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I.e plan d'attaque, mûrement élaboré, consista

I );uis le siège el la prise de Louisbourv;. alin d'isoler complètement h1 Canada et de fermer aux secours qui pourraient être envoyés de France l'entrée du golfe Saint-Laurent :

Dans une invasion simultanée de la colonie par une nombreuse armée réunie au fort Lydius, dont les forces écrasantes ne permettraient pas aux faibles détachements français d'arrêter la marche par le lac Champlain sur Montréal et Québec.

(les deux attaques, savammenl combinées, préparées avec tous les moyens dont pouvait disposer le cabinel anglais, furenl conduites avec la même vigueur, sinon

avec le même succès.

Vïngl vaisseaux de ligne, dix-huit frégates, el quatorze mille hommesde troupes, sous le commandement du généra] A.mherst, furent .dirigés sur Louisbourg.

Les milices des colonies el les régiments envoyés d'Angleterre, formanl une masse de cinquante mille hommes, destines à opérer à la l'ois dans la vallée de

n>lii<> et sur le lac Champlain, reçurent pour chef le général Abercromby, sur la vigueur et l'énergie duquel

William l'itt comptail pour écraser enfin an adversaire à qui son infériorité numérique n'allait plus permettre une sérieuse résistance.

Quelle défense, en effet, pouvait opposer le Canada à ce formidable assaut? Une garnison de trois mille hommes, en y comprenant six cents miliciens et sauvages, défendait Louisbourg: cinq mille sept cent quatre-vingts hommes de troupes régulières, lis sauvages et les miliciens de quinze ans à soixante ans. au total quatorze à quinze mille hommes, gardaient sur le continent les divers postes épars sur des centaines de lieues, depuis l'embouchure du Saint-Laurent et les frontières d'Acadie jusqu'aux pays d'en haut.

La population était réduite à deux onces de pain par jour et les arrivages de France étaient attendus avec une impatience fébrile. « L'article des vivres me fait frémir, disait Montcalm dans une de ses lettres. Il nous est arrivé dans la rade de Québec une frégate, une prise anglaise que la frégate a faite chemin faisant, et dix navires chargés, partis de Bordeaux, portant des vivres arrivés au dernier moment, le peuple commençant à brouter et la substance du soldat réduite à demi-livre de pain encore pour un mois. »

Le 18 avril 1758, au moment où les préparatifs de la nouvelle campagne allaient commencer, le général, convaincu que la supériorité des forces ennemies ne lui permettrait plus de prendre l'offensive, écrivait à sa mère :

« Nous ne pouvons douter que les Anglais, qui ont reçu du renfort en automne, n'aient dans l'Amérique septentrionale, avec leurs montagnards d'Ecosse, vingt-trois bataillons de troupes de la vieille Angleterre bien complets. Quand même nous ne ferions qu'une défensive, pourvu qu'elle arrête l'ennemi, elle ne sera

pas sans mérite. Imaginez que je oe puis être en campagne avec des forces médiocres avanl sis semaii et toujours obligé de Licencier moitié de mon armée pour la récolte. Pour cette année-ci je croirai faire beaucoup <1<' paivr à tout; ainsi n'attendez rien de brillant; je veux être Fabius plus qu'AnnibaL etc'esl oécessaire.

Mutin, le lo avril, il disail au ministre : Nous sommes toujours dans la même position, grande disette de vivres, beaucoupde misère dans le peuple," de patience et de bonne volonté de la part du soldai qui est toujours réduit à vivre de cheval et à n'avoir qu'une demi-livre de pain, grande impatience de recevoir les secours en vivres que nous attendons de France. ••

Dans une telle situation, l'offensive étail impossible. Il fallait se préparer à recevoir le choc de l'ennemi et à résister de son mieux. C'esl ce que le général Taisait connaître le 16 juin au ministre, en ajoutant :

Nous combattrons, nous nous ensevelirons s'il le faut s<>us les ruines de la colonie. »

Pendant que le général Abercromby se hâtait de réunir ses troupes et les milices au fort Lydius, la Hotte anglaise, sous les ordres de L'amiral Boscaven, arrivait le 1 juin devant Louisbourg.

Les fortifications de la place, malgré tout ce qu'avait pu faire le gouverneur, M. de Drucourt, étaient en mauvais étal et touillaient en ruines. Les revêter nieiils des courtines étaient en partie écroulés, et il fallait enlever les décombres des maçonneries gisant au pied des remparts dont ils rendaient l'accès facile pour l'escalade. « Rien dans ce pays, dit un témoin du siège, ne tient ruiitre la rigueur des saisons. La terre de Louisbourg, quand elle est sèche, n'a pas plus de consistance que la tourbe et la cendre. L'air de la nier, joint aux pluies et aux neiges, détruit toute maçonne-

rie si elle n'est pas revêtue de madriers. Il y avait autant ;'i craindre du détonnement de notre canon que de celui de l'ennemi, et cette raison a souvent empêché d'en tirer. » (Rapport de M. de la Haulière, 6 août 1 1758. Dépôt de la Guerre.)

Le chevalier de Drucourt; convaincu qu'il valait mieux essayer de s'opposer au débarquement de l'ennemi, que de l'attendre derrière des murailles délabrées, disposa la plus grande partie de ses troupes le long de la côte; il établit en outre aux points les plus accessibles des batteries que protégeaient des abattis d'arbres. Pendant six jours, il réussit «à repousser toutes les tentatives des Anglais qui perdirent, dans ces divers engagements, plus de 500 hommes; mais une centaine de tirailleurs, conduits parle général Wolfe, ayant escaladé un rocher couvert d'épais buissons, parvinrent à s'y maintenir, grâce à l'appui des canons des vaisseaux, et permirent à d'autres troupes de mettre pied à terre. La garnison française, pour éviter d'être tournée, se vit dès lors contrainte de rentrer dans la place, après en avoir brûlé les faubourgs afin d'empêcher les assiégeants de s'y retrancher.

Les travaux du siège, qui furent conduits avec vigueur, commencèrent aussitôt. Dès que l'artillerie eût été débarquée, deux batteries installées sur des hauteurs dominant la rade commencèrent le 19 juin à tirer sur les navires et sur la ville. Les pièces qui défendaient l'entrée du port, couvertes de boulets et de bombes par la flotte anglaise, et celles des tranchées ayant été successivement démontées, M. de Drucourt. afin de s'opposer à l'entrée de l'ennemi dans le port, fit couler dans la passe, le 29 juin, deux frégates et quatre bâtiments marchands. Mais les travaux d'approche des assiégeants, favorisés par une brume épaisse, leur permirent d'établir de nouvelles batteries et d'augmenter la puissance de leur tir. Le 21 juillet, une bombe

tombée sur an des vaisseaux restés .1 flol y mit le feu el le lii sauter. Deux autres, atteints par les flammes <|u il vomissait furent également détruits. Les deux derniers parvinrent à grande peine à échapper au désastre en passant entre les navires embrasés et les batteries anglaises dont le tir redoublait pour augmenter l'incendie, a 11 y eut beaucoup de monde tué en y porlani du secours ; cela lil un triste et affreux spectacle. » I )e la Haulière.

M de Drucourt résistait de toutes se- forces auxattaques des assiégeants. Il savait que L'armée qui attaquail Louisbourg devait, après la prise de la ville, aller se joindre aux troupes «lu général A-bercromby pour envahir le Canada, et chaque jour de retard enlevait une chance à l'ennemi d'opérer sa jonction en temps utile. La femme du gouverneur lui apporta dans cette lutte acharnée le plus précieux concours. Pour encourager les troupes, elle allait chaque jour dans les batteries les plus exposées met ire le feu à plusieurs pièces de canon; elle visitait les blessés, les pansait et relevait par de douces paroles leur courage abattu. Sun mépris du danger el son admirable conduite contribuèrent efficacement à soutenir le moral des troupes el à prolonger la résistance jusqu'à la plus extrême limite. Mais 1rs murailles croulaienl de toutes parts bous le feu des assiégeants; plusieurs brèches qu'il était impossible de réparer rendaient facile un assaut meurtrier; les casernes étaient incendiées ; des deux derniers navires restés à flot, l'unavaitété enlevé par on coup de main de l'ennemi, l'autre brûlé; la garnison avait perdu par le feu des assiégeants et les maladies plus de quinze cents hommes, ceux qui survivaient étaienl excédés de fatigue el incapables de résistera une nouvelle attaque; il ne restait de la ville qu'un monceau de ruines, les remparts étaienl renversés el tmis les canons, sauf douze pièces, démontés. La place

avait pendanl deux mois tenu l'ennemi en échec.

Le 26 juillet, 1»' gouverneur réunil son conseil; lavis unanime fut qu'une plus longue résistance était impossible et que le moment de capituler était arrivé. Amherst, renseigné par des déserteurs sur la situation désespérée des assiégés el ayant déjà fait ses dispositions pour une attaque générale par terre et par mer exigea que la garnison se rendît prisonnière de guerre.

Pour éviter un assaut qu'il aurait été hors d'état de repousser et préserver les habitants du meurtre et du pillage. M. de Drucourt finit par accepter cette dur»; condition. « Je n'aurais pas hésité un instant, dit-il dans son mémoire sur le siège, à sacrifier le reste de la garnison ainsi que le peuple qui était dans la ville si j'avais aperçu le plus léger avantage1 pour le bien du service dit roi. »

La capitulation fut signée le 26 juillet et la place rendue le même jour. « Les soldats anglais n'y entrèrent pas seulement par la brèche, mais par dix endroits différents, auxquels les officiers supérieurs furent obligés de faire mettre des sentinelles pour empêcher le pillage et la licence. Au moment de la reddition, l'ennemi avait en batterie quarante-deux mortiers et soixante-cinq pièces de trente-six et de vingt-quatre, outre l'artillerie de vingt-quatre vaisseaux de ligne et dix-huit frégates. » (De lallaulière.)

La garnison, les matelots et les troupes de marine restèrent prisonniers de guerre. Les habitants furent transportés en France.

Les efforts désespérés du chevalier de Drucourt et des officiers sous ses ordres pour tenir dans une place à demi démantelée avaient immobilisé pendant de longues semaines la flotte anglaise et une armée entière devant les murs croulants de Louisbourg. Leur résistance prolongée avait empêché le général Amherst, retenu devant celle place, de s'embarquer avec ses trou-

pes el de Be porter sur Québec, «l< >nt l'attaque aurait perdu le Canada en obligeanl Montcalm à divise] forces pour faire face aux envahisseurs.

