naissance, ma » place, mon caractère, ne me permettent pas d’être » l'écho des clameurs publiques, sur lesquelles l’ha- » bileté des intéressés ferait échouer les preuves » juridiques; mais, citoyen et serviteur de mon roi, » j'expose avec confiance mes gémissements à mon » seul ministre. »
En même temps il annonce à sa famille l’arrivée de ses deux amis : « Bougainville passe en France, M. Doreil y passe aussi. Dans les circonstances il fallait des lettres vivantes. Parviendront-elles ? »
Un dernier bateau part le 21 novembre, et Montcalm écrit encore : « Vous me saurez gré, ma mère, » de vous écrire jusqu’au dernier moment pour vous » répéter cent fois, qu’occupé du destin de la Nouvelle- » France, de la conservation des troupes, de l'intérêt » de l’Etat et de ma propre gloire, je songe toujours » à vous tous. Nous avons fait de notre mieux en 1756, » 1577 et 1758, ainsi soit en 1759, Dieu aidant,si
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» vous ne faites la paix en Europe. Je combattrai au » mieux avec ce que j'aurai, un contre six! » Puis h la porte de glace se referme sur le prisonnier. Penfi dant six mois, pas une lettre ne partira ni n’entrera. Quel hiver ! Qu'il était loin ce joyeux carnaval de | 1756! A la fin de l’année, le bruit se répand que le fort [É Duquesne est évacué, que Duquesne a sauté. En effet | l’armée de Forbes s’avançant prudemment à travers
ces forêts, où Braddock avait péri cinq ans auparavant,
étaii arrivée près de la fourche de l'Ohio. L’avant- \ garde anglaise avait été battue le 23 septembre, D mais, à l’approche du gros de l’armée ennemie, M. de
Ligneris, commandant de la place, envoya par. eau : l'artillerie au poste des [llinois et remonta avec sa garnison de trois cents hommes au « prétendu fort M Machault », vers le lac Erié.
Avant de dire pour jamais adieu à la Belle-Rivière, les Français firent sauter le trop fameux fort Duquesne. Ainsi disparut dans les flammes le berceau de la guerre de Sept Ans. Les rivages déserts de l’Ohio changèrent de maîtres sans le savoir; Louisville, Cincinnati, Pittsburg et tant d’autres grandes cités nées sur les bord du beau fleuve exploré par nos pères F| ne furent Jamais à nous. C’est souvent le sort de l | notre France : avec le fer de l’épée ou de la charrue, {. elle ouvre le sillon, puis d’autres nations viennent derrière qui sèment et qui récoltent.
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