‹ Montcalm et Lévis (volume 2)Chapitre 12 sur 28 · PLAN · texte numérisé non relu

PLAN

DU

SIÈCE DE LOClSBOlKfi

SDÉei DE a.9ÎJ18S0Mf!@.

A Htiranclïements.

B Débai-quement.

C Redoutes anglaises.

D Batteries anglaises.

E Étang.

F Travaux de siège.

G Barachois.

H Bastion de la Princesse.

I Bastion de la Reine.

J Bastion du Roi.

K Basti.jn du Daupliiii.

L Pointe de Rochefort.

M Tour de la Lanterne ou Pointe du Phare.

vingt-deux vaisseaux de ligne, dix-sept frégates, deux briilots et cent dix-huit transports, portant douze mille hommes de débarquement, sortirent du havre d'Halifax et mirent le cap sur Louisbourg. Ils avaient été séparés durant le trajet par les vents contraires; mais, le S juin, les derniers transports avaient rejoint le reste de la flotte dans la baie de Gabarus.

Avant de quitter Halifax , Amherst avait pris ses dispositions pour la descente : il avait divisé ses troupes en trois brigades, dont le commandement, désigné d'avance par Pitt lui-même, était conhé aux brigadiers généraux Whilmore, Lawrence et \Volfe. Le plus jeune de ces officiers, Wolfe, qui n'avait que trente et un ans, avait attiré tout particulièrement l'attention du grand ministre. Il avait connu sa belle conduite lors de l'infructueuse expédition contre Rochefort, et avait deviné en lui un capitaine capable de relever la gloire des armes anglaises.

James Wolfe était né à Westerham, dans le comté de Kent, d'une famille originaire de Limerick. Il avait montré dès l'enfance un goût si prononcé pour la vie militaire, qu'à l'âge de treize ans et demi il s'était embarqué avec son père, le lieutenantcolonel Edward Wolfe, pour l'expédition qui alla si inutilement se faire décimer

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devant Carlhagène. Une maladie, duo à son faible tempérament, le rendit à sa mère avant le départ de la flotte. Il semlile qu'une santé aussi délicate aurait dû le porter vers une carrière paisible; mais sa jeune ambition avait été allumée par les récils de son père, qui avait conquis ses grades dans les armées de MarlborouLih et du prince Kugène; il ne rêvait que la gloire militaire. Il avait seize ans lors de sa première campagne dans les Flandres. Celait alors un grand jeune homme mince, d'une constitution en apparence trop faible pour le métier de la guerre. Il élait d'ailleurs franclienient laid, avec des cheveux roux, un front et un menton fuyants, qui lui donnaient un profil semblable à un angle obtus, dont la pointe serait au bout du nez. Son teint, ordinairement pâle, mais diajihanc, s'animait facilement et prenait une teinte rose au fou de la conversation ou de l'action. Rien ne révélait en lui le militaire, qu'une bouche ferme et dos yeux d'où jaillissaient des éclairs à travers des prunelles d'un bleu d'azur. Avec tout cela, il y avait dans sa personne et ses manières quelque chose de sympathique qui attirait vers lui.

Il est représenté dans ses derniers portraits en uniforme écarlate, serré à la laille, à la façon anglaise. Le col à revers laisse voir la dentelle de la chemise. Ses cheveux noués retombent entre ses épaules, et sa tète est coiffée d'un chapeau tricorne galonné d'or. Des guêtres aux pieds, l'épée à la ceinture, il porte un crêpe au bras, car il était à cette date en deuil de son père. C'est ainsi que le représente également la statue, exécutée peu de temps après sa mort, qui se voit à l'encoignure de la rue du Palais, à la haute ville de Québec.

Avec les talents et la passion qu'il avait pour son art, le jeune Wolfe ne pouvait manquer de monter rapidement en grade; il prit part à la victoire de Detlingen, et s'y distingua par sa bravoure et son sang-froid. Au lendemain, il fut créé adjudant, puis lieutenant, et capitaine la campagne suivante.

Du conlinenl, AVolfe passa en Ecosse et assisia à la bataille de Culloden. Certains hislorions lui font jouer après la victoire un rôle magnanime au délrimcnl de son général. Le duc de Cumborland , traversant avec lui le champ de bataille, aperçut un Ilighlander qui, malgré de graves blessures, se tenait appuyé sur un bras el les regardait passer avec un .sourire de défi.

'( Tuez-moi cet insolent vaurien, qui ose nous regarder avec tant de mépris, dit le duc à Wolfe.

— Ma commission est entre les mains de Votre Altesse, répondit le brave oflîcier; mais je ne consentirai jamais à devenir un bourreau. »

A vingl-lrois ans, il élail déjà lieulonanl -colonel. L'étude du latin, du français el des mathématiques, absorbait toutes ses heures de loisir. Il eut vers ce temps un chagrin d'amour qu'il chercha à oublier en se plongeant dans une suite de dissipations qui ne pouvaient durer, car elles n'étaient pas dans son caractère.

Stationné à Inverne.ss, qui était alors un trou infect, au milieu d'une populalalion vaincue d'hier et encore frémissante du joug, toujours en lutle avec une santé déplorable, il sut se mettre au-dessus du découragement et gagner les bonnes grâce de tous, même des Ilighianders. Il avait un fonds inépuisable de bonne humeur, ce que les .\nglais appellent good spirits. Avec cela, avait-il coutume de dire, un homme peut passer à travers tous les obstacles. Il trouva cependant longs les cinq ans qu'il passa dans les montagnes d'Kcosse, car il appréhendait de se rouiller au milieu du vide intellectuel qui l'entourait.

L'hiver de M'tS le trouve à Paris, au centre de ce beau monde dont les raffi'-

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nements l'allirent. Il y est rccherclu', il s'en enivre, il fréquenle la cour de Versailles, se l'ait présenter au roi. Il renil hommage à celle couronne dont il va bientôt, de son épée, faire tomber le plus beau joyau. Mn^c de Pompadour, dans toul l'éclat de sa honte dorée, daigne lui sourire.

i! J'ai eu la bonne fortune, écrit-il, d'être placé près d'elle pendant un temps considérable. Elle est extrêmement jolie, et par sa conversation je juge qu'elle a beaucoup d'esprit et d'intelligence. i>

Wolle était devenu courtisan pour le quart d'heure. Entre les exercices d'équitnlion et de français il prenait des leçons de danse; il s'applaudissait de pouvoir danser passablement le menuet, au dire de son professeur, lorsqu'un ordre brusque, qu'il n'eut que le temps de maudire avant son départ, le ramena en Angleterre. Cela lui fit perdre l'occasion d'aller observer les armées de l'Europe, comme il le projetait, avant son retour; il y suppléa à force d'études.

A l'ouverture de la guerre de Sept ans sa bonne étoile le conduisit devant Rochelbrt, où il fit éclater sa supériorité sur les commandants de l'expédition. Ce fut, comme on l'a vu, le commencement de sa fortune militaire.