Pendanl que la première armée assiégeait Louisbourg, le corps d'invasion, forl de vingt-cinq mille hommes, se réunissait, sous 1rs ordres du général Abercromby, au fort Lydius. Neuf cents bateaux, cent trente-cinq grandes chaloupes devaient servirait transport des troupes sur les lacs Saint-Sacremenl et Champlain; l'artillerie el le matériel, les vivres et les munitions étaient chargés sur de nombreux radeaux: on n'attendait plus que le signal du départ. Soldats réguliers, bataillons écossais, miliciens, tous étaient prêts à marchera la voix de leurs pasteurs contre les Canadiens papistes el « a renouveler les jours où Moïse, les foudres de Dieu à la main, envoyail Josué contre les Amaléeiles ».

La confiance dans le sucées était générale, el les foi-ces considérables réunies pour accabler l'ennemi donnaient lieu de croire à tous que la résistance serait insignifiante. Les éléments eux-mêmes contribuaient à entretenir l'enthousiasme.

Au moment où l'armée s'embarquait sur le lac Saint- Sacrement, le ciel était pur e1 le temps superbe, dit un des membres de l'expédition ; » la flotte avançait au son dune musique guerrière. Les drapeaux. flottaient étincelants aux rayons du soleil el l'espoir du triomphe brillait dans tous les yeux. Le ciel, la terre cl tout ce qui nous environnait présentaient un spectacle enchanteur. Le soleil, depuis qu'il a commencé Sun cours dans les cieux, a rarement éclairé tant de beauté et «le magnificence. » Dwight.

Cet enchantemenl allait bientôt faire place à l'effroi et aux tristesses de la déroute.

Pendanl que le chevalier de Lé\ is, à la tête de quelques centaines d'hommes, devait tenter une diversion

au sud du lac Ontario, Montcalm partait le 2'i juin do Montréal pour le fort de Carillon autour duquel trois mille hommes étaient réunis le 30. Informé par ses éclaireurs des mouvements el de la concentration de l'ennemi sur les bords du lac Sainl-Sacrement, à l'emplacement même du fort William-Henry détruit l'année précédente, il envoya l'ordre àM. de Lévisde le rejoindre à marches forcées et fit presser les secours que le gouverneur devait lui expédier. Six cents hommes purent ainsi atteindre Carillon avant que la bataille fût engagée.

Le fort de Carillon, destiné à arrêter les tentatives d'invasion partant des forts Lydius et William-Henry, était situé sur un plateau accidenté, commandant la rivière de la Chute, par laquelle les eaux du lac Saint- Sacrement, après avoir franchi plusieurs rapides, viennent se déverser dans le lac Champlain. Ses murailles étaient faites de troncs d'arbres équarris, liés avec des traverses et soutenus par des épaulements en terre. Il pouvait contenir une garnison de trois cents hommes. Sauf du côté du lac, la place était environnée de bois à la lisière desquels s'élevait, à demi-portée de canon, une hauteur dominant la forêt. Montcalm, après avoir reconnu le terrain, lit entourer cette hauteur d'un retranchement solide. Il ordonna en même temps d'abattre tous les arbres aux alentours et leurs branches, renversées et aiguisées, s'entassèrent les unes sur les autres pour former, du fort à la hauteur, un rempart improvisé derrière lequel la garnison couvrait de ses feux le sol dénudé en avant des abattis.

Pour permettre aux travailleurs d'achever ces retranchements, Montcalm se porta en avant et poussa uneforte reconnaissance jusqu'au lac Saint-Sacrement, déployant ses troupes comme s'il allait prendre l'offensive. Son adversaire, le général Abercromby. trompé par celle démonstration, retarda son mouvement en

.i\;uii jusqu'à ce qu'il eut concentré toute son armée

el reconnu qu'il ne s'agissait q I une fausse attaque.

I e 6 juillet, après quatre jours d'hésitation, il s enga- 9ur !<• lac Saint-Sacremenl et chassa devanl lui les éclaireurs français qui se retirèrent le long ,Je la iiviôrede la Chute dans la direction de Carillon en [militant de tous les obstacles pour l'aire le coup de feu et entraver la marche de l'ennemi.

La retraite se serait accomplie sans pertes, si un détachement de trois cuis hommes ne s'était égaré dans

la forêt et, revenant inconsciemment sur ses pas, n'avait débouché au milieu des colonnes anglaises qui l'attaquèrent de tous côtés et, malgré sa résistance acharnée, finirent par le disperser. La moitié «les soldats qui te composaient furent pris ou tués: les autres parvinrent à se l'aire jour et à rejoindre à travers bois les avant-postes. Du côté des Anglais, les pertes furent aussi sensibles; une des premières balles échangées tua lord Howe. brigadier gênerai, le second d Abercromby et l'âme de l'expédition.

La lenteur avec laquelle s'avançait l'armée anglaise redoubla l'ardeur de Montcalm. En lui permettant d'achever ses préparatifs de défense, elle lui donnait la certitude d'arrêter l'ennemi dans sa marche et la chance de lui infliger peut-être une sanglante défaite, Il écrivit alors au gouverneur: « J'espère beaucoup de la volonté et de la valeur des troupes françaises. Je vois que ces gens-là marchent avec précaution et tâtonnent; s'ils me donnentle temps de gagner les hauteurs de Carillon, je les battrai. »

Le 7 juillet, au lever du jour, le général, parcourant le terrain où lalutte allait s'engager, désignait à chaque bataillon l'endroit qu'il devait achever de retrancher et défendre ensuite. Toutes les troupes s'y employèrent « avec une ardeur incroyable •■: les officiers, encourageant les soldats par leur exemple, travaillèrent eux-

mêmes, el dès le soir on fut en état de recevoir

les Anglais, dont 1rs postes avancés campèrent à trois quarts de lieue des retranchements.

Le 8, à 3 heures du matin, quatre cents hommes sous les ordres du chevalier de Lévis arrivaient au camp après avoir marché jour el nuit et occupaient, aux acclamations enthousiastes de l'armée, leur place de combat.

A l'aube, les abattis achevés. Montcalm prit le commandement du centre avec le Royal-Roussillon déployant son drapeau rouge et bleu, les quatre cents hommes amenés par Lévis et le bataillon de Berry ; le chevalier de Lévis eut sous ses ordres la droite de l'armée composée des bataillons de Guyenne et de Béarn, les troupes de marine et les milices canadiennes, rivalisant d'ardeur et d'entrain avec les -vieilles troupes de France : la gauche, appuyée à la rivière et commandée par M. de Bourlamaque comprenait les bataillons de la Sarre et de Languedoc, a Un soleil de Naples » brillait au-dessus des deux armées et embrasait l'air de ses rayons. « Mes entants, dit Montcalm. aux troupes qui l'entouraient frémissantes, la journée sera chaude! »

A midi et demi, les gardes avancées, tout en échangeant des coups de feu avec les éclaireurs anglais, se replièrent sur les retranchements. « Je vous amène les ennemis » . dit le capitaine Duprat qui commandait ces braves; et. comme on lui criait d'escalader les abattis : « Non, répondit-il, à Dieu ne plaise que je leur donne l'exemple ! » Et sous une grêle de balles il lit le tour des fortifications et rentra par les barrières dans l'intérieur des lignes. (Bougainville.

L'attaque commença par un feu des plus vifs, exécuté aux sons des fifres et des cornemuses. Les Anglais s'avancèrent vers les abattis sur quatre grosses colonnes débouchant des bois dans la clairière avec

des tirailleurs dans leurs intervalles Les deux premières colonnes marchèrent sur la gauche des Français, la troisième sur le centre, el la dernière, en grande partie composée de montagnards écossais, contre la droite.

I » après l'ordre de Montcalm . les Français, disp ^11 r trois rangs le long des retranchements, laissèrent froidemenl tirer sans riposter et s'avancer jusqu'à quarante-cinq pas les masses ennemies qu'une effroyable fusillade couvril alors de balles. Morts <-t blessés jonchèrent lesolpendanl que les rangs éclairris se reformaient aux cris des chefs pour s'élancer de iveau et venir se briser au pied des abattis.

A la droite, le chevalier de Lévis, voyanl l'ennemi s'acharner contre ses retranchements el gagner du terrain, ordonna aux Canadiens de faire une sortie «•( de prendre, par les bois, les assaillants à revers. Dispersés en tirailleurs, il- couvrirent de feux meurtriers ilonne anglaise qui, pour 1rs éviter, se rejeta sur iiiio e1 dût s'arrêter dans sa marche. Cette habile manœuvre répétée pendant le cours des assauts chaque n»is que les attaques se renouvelaient de ce côté brisa tout l'élan des agresseurs et leur infligea des pertes énormes. Des soldats écossais plus de neuf cents restèrent sur le terrain avec vingt-cinq officiers tués ou grièvement blessés.

A la gauche, le feu fui si vif que la colonne d'assaut ne put déboucher que par pelotons qui s'approchènenl jusqu'à vingt pas des retranchements, mais qui, accablés par le tir des Français, furent toujours dispersés et détruits. Lévis.)

Pendant ces attaques , une trentaine d'embarcations traînées à bras jusqu'au pied du portage, -'npprochèrent de la rive pour menacer la gauche de l'armée. I>u fort de Carillon, les canonniers leur envoyèrent plusieurs boulets qui en coulèrenl deux: quelques

coups de fusils tirés du rivage achevèrent <lo les mettre en fuite.

Repousses une première fois et ralliés hors de portée, les Anglais reformèrent leurs colonnes et « avec mie vivacité digne des meilleures troupes », marchèrent de nouveau sur les retranchements sous le l'eu le plus soutenu: mais ils durent se replier encore en désordre, laissant le terrain couvert de leurs morts.

Six fois, le général Abercromby, avec un acharnement infatigable, réunit ses régiments en masses et les lança contre les lignes que les Français défendaient avec une égale opiniâtreté; six fois ils vinrent jusqu'aux abattis pour reculer toujours devant les feux terribles qui les décimaient et les sorties à la bayonnette au milieu des amas de branches enilammées par le canon et la fusillade.

Vers 6 heures du soir, épuisés de fatigue et découragés, les Anglais se replièrent sur les bois. Quelque temps encore, pour cacher leur retraite, des coups de feu continuèrent sur la lisière de la foret, puis ils cessèrent avec la nuit.

Abercromby. dont les vingt mille hommes n'avaient pu entamer les lignes de Montcalm. en avait perdu pendant cette bataille quatre mille tués ou blessés. La lassitude extrême des vainqueurs ne permit pas de le poursuivre.

Dans la crainte d'un retour offensif, toute la nuit fut employée à réparer et à compléter les retranchements; mais des eclaireurs firent bientôt savoir que les Anglais, pris de panique, s'enfuyaient en désordre par le lac Saint-Sacrement. Le chevalier de Lévis . envoyé le 10 à la découverte, trouva sur le chemin suivi par les vaincus de nombreux blessés qu'il fît transporter à Carillon, des armes, des outils, des bagages, du matériel abandonné, et des barils de poudre jetés à l'eau qu'il prit le soin de faire repêcher.

