‹ Montcalm [microforme]Chapitre 6 sur 18 · EN PO PER TRI · texte numérisé non relu

EN PO PER TRI

le commandant des troupes et le marquis de Vaudreuil. Celui-ci, Canadien de naissance, subissait l'influence de son entourage et favorisait des officiers de milices que leur entente avec Bigot aurait dù lui faire tenir à l'écart. Écoutant trop volontiers leurs incitations malveillantes, il reprochait aux troupes régulières de ne pas vivre en bonne intelligence avec les Canadiens, à leurs officiers de traiter les milices d'une facon hautaine, et de maltraiter les sauvages. Lévis, Bougainville, Montcalm lui-même s’efforçaient vainement de l'éclairer, de lui signaler les dangers d’une pareille attitude dans une situation aussi critique. Montcalm,

avec une franchise et une bonne foi dignes de ce noble cœur, écrivait à M. de Vaudreuil pour lui indiquer les

inconvénients graves de l'hostilité que l’on cherchait à envenimer entre eux, et il ajoutait très loyalement : « J'ai déjà eu l'honneur de vous dire que nous comptions n'avoir tort ni l’un ni l’autre ; il faut donc croire que nous l’avons tous les deux, et qu'il faut apporter quelque changement à notre façon de procéder. »

Bougainville, envoyé par son chef auprès du gouverneur obtint de lui la promesse de vivre en bons rapports avec le général, mais cette entente ne devait pas durer. Trop de gens travaillaient à maintenir la désunion, et Bougainville, écrivait avec raison au ministre, que « ces tracasseries étaient excitées entre les chefs par des subalternes intéressés à les brouiller », et que les intrigants « qui avaient peut-être un intérêt pécuniaire et de concussion à ce que les conseils d’un homme aussi intègre que juge éclairé ne fassent pas crus en tout », susciteraient sans doute de nouvelles difficultés.

Pour les Canadiens, tout en appréciant leur courage, l'endurance dont ils donnaient tant de preuves et leur adresse comme tireurs, Montcalm considérait que «des soldats qu'on ne peut garder que cinq mois en

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campagne ne pourraient jamais lutter contre des troupes régulières ». Comme on lui reprochait cette opinion, il répondit au ministre : « À l'égard de leur valeur, nül ne rend aux Canadiens plus de justice que moi, mais je ne les emploierai que dans leur genre et je chercherai à étayer leur bravoure de l'avantage des bois et de celle des troupes réglées. »

C'est dans ces conditions, en effet, que ces intrépides colons étaient de merveilleux auxiliaires et que leur supériorité comme tireurs assurait le succès.

Quant aux sauvages, jamais homme n'eut sur eux plus d'influence que Montcalm. Dès les premiers jours de son arrivée au Canada, on vit ce lettré, cet homme d'une vivacité toute méridionale, d’une mobilité d’esprit merveilleuse, passer gravement des journées entières dans une hutte de Peaux Rouges, assis au feu du conseil, et fumant le calumet au milieu des chefs.

« Avec mes amis les sauvages, souvent insupportables, écrivait-il à sa mère, il faut avoir une patience d'ange; depuis que je suis ici, ce ne sont que visites, harangues et députations de ces messieurs; les dames des Iroquois, qui ont toujours part chez eux au gouvernement, en ont été aussi et m'ont fait l'honneur de m'apporter un collier, ce qui m'engage à les aller voir et à chanter la guerre chez eux. »

En présence de ses amis rouges, il gardait « le sérieux qui sied à un guerrier et surtout à un grand chef », mais il faisait d'eux à sa mère un portrait qui complète merveilleusement ce qu'en disent toutes les relations : « Ce sont de vilains messieurs, même en sortant de leur toilette, où ils passent leur vie. Vous ne le croiriez pas, mais les hommes portent toujours, avec le casse-tête et le fusil, un miroir à la guerre pour se faire barbouiller de diverses couleurs, arranger leur plumet sur la tête, leurs pendeloques aux oreilles et aux narines. Une grande beauté, chez eux,

c'est de s'être fait déchiqueter de bonne heure l’orbe des oreilles, de l'avoir allongé pour le faire tomber sur les épaules. »

Il ne fallait pas moins que la conduite si politique du général pour s'assurer le concours de ces guerriers indociles, fiers et vindicatifs, mais doués d’une subtilité inouie, guides indispensables au milieu des forêts du nouveau monde et formidables combattants lorsque, hurlant leur cri de guerre, ils se précipitaient sur l’ennemi terrifié par leur effrayante apparition.