Le commandement que lui confia le ministre Pilt, en l'associant à l'expédition de Louisbourg, lui fut cependant peu sensible. Il le redoutait même, croyant y voir plus de mécomptes que de gloire, et au bout le terme de sa vie. Il était très mauvais marin, et sa santé toujours chancelante achèverait de se perdre sur mer. Des infirmités précoces lui présageaient d'ailleurs une vie bien courte, et il aurait voulu jouir, au moins quelques années, des joies du homr qu'il n'avait pas connues, de la vie de famille pour laquelle il avait de fortes inclinations. Il aimait les enfants, et il avait un amour en tête : miss Lowther, fille d'un ex -gouverneur des Barbades. Vivre entre elle et un berceau, dans un petit cottage, au fond d'une campagne paisible, retirée et pittoresque comme son lieu natal de Westcrham , c'était là à peu près toute son ambition. Et il croyait y dire adieu en quittant la terre d'Europe.

« Puisque j'ai embrassé la profession des armes, mandait-il de Blackheath en faisant ses préparatifs de voyage, je dois chercher toutes les occasions de servir; et c'est pour cela que je me suis jeté sur le chemin de la guerre d'Amérique, quoique je sache que la traversée seule menace mon existence et que ma constitution en sera entièrement ruinée et abîmée. Je pars cependant, sans aucun motif d'avarice ou d'ambition.

« Tout ce que je souhaite, c'est que je sois prêt en tout temps à rencontrer le sort qu'on ne peut éviter, et à mourir avec grâce et honneur quand l'heure en viendra, soit maintenant, soit plus tard. »

Le capitaine Knox, qui vit Wolfe pour la première fois à Halifax, disait qu'il y avait de l'Achille dans ce jeune brigadier.

Impétueux, irascible, se laissant parfois aller à des emportements occasionnés par sa nature souffreteuse, d'un esprit plutôt celtique que saxon, désintéressé, plus dévoué à sa patrie qu'à son ambition, modèle de piété filiale, prompt aux épanchements et à l'amilié qu'il savait garder; avec cela exact au devoir, ferme sur la discipline, soldat avant tout, et sachant par suite se faire aimer de l'oftîcier et du soldat, tel était en résumé le caractère de AVolfe.

La traversée de l'Océan avait été pour lui, comme il l'avait prévu, un supplice. Après la prise de Louisbourg, il écrivait à sa mère qu'il aimerait beaucoup mieux faire un siège que de passer quatre semaines en mer.

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Une partie de la flolle avait devancé le vaisseau qui le portait; enfin le 2 juin, vers midi, le voile de brume épaisse qui l'enveloppait se déchira et découvrit les falaises de l'île, hérissées d'arbres coniques et somlircs, avec la i'orteresso de Louisbourg à leurs pieds, ceinte de murailles grises au-dessus desquelles flottaient les couleurs de France. Le soir même, Anihcrst et ^Volfe longèrent la côte pour en reconnaître les points accessibles, et fixèrent la descente au lendemain, à l'aube du jour; mais une succession de brume et de i^ros vents la retarda jusqu'au 8.

La veille de ce jour, à la nuit fermée, l'amiral Durell alla examiner la mer au bord du rivage et s'assura que l'approche en était possible. A minuit, chacune des trois brigades prit place dans les chaloupes et attendit l'ordre d'avancer. Celles de Whilmore et Lawrence devaient faire de Hiusses attaques : la première à la Pointe- Clanche, la seconde à la Pointe- Plate. Un quatrième corps, composé du i28e de ligne, devait achever de tromper l'ennemi en passant devant la rade de Louisbourg et simulant une descente à une lieue plus haut, dans la baie de Laurembec, tandis que la brigade de Woll'e tenterait le débarquement à la Cormorandière. Chacune de ces brigades était plus nombreuse que toute la garnison de Louisbourg. Celle de Wolfe, choisie parmi l'élite de l'armée, était composée du 78^ régiment des Highlanders, qui ne comptait pas moins de mille quatre-vingt-quatre hommes, d'un corps d'infanterie légère de cinq cent cinquante hommes, outre douze compagnies de grenadiers et cinq de rangers.

Plusieurs vaisseaux étaient déjà embossés, à portée de canon, vis-à-vis des trois endroits menacés. Dès que les premières lueurs du jour eurent dessiné nettement les lignes de la côte, ils donnèrent le signal de l'attaque par une furieuse canonnade dirigée contre les postes français. Au même instant tous les équipages des chaloupes firent force do rames vers la terre. Du haut des falaises, les détachements français échelonnés de distance en distance embrassaient du même coup d'ceii tout ce mouvement. La poste de la Cormorandière n'était défendu que par un millier de troupes régulières aux ordres du lieutenant-colonel de Saint-Julhien , commandant du régiment d'Artois, et quelques Micmacs; les autres postes, d'un abord moins facile, étaient pour cela moins gardés. Quand ils virent s'avancer contre eux cette triple nuée d'embarcations chargées d'innombrables soldats, ils furent déconcertés. .Malgré les difficultés que présentait la côte, elle était accessible sur une trop grande étendue pour qu'elle pût être bien gardée par des forces si inférieures en nombre. Les troupes le comprirent et perdirent toute confiance.

L'avant-garde de Wolfe devança les deux autres brigades, et s'approcha pour mettre pied à terre sur la grève de l'anse de la Cormorandière; mais, dès qu'elle fut à la portée du (nsil, elle fut assaillie par des décharges de mousqueterie et de canons si bien nourries, que Wolfe, reconnaissant l'impossibilité d'une descente en cet endroit, agita en l'air son chapeau pour signifier aux premières embarcations de reculer. Mais les lienlenanls llopkins et lirown, qui les commandaient, crurent que c'était au contraire un ordre d'avancer et poussèrent à toutes forces ju.squ'à une pointe de rocher, à droite de l'anse, derrière laquelle ils trouvèrent un abri contre les projectiles. Cet e.scar]icnM'nl, qui j)araissait inaccessible, n'était |)as gardé. Les braves officiers, suivis de quchjui-s soldats, s'y élancèrent, et, s'accrochant aux broussailles, commencèrent à le gravir. Le vent avait fraîchi, et la mer s'y brisait avec violence. Quelques embarcations y furent crevées ou renversées, et quelques soldats noyés. Malgré cela, une partie de l'infanterie légère eut bientôt

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gravi la hauteur, où elle s'établit solidement derrière les taillis et les angles des rochers. Wolfe, apercevant le succès de cette audacieuse tentative, lança toute sa brigade dans cette direction et fil prendre les devants à son canot, qui toucha un des premiers le rivage. .\idé d'une canne, qu'il tenait à la main, il sauta de récif

Le général \\ ulh

en récit aux applaudissements de sa tioupe, qui le distinguait à sa taille haute et mince. 11 escalada la falaise et rangea ses troupes, à mesure qu'elles arrivaient, en ordre de bataille, autant que le terrain le permettait. Elles ne rencontrèrent qu'un petit nombre de soldats et d'Indiens, qui firent le coup de feu à travers les taillis et leur tuèrent ou blessèrent quelques hommes.