I année, el trop petite armée du roi, — écrivait Montcalm le soir même de la victoire au commissaire des guerres Doreil, vient débattre ses ennemis : Quelle journée pour la France! Si j'avais eu deux cents Bauvages pour sen ir de tête à un détachement de mille 'iiiimiirs d'élite donl j'aurais confié le commandement au chevalier de Lé vis, il n'en sciait pas échappé beaucoup dans leur fuite.., Ah! quelles troupes, mon cher Doreil, que les nôtres! Je n'en ai jamais vu de pareilles. »

Le lendemain il Informait en ces termes le marquis de Vaudreuil du succès remporté : L'armée a résisté avec un courage héroïque à toutes 1rs attaques. Il y a eu dans tous les points également du danger, et pendant fort longtemps ; heureusemenl aucune troupe ne - est démentie. MM. les officiers y ont l'ait des choses surprenantes, «1rs prodiges de valeur, et leur exemple a l'ait faire des choses incroyables au moindre soldat. Les troupes de la colonie et les Canadiens nous ont t'ait regretter de ne pas en avoir un plus grand nombre... Tous les commandants des corps, et généralement tous les officiers, se sont comportes de façon que je ii ai eu que le mérite de me trouver général de troupes aussi valeureuses el d'avoir attention de les l'aire secourir successivement suivant que les parties de notre abattis étaienl plus ou moins vivement attaquées.

Ce que ne disait pas Montcalm, c'est que pendant toute l'action il .avait, en se portant sur les divers pi dut s menacés, donné l'exemple du courage le pins héroïque et de la plus entraînante ardeur. Aussi sa petite armée, enflammée par ses paroles et ses actes, se battit-elle avec une admirable intrépidité aux cris enthousiastes de : « Vive le général! »

Si les pertes des Ajiglais étaienl considérables, elles atteignaient le quart de leur effectif , celles des Fran-

çais étaient sensibles el ce n'étail pas sans voir tomber un f i < >| » grand nombre «les leurs <|n'ils avaienl résiste aux charges désespérées des colonnes d'Abercromby. trois cent soixante-dix-sept hommes cl trente» huit officiers avaient été lues ou blessés dans cette glorieuse journée;'M. de Bourlamaque, qui avait déployé dans son commandement le plus beau sang-froid et une intrépidité à toute épreuve, était blessé dangereusement à l'épaule; le chevalier de Lévis avait reçu plusieurs balles dans ses vêtements : Bougainville était blessé.

Montcalm signala le 12 juillet la brillante conduite de ses lieutenants et de tous les ol'licicrs français et canadiens: il demanda pour eux au ministre les récompenses qu^ils méritaient. « Si jamais, lui disait-il, il y a eu un corps de troupes digne de grâces, c'est celui que j'ai l'honneur de commander. Je vous supplie. Monseigneur, de l'en combler. »

Quant à lui. heureux de son succès, mais attristé par ses dissentiments avec le gouverneur et l'impuissance où il se trouvait de remédier aux maux dont souffrait la colonie, il ajoutait en terminant : « Pour moi, je ne vous en demande d'autre que de me faire accorder par le roi mon retour : ma santé s'use, ma bourse s'épuise. Je devrai 10.000 écus au trésorier de la colonie, et plus que tout encore l'impossibilité où je suis de faire le bien et d'empêcher le mal me détermine à supplier avec instance Sa Majesté de m'accorder cette grâce, la seule que j'ambitionne; jusqu'alors je donnerai volontiers le dernier souffle de ma vie pour son service. »

Montcalm, en écrivant ces lignes, avait-il le pressentiment du sort qui lui était réservé?

En attendant la réponse du ministre, il fallait continuer à se défendre et à tenir les Anglais en échec. Les reconnaissances, effectuées par de hardis volontaires

canadiens el quelques sauvages arrivés au camp après la bataille, firenl connaître que les adversaires s.- retranchaient au forl Lydius, el qu'un gros corps de troupes B'étail mis en route sous les ordres du colonel Bradstreet, des milices américaines, dans la direction de l't mest. Montcalm, que ce renseignement remplil d'inquiétude, le transmit sans délai à Montréal.

Le général A.bercromby, informé que le chevalier de Lévis, qui devail au début des opérations se porter sur le lac Ontario, avait été rappelé au secours de Montcalm el que 1«- forl Frontenac ne renfermait qu'une faible garnison, avait, en effet, songé à s'emparer de ce poste important. Bradstreet détaché avec trois mille hommes et onze canons devait, en liàtant sa mari he, le surprendre et l'enlever avant <|u il pût être secouru.

Après avuir descendu la rivière des Onnontagués et traversé sans obstacle le lac Ontario, il arrivait le 25 août en vue de la place qui n'était gardée que par soixante-dix hommes sous les ordres de M. de Noyan, vieil officier des troupes de la colonie.

Le gouverneur avait commis la faute impardonnable de laisser presque sans défense ce fort de Frontenac, qui était notre principal entrepôt dr vivres et de munitions pour 1rs postes des pays d'en haut, de marchandises pour la traite avec les sauvages, et qui servait de porl d'attache àla flottille destinée à nous assurer la domination sur les grands lacs. Il y avait quatre-vingts pièces de canon dans la place; une partie des approvisionnements des bateaux et de l'artillerie y avait été amenée lors de la prise du fort de Chouaguen. L'abandon dans lequel ce point était laissé allait avuir pour le Canada des conséquences désastreuses.

M. de Noyan, malgré le petit nombre de soldats dont il disposait, opposa ans Anglais lapins vive défense et supporta pendant deux jours le feu de l'artillerie, qui détruisit les bâtiments intérieursel démantela

l'enceinte de pieux. Le 27 août, la brèche ouverte el l'assaut imminent, il se rendit.

« Les ennemis, écrivit Montcalm au ministre, se sont emparés du fort Frontenac qui, à la vérité, ne valait rien; mais ce qu'il y a de plus fâcheux, ils ont pris beaucoup de vivres, beaucoup de marchandises, quatre-vingts canons grands et petits, et détruit la marine, qui étail due à ma prise deChouagucn. en brûlant cinq de nos bâtiments et en emmenant deux; cette marine nous assurait la supériorité sur le lac Ontario (pie nous perdons en ce moment. »

Revenant alors sur la détermination qu'il avait prise de rentrer en France, le général achevait sa lettre en ces termes :

« J'avais demandé mon rappel après la journée glorieuse du 8 juillet, mais puisque les affaires de la colonie vont mal, c'est à moi de tâcher de les réparer ou d'en retarder la perte le plus qu'il me sera possible. »

Sa destinée devait s'accomplir.

Après avoir chargé sur ses embarcations tout ce qu'il put emporter et renvoyé la garnison sur parole, Bradstreet détruisit le fort de fond en comble et se retira au sud du lac Ontario, où il rétablit le fort Bull.

Un détacbementde quinze cents miliciens et de sauvages envoyé de Montréal par le gouverneur à la réception de l'avis de Montcalm laissant pressentir cette attaque sur Frontenac, apprit à moitié route la reddition delà place, et dut revenir sur ses pas après avoir renforcé la garnison du fort Niagara qui ne se composait également que de quelques hommes, et qui aurait pu être enlevée avec la même facilité.

Cet échec ne fut pas le seul que le manque de forces devait nous infliger. L'énorme supériorité numérique de l'ennemi, malgré les pertes qu'il subissait et une

défaite humiliante comme celle de Carillon, lui permettait d'attaquer en force nos possessions sur tous les points.

Pendanl qu'Abercromby opérail vers le lac Champlain, il avait chargé le général Forbes de descendre dans la vallée de I < mio el de marcher sur le fort Duquesne. Six mille cinq cents) mes de troupes régulières el de milices de la Virginie, que commandait le colonel Washington, prirenl pari à celle expédition. Le souvenir de la défaite de Braddock lit choisir aux Anglais une aouvelle route pour traverser les montagnes el les forêts; aussi la marche de cette année fut-elle des plus lentes: au mois de septembre elle étail encore à quinze lieues du for! Duquesne : Forbes lit halte en cel endroit, el le major Grant, avec un détachemenl d'un millier d'hommes, recul l'ordre d'aller reconnaître le terrain. Cet officier, s'avançant rapidement au milieu des bois, parvint à un quaii de lieue de la place sans avoir donné l'éveil, et se cacha dans les fourrés. Sun intention étail d'attaquer pendant la nuil les sauvages campés autour de l'enceinte, mais le commandant du fort, M. deLigneris, fut bientôt avise de son approche par ses éclaireurs. Il réunil aussitôt huit cents hommes, qui se jetèrenl sur l'ennemi, le chassèrent à travers huis, en tuèrenl ou blessèrenl plus de trois cents et en prirent une centaine parmi lesquels vingt officiers et le major < iiant lui-même.

Les fuyards, épouvantés par ceiie ardente poursuite, rejoignirent le général Forbes. Celui-ci, redoutant le sorl de l'infortuné Braddock, mis en déroute dans les mêmes parages, n'osa pas s'avancer davantage, et réunil un conseil de guerre dont l'avis fut qu'il étail impossible de continuel- la campagne, car li - français étaient sur leurs gardes et les neiges commençaient à couvrir le sol.

Malheureusement la destruction du fort Frontenac el «les approvisionnements qu il contenait ne permit pas de faire passer au fort Duquesne les choses les plus nécessaires, el le défaut de subsistances obligea le commandant, M. de Ligneris, à renvoyer dans la colonie un grand nombre de Canadiens H presque tous les sauvages. Le 18 octobre, il écrivit au gouverneur pour l'informer de la situation désespérée dans laquelle il se trouvait.

« Le fort Duquesne, lui disait-il, est encore au roi, mais je ne sais si nous le conserverons longtemps ■. Je n'ai bientôt plus de vivres, et les marchandises me manquent. Il en faut pourtant pour que les sauvages de la Belle Rivière continuent d'être pour nous, comme ils paraissent actuellement. Je n"ai plus rien à leur donner, ni même de quoi habiller la garnison si, comme je l'espère, nous passons ici l'hiver... Je suis dans la plus triste situation qu'on puisse imaginer, mais je nie tirerai d'embarras le mieux qu'il me sera possible. »

Ce que craignait cet officiel' allait bientôt se réalise!-.

Le général Forbes, informé par des déserteurs que les sauvages auxiliaires avaient été renvoyés et que la garnison du fort Duquesne était réduite à deux cents hommes sans vivres pour soutenir un siège, laissa dans son camp ses bagages et marcha sur le fort avec toutes ses troupes. M. de Ligneris, averti de son approche et ne pouvant compter sur aucun secours, lit placer ses canons et ses malades sur des bateaux qu'il envoya aux Illinois, brûla les bâtiments en bois servant d'habitation et de magasins, détruisit les retranchements et se retira au fort Machaùlt, élevé à l'embouchure de la rivière aux Bœufs. Il ne laissait aux ennemis qu'un monceau de ruines.