Manque de vivres, de chaussures etd’habillements, défaut de munitions, dissensions avec le gouverneur et l'intendant, telles sont les difficultés au milieu desquelles vont se débattre, jusqu’à la dernière heure de la lutte suprème, l’infortuné Montcalm et ses lieutenants. Lévis, dont la correspondance révèle un caractère froid et résolu, insiste continuellement sur la détresse des troupes, auxquelles une nourriture insuffisante ne permet pas de supporter les extrêmes fatigues de pareilles campagnes.

« À peine avions-nous des vivres pour ienir un mois, écrit-il au printemps de l’année 1757, mais comptant sur les secours de France, 5n forma les préparatifs pour faire le siège du fort William-Henry ; les matériaux furent mis en mouvement de bonne heure. »

Après avoir détruit Chouaguen, il s'agissait en effet d'attaquer le fort élevé par les Anglais à l'extrémité du lac Saint-Sacrement, dont le baron de Dieskau n'avait pu s'emparer, et qui permettait à l'ennemi de réunir dans ces parages des forces nombreuses menaçant les forts Carillon et Saint-Frédéric.

L'hiver, bien qu’il eût été d'une rigueur extrème, n'avait pas arrêté les hostilités. Un gros détachement comprenant deux cent cinquante soldats volontaires des régiments de la Sarre, Royal-Roussillon, Langue-

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doc et Béarn, deux cent cinquante hommes de troupes de la colonie, six cents Canadiens et trois cents sauvages, s'était porté sous le commandement du frère du gouverneur, Rigaud de Vaudreuil, jusqu'aux abords du fort William-Henry, franchissant soixante lieues à raquettes.sur les glaces et les neiges, les hommes portant leurs vivres, couchant dans les bois par un froid terrible, et n'ayant qu’une simple toile pour les abriter du vent. Mais le manque d'artillerie n'avait pas permis d'attaquer la place, et les Français avaient dù se borner à tout ravager aux alentours. Trois cent cinquante canots, quatre grandes barques armées de canons, des moulins, deux magasins remplis d’eflets de troupes et de vivres, toutes les habitations entourant le fort ainsi que d'énormes approvisionnements de bois de construction et de chauffage furent incendiés malgré les feux de mousqueterie et les coups de canons tirés des remparts; pendant quatre jours, la varnison, environnée de flammes, n'osa pas effectuer une sortie, et laissa détruire ainsi tous les préparatifs accumulés sur ce point pour une invasion du Canada par le lac Champlain.

Dans cette pointe hardie sur le territoire ennemi, les divers corps composant la colonne avaient rivalisé d'entrain et d'endurance. « Les Canadiens, disait Montcalm au ministre en lui rendant compte de l'opération, ont été étonnés de voir que nos officiers et soldats ne leur ont cédé en rien dans une guerre et un genre de marche auxquels ils n'étaient pas accoutumés. [Il faut en effet convenir qu'on n’a point idée en Europe d'une fatigue où l’on soit obligé pendant six semaines de marcher et coucher quasi toujours sur la neige et sur la glace, être réduits au pain et au lard et souvent traîner ou porter des vivres pour quinze jours. Nos troupes l'ont soutenu avec beaucoup de gaîté et pas le moindre murmure.