Le vent, qui poussait la fumée du combat vers le rivage, avait dérobé ce mouvement aux Français. Lorsqu'ils s'en aperçurent, Wolfe avait déjà ordonné aux premières compagnies de pousser de l'avant et de charger à la baïonnette.

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M. lie Sainl-Julhion accourut avec une partie de ses troupes, mais déjà les Ani;lais étaient en nombre maîtres de la position. Les Français, qui n'étaient pas préparés à un combat à l'arme blanche, ne firent qu'une faible résistance et reculèrent jusqu'à leurs batteries. La nouvelle se répandit en ce moment parmi eux que la brigade de Whitmore avait opéré sa descente à la Pointe-Rlanche et menaçait de leur couper la retraite. Cette brigade, au contraire, avait rétrogradé avec celle de Lawrence et pris terre sans beaucoup de résistance sur le côté opposé de l'anse aux Cormorans, où .\mherst les suivit avec le reste de ses troupes. Le détacliement de M. de Saint-Julhien, assailli de droite et de gauche, fut obligé d'abandonner ses canons et de battre en retraite. Une partie regagna Louisbourg en suivant les bords de la mer, le reste en faisant un circuit à travers les bois. Les Anglais s'emparèrent successivement des batteries de la Poinlc-I'late, de la Pointe-Blanche, et poursuivirent les fuyards jusqu'à l'entrée de la clairière ouverte autour de la place, où ils furent arrêtés par le feu des canons que le chevalier de Drucour fil tirer des remparts pour juotéger la rentrée de ses troupes.

Cent neuf hommes tués, noyés ou blessés, du côté des Anglais; cinquante tués et soixante-dix prisonniers du côté des Français, voilà tout ce qu'avait coulé cette journée, qui décida du sort de Louisbourg.

<t Triste et fatale journée pour l'Etat, y écrivait à Montréal un témoin de cet échec, l'ingénieur Franquet, qui, mieux que personne, connaisait les défauts de la forteresse et prévoyait sa chute inévitable.

Amherst choisit pour l'emplacement de son camp une rangée de hauteurs inégales entre lesquelles coule un ruisseau qui se décharge dans la mer, au fond d'une petite anse, à l'est de la Poinlc-Plalc. Celle anse, d'un abord fai;ile, moins éloignée de Louisbourg que la Cormorandière, était tout indiquée comme le point de communication entre la flotte et l'armée. Le débarquement des tentes, des munitions et du matériel de siège, y fut commencé le jour même.

Durant la nuit, la rade de Louisbourg fut illuminée par des jets de flammes, qui s'étendaient tout le long du rivage, depuis la ville jusqu'au delà de la Grande- Batterie. M. de Drucour avait résolu d'abandonner celte position et faisait incendier tous les édifices qui l'entouraient : maisons de pêcheurs et autres constructions qui auraient pu servir d'abri aux ennemis. Les jours qui suivirent, le débarquement fui relardé par la fréquence des bourrasques et des brumes, qui rendaient l'attcrrissement presque impossible. Un grand nombre d'embarcations furent crevées ou démolies dans le cours des opérations.

Ce ne fut que le 18 que les grosses pièces d'artillerie purent être amenées. Dans l'intervalle, l'installation du cainp sur une ligne irrégulière de deux milles de longueur se fit avec activité. Le terrain débarrassé des arbres fut nettoyé, et un réseau de chemins tracé du rivage aux tentes. A un demi-mille en avant du camp, trois redoutes le protégeaient contre les sorties des assiégés ; à quelque distance de l'aile gauche, formée de l'infanterie légère, deux blockhaus, .solidement assis sur des éminences, d'où l'œil domine au loin les ondulations du terrain, étaient gardés par des piquets rie soldats qui pouvaient signaler d'avance l'approche des partis de Canadiens et de sauvages qu'on savait venir de l'intérieur de l'Ile; enfin une dernière redoute construite à la Cormorandière garantissait les derrières du camp contre une surprise du côté du rivage.

La destruction de la Grande- Batterie, rendue nécessaire depuis la descente des

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Anglais, avait amené l'abantlon des autres postes extérieurs, ù l'exception de l'île de l'Entrée. Dnicour s'était vu Ibrcé, par la faiblesse de sa garnison, de concentrer sa défense dans l'inlérieur des murs. Les Anglais se trouvaient ainsi maîtres de la campagne. Wolle, c[ue sa bouillante ardeur recommandait pour les coups hardis, s'avança à l'ouest de la ville avec douze cents hommes, rangea les coteaux qui s'arrondissent aulour de la rade et vint s'emparer du promontoire qui, au nordest, resserre l'entrée de celle rade'. Les Français avaient construit, sur un escarpement qui domine les environs, une batterie qu'ils venaient d'abandonner après l'avoir enclouée. Wolfe la rétablit et en monta d'autres le long du rivage, pour canonner l'île de l'Entrée et les vaisseaux français. La flotte anglaise, qui l'appuyait du côté de la mer, lui fournissait par la baie de Laurembec tous les approvisionnements de bouche et de guerre dont il avait besoin; du côté de lerre, une chaîne de postes fortifiés par des redoutes maintenait ses communications avec l'armée.

Dans la nuit du 18, il démasqua ses batteries et ouvrit un feu formidable contre la flotte française, qui y répondit avec une égale vigueur. Cette canonnade, dont le bruit fit Irembler les échos de la rade toute la nuit et tout le jour suivant, produisit cependant peu d'elYet, soit d'un côté, soit de l'autre. A l'ouest de la ville, le canon des remparts n'avait cessé d'inquiéter les mouvements des ennemis, qui à cette date n'avaient pas encore ouvert la tranchée. Ils s'étaient occupés à perfectionner leurs travaux de défense et à ouvrir des chemins pour les pièces de siège, ce qui n'était pas très facile dans ce terrain rocailleux, coupé de marécages et exposé en partie au feu de la place. Une sortie, forte de trois cents hommes, avait été dirigée en plein jour sur une des redoutes en conslruction et avait soutenu un vif engagement contre des forces supérieures devant lesquelles elle avait dû se retirer.

Le gouverneur de Louisbourg fondait des espérances sur la lenteur qu'il croyait remarquer dans les opérations du siège; il se flatlait que les secours qu'il avait demandés au marquis de Yaudreuil arriveraient à temps. M. de Boishébert était, en effet, débarqué au Port-Toulouse,* à l'extrémité méridionale de l'île, et s'avançait avec un corps considérable de Canadiens, d'Acadiens et de sauvages. Mais cet oflicier montrait en ce moment une incapacité, agissait avec une lenteur qui ressemblaient à de la trahison et ne justifiaient que trop l'opinion de Montcalm, qui, comme on l'a vu, aurait préféré pour cette expédition un commandant d'une autre trempe.

Si lioishébert avait eu l'activité qu'on attendait de lui, il aurait eu le temps d'arriver à Louisbourg avant la descente des Anglais, après avoir grossi sa troupe sur son chemin d'une foule d'Acadiens qui ne demandaient qu'à combattre, et qui, au dire de l'abbé Maillard, auraient porté son détachement à rjuinze cents hommes, Français et sauvages. Ce missionnaire, qui était alors sur l'île du Cap- Breton, fait retomber en grande partie sur M. de Boishébert la responsabilité de la chute de Louisbourg; car, si le chevaher de Drucour avait eu à sa disposition quinze cents hommes de plus, il aurait pu peut-être empêcher le débarquement du 8 juin.