Les communications avec la Louisiane étaient inter-

ceptées; les pays d'en haut isolés de ta colonie; Louisbourgétail détruit, el la flotte anglaise, maîtresse des mers, bloquait l'entrée du Saint-Laurent. Ainsi que le disait l'hiver précédent le 'lie val in- de Lévis aux soldats qui se plaignaient de voir leur ration diminuée et c pi i répugnaient à manger du cheval, le Canada était eE réalité une place assiégée privée de toul secours.

Aussi Montcalm écrivait-il dès le I " septembre au ministre :

« Monseigneur, la situation de la Nouvelle-France esl des plus critiques si la paix ne vient pas an secours. I ies Anglais réunissent avec les troupes (.le leurs colonies mieux de cinquante mille hommes; nonobstant l'entreprise de Louisbourg, ils en ont eu trente mille qui ont agi cette campagne vis-à-vis le Canada. Qu'opposera cela?Hui1 bataillons qui font trois mille deux cents hommes; le reste, troupes de la colonie, dont mille deux cents seulement en campagne, le surplus à Québec, Montréal, la Belle Rivière, pays d'en haut: puisles Canadiens, il n'y eu a eu cette année en campagne qu'environ mille deux cents. J'appelle en campagne ceux qui l'ont faite entière. ( )n a prêté deux mille quatre cents Canadiens, depuis le l.'i juillet qu'on n'en avait plus besoin, jusqu'au 12 août qu'on les a demandes pour la récolte, Pourrait-on en tirer meilleur parti? Je le crois ; cependant on n'en pourra jamais tenir pendant cinq mois au delà de trois mille sans ruiner le pays. Les sauvages sont bons pour les courses: il ne faut pas compter sur eux pour le fond d'une armée. Avec si peu de forces, commenl garder sans miracle depuis l'Ohio jusqu'au lac SainV-Sacremenl , et s'occuper de la descente à Québec, chose possible ? Qui écrira le contraire de ce que j'avance trompera le roi. Quelque peu agréable que cela soit, je dois le dire comme citoyen. Ce n'est pas découragement de ma part ni de celle des troupes, résolus de nous ensevelir sous les

ruines de la colonie : mais les Anglais niellent sur pied trop de forces dans ce continent pour croire que les nôtres y résistent et attendre une continuation de miracles qui sauve la colonie de trois attaques. » (Dépôt nV la Guerre. 1 vol. 3.498.

Doreil écrivait de son côté : « Que la paix se fasse ce1 hiver, sans quoi le Canada est perdu sans ressource. Outre l'extérieur, son intérieur est une machine mal montée, qui est toujours prête à crouler. Il n'y a plus guère à espérer : malgré tous les soins et les talents de M. de Montcalm, je ne serais pas surpris si l'ennemi était maître de la colonie avant l'arrivée des premiers secours du printemps. »

Lévis disait également :

« Notre position devient tous les jours plus critique

et la besogne beaucoup plus difficile Après la

prise de Louisbourg les ennemis seront beaucoup plus à portée d'intercepter les secours destinés pour cette colonie, dont nous avons les plus grands besoins pour la campagne prochaine, quelque économie que

nous fassions sur nos vivres pendant l'hiver La

paix est bien à désirer pour ce pays. »

Le marquis de Vaudreuil exprimait le même avis dans une lettre du 2 septembre au ministre : « La paix me paraît d'une nécessité absolue pour cette colonie... Si la guerre continue l'année prochaine, il faudra que Sa Majesté nous envoie de puissants secours en vivres, hommes et vaisseaux pour pouvoir balancer les forces des ennemis. »

« La situation. — disait-il encore le 6 septembre, —

devient chaque jour plus triste et plus critique Je

dois m'attendre à être attaqué de tous côtés. »

Enfin pour éclairer la Cour et exposer la détresse extrême de la colonie ainsi que le sort dont elle était menacée. M. de Vaudreuil, d'accord avec Montcalm. envoya en France l'aide de camp Bougainville. .Celui-

ci fui bien accueilli à \ ersailles : le roi nomma le vainqueur de Carillon lieutenanl général el commandeur de L'ordre de Saint-Louis; Lé vis maréchal de camp, deBourlamaque brigadier; M. de Vaudreuil grand crois de Saint-Louis, Bougainville colonel el chevalier de Saint- Louis; toutes les récompenses demandées par le général pour ses officiers furenl accordées; on chanta un Te Deum à Paris en l'honneur de la « victoire de M. de M nul «al m en Amérique » et on inséra le rapport du gouverneur sur cette glorieuse bataille dans la Gazette de Frani

Mais le ministère après avoir examiné toutes les , ress 'ces disponibles, l'ail le recensement des arsenaux, des ports el des magasins, reconnut qu'il ne pouvait envoyer à la Nouvelle- France que trois cenl vingt-six recrues et le tiers des vivres si ardemment réclamées. Les campagnes en Allemagne, où l'on n'éprouvail que des défaites, absorbaient toutes les forces delà mère patrie. Comme Bougainville insistait auprès du ministre delà Marine Berryer, créature inconnue de Madame de Pompadour, ce dernier lui répondit : « Monsieur, quand le l'en est à la maison, on ne s'occupe pas de l'écurie! »

L'aide de camp, homme d'esprit, répliqua vivement : - On ne dira pas du moins, Monsieur, que vous parlez comme un cheval ! »

Bougainville pouvait retourner auprès de son chef: il savait qu'il n'y avait rien à attendre de la Cour et que le Canada était sacrifié.

Par les navires partis de Québec l'automne précédent. M ontcalm avait instamment réclamé des secours. Le L9 février 1759, le ministre de la Guerre, le vieux maréchal de Belle-Isle . lui répondit qu'il ne devait pas compter recevoir de troupes de renforts. « Outre qu'elles augmenteraient, lui disait-il, la disette des

vivres « 1 1 1< - vous a'avez que ir<>|» éprouvée jusqu'à présent, il sérail forl à craindre qu'elles ne fussenl interceptées par les Anglais dans [e passage; el comme le roi ne pourrai! jamais vous envoyer de secours proportionnés auxforcesque les Anglais sonl en étal de vous opposer, les efforts que l'on ferai! ici pour vous

en procurer n'auraient d'auti (T«'l que d'exciter le

ministère de Londres à en l'aire de plus considérables pour conserver la supériorité qu'il s'est acquise dans cette partie du » tinenl .

C même ministre, que les ordres du roi obligeaient a abandonner si honteusemenl les admirables défenseurs de la Nouvelle-France, ajoutait . <1<- sa main, cette recommandation vraimenl étrange après le refus de toul renforl :

Il est de la dernière importance de conserverun pied dans le Canada, quelque médiocre qu'en suit l'espace; car si aous l'avions perdu en entier, il serait rumine impossible de le ravoir. C'esl pour remplir cet objet que le roi compte sur votre zèle, voire coui votre opiniâtreté, H que vous mettrez en œuvre toute votre industrie, que vous communiquerez les mènes sentiments aux officiers principaux et tout ensemble aux troupes qui sonl sous vos ordres. »

Montcalm accusa réception de celle lettre dans des termes d'une simplicité et d'une grandeur antiques : J'ose nous répondre de mon entier dévouement à sauver cette malheureuse colonie ou à mourir. »

D lui restait trois mille deux cents hommes, les quelques recrues arrivées de France, quinze cents soldats

des troupes de marine et les milices.

Le gouverneur, comprenant que l'heure suprême était arrivée et qu'il fallail employer toutes les Forces disponibles pour résister à l'assaut formidable que la colonie allai) subir, ordonna la levée en masse de tous les Canadiens de seize à soixante ans. Son appel fui

entendu par ses compatriotes qui, malgré la faiblesse de son caractère, le savaient dévoué à leur cause et prêt à se sacrifier pour elle. Dix mille hommes quittèrent leurs foyers pour se joindre à l'armée : on vit, touchant et noble exemple de patriotisme, des entants de douze ans et des vieillards de quatre-vingts ans grossir les rangs des milices ou s'employer de leurs mains débiles, à défaut de bêtes de somme, aux charrois de vivres et d'artillerie. Il ne resta dans les campagnes, pour le travail de la terre, que les femmes et les petits enfants.

Quant aux sauvages, qui voyaient l'infériorité trop manifeste des Français et que les émissaires anglais cherchaient par tous les moyens à rallier à leur cause, ils refusèrent pour la plupart de quitter leurs bourgades; les Hurons, les Iroquois chrétiens et les quelques Àbénaquis ayant survécu à l'épidémie de petite vérole des années précédentes, répondirent seuls, au nombre de neuf cents, à l'appel du gouverneur et de Montealm.

Contre ces faibles forces, épuisées par les privations et les souffrances d'un long et froid hiver (1), l'ennemi disposait de quarante mille hommes de troupes, soutenus par vingt mille soldats de réserve. William Pitt confia le commandement de la principale armée à un jeune et ardent général, James Wolfe, qui s'était distingué au siège de Louisbourg.

Wolfe avait sous ses ordres douze mille hommes qu'une flotte de vingt vaisseaux et trente frégates, mon-

(1) La misère en était arrivée à ce point que les officiera mouraient de faim, et que, pour les aider à vivre, Montcalm dut sommer l'intendant de leur payer vingt sous par jour. Il le fil dans les termes les plus pressants: « Vous avez l'année dernière secouru le peuple, lui dit-il, L'officier chargé de le défendre devient peuple toutes les fois que ses appointements ne lui donnent pas de quoi vivre. ■

Le pain se payait 10 sous la livre, la pinte de vin 10 francs, la douzaine d'oeufs '<S francs. Les souliers valaient de 30 à iO francs la paire.

tes par plus de dix-huil mille matelots et artilleurs, devail transporter devanl Québec; le général Amherst, à i|ui la Chambre des communes avait voté des remerciements pour la prise de Louisbourg, remplaçait Abercromby; il allai! marcher avec douze mille hommes, par le lac Champlain, sur le centre de la colonie ettrejoindre sous Québec l'armée de Wolfe.

Une troisième armée, celle qui avail pris le fort Duquesne, était chargée, sous le commandement du généra] Prideaux, de tourner la colonie par les lacs. d'occuper le fort Nia-ara el de descendre par le fleuve St-Laurent jusqu'à Montréal.

Si le général Montcalm, disait Wolfe, trompe encore cette fois nos efforts, il pourra passer pour un habile officier. »

Le 25 juin, la flotte anglaise, après avoir évité, par une heureuse fortune qui surprit alors, les dangers de la navigation sur le fleuve, arrivait en vue de Québec. Elle avait été dirigée, au milieu des passes et des écueils du Saint-Laurent par un officier de la marine royale, Canadien d'origine , Denis de Vitré. Fait prisonnier, il avait accepté de servir de pilote à l'ennemi, contre promesse d'un grade et une somme d'argent. Cette infâme trahison fut largement récompensée. I tussieux.) Il y a des actes que tout l'or d'une na1 ion ne saurait effacer, et celui du misérable, qui ouvrait le Canada aux ennemis, est du nombre.