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« Parmi les diverses souffrances que l'on a eues dans ce détachement, l’on a éprouvé un accident singulier, c'est celui de perdre la vue totalement par la réflexion du soleil sur la glace. Il y a eu au retour un tiers d’aveugles , tant Canadiens, sauvages, que des nôtres, que leurs camarades étaient obligés de mener comme des Quinze-vingts. Mais au bout de deux jours ils ont recouvré la vue avec des remèdes faciles. » (Lettres des 24 avril et 11 juillet 1757.)

Le thermomètre était descendu pendant cette expédition à 18, 20 et 27 degrés au-dessous de zéro.

Les préparatifs de l'ennemi avaient été ruinés, et l'obligation où il se trouvait de les renouveler avant de pouvoir rien entreprendre permettait aux Français de prendre encore une fois l'offensive. Quelques prisonniers, amenés par des éclaireurs et interrogés sur les mouvements des troupes anglaises, donnaient lieu de croire qu'une partie de leurs forces, sous le commandement du général Loudoun, se portait vers Louisbourg pour en entreprendre le siège. Il fallait profiter de leur éloignement pour attaquer le fort William-Henry, et supprimer enfin ce dangereux voisinage. « Nous allons nous mouvoir dans quelques jours, écrit Montcalm à sa mère le 25 avril 1757; un corps de Canadiens part pour la Belle Rivière à trois cents lieues d'ici; des troupes de terre, qui ont passé l'hiver à cent vingt lieues, pourront les suivre. M. de Bourlamaque part aussi avec des troupes pour le fort de Carillon, que j'avais mis hors d’insulte et approvisionné; le reste s’avance sur la frontière. »

Mais il était d'abord nécessaire de réunir des vivres. On en fit faire dans les campagnes la recherche exacte, facilitée du reste par la bonne volonté des Canadiens auxquels on laissait espérer que les approvisionnements destinés par la Cour à la colonie, et que le gouverneur avait demandés avec instance, ne

dans tarderaient pas à arriver pour remplacer ce qu'on leur prenait.

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S Ca- Q Q \ Dpro- Puis il y eut à attendre les sauvages alliés: toutes

le, et les nations des pays d'en haut avaient été convoquées RS à Montréal ; trente-deux avaient répondu à cet appel.

Nous voulons essayer sur les Anglais le tomahawk de nos pères,

Le 22 juillet, deux cents canots montés par deux mille guerriers étaient réunis sous les remparts du fort de Carillon; beaucoup d’entre eux avaient parcouru trois et quatre cents lieues pour se trouver au rendezvous. Un des principaux chefs de ces nations, s'adressant à Montcalm lui dit au nom de tous, dans sa langue imagée : « Nous voulons essayer sur les Anglais le tomahawk de nos pères. afin de voir s’il coupe bien! »

À la fin de juillet, trois mille hommes de troupes, deux mille cinq cents Canadiens et les sauvages étant rassemblés, les opérations commencèrent aussitôt. Pendant qu'à grand'peine les soldats, officiers en tête, traînaient ou portaient à bras, en six jours, trentedeux pièces de canon, cinq mortiers, cinq cents canots, les munitions et les vivres du lac Champlain au lac Saint-Sacrement, les sauvages s’avancèrent en éclaireurs vers le fort William-Henry. Un de leurs détachements, conduit par des officiers canadiens aperçut dans le lointain au petit jour une troupe en reconnaissance sur le lac Saint-Sacrement. Elle était composée de trois cent cinquante soldats anglais et onze officiers montés sur vingt-deux berges. Les sauvages, embusqués dans les bois le long du lac, laissèrent s'approcher à portée les embarcations ennemies, puis ouvrirent sur elles un feu meurtrier et se jetèrent avec leurs légers canots à leur poursuite. Les hurlements des agresseurs et la vigueur de l'attaque imprimèrent aux adversaires une telle frayeur qu'ils n'opposèrent qu’une faible résistance. Deux berges parvinrent à se sauver à force de rames; toutes les autres furent prises ou coulées à fond. Cinq officiers et cent cinquante-six hommes restèrent aux mains des assaillants ; cent cinquante furent tués ou noyés.

