‹ Montcalm et Lévis [microforme]Chapitre 16 sur 26 · MORT DE MONTCALM. —— CAPITULATION DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

MORT DE MONTCALM. —— CAPITULATION DE QUÉBEC

La bataille d'Abraham, considérée au point de vue du nombre, ne fut qu'une sanglante escarmouche, puisque les deux armées réunies ne formaient pas dix mille hommes. Mais, observée au point de vue des résultats, elle est un événement dans le xvm® siècle. Elle a sonné l'heure de l'indépendance américaine, d’où est née la grande république qui tend aujourd'hui à déplacer le centre de la civilisation. Les Anglais n'avaient eu que six cent soixante-quatre hommrs tués, blessés et manquants. Lez régiments qui avaient le plus souffert étaient ceux des Highlanders, du Royal- Américain et d'Anstruther, les trois qui s'étaient battus contre les Canadiens. La perte des Français n'avait guère été plus considérable que celle des Anglais. Elle était de sept à huit cents hommes tués, pris ou blessés, d’après le Journal tenu à l'armée; seulement de six cents soldats et de quarante officiers, au rapport de Vaudreuil.

Mais jamais déroute n'avait été plus complète : elle fut d'autant plus irrépressible, qu'il n'y avait pas de

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« Triste spectacle pour ceux qui regardaient des fenêtres de l'hôpital général, écrit M. de Foligné. Jamais je ne me serais imaginé que la gerte d’un général pouvait causer une déroute que j'ese dire sans exemple. »

Les détachements de milices canadiennes, appelés dès le matin du saut Montmorency pour garder l'ouvrage à cornes, et qui se composaient des meilleurs coureurs des bois, avaient bondi comme des lions dans leurs cages en voyant l'armée taillée en pièces sans pouvoir LL: porter secours.

Le tumulte et l'effarement augmentaient dans la place à mesure que les troupes s’y entassaient. Les derniers régiments étaient encore sur l’autre rive, celui de Royal-Roussillon même venait à peine de déboucher des rues du Palais, qu’un cri général retentit dans l'enceinte : « Il faut couper le pont de bateaux ! » De vieux officiers, tels que les capitaines de Montgay et de La Mothe, criaient tout haut au marquis de Vaudreuil que l'ouvrage à cornes allait être dans un instant pris d'assaut, le sabre à la main; que toute l'armée serait laihee en pièces sans merci, et que la seule chose qui pouvait la sauver était une capitulation immédiate et générale, livrant le Canada à l'Angleterre.

S'il fallait en croire Johnstone, l'nnique témoin

qui ait laissé un récit circonstancié de cette scène, il aurait été le seul qui eût gardé son sang- froid et sa présence d'esprit. On a déjà vu comment, au début du siège, il avait voulu faussement s’attribuer le mérite d’avoir le premier indiqué à Lévis l'existence des gués de la rivière Montmorency. Il prétend encore que c'est lui qui, dans cette dernière occasion, a empêché que le pont de bateaux ne fût coupé et que Vaudreuil ne signât sur-le-champ la capitulation. Son récit, quant au reste, paraît digne de foi et jette du jour sur les premières heures qui suivirent la bataille.

« Grâce, dit-il, au crédit dont je jouissais dans l'armée, à cause de l'estime et de la confiance que M. de Lévis et M. de Montcalm m'avaient toujours témoignées publiquement, j'allai trouver M. Hugon, chargé de livrer les laissez-passer dans l'ouvrage à cornes, et je le priai de m'accompagner au pont. Nous y courûmes, et, sans demander qui avait donné l'ordre de le couper, nous renvoyâmes les soldats, dont les haches étaient déjà levées pour exécr + cet acte insensé et coupable.

« M. de Vaudreuil s'était enfermé dans une maison située dans l'ouvrage à cornes avec l'intendant et quelques autres personnes. Je soupçonnai qu'ils étaient occupés à rédiger les articles de la capitulation, ct j'entrai dans la maison. Je n’eus que le temps de voir l'intendant, une plume à la main, écrivant sur une feuille de papier. M. de Vaudreuil me dit que je n'avais pas le droit d'assister aux délibérations. J'e lui répondis qu'il avait raison, et je me retirai la rage dans le cœur. »

Johnstone était. encore sous le coup de la rebuf-

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fade qu'il venait de s'attirer, quand il vit s'approcher M. Dalquier, commandant le Béarn, vieil officier aussi loyal que brave, couvert de cicatrices apportées des champs de bataille. Johnstone s’emporta devant lui contre Vaudreuil, et conjura Dalquier de ne point consentir à la honteuse capitulation qu'allait proposer ce gouverneur, laquelle, d’un trait de plume, ferait perdre à la France une colonie dont la conservation avait coûté tant de sang et de dépenses. Johnstone, ayant perdu son cheval, prit à pied le chemin de Beauport pour aller rejoindre Poulariés, resté dan: le ravin. À peine avait-il fait trois ou quatre cents pas, qu'il vit venir cei officier au grand galop de son cheval. Il l’arrêta et lui répéta. ce qu'il venait de dire à Dalquier. Poulariés répondit que, plutôt que de consentir à une capitulation, il aimerait mieux verser jusqu'à la dernière goutte de son sang. Il dit ensuite à Johnstone d'aller prendre possession de sa maison, de s’y resarder comme chez lui et de s’y rendre immédiatement pour y prendre quelque repos. Puis, piquant des deux, il partit comme un éclair pour l'ouvrage à cornes.

« Je continuai ma route, reprend le chevalier, le cœur navyré, à la pensée de mon ami bien-aimé, M. de Montcalm, l'esprit bouleversé, perdu dans un abime de réflexions à la vue des changements que la Providence avait amenés dans l’espace de trois ou quatre heures. »

Rarement, en effet, un revirement de fortune avait été plus soudain et plus complet. La veille encore, tout faisait espérer une prochaine délivrance : la saison avancée, l'armée assiégeante découragée après plus

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