Malgré les menaces d'invasion parle fleuve, renouvelées .harpie année depuis le commencement de la guerre, les remparts de Québec étaient restés inachevés. Dès it.'iS. Montcalm avait signalé le danger au ministre: « Il y a deux ans, lui disait -il. que je ne cesse de parler de l'entreprise et de la descente que l'ennemi peut faire à Québec; on ne veut rien prévoir ni rien ordonner. »

Le 12 avril I7.V.>. il revenait encore sur le péril qu'il

entrevôyail : « A Québec, l'ennemi peul venir si nous n'avons pas d'escadre; cl la capitale prise, la colonie esl perdue: el cependant, nulle précaution. J'ai écrit, j'ai fait offre de mettre de Tordre pour empêcher une fausse manœuvre à la première alarme; la réponse : Nous aurons le temps! »

Funeste illusion! Et combien Montcalm, cette fois encore, voyait juste!

L'attaque prochaine de la flotte anglaise étant signalée, le général se rendit le 22 mai à Québec, où il fut bientôt rejoint par M. de Vaudreuil et le chevalier de Lévis. Après un sérieux examen de la place et de ses abords, tous trois reconnurent qu'elle n'était point tenable du côté de la campagne, où il n'existait pour la protéger qu'un simple mur de deux mètres de hauteur, sans fossé ni glacis. Afin d'empêcher l'ennemi de tourner la position et de la prendre à revers, il fallait à tout prix s'opposer à un débarquement et protéger la ville par un vaste camp retranché. Ce dernier prit le nom du village de Beauport qu'il renferma. Le Saint-Laurent en défendait le front, la gauche s'appuyait à la rivière Montmorency, descendant des montagnes par un profond ravin, et la droite était réunie à la ville parmi pont sur la rivière Saint-Charles, dont un barrage et deux navires coulés en arrière interdirent l'entrée. Des redoutes élevées le long des retranchements et sur les quais de la basse ville augmentaient la force de la position.

Les troupes et les milices furent disposées sur les emplacements qu'elles devaient défendre, et y campèrent; le chevalier de Lévis commandait la gauche. Bougainville la droite: Montcalm établit son quartier général au centre. Les deux frégates françaises et les bâtiments de commerce qui se trouvaient dans le port de Québec furent placés sous la direction du capitaine Vauquelin. jeune officier de marine d'une bravoure

éprouvée. Trop Faible pour résister à la flotte ennemie, il devail remonter le fleuve ei s'opposer de touti forces, avec L'appui des batteries de terre, aux tentatives que pourraient faire les Anglais pour le suivre m amonl de la ville, où les falaises abruptes bordant le fleuve interdisaient tout débarquement.

La flotte anglaise, parvenue à l'île d'Orléans, y débarqua l'armée d'invasion el vinl prendre position à la pointe, en face de la ville el du camp retranché.

Se [il brûlots avaienl été préparés par les Français pour incendier les bâtiments Lorsqu'ils seraient à l'ancre; Le 28 juin, par une nuit obscure, ils f urenl dirigés sur les navires qu'ils devaienl détruire, mais les hommes qui 1rs montaient y mirenl Le feu beaucoup trop tôt, et 1rs chaloupes anglaises, à L'aide de grappins, 1rs entraînèrent jusqu'à la berge où ils achevèrent de se consumer. D'autres essais, avec des radeaux enflammés, restèrent également sans résultat, e1 la flotte anglaise put s'embosser el se préparer à couvrir la ville de ses feux.

Pendant ce temps, Wolfe, après avoir vainemenl essayé de faire sortir Montcalmde ses retranchements, employait une partie de sou armée à construire de l'autre côté du fleuve, sur la pointe de Lévis, plusieurs batteries qui, le 12 juillet, commencèrent à tirer en même temps que La Hotte sur les maisons de Québec. Pendant deux mois le bombardement ne se ralentit pas. allumant de tous côtés des incendies que là population, aidée des troupes, parvenait difficilement à .teindre, et détruisant presque entièrement la basse

Ville.

En attendant le général Amherst, qui devait le rejoindre sous les murs de Québec, Wolfe lit ravager avec une impitoyable férocité tous les environs de la ville, incendier les fermes, brûler quatorze cents mai- Bons, massacrer les habitants, égorger Les Initiaux.

couper les arbres fruitiers, el faire un désert de ces malheureuses campagnes, sans parvenir à ébranler son adversaire (1 . Montcalm restait enfermé dans la ville e1 le camp retranché, repoussant toute tentative de descente en aval ou en amont, et laissant les Anglais se morfondre dans l'île d'( Orléans et dans le camp ('levé' pareux à gauchedu ravin de Montmorency près du village de l'Ange gardien. C'était la base des opérations que Wolfe, las d'attendre inutilement Amherst, se dérida à entreprendre seul contre les positions françaises.

Le 31 juillet, un vaisseau de soixante canons et deux frétâtes vinrent s'embosser à gauche des retranchements de Beauport contre lesquels ils commencèrent un feu terrible, pendant que des hauteurs au delà du Sault Montmorency une batterie de vingt-six pièces prenait le retranchement à revers. A marée basse, les troupes anglaises campées de l'autre côté de la rivière descendirent en colonnes, sous la protection de leur artillerie, jusqu'au gué qu'elles passèrent au dessous du Sault, et se réunirent à celles qui, venant de la pointe de Lévis, débarquaient sur la berge, appuyées par le l'eu des frégates. Formées en bataille, elles s'avancèrent

(1) En môme temps qu'il semait ainsi l'épouvante dans les campagnes, Wolfe faisait répandre dans la contrée le manifeste suivant :

« Son Excellence, piquée du peu d'égards que les habitants du Canada ont eu à son placard du -29 juin dernier, est résolue à ne plus écouter les sentiments d'humanité qui la portent à ménager des gens aveuglés sur leurs propres intérêts. Les Canadiens par leur conduite se montrent indignes des offres avantageuses qu'il leur faisait. C'est pourquoi il a donné ordre aux commandants de ses troupes légères et autres officiers de s'avancer dans le pays, pour y saisir et emmener les habitants et leurs troupeaux, et y détruire et renverser ce qu'ils jugeront à propos. Au reste, comme il se trouve fâché d'en venir aux barbares extrémités dont les Canadiens et les Indiens leurs alliés lui montrent l'exemple, il se propose de différer jusqu'au 10 avril prochain à décider des prisonniers, envers lesquels il usera de représailles, à moins que, pendant cet intervalle, les Canadiens ne viennent se soumettre aux termes qu'il leur a proposés dans son placard, et par leur soumission toucher sa clémence et le porter à la douceur. Donné à Saint- Henri, le 25 juillet 1759. Joseph Dalling, major des troupes légères. »

vers les retranchements; à leur approche, les Français

les accueillirent par «les salves rapides de isquete-

rie sous lesquelles elles commencèrent à plier eî à se rompre.

Les redoutes menacées n'avaient que ilix canons à opposer aux cent dix-huit pièces de l'ennemi, mais les volontaires canadiens, embusqués derrière les taillis i-f les roches, tuèrenl à coups de fusil les artilleurs anglais. Le chevalier de Lévis, sous les ordres duquel combattaient les Français sur ce point, lit des merveilles; les renforts que dirigeait Montcalm en personne arrivèrent au momenl où l'ennemi, décimé, commençait à se retirer^ Un violent orage, accompagné d'une pluie diluvienne, vint alors interrompre la lutte. Montcalm se disposait à la continuer vigoureusement lorsque, la pluie cessant, il vit les Anglais se retirer précipitamment, après avoir mis le l'eu à leurs frégates embossées près de la côte.

L'action avait duré six heures; les batteries anglaises avaient tiré sur les retranchements des Français plus de trois mille coups de canon. Wolfe avail engagé huit mille hommes dans cette attaque; il en avait perdu six eents tués ou blessés; l'orage, en arrêtant la poursuite du vainqueur, lui avait épargné de plus grandes pertes. Rentré dans son camp et accablé par l'échec qu'il venait d'éprouver, il envisagea avec effroi l'impression que sa défaite allait causer en Angleterre, et les amères critiques dont sa conduite, dans une entreprise au-dessus de ses foi-ces. serait certainement l'objet. Une dernière tentative faite, par son ordre, sous la direction du général Murray en amont de Québec ayant été repoussée de même, il tomba gravement malade et ses troupes restèrent plusieurs jours dans l'inaction, en attendant sa convalescence. Aussitôt qu'il put reprendre la direction des opérations, il adressa à son gouvernement une longue dépêche

dans Laquelle - il exposail tous les obstacles contre lesquels il avail à lutin-, H les regrets cuisants qu'il éprouvait du peu de succès de ses efforts ». (Garneau).

Les deux armées qui devaient le rejoindre sous les murs de Québec, pour l'aider à venir' à bout de la résistance opiniâtre à laquelle il se heurtait, étaient restées en roule: le général Ainherst avait dû s'arrêter à Carillon, pendant que le général Prideaux était tué à Niagara.

La défense, au fort de Carillon, avait été confiée à M, de Bourlamaque ; deux mille trois cents hommes occupaient sous ses ordres ce poste et celui de Saint- Frédéric. Les retranchements de Carillon avaient été remis en état, mais lorsque les mouvements de l'ennemi furent connus et Québec désigné comme le but de la principale attaque, M. de Bourlamaque reçut l'ordre, si les forces qui allaient le menacer étaient trop supérieures en nombre pour permettre de leur résister à Carillon, de faire sauter ce fort ainsi que celui de Saint-Frédéric, et de se retirer à l'île aux Noix, dans la rivière de Richelieu, où les travaux de défense effectués récemment lui donneraient les moyens d'arrêter l'ennemi.

Le général Amherst, qui commandait de ce côté l'armée anglaise et que la sanglante défaite subie par son prédécesseur l'année précédente à Carillon invitait à la prudence, commença par réunir toutes ses forces au fort Lydius ; puis il en fit construire un nouveau près de l'emplacement autrefois occupé par le fort William-Henry. Sa base d'opérations ainsi assurée, il s'embarqua le 21 juillet sur le lac Saint-Sacrement avec douze mille hommes et cinquante-quatre bouches à feu. Deux jours après, il arrivait en vue de Carillon. Bourlamaque, qui avait essayé vainement de s'opposer à sa marche, et qui avait dû se replier sur le fort, y laissa quatre cents hommes pour

Dl —

te détruire el se retira à Saint-Frédéric. Le 26, après avoir Fait sauter le Fort, la garnison quitta Carillon sans être inquiétée el rejoignit Bourlamaque. Celui-ci . craignant d'être tourné à Saint-Frédéric, en détruisil égalemenl les murailles el opéra sa retraite sur l'île aux Noix.