L'arrivée au milieu du campement français des vainqueurs avec leurs prisonniers répandit dans les trou-

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EN |, TR ille pes la plus vive allégresse; elles voyaient dans cet t de heureux coup de main le présage du succès de la camrois pagne qui commençait. Mais les sauvages faillirent la lez- compromettre en voulant se disperser et regagner leurs s'a- villages. Ils considéraient en effet qu'après avoir ainsi IS ge frappé sur l'adversaire, c'était tenter le Maître de la An- vie que de continuer la lutte, et « leur esprit superstis'il tieux et inquiet à l'excès jonglait, rêvait et se figurait que tout délai pouvait leur être fatal ». (Bougainville.) pes, Montcalm, qui connaissait leurs usages etleurs prétant jugés comme s'il avait été élevé au milieu de leurs caitôt. banes, les réunit en conseil et les écouta patiemment. tête, Après que chacun des chefs eut parlé librement, il se nte- leva, répondit à leurs objections, leur dit que le grand = Gti Onontio, le roi de France, l'avait envoyé au milieu in au d'eux pour défendre ses enfants, qu'ils ne pouvaient t en pas le quitter ainsi, l’abandonner au début de la lutte leurs engagée contre leurs ennemis communs, et acheva son liens discours en jetant au milieu d'eux un collier, gage sae en cré de sa parole et image de leur union. était Un chef Outaouais, portant sur la poitrine une méis et daille à l'effigie du roi, ramassa le collier et déclara sau- solennellement au nom de tous qu'ils obéiraient à la lais- volonté de leur père.

nne= Puis, du sein de cette foule frémissante, une voix s'éetse | leva, invoquant les esprits :

Les « Manitous, vous tous qui êtes dans les airs, sur la aque terre et sous nos pieds, détruisez nos ennemis, livrezw'ils nous leurs dépouilles et ornez nos cabanes de leurs brges sanglantes chevelures! »

s les Une explosion de hurlements et de cris de guerre rs et répondit à ce chant. Montcalm pouvait compter sur des ses alliés. | Tandis que le chevalier de Lévis, avec trois mille vain- M hommes, suivait par terre à travers les taillis et les bois

roux les bords du lac Saint-Sacrement jusqu'en vue des

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retran ents de William-Henry, le reste des troupes gag ar eau la plage la plus voisine et, le 30 juillet. née était concentrée à une demi-lieue du fort.

Penuant cette opération, les sauvages contournant la place dont la forêt facilitait l'approche, allaient occuper les sentiers et intercepter toute communication avec le fort Lydius, situé à six lieues de distance, et où se trouvait le colonel Webb avec quatre mille hommes.

Le fort William-Henry, disposé en carré garni de quatre bastions, était entouré de murs de quatre à cinq mètres d'épaisseur formés de gros troncs d’arbres soutenus par des pieux et garnis de terre, avec fossés et terrassements défendus par vingt-cinq pièces d'artillerie, Cinq cents hommes en constituaient la garnison. À quelque distance, une hauteur rocheuse dominait les alentours ; on y avait établi un camp retranché, occupé par dix-sept cents hommes destinés à relever à tour de rôle la garnison au fort.

Le chevalier de Lévis, à qui Montcalm avait confié le commandement de l'avant-garde, commença les approches. Repoussant vivement les postes avancés de l'ennemi qu'il rejeta dans la place, il gagna le chemin du fort Lydius, investit le fort et le camp retranché, et prit ses dispositions pour faire front aux secours que le colonel Webb allait sans doute envoyer aux assiégés. Ses éclaireurs firent quelques prisonniers par lesquels il apprit qu'un renfort d'un millier d'hommes était arrivé la veille au fort William-Henry et que le camp retranché renfermait deux mille soldats et miliciens.

