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trois mille hommes et moins d'artillerie on en a assiégé dix-huit cents qui devaient être promptement secourus par deux mille et qui pouvaient s'opposer à notre débarquement ayant une supériorité de marine sur le lac Ontario. — Toute la conduite que j'ai tenue à cette occasion et les dispositions que j'avais arrêtées sont si fort contre les règles ordinaires que l'audace qui a été mise dans cette entreprise doit passer pour témérité en Europe. Aussi je vous supplie pour toute grâce d'assurer Sa Majesté que si jamais elle veut, comme je l'espère, m'employer dans les armées, je me conduirai sur des principes différents. »
« Il faut croire, — ajoutait-il, surpris lui-même de la faible résistance qui lui avait été opposée, — que les Anglais transplantés ne sont pas les mèmes qu'en Europe. »
Présent sur tous les points d'attaque il rendait à ses soldats une éclatante justice : « Nos troupes se sont portées à tout ce que j'en ai exigé avec un zèle incroyable. »
« Le succès de cette expédition, disait-il en terminant, est décisif pour la colonie. Chouaguen a été la pomme de discorde. Sa position sur le lac Ontario, la manière dont les Anglais s’y fortifiaient, la facilité que les sauvages trouvaient dans cette place pour la traite de leurs pelleteries à beaucoup meilleur compte que dans nos forts, toutes ces raisons faisaient appréhender que tôt ou tard l'Angleterre n’eût la supériorité dans le commerce des pays d’en haut. La prise de Chouaguen rompt leur entreprise à cet égard. C’est une perte de quinze millions pour eux. »
Montcalm écrivait en même temps à sa mère et à sa femme pour leur faire part de sa victoire. Après avoir relaté les détails du siège et les préliminaires de la capitulation, il disait à la marquise de Saint- Véran :
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« Les hurlements de nos sauvages les firent promptement se décider. Ils se sont rendus prisonniers de eucrre au nombre de dix-sept cent quatre-vingts, dont quatre-vingts officiers, deux régiments de la vieille Angleterre. Je leur ai pris cinq drapeaux, trois caisses militaires d'argent, cent vingt et une bouches à feu, un amas de provisions pour trois mille hommes durant un an, six barques armées et pontées depuis quatre jusqu’à vingt canons. Et comme il fallait dans cette expédition user de la plus grande diligence pour envoyer les Canadiens faire les récoltes et ramener les troupes sur une autre frontière, du 15 au 21 j'ai démoli ou brûlé leurs trois forts et amené artillerie. barques, vivres et prisonniers. »
À sa femme il adressait la relation du siège avec ce tendre et galant billet :
« Voilà une assez jolie aventure, ma très chère, je vous prie d'en faire dire une messe dans ma chapelle. J'ai encore un bon bout de campagne à faire. Je pars pour aller rejoindre avec un renfort de troupes le chevalier de Lévis au lac Saint-Sacrement à quatre-vingts lieues d'ici. Je n'écris qu'à vous, à notre mère, aux Molé, à Chevert et aux trois ministres, à personne d'autre ; ma foi suppléez-y. Je suis excédé de travail; que ma mère et vous m'aimiez et que je vous rejoigne tous l’année prochaine. J’embrasse mes filles. On ne peut vous aimer plus tendrement, ma très chère. »
Pendant, que dans la colonie on se livrait à des réjouissances en l'honneur de sa victoire et que l’on suspendait aux voûtes de la cathédrale de Québec les drapeaux conquis sur l'ennemi, Montcalm se rendait par le lac Champlain au fort de Carillon pour y prendre, d'accord avec le chevalier de Lévis, les mesures nécessaires afin de mettre ce poste à l'abri d’un coup de main et de s'opposer à une invasion de ce côté où les Anglais avaient rassemblé de grandes forces. Mais le
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coup de Chouaguen les avait surpris et le reste de l'année se passa en escarmouches et en courses de partis qui accrurent chez les colons anglais la terreur des Canadiens et des sauvages.
Aussi Lévis pouvait-il écrire avec raison au ministre le 26 octobre 1756 : « Nous terminons cette campagne très glorieusement et très heureusement vis-àvis de forces beaucoup supérieures aux nôtres. »
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