Le \ août, Amhersl occupa les forts abandonnés, les lit reconstruire et ordonna de mettre en chantier des embarcations en nombre suffîsanl pour permettre à ses troupes de s'engager sur le lac Cbamplain. Les mois d'août el de septembre s'écoulèrenl avant qu'il lui en mesure de reprendre ses opérations et de surmonter les obstacles accumulés sur sa route par sou habile adversaire. Les neiges el les gelées arrivant, toute navigation devint impossible, e1 Force fui aux Anglais de reculer pour hiverner dans leurs forts.

Du côté du lac Ontario, le capitaine Pouchot avait été chargé . avec trois cents soldats et Canadiens. d'occuper le forl Niagara; il devait s'y fortifier, et, s'il était attaqué, appeler à son secours les postes de la Rivière aux Bœufs el de Détroit, commandés l'un par M. de Ligneris el l'autre parle capitaine Aubry: Si au contraire l'offensive lui était possible, il avait à s'entendre avec eux pour essayer de chasser les Anglais du Tort Duquesne.

Aucun mouvement des ennemis ne se produisant du côté du forl Machault, le capitaine Pouchot y envoya un détachement avec des vivres et des marchandises

pour essayer de maintenir les sauvages des alentours dans notre alliance. Pendant qu'il dirigeait toute son attention de ce côté, le généra] Prideaux quittait Albany le 20 mai avec deux mille hommes d'infanterie, de l'artillerie el plusieurs milliers de sauvages, Loups. Mahingans, Iroquois, que la prise du fort Duquesne et la faiblesse numérique «les Français avait rejetés du côté du vainqueur. Le 1" juillet, il arrivait au lac

I Intario qu'il traversait sans donner l'éveil à la garnison de Niagara, et débarquail le 6 dans le voisinage du fort, qu'il investissait aussitôt.

Le capitaine Pouchot, lorsqu'il était arrivé à Niagara,

avait trouvé les murailles en ruine et les fosses à demi comblés: il avait aussitôt travaillé à réparer les fortifications. Au moment où il allait subir un siège, 1rs remparts étaient achevés, mais les batteries des bastions n'étaient pas encore en place, et les bâtiments destinés à l'hôpital et à l'emmagasinement des poudres restaient inachevés. 11 renforça l'hôpital par des blindages et protégea la poudrière par des ouvrages en terre. Aussitôt l'ennemi signalé, il envoya des courriers aux forts de Détroit et de la Rivière aux Bœufs pour prier les commandants de venir en toute hâte à son secours avec ce qu'ils auraient de Français et de sauvages sous leurs ordres.

Le 10 juillet, dans la nuit, les Anglais ouvrirent une première parallèle à six cents mètres des remparts. Du 13 au 22, ils continuèrent leurs travaux d'approche, démasquant successivement plusieurs batteries. Le général Prideaux fut tué d'un éclat de mortier; le colonel Johnson, qui le remplaça, poursuivit les opérations du siège avec la plus grande énergie.

Les bastions démolis, les canons démontés, les assiégés en furent réduits à empiler des paquets de pelleteries sur les décombres des fortitications pour tirer moins à découvert, et à bourrer leurs dernières pièces avec des couvertures et des chemises. La brèche était ouverte, depuis dix-sept jours aucun des hommes de la garnison ne s'était couché, beaucoup étaient blessés; le commandant, ses munitions épuisées, n'avait plus qu'un espoir, c'était d'être secouru à temps par de Ligneris et Aubry, dont il connaissait la bravoure, et qui l'avaient informé de leur arrivée prochaine avec six cents Français et un millier de Peaux-Rouges. Mais

leurs émissaires sauvages, avec une Insigne perfidie, avertirent en même temps leurs frères d alliés des Anglais, et le colonel Johnson lui-même. Ce dernier o eul alors <|u à tendre aux arrivants une embuscade dans laquelle ils tombèrent; ses troupes, cachées derrière des abattis d'arbres le long du sentier allanl de la cataracte au fort, laissèrent s'avancer les Français, que leurs alliés sauvages suivaienl à distance. Ces derniers, à la vue de l'ennemi, s'arrêtèrenl aussitôt, ne voulant pas disaient-ils, combattre contre leurs frères des cinq oa1 ions.

Abandonnés à leurs seules forces, de Ligneris et Aubry continuèrent à suivre rapidement le sentier dans lequel ils furent assaillis par des coups de feu partant des abattis. Chargeant aussitôt l'ennemi à travers bois, ils le ehassèrent au premier cime de ses positions, mais enveloppés par plus de deux mille hommes, ils furent écrasés, et quelques Canadiens purent seuls ('(•happer à la poursuite des Peaux-Rouges. Ils se réfugièrenl au forl de Détroit. Quant à nos misérables alliés, dont la trahison et la lâcheté avaient amené ce désastre, leurs < frères » les traitèrent connue les Français eux-mêmes, et les massacrèrent. Presque tous les officiers furent tués ou pris. Ligneris et Aubry, blessés, restèrent aux mains des Anglais.

Johnson informa aussitôt le capitaine Pouchol de son succès, en lui adressant la liste des officiers prisonniers. Le commandant du fort envoya un parlementaire pour s'assurer de l'exactitude de celle défaite, qui lui enlevait tonte chance d'être secouru : sa garnison réduite d'un tiers était ('■puisée, les fortifications a'existaienl plus qu'à l'étal de ruines informes ; labrèche grande ouverte permettait l'assaut; il accepta I' - conditions honorables que lui offrait Johnson, qui désirait de son côté occuper le fort avant l'arrivée du généra] Gage, désigné pour remplacer Prideaux. La

garnison sortit avec les honneurs de la guerre, tambours en tête, mèches allumées, pour s'embarquer sur le lac el tHre conduite à New- York, où Pouchol fut bientôl mis en liberté par voie d'échange.

La prise de Niagara achevait d'isoler le Canada du côté des lacs el de la Louisiane.

Informé de la retraite de M. de Bourlamaque à l'île aux Noix, et de la prise du fort Niagara, M. de Yaudreuil, effrayé des conséquences que pouvaient avoir pour la colonie ces succès de l'ennemi, eut l'idée malheureuse, dans ces circonstances critiques, de faire sortir de Québec le chevalier de Lévis, qui avec sept cents Canadiens et cent soldats des troupes de terre fui envoyé aux rapides, entre le lac Ontario el Montréal, pour y organiser la défense. Le G septembre il écrivait de Montréal à Montcalm pour lui faire part de la situation de cette partie de la colonie: il terminait sa lettre en termes qui témoignent d'une admirable clairvoyance, et qui font d'autant plus regretter que leur auteur ait été éloigné, au moment décisif, du champ de bataille où allaient se jouer les destinées de la Nouvelle-France.

« J'espère, dit-il à son chef, que les ennemis qui sont vis-à-vis de vous, dans la partie de Québec, ne tarderont pas à partir; et dans ce cas nous ne serons pas attaqués dans ces deux parties. C'est bien à désirer pour celle des rapides, car pour cette année, ou du moins jusqu'au premier octobre, elle est bien en l'air.

« Je crois, mon cher général, que vous ferez bien de vous tenir rassemblé le plus possible, car les ennemis en partant doivent chercher à avoir une action qui donne de la réputation à leurs armes et qui justifie la conduite que Wolfe a tenue toute la campagne. Je désire bien ardemment de pouvoir vous rejoindre. »

Depuis deux mois, la formidable artillerie des vaisseaux anglais et les batteries de la pointe Lévis fou-

droyaienl sans discontinuer de leurs feux les retranchements de Montcalm et la ville de Québec, dans laquelle les incendies produits par les bombes avaienl détruil La plus grande partir des maisons et des éta blissements ; depuis deux mois Wolfe, qui avait fait passer, en remontant la nuit le Saint-Laurent, une partie de sa flotte devant la ville en ruines, avait lente vainement à diverses reprises un débarquement en amont de Québec; depuis deux mois les actes de brigandage contre Les propriétés des malheureux Canadiens avaient continué jusqu'à la destruction complète de toutes les habitations .1rs alentours : la saison s'avançait, le froid el les glaces allaient rendre le séjour du lleuve impossible et obliger à la retraite L'armée anglaise impuissance àforcer les Lignes de défense du général français; L'amiral Saunders avait réuni à son bord un conseil de guerre, et il avait été décidé que le 20 septembre la Ilolie embossée devant Québec lèverait L'ancre pour regagner Le golfe Saint-Laurent et le port d'Halifax, où elle serait à l'abri des tempêtes et îles désastres qu'autrefois les navires de Phips el de l'amiral Walker avaient éprouvés dans ces parages.

Ainsi que l'avait prévu Le chevalier deLévis. Wolfe, remontant el descendant le ileuve l'âme ulcérée de désespoir 1 . avait pris la résolution d'essayer une dernière attaque, el de tenter à une demi-lieue audessus de Québec l'escalade de la falaise, au sommet de laquelle un sentier étroit et escarpé pouvait le conduire, si les Français lui en laissaient L'accès libre. (> était la dernière chance et la plus improbable de succès. Le général anglais, décidé à la tenter en y Laissant à la l'ois, s il échouait, sa réputation et sa vie,

i il considérait alors L'insuccès de sa campagne comme tellement certain que le 9 septembre il écrivait ;i Londres : Ma constitution est ruinée, sans m1"' j'aie la consolation d'avoir rien fait de considérable pour L'État, et s:nis que j'aie la perspective de mieux faire. >

prit les dispositions 1rs plus habiles pour dérober son approche à l'adversaire. Afin d'attirer l'attention de

Mont câlin et de l'obliger à diviser ses forces, il fit remonter le 11 cuve à une partie de sa flotte accompagnée de nombreuses chaloupes, comme s'il voulait effectuer un débarquement à quatre ou cinq lieues en amont de la ville. Bougainville fut détaché avec deux mille hommes pour surveiller ses mouvements et repousser toute tentative de descente. Il campa en face de la flotte, prêt à jeter à la rivière les corps qui voudraient débarquer.

Pendant la nuit du 12 au 13 septembre, Wolfe, dérobant dans l'obscurité ses mouvements à son adversaire, descendit le fleuve avec ses canots et un détachement d'Ecossais choisis parmi les plus lestes. 11 fit halte à une demi-lieue de Québec, à l'anse au Foulon, où il avait résolu de mettre pied à terre. Par une étrange fatalité, l'officier qui commandait ce poste était M. de Vergor, la créature de l'intendant Bigot, l'ancien commandant du fort Beauséjour. qu'il avait lâchement rendu, l'homme que le conseil de guerre n'avait acquitté que grâce à la néfaste influence de son protecteur. C'est lui qui, par son inepte incurie, allait permettre au général anglais de rompre enfin cette ligne de défense contre laquelle il se heurtait vainement depuis deux mois !