Les retranchements ne pouvaient être enlevés par une attaque de vive force. Montcalm, renonçant à un assaut qu'un ennemi nombreux, à l'abri de solides fortifications, aurait certainement repoussé, se décida à commencer le siège du fort, pendant que Rigaud de Vaudreuil, à la tête des sauvages et des Canadiens,

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pes occupait les troupes concentrées dans le camp retranuil- ché. M. de Bourlamaque fut chargé comme ingénieur ort. de diriger les opérations du siège.

t la Tous les préparatifs étant achevés le 3 août, Montper | calm somma en ces termes le colonel Munro, comvec mandant du fort, d'avoir à se rendre :

\ se « J'ai ce matin investi votre place avec une nomnes. breuse armée, une artillerie supérieure et tous les arni sauvages des pays d'en haut, dont un détachement de re à votre garnison a trop appris récemment à connaître l’ar- la férocité. Je suis obligé, par humanité, de désirer \vec que vous vous rendiez. Il est encore en mon pouvoir piè- de retenir les sauvages et de les obliger à observer une it la capitulation, alors qu'aucun d'eux n’a encore été tué; euse cela ne me sera plus possible dans d’autres circonsamp lances, et votre insistance à défendre votre fort ne peut inés en retarder la perte que de peu de jours en exposant

sans nécessité une malheureuse garnison qui ne peut recevoir aucun secours par suite des précautions que j'ai prises. »

Le colonel Munro répondit :

«€ Monsieur le général, je vous suis obligé des offres gracieuses que vous me faites, mais je ne puis les accepter. Je crains peu la barbarie; j'ai d’ailleurs sous mes ordres des soldats disposés comme moi à périr ou à vaincre. »

La parole était au canon.

La tranchée, ouverte le 4 août vers huit heures du soir, malgré le feu de l'artillerie anglaise, permit d'installer les batteries à six cents mètres des remparts et de commencer à tirer sur la place, au milieu des cris de joie des sauvages, ravis de voir parler les « gros fusils ». Soldats et Canadiens, enflammés par l’exemple de Montcalm dont la vivacité et l’entrain les électrisaient, s'étaient employés avec une indicible ardeur à creuser le sol et à traîner sur un espace

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d'une demi-lieue, à travers les fourrés et les rochers, les pièces destinées au siège ; les sauvages eux-mèmes, armés de pelles et de pioches, ouvrirent une tranchée vers les retranchements qu'ils étaient chargés de sur-

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veiller, et furent bientôt à portée de fusil. Profitant 108 alors des épaulements de terrain qui les masquaient, vit ils ouvrirent sur les palissades du camp un feu violent | qui ne permit pas à l'ennemi de tenter une sortie. avi Cinq cents hommes soutenus par trois cents grena- ner diers étaient employés aux tranchées, dont les travaux fn furent poussés avec la plus grande vivacité, malgré le fai: tir continuel de la place. Le quatrième jour, la der- ] nière parallèle était ouverte à soixante-dix mètres des fon remparts. Le 7, vers le soir, cinq cents soldats es- ro sayerent une sortie du camp retranché, pour com- ls muniquer avec le fort Lydius; M. de Villiers, avec un par petit corps de sauvages et de Canadiens les arrèta ro dans leur marche et après en avoir lué soixante, rejeta us le reste dans la place en faisant quelques prisonniers. 7e Malgré la vigueur de l'attaque et la rapidité avec pill laquelle les assiégeants gagnaient du terrain, le colo- [ nel Munro résistait énergiquement; il comptait sur état la prochaine arrivée du colonel Webb, qui, du fort dait Lydius, pouvait entendre les roulements incessants N du canon. Une communication de Montcalm réduisit du à néant cette espérance. mer Des sauvages, embusqués dans les bois en avant des des grand'gardes, surprirent deux courriers partis la g du fort Lydius. L'un fut pris, l’autre tué; en fouillant LE ce dernier, on trouva sur lui une lettre cachée dans tésn une balle creuse. Elle était du colonel Webb. Il man- pen( dait à Munro que la situation dans laquelle il se trou- L vait au fort Lydius ne lui permettait ni d'aller à son fran secours, ni de se dégarnir d’une partie de ses trou- pris pes; que les Français, d'après ses renseignements, dans

étaient au nombre de onze mille, avec une artillerie darts

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considérable, et qu'il lui conseillait de se rendre en se ménageant les conditions les plus avantageuses, à moins qu'il ne fût en état d'attendre l’arrivée des renforts demandés à Albany.

