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avec les trois ou quatre cents soldats qui lui restaient contre une armée de six à sept mille hommes, munie d'une puissante artillerie?
Le soir du 14 décembre, la petite garnison du fort Duquesne, entassée sur des bateaux et des canots d'écorce, remontait la Belle-Rivière, gonflée par des pluies torrentielles. Au-dessus de la flottille passaient des bandes de gibier d'autemne, jetant par intervalles leurs cris stridents aux cimes des deux rives tachetées de blanc par les premières neiges. Tout à coup d'épouvantables détonations firent trembler les échos. Des Ligneris avait chargé, en partant, M. de Corbière de mettre le feu à toutes les constructions et de faire sauter le fort, puis de venir le rejoindre par terre. Il fit rebrousser chemin à l’un de ses canots, pour s'assurer que l’œuvre de destruction avait été bien accomplie. Son dessein était d’hiverner au fort Machault, en échelonnant ses troupes sur la ligne des forts qui reliaient ce poste avec Niagara.
L'avant-garde de Forbes, qui n'était guère qu'à trois lieues de Duquesne, entendit distinctement les coups de tonnerre des mines, Les éclaireurs indiens vinrent avertir ce général que le fort était abandonné et incendié, et que des nuages de fumée flottaient au-dessus du promontoire. Telle était la terreur qu inspirait encore le souvenir de la défaite de Braddock et celle de Grant, que le général n’en voulut rien dire à l’armée et continua sa marche avec un redoublement de circonspection. Le soir, la tête de la colonne, composée des miliciens, s’engagea dans la trouée ouverte dans la forêt par où Grant avait ppéré sa retraite quelques semaines auparavant, et
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déboucha dans l'éclaircie au delà de laquelle fumaient encore les ruines de ce qui avait été le fort Duquesne. Quelques Indiens fouillant parmi les décombres étaient les seuls êtres animés sur cé coin de terre que les Anglais avaient eu tant de peine à conquérir.
M. des Ligneris s'était bien donné garde de renouveler la faute commise par M. de Noyan à Frontenac, en laissant quoi que ce fût derrière lui qui pût servir à l'ennemi : il avait distribué aux sauvages tous les vivres et toutes les munitions qu'il n'avait pu emporter.
Le général Forbes avait épuisé le reste de ses forces dans cette expédition. Il ne s'arrêta que deux jours au fort Duquesne, pour donner ses derniers ordres et confier les deux cents hommes de garnison qu'il y laissait au commandement du lieutenant-colonel Mercer. Toujours étendu dans sa litière portée entre deux chevaux, il reprit péniblement la route de Philadelphie, où il languit tout l'hiver et mourut dans les premiers jours du printemps. Sa conquête n'avait pas été plus brillante que celle de Bradstreet ; mais elle avait porté un coup plus décisif, en ralliant à la cause britannique les tribus sauvages. Depuis l’origine de la guerre, le fort Duquesne avait été l'épine la plus cruelle dans le flanc des colonies.
Quand Forbes l'eut arrachée, un immense soupir de soulagement partit des bords de l'Hudson et se répéta jusqu'aux sources du Roanoke. Le nom de Forbes, rendu plus cher par une fin prématurée, fut béni dans toutes les familles et n’a pas été oublié.
La campagne de 1758 se termina avec la journée du 25 novembre. La petite armée française s'était
LA | noblement défendue sur toute la ligne des frontières, l depuis Louisbourg jusqu'à Duquesne; mais, écrasée D à par le nombre, elle avait été enfoncée sur les deux nl | ailes; le centre seul avait résisté, par un prodige de Dir | bravoure et un bonheur -inespéré. Les trois portes | par où l'Angleterre pouvait pénétrer au Canada n'en |] | | étaient pas moins ouvertes. Les petits forts de Caril- I À lon et de Niagara, abandonnés à eux-mêmes, ne pou-
| | | vaient qu'arrêter quelques jours les masses qui allaient | s'y porter. La défense n’était possible qu'au centre
(1108 | ll | | même de la colonie, en réunissant autour de Québec M | toutes les forces du pays. Montcalm et Vaudreuil, | | | séparés désormais par des haines invétérées, s’accor-
daient sur un point et poussaient le même cri : La paix ! seul moyen de sauver la colonie. Sa situation | leur paraissait tellement grave, qu'ils avaient décidé | d'un commun accord d'envoyer un exprès à Ver- | sailles, pour réveiller, si c'était possible, le roi et | | à ses ministres de leur torpeur, et leur faire comprendre A | | que, s'ils n'envoyaient pas les secours que demandait le marquis de Vaudreuil, la colonie était perdue. | Lil | Leur choix tomba sur Bougainville. Le commissaire h | des guerres Doreil, rappelé en France pour des | affaires de famille, fut chargé d'appuyer ses demandes HN / à la cour. Bougainville et lui devaient partir sur des | vaisseaux différents, afin que, si l’un était pris, l’autre | au moins eût la chance d'arriver. Montcalm et Vau- | |
dreuil avaient, outre les motifs d'intérêt, général, des raisons particulières d'envoyer un émissaire en France : | le premier, pour se justifier des plaintes portées (| contre lui pat Vaudreuil; le second, pour dégager
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