Deux déserteurs avaient informé Wolfe que des chaloupes françaises, chargées de vivres, devaient pendant la nuit descendre jusqu'à Québec en suivant le pied des falaises. Profitant de ce renseignement, il choisit quelques officiers parlant parfaitement le français, et lorsque ses canots passèrent devant les sentinelles postées au pied des falaises, ceux-ci répondirent au qui-vive qu'on leur adressait : « Ne faites pas de bruit; ce sont des vivres! » Il atteignit ainsi, dans la nuit noire, sans avoir donné l'éveil, l'anse au Fou-

Ion; débarqué le premier il gravit à la tête de ses highlanders le sentier aboutissant au plateau. Aussitôt le poste qui devait garder ce débouché fui enveloppé, i i Vergor, couché el endormi, fait prisonnier.

Wolfe avait réussi dans sa tentative désespérée; il avait pris | > î < *tl sur le plateau et tourné les positions de Montcalm qu'il n'avait pu forcer de front. Avec une hâte fébrile, les bataillons anglais, amenés par les centaines de chaloupes des navires descendus avec la marée jusqu'au niveau de l'anse, se pressenl le longdu sentier, escaladent les falaises el viennenl se développer <lans la plaine: le général les y dispose aussitôt en bataille.

Au lever du jour, l'armée débarquée, forte de huit mille hommes et formée en carré, commençait à se iei rancher.

Montcalm, que les mouvements de l'ennemi préoccupaient, avait fait coucher le ]2 septembre ses troupes au bivouac. Averti des les premières heures du jour du débarquement de l'armée anglaise à l'anse au Foulon et de sa présence dans les plaines d'Abraham, a une demi-lieue de Québec, il appela aussitôt à lui les troupes et les milices campées à Beauport, n'y laissant que quatorze cents hommes pour garder les retranchements; puis il lit prévenir Bougainville d'avoir à le rejoindre le plus promptement possible. Mais cet officier se trouvait à quatre lieues de la: on ('•tait séparé de lui par les troupes anglaises, il fallait compter une demi-journée pour lui permettre de regagner Québec et chaque heure perdue profitait à I ennemi dont la situation, appuyée par sa flotte, pouvait bientôt devenir formidable. A tout prix on devait L'attaquer et le chasser du plateau, d'où il allait pouvoir, s il restait libre d'achever sa concentration, prendre Québec à revers el enlever la place.

ha générale battue, toutes les troupes réunies dans

la ville sortirenl successivemenl et occupèrent les hauteurs eD avanl iln mur d'enceinte, pondant que le bataillon de Guyenne, déployé en tirailleurs, commençai! à échanger des coups de feu avec 1rs avant-postes anglais. Les derniers détachements ayant rejoint, la petite armée de Montcalm comptait quatre mille cinq cents hommes dont les trois quarts étaient des miliciens.

Disposés sur trois rangs et entraînés par le général qui leur communiquait son ardeur, Canadiens et Français marchèrent à l'ennemi en tiraillant; quelques sauvages les accompagnaient.

« On se fusilla pendant longtemps. — dit le major de Québec, Joannès, qui assistait à l'action. — enfin vers dix heures M. le marquis de Montcalm, voyant l'ennemi se grossir de plus en plus et quelques pièces de canon qui tiraient, jugea à propos de ne pas lui laisser le temps de se fortifier davantage et donna le signal pour charger. Les troupes s'ébranlèrent avec beaucoup de légèreté, ainsi que les Canadiens, mais après quelques pas en avant, le petit bouquet de bois qui s'allongeait sur la droite servit de retraite aux miliciens, qui laissèrent marcher seuls les cinq bataillons, ce qui occasionna un peu de flottement. Enfin après s'être approché à la portée du pistolet et avoir fait et essuyé trois ou quatre décharges, la droite plia et entraîna le reste de la ligne. »

Profitant de ce mouvement de retraite. Wolfe ordonne à ses troupes de charger et s'élance à leur tête sur l'ennemi; une balle l'atteint au poignet; il se contente de bander la plaie avec un mouchoir et continue la poursuite; deux autres projectiles le frappent en plein corps; il tombe la poitrine traversée; on le porte en arrière en cachant ses blessures aux soldats: un des officiers qui l'entourent l'informe que les Français fuient vers Québec.

— Déjà! dit il faiblement; alors je meurs con tent, el il expira.

Le même sorl étail réservé à son brave el malh< uini\ adversaire. Dans ses efforts pour arrêter [a retraite uV ses troupes, poursuivies avec acharnemenl

Mort de Montcalm.

d'aprèa une gravure <io la Bibliothèque nationale).

par les bataillons écossais, Montcalm avait déjà reçu deux blessures; pendant qu'il essayait de rallier sou armée pour s'opposer aux progrès «le l'ennemi une autre Lille l'atteignil dans les reins el le renversa mortellement blessé sur le champ de bataille. An chirurgien qui sondail sa plaie, il demanda combien de temps il lui resiaii à vivre. — « Quelques heures, ré pondil avec franchisé cet officier. — « Tant mieux, dil Montcalm, je ne verrai pas les Anglais dans Québec. - Il rentra dans la ville soutenu sur son cheval par

trois grenadiers. Des femmes, le voyanl passer déraillanl el couverl de sang, se mirenl à pleurer en disanl : o Mon Dieu! le marquis esl tué! o S'efforçanl • le sourire malgré les souffrances qu'il éprouvait, le blessé leur dil : « Ce n'est rien, ne vous affligez |»;is pour moi, mes bonnes amies! »

( )n le déposa chez le chirurgien Arnoux, rue Sainl- Louis. Sa dernière préoccupation fut pour les Canadiens, et augmenta encore chez ceux-ci le chagrin que leur causa sa perte. (Gagnon.) il dicta les lignes suivantes, qu'il fit adresser au commandant de l'armée anglaise :

« Général, l'humanité des Anglais me tranquillise sur le sort des prisonniers français et sur celui des Canadiens. Ayez pour ceux-ci les sentiments qu'ils m'avaient inspirés; qu'ils ne s'aperçoivent pas d'avoir changé de maître. Je fus leur père; soyez leur protecteur. »

A M. de Ramesay. commandant la place, qui lui demandait son opinion sur la défense qu'on pourrait opposer, il répondit expirant : « Je confie à votre garde l'honneur de la France! »

Il mourut le 14 septembre . à cinq heures du matin . et fut inhumé dans la chapelle des Ursulines. à moitié détruite par les projectiles.

« Ce fut le soir même du 14. vers neuf heures, à la lueur des flambeaux, que se fit la cérémonie funèbre ; les ténèbres et le silence planaient tristement sur les ruines de la cité, pendant que défilait le lugubre cortège composé du clergé, des officiers civils et militaires, auxquels se joignirent, chemin faisant, les hommes, les femmes et les enfants qui erraient çà et là au milieu des décombres. Les cloches restèrent muettes, le canon ne résonna point, et les clairons furent sans adieu pour le plus vaillant des soldats. » (Histoire des Ursulines de Québec.)

— loi —

L'historien américain Bancrofl a dépeint en termes qui méritent d'être retenus L'homme qui succombait ainsi après avoir pendanl quatre années tenu en échec toutes les forces des Anglais dans le Douveau monde : I m!'; il i gable au travail, juste désintéressé, toujours rempli d'espérance, el quelquefois jusqu'à la témérité, dans les conseils, actif dans l'action, c étail une source continuellement jaillissante de hardis projets. Sa carrière au Canada fut une inexorable destinée. Il supportait avec une égale patience la faim et le froid, les veilles et les fatigues. Plein de sollicitude pour ses soldats, il ue pensait pas à lui. Souvent il apprit aux sauvages à s'oublier et à tout souffrir, et, au milieu d'une corruption générale, il ne chercha jamais que l'intérêt <!<• la colonie.

Montcalm mortellemenl blesse, une véritable panique s'empara <les troupes qui s'enfuirent jusqu'au camp «le Beauport; à la nuil elles rallièrenl par groupes, eu remontant dans les terres, le corps de Bougainville. Ce dernier3 qui n'avait appris qu'à huit heures du malin le débarquement «1rs Anglais près de Québec, avait marché aussitôt à l'ennemi, mais à son arrivée aux plaines d'Abraham la bataille était perdue; les Français, avaient abandonné leurs positions et regagné Québec, donl les Anglais s'approchaient.

M. de Vaudreuil, d'accord avec Bougainville, assembla un conseil de guerre iqui opina pour la retraite jusqu'à l.i rivière Jacques Cartier dont on pourrait se servir comme ligne de défense. Le chevalier de Lévis, désigné précédemment par le roi pour remplacer Montcalm en cas de mort, fut rappelé aussi lui de Montréal. Quanta la retraite elle s'effectua avec un désordre et une précipitation tels que la plupart des approvisionnements restèrent dans le camp de Beauport, où ils furent oubliés. Les milicien-, se dispersèrent pour rentrer chez eux, d'autres se mirent à piller dans les

campagnes sans qu'il fût possible d'arrêter ce désordre. [Lévis/

Dans la nuit du 13 au \'\ septembre, les Anglais, après avoir constaté la disparition des troupes françaises, se rapprochèrent de Québec et commencèrent à ouvrir la tranchée à une portée de fusil du rempart. 11 était resté dans la ville dix-huit cents soldats, miliciens el matelots qui pendant la bataille avaient eu à soutenir une violente canonnade contre les batteries delapoinleLévis. Le commandement de la place avait été remis à M. de Ramesay, officier médiocre, sans caractère, protégé de M. de Vaudreuil, qui lui] avait laisse des instructions d'une indécision déplorable, 'l'ont en lui recommandant de résister aux al laques donl il pourrait être l'objet, il lui disait : « Nous prévenons M. de Ramesay qu'il ne doit pas attendre que l'ennemi l'emporte «lassant: ainsi, sitôt qu'il manquera de vivres, il arborera un drapeau blanc et enverra l'officier de sa garnison le plus capable et le [•lus intelligent pour proposer sa capitulation. »

M. de Ramesay, s'appuyant sur ce texte et oubliant les dernières paroles de Montcalm à son lit de mort, ne se rendit pas compte qu'il est des moments où un officier ne doit jamais hésiter à faire tout son devoir, que le sien dans la circonstance était de tenir jusqu'à la dernière extrémité, et qu'il allait, en capitulant porter le coup mortel à son pays. Le 18 septembre, sans sommation de l'ennemi, sans avoir reçu un coup de canon des tranchées anglaises qui n'étaient pas même achevées, effrayé par les mouvements des vaisseaux ennemis qui paraissaient se disposer à reprendre le bombardement de la ville, découragé par les plaintes de la population qui demandait à se rendre pour obtenir de meilleures conditions du vainqueur et m' plus souffrir de la faim et du froid, cet officier fit arborer le drapeau blanc et envoya le major de Joannès

soumettre des propositions à I ennemi. In groupe <!<• tvni cavaliers, portant des vivres, arriva sur ces entrefaites et informa le commandanl <!»■ place de l'appro-

Monament élevé à Québec à la mémoire ii<; Uontcalm <-t de Wolfe.

che de l'armée oV secours. M. «le Joannès insista pour rompre les pourparlers engagés avec le généra] anglais; rien n'y fit. M. de Ramesay, épouvantée l'idée du bombardement qu'il allait subir, invoqua 1rs instructions

de M. de Vaudreuil, et signa la capitulation qu'il avail offerte. Lesuccesseur de\Volfe,le général Townshend, (|ui ne s'attendait pas à rencontrer un si triste adversaire, accorda aussitôl les conditions sollicitées et aux termes desquelles la garnison, composée des forces de terre et des soldats de marine, sortirait de la ville avec armes et bagages, tambours battant, mèches allumées, pour être embarquée et transportée en France. Quant aux habitants, ils devraient être conservés « dans la possession de leurs maisons, biens, effets et privilèges ».