Dans une lettre écrite à Québec, trois semaines après la capitulation, l'abbé

' &• pioiiKiiiluirr, >iir Irqncl s'ricvail un [iIkiiv, iH.iit ,i|i|irlé la Tour •]'■ la Lanterne

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Maillard a raconté les mouvements de l'expédition dont il avait été témoin et tracé un portrait peu flatteur de son chef.

« Voici ce que c'est que M. de noisliéhert, écrit-il : jeune homme de vinglneuf à trente ans; lils unique d'une dame qui faisait dans lout le Canada la pluie et le beau temps sous le généralat de M. de Beaubarnois; protégé et favorisé plus que personne, dès ses plus tendres années, pour aller commander dans des postes où il avait plus à s'enricbir par le commerce qu'à s'illustrer par des foits militaires; toujours et constamment lavori de la fortune, jusqu'aux temps présents; par conséquent ricbissime, et qui, par rapport à cet élat beureux où il se trouve, passe pour Acbille sans du tout l'être; d'un génie si mince, qu'à peine lui en connaît-on; uniquement appliqué à ce qui se nomme afiaire de commerce et de trafic en tout genre ; dépensant considérablement au roi , sans avoir encore réellement rien fait pour son service. »

Cinq jours après l'ouverture du siège, le chevalier de Drucour avait envoyé un exprès à l'abbé Maillard , avec une lettre dans laquelle il le conjurait de presser la marcbe de M. de ISoisliébert, ajoutant qu'à son entrée à Louisbourg il recevrait la croix de Saint-Louis, que le roi avait envoyée par les derniers vaisseaux pour l'en décorer.

« Quand je lui eus fait lecture de cette lettre, continue l'abbé Maillard, j'ajoutai en présence de tous ses officiers : « Monsieur, vous voyez quelle confiance a en « vous monsieur noire gouverneur; votre faible détacliemeni se (rouve ici tout « à coup accru du Irijile; hms les sauvages qui vous allendenl depuis longtemps « vous suiveni, cl tous les jeunes gens, jusques aux pères de famille du Port- « Toulouse, elc, vous suivent aussi. Nous avons eu idée que vous ne voudrez « pas autremenl avoir la croix qui vous attend à Louisbourg, que comme David « cul Michol. »

« La réponse qu'il me fit n'est pas digne de vous être écrite. »

Boisliéberl ne cbercba que des prétextes pour temporiser et licencier sou camp. 1! en trouva lui dans le manque de provisions, quoiqu'il en eût siiffisanmieut et que Drucour lui eûl dcpèclic deux g(P(''lcltes chargées de vivres cl de munitions dans la baie de Miié, d'où le conunandant, lui avait écrit. Le gouverneur lui envoyait en même temps la croix de Saint- Louis, avec une lettre pressante dans laquelle il lui amionçait une sortie du momi'ut qu'il apercevrait certains signaux convenus en arrière du camp anglais. Boisliébert n'en fil rien, malgré les murmures de ses soldats, des .\cadieiis surtout, dont le sort dépciidail di' Louisbouig, et des .sauvages mêmes.

« Nous vivrons des bestiaux que nous saurons bien trouver cl qui l'ont échappé, lui dirvnl les Micmacs. Munis-nous de fusils, de plomb et de pondre, et laisse- nous faire la petite guerre. »

« Boishébert leur tint alors de si tristes propos, qu'ils concertèrent entre eux de revenir à la mission, qui n'est qu'à huit lieues de là, mais auparavant d'envoyer ceux d'entre eux qui étaient armés à la découverte du côté de Gabarus, de Laurembec, et dans le grand chemin de Miré. »

Les deux premières bandes trouvèrent les Anglais .si bien gardés, qu'elles ne purent faire coup; mais celle qui avait pris le chemin de Miré à Louisbourg, au

' Lettre de l'alibù Maillard.

nombre de trente-deux liommes, auxquels s'étaient adjoints vingt-cinq Acadiens, surprit un détachement de six cents Anglais marchant à la découverte. Elle s'était rangée de chaque côté d'un impénétrable taillis, les avait attendus au passage et mis en fuite en faisant sur eux une décharge qui leur avait tué cinq hommes et blessé plusieurs autres. Les Anglais, qui appréhendaient les sauvages plus que la foudre, raconte l'abbé Maillard, s'étaient crus traqués par une armée de ces barbares et avaient été saisis d'une panique irrépressible. Les Micmacs et les Acadiens s'étaient alors mis à leur poursuite et avaient fait trois prisonniers, dont un sergent, de qui ils tirèrent tous les renseignements qu'ils voulurent. Ce coup de main, rendu inutile par la lâcheté de Boishébert, servit du moins à démontrer ce qu'il aurait pu l'aire s'il avait voulu profiter du courage et de la bonne volonté de ses troupes.

Le jour même que Drucour avait expédié un message à l'abbé Maillard, il avait dépêché au marquis de Vaudreuil la frégate F Écho, qui avait réussi à sortir du port à la laveur d'une brume épaisse, sans toutefois échapper à la vigilance des vigies anglaises. Deux des meilleurs voiliers de l'amiral Boscawen, le Scarborough et la Junon, lui donnèrent la chasse, l'atteignirent et vinrent triomphalement passer devant Louisbourg avec leur prise, pavoisée des couleurs britanniques.

Amherst s'était enfin décidé à ouvrir la tranchée : il lui avait fidlu plus de temps pour s'y mettre que n'en avait pris Montcalm pour débarquer devant le fort George, l'assiéger et le prendre. Dans la journée du 17, on l'avait vu parcourir à cheval, en compagnie de l'ingénieur en chef, le colonel Bastide, et de deux autres officiers, les environs de la ville pour déterminer l'emplacement d'une première parallèle. Le havre de Louisbourg s'étend à une assez grande distance à l'ouest du site où était la ville; il forme à son extrémité, par le prolongement d'une langue de sable, une espèce de lac appelé Barachois. Tout auprès s'élève un monticule connu sous le nom de la Hauteur-Verte, que les Anglais traduisirent par celui de Green Bill. Cette colline, distante d'environ un kilomètre des remparts, fut choisie comme point d'appui pour tracer une parallèle dans la plaine marécageuse, couverte de mousse, de nénuphars et de joncs, qui se prolonge à l'est et au sud. Un épaulement construit de fascines, de gabions et de terre, haut de neuf pieds, large de soixante, sur une longueur de quinze cents pieds, fut élevé afin de proléger les travailleurs.

