‹ Montcalm et Lévis [microforme]Chapitre 3 sur 26 · LA SEEN E RP ES PRE ET DE · texte numérisé non relu

LA SEEN E RP ES PRE ET DE

arrière-garde, fortifiée du détachement du major Lewis. Mais quelle fut sa consternation de n'y trouver, en arrivant, que les cinquante hommes de Bullet! Lewis, entendant une fusillade prolongée qui se rapprochait, avait compris que le corps de Grant était en danger et battait en retraite. Il fit alors volte-face pour courir à son secours, et, afin d'y arriver plus vite, 1l marcha en ligne droite à travers la forêt au lieu de suivre le détour que faisait le chemin, ne soupçonnant pas que les deux détachements allaient ainsi se croiser sans se voir. Il fut bientôt arrêté et assailli de front et de côté par des escouades de Ganadiens et de sauvages.

Son détachement, culbuté en désordre, fut ads à l'Ohio, où une partie de ses gens se précipitèrent aflolés et se noyèrent; quelques-uns réussirent à atteindre la rive opposée et s’échappèrent; le reste prit la. fuite vers les bagages. Ils y trouvèrent les débris du corps de Grant et le piquet de Virginiens de Bullet, qui se défendait vaillamment et protégeait la retraite. La plus grande partie de ce piquet se laissa abattre sans vouloir se rendre, et donna ainsi aux fuyards le temps de regagner les bateaux. Grant et Lewis furent faits prisonniers. Leurs ingénieurs étaient au nombre des morts. Des Ligneris avait dirigé l’action générale avec le même sang-froid qu'il avait montré devant l'armée de Braddock

L'auteur du Voyage au Canada, qui prit part à l'action, dit « qu'on fit trente-cinq prisonniers, dont sept par les sauvages, qui les donnèrent au commandant du fort. Les Français n'eurent qu'un homme de tué et cinq biessés. Le motif de ce peu de perte de

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la part des Français, ajoute-t-il, c'est qu'ils combattaient derrière les arbres, landis que l'ennemi, particulièrement les Écossais, était à découvert ». Les Anglais, qui mettaient toujours au plus bas le chiffre de leurs pertes, avouèrent qu'ils avaient eu deux cent soixante-treize hommes tués, blessés ou disparus.

Dans cette affaire, il n'y eut d'égale à la témérité de Grant que l’intrépidité des Canadiens. Surpris à l’improviste, ils ne perdirent pas un instant leur présence d'esprit, ne se contentèrent pas dé la garder défensive, mais « foncèrent » sur leurs assaillants, qu'ils mirent en déroute. Les Anglais purent se convaincre une fois de plus que les Canadiens n'avaient pas de rivaux dans ce genre de guerre.

Les sauvages, selon leur coutume, regagnèrent leurs villages « après avoir fait leur coup sans que l'on püt les arrêter! ».

Forbes, qui n'avait pas été prévenu de l'expédition, en fit des reproches à Bouquet, se bornant à ajouter que son ami Grant avait dû certainement perdre la tête.

M. des Ligneris profita de l’entrain imprimé à ses troupes par ce succès pour lancer de nouveaux partis de guerre afin de s'assurer de la marche de l'armée anglaise. Celui dont les exploits eurent le plus d'éclat

fut un corps de six cents hommes, Canadiens et .

Loups, qui, sous la conduite du capitaine Aubry, se porta sur le camp retranché de Loyalhannon. Il commença par enlever une énorme quantité de chevaux et tuer deux cents bestiaux; il défit ensuite un

4 Lettre de M, du Vernys.

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détachemént envoyé à sa rencontre, le poursrävit Jusqu'à une première ligne de défense dont il s'empara après en avoir chassé deux mille hommes, et tint bloqué pendant deux jours le camp retranché lui-même. Il ne se retira que ‘devant les régiments soutenus de l'artillerie, après avoir enterré ses morts, qui, au reste, étaient peu nombreux, et emporté ses blessés. Ils avaient fait douze prisonniers. Les Anglais s'étaient imaginé avoir affaire à douze cents Français et deux cents sauvages. Les troupes de l'expédition

s'en retournèrent presque toutes à cheval.

Un peu plus tard, une autre bande de quarantecinq Canadiens et sauvages, sous M. de Corbière, fit aux environs de Raystown une centaine de chevelures et sept prisonniers.

« Ces événements, remarque le capiiaïne Pouchot, doivent paraître extraordinaires; mai“ on en concevra la possibilité si on considère que les Anglais ne se portaient en avant qu'en tremblant ; que, lorsqu'ils étaient attaqués, ils ne pouvaient presque pas juger du nombre de leurs ennemis, parce que nos gens étaient toujours dispersés et cachés derrière les arbres. Les Anglais, au contraire, n’osant s’éparpiller dans un pays inconnu, demeurant toujours en corps, étaient écrasés par le peu d'hommes qui tiraient très

Juste. »

Les deux expéditions dé Grant et d’Aubry donnent la mesure des qualités respectives des deux armées. Grant, avec huit cents hommes des meilleures troupes anglaises, est abîimé et mis en complète déroute devant le fort Duquesne ; Aubry, avec six cents Cana-

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non, défendu par des forces écrasantes, tue ou enlève une grande quantité d'animaux et se retire triomphant, sans être entamé ni poursuivi.

Forbes venait alors de convoquer à Easton, de concert avec le gouverneur de la Pensylvanie, William Denny, un grand conseil des sauvages, auquel assistaient les délégués des Cinq-Nations, d’une partie des Loups ou Mohicans et de plusieurs autres tribus. Le déploiement des forces que le général poussait devant lui avait produit son effet sur l'imagination des Indiens, qui, rôdant sans cesse du fort Duquesne au camp anglais, se rendaient plus que jamais compte de la faiblesse des Français et sacrifiaient leurs sympathies à leurs intérêts. Durant les séances interminables du conseil, il y eut force discours, force protestations d'amitié, acceptation de branches de porcelaine.

Les craintes qu'avait exprimées Vaudreuil au ministre! peu de temps auparavant s'étaient réalisées. Le général Forbes avait attendu, pour paraître devant le fort Duquesne, que les sauvages, ennuyés d'un trop long séjour, s'en fussent retirés. Les vivres et les munitions, seuls moyens de les retenir, avaient commencé à manquer depuis la prise de Frontenac. Le brave capitaine Aubry venait, lui aussi, de repartir avec son convoi pour les Illinois.

M. des Ligneris, qui n'avait d'autre défaut que celui de s'enivrer quelquefois, s'était montré aussi actif qu'intrépide. Mais que pouvait-il maintenant

1 Vaudreuil à M. de Ma:stac, munistre de la Marine, 15 oc-

tobre 1758.

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