Le chevalier de Lévis, informé de la défaite et de la mort de Montcalm, était accouru de Montréal. Après avoir réuni les troupes de Bougainville et celles venant du camp de Beauport, il jugea qu'il était nécessaire de se reporter en avant pour ne pas laisser tomber Québec au pouvoir de l'ennemi. Si l'on ne pouvait s'y maintenir, on verrait à achever de détruire la ville de manière à empêcher les Anglais d'y passer l'hiver et à les contraindre à se rembarquer. Cette décision prise, Lévis ht partir en avant le groupe de cent cavaliers qui allait annoncer à Ramesay que l'armée était en marche pour le secourir à tout prix. En arrivant à la rivière Saint-Charles il apprit que malgré l'avis reçu le commandant avait capitulé. En présence d'une pareille lâcheté, il manifesta la plus violente indignation: il était inouï, en effet, de rendre ainsi une place sans qu'elle fût attaquée ni investie. Mais le mal était sans remède; il n'y avait plus d'autre parti à prendre que de rétrograder jusqu'à la rivière Jacques Cartier, à neuf lieues de Québec, et d'y élever des retranchements pour arrêter l'ennemi s'il songeait à marcher sur Montréal.

La saison s'avançait. Les Anglais, satisfaits de la prise de la capitale du Canada, ne songeaient qu'à s'y installer pour l'hivernage ; ils y laissèrent huit mille cinq

cents hommes de troupes de ligne sous le commandement du général M urray nomme gouverneurde la place, puis leur Hotte lit voile le 18 octobre pour Halifax.

Les faibles restes de l'armée française prirent leurs quartiers d'hiver dans les villes de Montréal et des Trois Rivières. La situation était désespérée: la l'aminé menaçait; les armées ennemies allaient recommencer la campagne suivante, en parlant de Québec et du lac Champlain, leur marche sur Montréal ; c'était la lin de la lutte et la chute fatale de la colonie si île puissants renforts n'arrivaient pas de France.

Le chevalier de Lévis écrivit le I"" octobre 17.")'.) au maréchal de Belle-lsle pour lui rendre compte des opérations accomplies et lui dépeindre l'extrême détresse dans laquelle se trouvait le Canada; sa lettre se termine en termes d'une navrante tristesse :

« Il faut convenir que nous avons été bien malheureux. Au uniment où nous devions espérer de voir finir la campagne avec gloire, loul a tourné contre nous; une bataille perdue, une retraite aussi précipitée que honteuse nous ont réduits au point où nous en sommes. ' m impule à M. de Montcalm d'avoir trop divisé l'armée el d'avoir attaqué trop tôt les ennemis sans avoir rassemblé toutes les forces qu'il aurait pu avnir. Je dois à sa mémoire, pour assurer la droiture de ses intentions, de, dire qu'il a cru ne pouvoir l'aire mieux: mais malheureusement les généraux ont toujours tort quand ils sont bat fus.

« Je ferai tous mes efforts, conjointement avec M. de Vaudreuil, pour soutenir cet hiver le reste de celle malheureuse colonie el attendre les secours qu'il plaira à Sa Majesté de nous envoyer dans les premiers jours du mois de mai... Faute de munitions de guerre et de bouche, il nous sera impossible de faire aucune expédition ni entreprise cet hiver: bien heureux si nous pouvons nous soutenir. Nous finirons de

manger la plus grande partie du reste des bœufs et chevaux. Nous aurons à nourrir dans les postes de trois à quatre mille personnes, y compris les sauvages, ce qui achèvera de consommer le peu de ressources qui pourront rester dans la colonie. Si le roi ne juge pas devoir nous donner du secours, je dois vous prévenir qu'il ne faul plus compter sur nous à la fin du mois de mai. Nous serons obligés de nous rendre par misère; manquant de tout, il nous restera du courage, sans aucune ressource pour le mettre en usage. »

Quelques semaines après, le 10 novembre, le général adressait au duc de Choiseul, minisire des Affaires étrangères, un dernier appel :

« C'est beaucoup, lui dit-il, que d'avoir résisté aux grandes forces qui nous ont attaqués et, après toutes nos infortunes, de conserver le centre du Canada; il ne tiendra pas à moi que nous ne le défendions jusqu'à la dernière extrémité, mais si vous ne faites pas la paix d'ici au printemps, il ne faut plus compter sur nous. »

uÉiii-c, bombardé pendant

2 deux mois, était pris : 1rs

campagnes avaient été ravagées,

les termes, brûlées, les bestiaux abattus pour la subsistance des

armées, les caches [ailes dans

bs bois détruites par l'ennemi; le pays, épuisé et sans ressources, voyait ses communications interceptées avec la France, la Louisiane el les pays d'en haul : habitants et suidais mouraient de faim; tout semblait fini. Les trois armées anglaises arrêtées dans leur marche par la mauvaise saison el la résistance acharnée qui leur avait été opposée n'avaient plus qu'à se rejoindre sous les murs délabrés de Montréal. Personne n'imaginait en Europe qu'une poignée d'hommes, réduits à la dernière extrémité, à qui toute espérance semblait interdite, oseraient songer à retarder une destinée inévitable. C'est cependanl l'étonnant spectacle auquel nous allons assister.

Le chevalier de Lévis, en qui survivait l'indomptable énergie de Montcalm, conçut l'audacieux projet de se porter sur Québec dès que les grands froids seraient passés, de surprendre les Anglais et d'enlever la ville avani l'arrivée des secours qu'ils attendaient d'Europe.

Des reconnaissances poussées pendant l'hiver jusqu'aux abords de Québec empêchèrent l'ennemi de s'étendre au loin pour se ravitailler; toutes les embarcations que l'on put trouver furent réunies en arrière jusqu'à Montréal; les troupes disséminées cbez les habitants pour leur permettre de vivre furent exercées et soumises à une sévère discipline: les miliciens, réunis aux soldats réguliers, furent habitués aux mêmes manœuvres; tous les préparatifs s'achevèrent avec rapidité sous l'impulsion vigoureuse du général et du gouverneur que le chevalier de Lévis avait convaincu de la nécessité de reprendre Québec à tout prix si l'on voulait éviter d'être écrasé au printemps par l'ennemi.

Le 29 mars 17(i(). à la veille de commencer les opétions qu'il projetait. Lévis adressa aux commandants de bataillons, avec prière de la communiquer à leurs officiers et aux soldats sous leurs ordres, une lettre qui affermit tous les courages, prépara les cœurs aux plus rudes efforts et qui reste comme une des plus admirables pages de cette histoire :

« Nous touchons au moment où l'armée va s'assembler et marcher. Je ne doute pas que vous n'ayez pris tous les arrangements nécessaires pour que votre bataillon soit en état de tout point, ainsi que les miliciens qui sont commandés pour y servir, pour partir au premier ordre que je puis vous envoyer d'un moment à l'autre. Notre départ dépend de la fonte des glaces, pour proliter de l'instant où la navigation sera libre; car il est très important que l'armée soit rendue devant Québec avant que les ennemis aient pu travailler à des ouvrages extérieurs.

Il esl inutile que je renouvelle aux troupes le zèle lequel elles doivent se porter à cette expédition (Juiit dépendenl le salul do la colonie, la gloire des armes du roi h même celle de chacun en particulier. Nous devons aussi, par une entreprise audacieuse, marquer la reconnaissance que is devons à la colonie « 1 1 1 l nous nourrit depuis le temps que nous y sommes. Les habitants onl reçu nus soldats comme leurs enfants, el nous ne pouvons que nous louer de l'amitié et de L'attachement que nous avons reçu, tant en généra] qu'en particulier, de tous les Canadiens.

J'ai l'honneur de vous prévenir que M. le marquis de \ audreuil envoie des ordres aux capitaines des côtes pour faire fournir huit jours de vivres à compter du jour du départ à tous les soldats et miliciens qui composent voire bataillon. Je vous prie de les prévenir qu'ils doivent s'attendre à l'aire une campagne dure. .le ne vois la subsistance bien assurée qu'en pain, et lorsque nous serons devant Québec nous ne mangerons, soit en cheval ou en bœuf, que la viande que nous pourrons avoir. Ceux qui pourront emporter quelques douceurs feront bien de les prendre.

« Je vous prie d'inspirer d'avance la plus exacte discipline dans votre bataillon el d'y tenir la main. Nous avons à combattre des troupes qui l'observent et, pour les vaincre, il in- faut pas s'écarter de ce principe. ->

Afin d'éviter toute confusion dans la mari lie et dans le combat, des instructions furent rédigées parle chevalier île Lévis e| remises aux officiers des f Ci III pi'S régulières et des milices. Leur esprit se résume dans l'article »'. ainsi conçu :

« La force de l'infanterie consiste dans la discipline el l'ordre. .Messieurs les commandants des corps el officiers en général doivent donner leurs attentions et applications pour mettre en vigueur ces deux points, malheureusement trop négligés dans nos troupes; ils

doivent souvent inspirer aux suidais que la victoire et leur sûreté en dépendent; que toute troupe dispersée e^l presque toujours battue et souvent détruite; qu'ils doivent être attentifs, faire silence el se posséder pour exécuter les ordres de ceux qui les commandent, ne faire feu que sur leur ordre, quand bien môme ils verraient tirer partout ; leur inspirer que. pour leur honneur, la gloire des armes et le salut du pays, ils doivent chercher à réparer la perte du 13 septembre. et se souvenir que ce sont les mêmes ennemis qu'ils ont eu à combattre à Chouaguen, au fort William Henry el à Carillon. »

La dernière armée de la colonie, enflammée d'ardeur, était réunie le 17 avril à Montréal et, au milieu de la débâcle des glaces, commençait le 20 à descendre le fleuve sur les frégates, les bâtiments et les embarcations rassemblées pour la transporter à proximité de Québec. Elle se composait d'après l'état dressé par le général, de :

3. 010 soldats des régiments de la Reine, de Languedoc, de la Sarre, de Béarn, de Royal-Uoussillon et de Guyenne, avec 270 officiers;

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