Durant le cours de ces ouvrages, faits en grande partie pendant la nuit et les heures de brume, Wolfe, toujours de l'autre côté de la rade, avait augmenté ses batteries de grosses pièces et recommencé contre l'île de l'Entrée et la flotte un feu destructeur qui dura nuit et jour, jusqu'à ce que la batterie de l'ile fût réduite au silence. Toutes les pièces avaient été démontées, les parapets démolis; les murailles ne présentaient plus qu'un amas de ruines. La Hotte, gravement endommagée, avait été forcée de lever l'ancre et de se rapprocher di» la ville, malgré les protestations et le murmure général de la garnison , qui déjà avait accusé de pusillanimité le commandant Desgouttes et ses principaux officiers, parce qu'après la descente des Anglais ils avaient manifesté l'intention de reprendre la mer pour éviter la destruction de leurs vaisseaux. La rade de Louisbourg se trouvait désormais ouverte à la Hotte anglaise. 11 ne restait plus qu'une dernière ressource pour l'arrêter : c'était de couler des vaisseaux dans l'étroite passe qui relie le bassin à l'Océan. Drucour profita de quelques heures de brume pour y faire amener quatre frégates : VApollon, la Fidèle, la Chèvre et la Biche, qu'il fit couler bas au milieu du chenal, après avoir lié ensemble leurs mâts coupés à fleur d'eau. Le lendemain, il y fit également

l',»0 MONTCAL.M KT i.EVIS

couler la Diane et le navire la Ville de Saint-Malo, ce qui rétiiiisil la lloUe française enferniée dans la rade à cinq vaisseaux de ligne et une l'n'Ljate.

L'intrépide commandant de YAréthuso, Vaiiquelin, ('lait venu s'embosser depuis plusieurs jours près du Rarachois, d'où il entretenait un feu meurtrier sur les assi('i;eants. 11 leur tuait beaucoup de monde en croisant ses leux avec ceux de la place, et détruisait chaque jour une grande partie des travaux qu'ils avaient faits pendant la nuit.

Drucour essaya de tirer parti de la forte position occupée par VArcthitse en faisant une sortie dans la matinée du \<^^ juillet. Il s'avan(,'a le long du Barachois et soutint un combat acharné avec l'infanterie légère, accourue en nombre supérieur sous les ordres de AVolfe, qui finit par le ramener sous les murs de la ville. Wolfe, dont le coup d'œil militaire était rarement en défaut, comprit tout l'avantage qu'il jiouvail tirer du moment de confusion qui s'ensuivit et de l'ardeur qu'il venait de communiquer à ses troupes. Il revint en hâte sur ses pas, tourna la pointe du Barachois et s'empara, à son extrémité nord, d'une éminence qui commande la rade et la ville. En quelques jours il y construisit une redoute et une batterie qui l'orcèrent VAréthusr à abandonner sa position et lancèrent sur la ville et les vaisseaux un l'eu plongeant qui donna une supériorité définitive aux assiégeants, ils allaient en prendre une bien plus grande les jours suivants, en démasquant au sud-est de la ville de nouvelles batteries de canons et de mortiers, dont Wolfe avait surveillé l'érection, qui battirent en brèche les deux bastions du sud, ceux de la Heine et de la Princesse, et jetèrent une pluie de bombes dans l'intérieur des murs. Le courage des assiégés n'était cependant pas encore ébranlé; il iHail souleiiu par l'héroïsme du gouverneur et de sa femme, non moins brave (jue son mari. .\l'"'' de Drucour, digne émule de .M"»^ de Vcrchères, donnait l'exemple de l'intrépidité à la garnison en paraissant chaque jour sur les remparts et tirant de sa propre main plusieurs coups de canon.

Durant la nuit du !• juillet, un détachement d'un millier de soldats sortit de Louisbourg i)ar les portes de l'est et du sud, et, favorisé par l'obscurité augmentée de brouillards, longea la falaise entre le cap Noir et la l'ointe -Blanche, s'approcha, sans être aperçu, de la redoute érigée près des batteries ennemies, et surprit les sentinelles. La redoute fut sur le point d'être emportée. Lord Dundonald, qui y commandait, fut tué avec plusieurs des siens; un plus grand nombre furent blessés et quelques-uns faits prisonniers, entre autres le capitaine Bontein, du corps des ingénieurs, et le lieutenant Tew. Les Anglais, avertis par le bruit du combat, amenèrent des forces écrasantes qui obligèrent les Français à la retraite. Ils la firent en bon ordre, emmenant leurs blessés et leurs prisonniers. Ils avaient perdu une vingtaine d'hommes, parmi lesquels un brave officier, le capitaine Chauvelin, sans compter plusieurs blessés et cinq prisonniers.

Dans la nuit du W juillet, une grande lumière, reconnue pour un signal, illumina la foret qui bordait l'horizon du côté de la route de Miré. C'était, en effet, Boishébert qui annonçait son approche. Honteux du succès obtenu par une cinquantaine d'Acadiens et de sauvages, il avait rougi de son inaction et s'était porté en avant avec deux ou trois cents hommes. Cette tentative, qui au mois précédent aurait peut-être pu sauver Louisbourg, était dérisoire en ce moment; car les assiégés étaient enfermés dans les murs de la ville, dont les brèches béantes allaient bientôt être prêtes pour l'assaut. Les Anglais, qui avaient aperçu le signal de Boishébert,

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se portèrent à sa rencontre avec des rorecs supérieures, et tlisperscrent sa troupe après une légère escarmouche.

L'abandon du Barachois avait réduit à l'inaction, on du moins à peu d'utilité pour la place, VAréthiise, comme le reste de la flotte, dont la perte était certaine depuis que le sort de Louisboutg était fi\é. La plupart des officiers et des matelots débarqués à terre se battaient vaillamment à côté de la garnison, dans la seule espérance de retarder de quelques jours la capitulation. Vauquelin, incapable de rester inactil', proposa au commandant Desgouttes un coup d'audace dont le succès pouvait sauver VAréthuse. Durant la nuit du 15, il déploya ses voiles par une brume intense, se lança à travers la barre de cliaines et de mâtures qui fermait l'entrée du pori , la lianchil heureusement et prit la route de France. Il n'avait cependant pu échapper à l'œil perçant des vigies anglaises. Sir Charles Hardy mit à sa poursuite plusieurs de ses vaisseaux; mais l'audacieux Vauquelin, aussi habile pilote que vaillant soldat, couvrit de toile sa fine voilière et devança ses ennemis. On apprit plus lard qu'il était entré sain et sauf dans le port de Brest.

Plusieurs fois, durant le siège, il y eut des échanges de courtoisie entre les deux chefs ennemis. Le chevalier de Drucour fit un jour cesser le feu et déployer le drapeau parlementaire sur les remparts. Le général Amherst, de son côté, fit suspendre la canonnade et vit venir un officier français qui lui remit une lettre dans laquelle le gouverneur, après les compliments d'usage, lui disait qu'il y avait dans Louisbourg un chirurgien d'une rare habileté, dont les services étaient à la disposition de tout officier anglais qui le demanderait. En retour, Amherst lui envoya des lettres et des messages pour les parents et les amis de quelques olficiers prisonniers dans son camp; il y joignit ses compliments pour .Mnio de Drucour, en lui exprimant son regret de la voir exposée aux horreurs d'un siège, et en accompagnant sa lettre d'un superbe cadeau d'ananas, récemment apportés des Antilles. Mi^e de Drucour s'empressa de reconnaître cette politesse par l'envoi d'un panier de Champagne. Une heure après ces échanges d'amitiés, le canon grondait tout le long des deux lignes ennemies, qui échangeaient des boulets et des bombes.

