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Le capitaine de Beaujeu, surnommé le héros de Monongahéla. -
ensemble les assaillants par une attaque simultanée.
Le corps de Lewis descendit la côte et se perdit bientôt dans la brumeuse obscurité. Peu après les derniers bruits de pas et de froissements des broussailles s'éteignirent, et Grant avec ses compagnons attendit, au milieu d’un silence mêlé de confiance et d'anxiété. Les heures s’écoulèrent, et aucune rumeur ne rompit le calme de la nuit. Les premières blancheurs de l’aube commençaient à dessiner la cime des arbres, et pas un coup de fusil, pas un cri n'avaient retenti. Enfin de nombreux briits de pas parureri monter de la plaine en se rapprochant, sans qu'on pût rien voir, car les vapeurs de la nuit s'étaient condensées en une épaisse brume. Au grand déséspoir de Grant, c'était le corps de Lewis qui revenait ” après s'être égaré au milieu des taillis ensevelis dans les ténèbres et après avoir erré de droite et de gauche dans un état de confusion tel, qu'il avait fallu à la fin renoncer à l'attaque. L'éveil n'avait pas même été donné aux sauvages ni aux sentinelles. Le coup était manqué; du moins Grant, le crut. Il eût bien mieux valu renouveler la même tactique que d’exécuter le plan insensé qu'il adopta. Il commença par envoyer cinquante montagnards, sous la conduite de deux offciers, mettre le feu à un grand magasin bâti dans la clairière, à quatre arpents du fort. Il détacha ensuite deux cents hommes, moitié du Royal-Américain, moitié des Virginiens, avec le major Lewis, pour aller se mettre en embuscade à l'endroit où il avait laissé ses bagages, s’imaginant que les Français seraient tentés d'aller en faire le pillage. Pendant cet intervalle, l'aurore avait paru et
le brouillard s'était en partie dissipé. Grant commit alors l’imprudence de subdiviser sa petite armée déjà affaiblie, comme s’il eût cru que les Français n'étaient qu’une poignée dans le fort. Peu de jours auparavant, il y était arrivé un renfort de deux cent quarante hommes, conduits par un officier d'une grande intelligence et d'une plus grande valeur, le capi-. taine Aubry, des troupes de la Louisiane. Le chiffre total de la garnison était en ce moment de mille Français.
Le capitaine Mackenzie fut envoyé avec quatre cents hommes, la plupart montagnards, pour côtoyer à gauche la rivière Monongahéla, en s’avançant vers le fort, tandis que le capitaine Macdonald, avec un faible détachement, marcherait à droite, au bord de l'Ohio, en faisant battre la générale, afin d'attirer l'attention des Français et leur faire croire que la principale attaque venait de ce côté. Grant espérait par cette ruse faire évacuer le fort et donner le temps à son principal corps de-s'y avancer, et, sinon de le surprendre, du moins de faire beaucoup de prisonniers. À peine les premiers coups de tambours eurentils éclaté, que d'immenses cris de guerre retentirent dans tout le camp indien et dans l’intérieur du fort, dont la garnison, dit M. du Vernys, fut sur pied et prête à marcher « en 1aoins de six minutes ». Mais les sauvages, saisis de panique, ne songèrent d’abord
’à se sauver de l’autre côté de la rivière avec leurs effets. Il fallut tous les efforts de M, du Vernys et, de quelques autres officiers pour les amener au combat. Les Canadiens qui logeaient dans le village échelonné près de l'Ohio, réveillés par la lueur de
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l'incendie, étaient accourus pour l’éteindre et avaient découvert l'ennemi. Une troupe de deux cents d’entre eux essayéront de couper la retraite au détachement de Macdonald, qui eut beaucoup de peine à se replier vers Grant, resté sur l’éminence avec une centaine d'hommes. Macdonald tomba raide mort, pendant cette fuite, avec plusieurs de ses soldats.
Le capitaine Aubry était sorti du fort avec un détachement de cinq cents hommes, et, sans se laisser tromper par le bruit du tambour et des fifres, marcha droit contre le corps de Mackenzie, en suivant le bord de la Monongahéla. Plusieurs des Français s'étaient armés si précipitamment, qu'ils étaient sortis en chemise. :
L'engagement de ce côté fut des plus vifs. Les Écossais, n'ayant jamais combattu en guérillas, soutinrent le choc dans la plaine ouverte avec leur intrépidité ordinaire. Les Canadiens, se dispersant sur la
lisière de la forêt, les décimèrent avec une effroyable
rapidité.
L'étrangeté de cette situation, toute nouvelle pour les montagnards; les hurlements des Indiens, qui faisaient retentir les échos; la vus de ces monstres nus, à panaches de plumes, assommant les blessés et leur levant la-chevelure, les glacèrent d'épouvante. Ils lâchèrent pied et s’enfuirent vers l'éminence, dans un désordre indescriptible. Grant accourut pour les rallier et donna l'exemple du courage; mais ni les ordres ni les exhortations ne furent écoutés. L'imprudent major vit alors qu'il était perdu. Il reprit le chemin coupé dans la forêt qu'il avait suivi la nuit précédente, espérant rejoindre ses bagages avec son
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