Les Anglais, désormais sûrs de la chute prochaine de Louisbourg, poussaient leurs travaux avec une ardeur extrême. Chaque jour était marqué par un nouveau progrès, malgré la pluie de projectiles que jetaient les Français dans leurs tranchées. Quelques-unes de leurs batteries n'étaient plus qu'à cinq cents verges de la porte de l'ouest. .\ cette courte distance, le service des pièces devenait très difficile, à cause de la multitude de francs -tireurs que Drucour entretenait en avant des glacis, et qui, cachés dans les plis du terrain ou dans des trous pratiqués en terre, visaient sans cesse et souvent abattaient les canonniers sur leurs pièces. Woll'e résolut de les déloger, et le 10, à la tombée de la nuit, il s'élança dans la plaine ouverte avec un fort détachement et les rejeta dans les fossés. Il courut de là s'emparer du coteau nommé la Ilauteur-de-la-Potence, qui n'était qu'à trois cents verges du bastion du Dauphin. Favorisé par la nuit qui s'avançait et par l'abri naturel qu'offrait le coteau, il commença à s'y retrancher et s'y maintint, malgré la grêle de fer et de plomb lancée des remparts. Toute une nuée de sapeurs l'avaient suivi et eurent bientôt ouvert une deuxième parallèle aux clartés intermittentes du canon et de la mousqueterie. Au jour ils étaient à couvert et assistés de nouvelles escouades de travailleurs, qui terminèrent en quelques jours une tranchée de six cents verges de longueur avec ses boyaux de communication. Les pièces de gros calibre dont elle

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lut armée commencèrent à tonner contre les fortifications avec un effet effroyable, abattant des pans entiers de murailles et ruinant les batteries. Au reste, ces fortifications étaient tellement mauvaises, que la seule commotion proiluite par le canon de leurs batteries les faisait crouler. Les Anglais cux-mômes s'en étaient aperçus dès les premiers jours du siège. Leur feu devenait de jour en jour plus chaud sur toute la ligne de leurs batteries , tandis que celui des Français , dont la plupart des canons étaient démontés, se taisait plus rare.

Le :21 , une troisième parallèle fut commencée à l'extrémité est de la seconde et poussée obliquement vers la rade jusqu'à deux cents verges des remparts. Un des boyaux de l'extrême gauche arrivait même à cent verges de la porte de l'ouest, d'où les Français entendaient distinctement le bruit des piques et des pioches durant les intervalles des détonations.

(tii li.iil à la fin de cette journéi", une des plus inidcs du siège. Le soleil venait de se coucher derrière les cimes vertes de l'ile. Assiégés comme a.^siégeants , accablés de fatigue, laissaient tomber leurs insirumenis de li-avail el dérougir leurs pièces pour respii'er la lirise fiai( lie qui nionlait de la mer, lorsque tout à coup ime détonaliiin t''p(iuvaiilaiilr lil liemblei la liulei-esse el imil le rivage; un immense jet de flammes monta du miliiii des vaisseaux français ancrés dans le port : c'élail le Célèbre, sur lequel venait de tomber une des dernières bombes qui avait mis le feu à la soute aux pinidres. L'cxplo^-ion avait l'ail voler en éclats .ses œuvres mortes et jeté une si grande (|iiaiilili' de débris enflammés sur YEntreprenant et le Capricieux , niouilliV auprès, (ju'en un inslani leurs cordages et leurs voiles furent en feu du haut eu lias de leurs niàturi's, et (jue, malgré les efforts inouïs du petit nombre d'hommes restés ;\ bord, il fut impossible de l'éteindre, d'autant plus que les Anglais ouvrirent un ten à boulets rouges sur les trois vaisseaux pour entretenir l'incendie. Pendant la iniit entière, hi triple Jna^ier répandit ses sinistres lueurs sur toute la rade, el ee lut à grand'peine que les marins purent sauver les deux seuls vaisseaux restés intacts dans le port, le Prudent et le Bienfaisant; car les canons chargés des navires en feu lançaient des boulets de tous côtés, à mesure que l'ineendii' les atteignait. Le vent, qui soufflail de l'est, activé par ce vaste foyer de flammes, les fit déiiver jns((u'au lîarachois, où leurs carcasses brûlaient encore au lever du soleil. Du haut des remparts, les citoyens de Louisliourg avaient suivi d'un œil consterné les progrès de ce désastre , qui leur présageait la ruine finale.

La garnison continua cependant de faire vaillamment son devoir, encouragée par Drucour et ses officiers, qui avaient à eœni' de prolonger le siège jusqu'à la dernière extrémité, afin de sauvei-, sinon Louisbourg, du nidins le Canada pour celle anm'e; ear, le iiniis de jnlllel |ia^^i'', la saixin seiail liup avanc/'e |miui- (|ne la llnlle anglaise ris(|nàt une atlacpii' lontre (Jm'liee.

Du cùli; du cap Noir, les tirailleurs français tenaient eiiedre la campagne; mais, à l'ouest, les Anglais avaient fini par se frayer une voie jusqu'au pied des glacis, d'iiù ils faisaient le idup di' len sur loul ce (jui jiai'aissail dans le elieniin ciiuvert.

Une autre cataslrophe suivit de près celle de la flotte. Le matin du "iîL, pendant que les coques des trois vaisseaux achevaient de .se consumer, une bombe tomba sur le toit du rhàteau du gouverneur, qui avec le bastion forinail la citadidle. La boudte pén(''lra jn^(|Me dan- l'iMaue iidV'iienr, nu rllr i^i lala dans la clianilnr'e di's soldats, et mil le len dans tous les a|ijiarlemrnls voisins. En (jnel(|iies minutes, le

MONTC.ALM ET LÉVIS

centre dt- rûdifice ri la rliapcllr (|iii li' tcrmiiiail au iiord-oiicsl luroiit en flammes. Les Anglais, en apercevant le l'eu el la fumée au-dessus du toit, firent pleuvoir dans cette direction une (]uaiitit('' luodiLiieii^e de projectiles. Malgré cela, les citovens, aussi bien que les soldats et les maiins, se jetèrent au milieu du danger et parvinri'ut, à force de travail, à sauver l'aile du château occupée par le gouverneur et sa famille.

De cliaquc côté du bastion du Roi régnait une rangée de casemates attenant à la muraille qui reliait U\ bastion à la courtine : celles de droite .servaient aux ofliciers blessés, celles de gauche aux femmes et aux enfouis, ([ui y l'Iairiil cnia^-i'-

Vue de Louisbourg, d'après une estampe de la Bibliothèque nationale

les uns sur les autres, faute de plus amples refuges. Devant les ouverture.s étaient empilées une quantité de grosses pièces de bois destinées à les protéger contre les éclats d'obus. Au plus fort de l'incendie, le feu, poussé par un vent violent, faiUit prendre à ces monceaux de combustible, et la fumée s'engoufTra dans les ca.semates, menaçant de suffoquer la multitude qui s'y trouvait enfermée. Les femmes et les enfants, affolés et poussant des cris, se précipitèrent au dehors en courant de côté et d'autre pour chercher un abri contre l'ouragan de fer qui tombait du ciel.

Les désastres se succédèrent désormais sans interruption. Il n'en pouvait être autrement : un millier de boulets, de bombes, de grenades, de projectiles de toutes sortes, pleuvaient chaque jour sur la ville, sans compter les fusées qui mettaient le feu, qu'on n'arrivait pas à éteindre: c'était l'image de l'enfer. Les citoyens, sans autre abri que leurs caves, vivaient dans des transes continuelles. Les marins, presque tous à terre depuis la destruclion dr la fldile, avaient d'abord logé sous des tentes ou des appentis improvisés; mais les alertes y étaient devenues trop fréiiuentes pour qu'il fût possible d'y fermer l'œil. On se gabionnait comme on pouvait le long des murailles ou des parapets, contre lesquels on appuyait, en guise de toiture, des pièces de charpente reliées ensemble. En face du bastion dr- la Piineesse avaient été construites, au temps de l'orciipatitin anglaise, de vastes casernes en bois oecu-

nu MOMCAl.M ET LEVIS

pées ptMuiaiil le siègo par la gainisoii. ('.'('tail, au dire (riiii des assiégés, un vérilable château de caries, aussi inflammable qu'un paquoi d'allumcites. Le séjour en était devenu tellement dangereux, tjue le gouverneur l'avait lail évacuer. Les soldats en étaient réduits, comme les marins, à se créer des abris dans tous les recoins. Dans la nuit qui suivit l'incendie du château, un obus chargé de matière combuslihle éclata en plein milieu des ca.sernes et en fit en moins d'une heure un immense bûcher, sur le(juel les Anglais concentrèrent leur canonnade. Les débiis enflammés volaient de toutes parts et exposaient la ville à une conflagration générale. Citoyens et soldats étaient sur pied et couraient partout où se montrait le péril. Pour achever cette scène d'horreur et de confusion, au plus fort du danger, pendant que l'orage de projectiles grêlait autour de l'édifice croulant, les régiments anglais, qu'on apercevait aux lueurs .sinistres qui se projetaient sur la campagne, se rangèrent en bataille en face des glacis comme pour monter à l'assaut.

De tous les assiégés, les plus à plaindre étaient les malades et les blessés, dont le nombre s'élevait au tiers de la garnison. Vers le commencement du siège, le chevalier de Drucour avait demandé au général anglais d'épargner l'hôpital et les maisons adjacentes, où il y avait déjà des malades. Amherst répondit en offrant pour ambulance l'Ile de l'Entrée ou la côte voisine, mais que pour l'hôpital il ne garantissait rien. Soit que ses ordres ne fussent pas exécutés, soit qu'il n'en donnât point, l'hôpital ne fut pas plus à l'abri que le reste de la ville. .\ toute heure du jour et (le la nuit, les pauvres malades, étendus partout sur des matelas et incapables de buuuei', entendaient des cris d'alarme et demandaient en vain du secours. Les chirurgiens, au milieu de leurs opérations, tressaillaient aux cris de : « Gare à la bombe! » et s'éloignaient de leurs patients, dont souvent un éclat de fer venait terminer les souffrances. Le chirurgien des volontaires étrangers fut tué au milieu d'une opération , et deux religieux de la Charité qui l'assistaient blessés dangereusement.

Le 26, entre minuit et une heure, pendant qu'une brume impénétrable couvrait le port, une flollille de berges montées par six cents soldats et marins anglais glissa dans un profond silence le long de File de l'Entrée, et passa à portée de voix de la ville sans être aperçue. Afin de détourner l'atlenlion de le côté, Amherst Au.sait tirer ses batteries à toutes volées et marcher ses troupes armées d'échelles comme pour l'assaut. Le gouverneur était accouru au bastion du Roi, et le commandant des troupes, M. de la lloulière, au bastion du Dauphin. La garnison tout enlière bordait les remparts. « Nous tirions à mitraille du peu de pièces que nous avions, i dit M. de Drucour. Pendant ce temps-là, la flollille, divisée en deux escouades, s'approchait des deux vaisseaux /<? Prudent et le Dicnfuisaiit , dont les fanaux traliissaieul la présence, tandis qu'autour d'eux tout était brouillard et l(''nèbres. Les berges arrivèrent ju.sque sous les flancs des vaisseaux sans être aperçues; ce ne l'ut qu'à l'instant où elles accostèrent que les sentinelles jetèrent le cri d'alarme, au(|uel les Anglais lépondirent par de formidables hourras en montant à l'abordage. Les équipages, dont la plus grande paitie était à terre, n'eurent pas le temps de se reconnaître et ne firent qu'une faible résistance. Au bruit du comiial, les batteries du rivage et celle de la pointe de Rochefort firent feu, au ri.s(|ue de tuer ([uelquesuns des leurs. Puis tout rentra dans le silence au milieu du port. Une heure après, une grande lueur perça le voile de brume qui l'enveloppait : le Prudent se trouvant échoué à marée basse, les Anglais y avaient mis le feu, et ils touaieni la Bienfaisant

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hors de la porli-c du canon et l'ancraient sous la prnhjctiou de leurs balteries au nord-est de la lade.

Ce dernier désastre hâta le dénouement. La situation de la ville était lamentable; il n'y avait pas une maison qui n'eût reçu quelques projectiles. Le tiers de la garnison, comme on vient de le voir, était aux ambulances; on ne rencontrait pas un habitant qui ne fût en deuil de quelques parents ou amis. Les olTiciers, les soldats, accablés sous un travail de jour et de nuit, n'avaient pas un réduit sûr pour prendre une heure de repos; et pourtant ils montraient encore de l'ardeur. Toute la ligne des remparts du côté de terre n'était plus qu'un monceau de ruines, si bien qu'après la capitulation la foule circulait par les brèches tout autant que par les portes. Les pièces d'artillerie démontées gisaient parmi les décombres à côté de leurs aiïùts; il ne restait plus que quatre canons en état de servir, et leurs coups intermittents ressemblaient moins à une défense qu'au glas funèbre de la cité expirante. Les ennemis, de leur côté, étaient parvenus jusqu'au pied des glacis; sur les hauteurs de la gauche, leur feu enfilait le chemin couvert, tandis que de celles de la droite leurs batteries balayaient toute la ligne des fortifications de l'ouest à l'est. Le matin du 2(3, la dernière pièce avait été réduite au silence.

La veille, le chevalier de Drucour, accompagné de l'ingénieur Franquef et des officiers supérieurs, passa une partie de la journée à faire le tour du chemin couvert pour se rendre un compte exact de l'état des fortifications. De bonne heure, le lendemain, un conseil fut convoqué, auquel assistèrent les commandants de terre et de mer, La Iloulière et Desgouttes. Franquet, dont le point d'honneur était engagé parce qu'il avait surveillé les derniers travaux f;iits à la forteresse, fut le seul à soutenir, que le siège pouvait être prolongé. 11 s'ensuivit une longue et vive altercation ; mais on finit par s'accorder à demander unanimement la capitulation.

.V dix heures du matin , le drapeau blanc fut arboré devant le bastion du Dauphin, et un officier de l'armée régulière, M. Loppinot, fut envoyé au camp anglais, avec une lettre dans laquelle M. de Drucour offrait de se rendre aux mêmes conditions que celles accordées aux Anglais à la prise de Mahon. Araherst et Boscawen tenaient conseil en ce moment même, et venaient de décider de forcer l'entrée du port et de bombarder la ville par mer et par terre. Le général répondit avec une dureté indigne de la belle défense des Français. Il exigea que la garnison se rendit prisonnière de guerre, ajoutant que si dans une heure il n'avait pas de réponse, il ferait duuner l'assaut.

La lecture de cette lettre souleva un mouvement d'indi"nation dans le conseil. Le gouverneur chargea le lieutenant- colonel des volontaires étrangers, .M. d'An- Ihonay, d'aller demander de meilleurs termes; mais Amherst ne voulut pas le recevoir.

« Eh bien! répondit fièrement Drucour, nous subirons l'assaut. » El il envoya M. Lopiiinol porter au camp anglais la note qui contenait ce défi. Cet officier venait de sortir, lorsipie arriva au château le commissaire-ordonnateur, M. Prévost, avec vme requête des citoyens suppliant en grâce le gouverneur d'accepter la capitulalion. Celle re<iuète représentait en substance que le conseil ne .se composait que d'hommes de guerre obligés par état d'alTronlcr tuus les i)érils les plus extrêmes et n'euvi.-;igcMiit (|Ui' la gloire de la France et riioniieur de ses armes, ruais qu'il y avait dans Louisbourg (iiialre mille citoyens non moins utiles au pays que ses soldats.

198 MONTCAl.M ET LEVIS

el <iiii avaient droit d'être écovités. La garnison s'était vaillamment défendue et avait Aul tout ce qu'exigeait l'honneur militaire, mais il était évident qu'elle ne pourrait repousser un assaiit. Que deviendraient alors les quatre mille citoyens et les douze cents malades enfermés dans les hôpitaux? lis seraient livrés à la rage d'un vainqueur irrité et avide de pillage, (pii les massacrerait peut-être jusqu'au derniiT, pour venger le malheur arrivé à la prise de William-Henry. L'humanité, autant (pie l'inlérêl bien entendu de la France, exigeait qu'on acceptât la capitulation.

En présence de celle rei|uèle si liien motivée, le gouverneur ne jiut se refuser à revenir sur sa décision, il, de l'avis du conseil, il ordonna an chevalier de Courserac de courir après M. Lopjiinot el de lui redemander sa lettre. Ce messager, conseillé probablement jiar M. Prévost, ne s'était pas pressé d(; partir, car il avait à peine franchi le pont-ievis quand il fui rejoint jiar M. de Courserac. D'Anthonay et Duvivier, major du régiment d'Artois, el le même M. Loppinot, furent dépêchés aux quartiers gi'uéraux anglais avec pleins pouvoirs de conclure la capilulalion.

Ils revinrent au château à onze heures de nuit avec les articles convenus, auxquels le chevalier de Drucour apposa sa signature.

Ces articles portaient ipie la garnison de Louisbourg serait pri.sonnière de guerre el transportée en Angielerre sur les vaisseaux de Sa Majesté brilannique; que les îles du Cap-Breton et Saint-Jean (Prince-Edouard) passeraient sous le domaine de la couronne; que les blessés et malades des hôpitaux auraient les mêmes soins que ceux des Anglais; que la population de la ville (jui n'avait pas porté les armes .serait transportée en France; (pi'enfin, le lendemain malin, à huit heures, la porte Dauphine sérail livrée aux troupes anglaisi's, el (pi'à midi la garnison livrerait ses armes el ses couleurs sur la place de l'Esplanade.

A huil lu lires précises du malin, les lignes rouges des soldats anglais défdèrent, miisiipie en tète, sur li' poiit-levis de la pnrie Dauphine, et se rangèrent auluur du bastion. Les salves d'artillerie de la fltitle el du camp saluèrenl le (Iraj)eau brilannique qui moulait au-des.sus des remparts. Dans l'intérieur de la ville, les régiments français débouchèrent à travers les décombres sur l'Esplanade, où ils s'alignèrent sous leurs uniformes usés, gris dc' jKiussièi'i" et maciih's de sang, seule manpie de leur héroïque di'li'iise qu'on n'avait pu leur arracher. Mornes el silencieux, les traits accablés, la rage et le mépris au cœur, les soldats jetèrent leurs armes an milieu de la place.

Le inèiiie jniir, Wollé éciivait à sa mère : « Je suis eiilié' à Louisbourg ce iiiatiu jioiir rendre mes devoirs aux dames; mais je les ai Irouvi'es si pâles el si amaigries par leur long emiiri.sonnemenl dans les casemates, ipie ma visile a été 1res cdurle. Les pauvres lemmes ont été leriibleineiil eHrayées, el elles avaieiil raison de l'être; mais aucun nialheiii- n'^ej ne leur est arrivé' soil |ieii(janl , soil après le siège. Dans un jour ou di'iix elles aiiraieiil été enlièrementà notre merci. J'étais lésolii de sauver aulaiil de vies et d'empêcher autant de violences (jne possible, jiarce qui; j'étais sûr qu'une telle cijiiduile, digne d'un militaire, aurait votre ajiprobalion. Louisbourg n'est qu'une petite place où il n'y a «prune seule casemate à peine a.«sez grande pour abriter les femmes. »

M"»-' de Drucour, dont le courage avait excité l'admiration des Anglais aiilaiil ipie des Français, fut entourée d'hommages et de respects. Les principaux officiers voulurent lui faire leur cour; en un mot, laioiile un lénioin oculaire, « elle ohliiil loul ce qu'elle voulut. »

L'einbar<pienieiil de> jiii-oniiii'iN de giieiic pdiii l'Aiigleleire lui suivi de près

MONTCALM ET I,EViS

du départ des haltitanls dirigés sur la Fraïu'f. La ville déserte, où l'on ne voyait plus <iue des toitures détlmcées et des niuis éboulés, l'ut eonfiée à la ijarde de (piatrc régiments anglais, dont les soldats oisifs, mourant d'ennui dans cet isolement complet, ne soupirèrent plus qu'après la ruine totale et l'abaïuion de celle forteresse perdue dans les brumes du jiôle. Deux ans après, il ne restait plus pierre sur l)ierre de ce qui avait été Louisbourg. Le temps s'est chargé depuis de couvrir ce que la pioche et la mine n'avaient jiu niveler.

La tactique de Drucour en prolongeant le siège avait réussi : l'amiral Boscawen et Amherst comprirent que la saison était trop avancée pour tenter une expédition' contre Québec. ^Voll'e, (pii avait attiré tous les regards de l'armée par sa brillante conduite, et dont rimi)élueuse nature était impatiente du repos, aurait souhaité

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