Montcalm, mis en possession de ce document, écrivit aussitôt au commandant anglais :

« Monsieur, un de mes partis rentré hier ar soir avec des prisonniers, m'a procuré la lettre que je vous envoie par une suite de la générosité dont je fais profession vis-à-vis de ceux avec qui je suis obligé de faire la guerre. »

Munro fut atterré par cette communication, et profondément découragé par l'abandon d’un frère d'armes sur le secours duquel il avait cru pouvoir compter; il voyait ses batteries démontées, ses soldats décimés par le tir meurtrier des Français; ceux qui restaient, malgré leur nombre, étaient démoralisés par les progrès rapides des assiégeants et les vociférations des sauvages se préparant à l'assaut, au massacre et au pillage.

Le 9 août à sept heures du matin, le drapeau blanc était hissé sur les remparts croulants; Munro demandait à capituler.

Montcalm, pour rendre hommage à la belle défense du vieil officier que le sort des armes mettait à sa merci, lui accorda la sortie de la garnison du fort et des troupes du camp retranché avec les honneurs de la guerre; les bagages des officiers, les effets des soldats etleursarmesleurétaient laissés. Aucun d'eux, aux termes de l’article 4 de la capitulation, ne devait servir pendant dix-huit mois contre la France et ses alliés.

L'article 5 spécifiait que tous les officiers et soldats français, ainsi que les Canadiens et les sauvages faits prisonniers depuis le commencement de la guerre dans l'Amérique du Nord, seraient délivrés en échange dans un délai de trois mois.

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Enfin pour escorter les Anglais sur la route du fort Lydius, il fut convenu qu'un détachement, avec quelques officiers ou interprètes attachés aux sauvages les accompagnerait le lendemain matin jusqu'à une certaine distance.

On trouva dans le fort quarante-trois bouches à feu, trente-cinq mille livres de poudre et des vivres en quantité suffisante pour nourrir l'armée pendant six semaines. C'était afin de réserver ces approvisionnements pour ses propres troupes que Montcalm autorisait les deux mille cinq cents prisonniers, que la prise du fort William-Henry lui livrait, à regagner le territoire anglais ; jamais il n'aurait pu nourrir tout ce monde.

Les signatures échangées, les vaincus se retirèrent dans leur camp, pendant que les troupes de service à la tranchée, sous la direction de Bougainville, prenaient possession du fort qu'elles devaient détruire jusqu'aux fondements après l'enlèvement de l'artillerie et des vivres.

Avant d'accorder la capitulation, Montcalm avait voulu prendre l'avis de toutes les nations sauvages, afin de les adoucir par cette condescendance et de rendre inviolable le traité par leur agrément. « Tous les chefs avaient approuvé les articles de la convention et s'étaient engagés à maintenir la jeunesse dans le devoir. » Mais on sait quelle faible influence ils exerçaient sur les guerriers qui les accompagnaient, surtout lorsque l’eau de feu qu'ils recherchaient avidement les transformait en fous furieux. Aussi Bougainville, en exécution des ordres de Montcalm, fit-il immédiatement défoncer tous les tonneaux de spiritueux qui furent trouvés dans le fort. Malheureusement, les Anglais, croyant se concilier ainsi les Peaux Rouges, « dont ils avaient une frayeur inconcevable », leur distribuèrent pendant la nuit, malgré les

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conseils des officiers français, le rhum et l'eau-de-vie dont ils étaient restés détenteurs.

L'ivresse produisit alors chez les sauvages ses terribles effets. Frustrés, les uns dans leur espérance de pillage, les autres comme les Abénaquis dans leurs idées de vengeance contre des ennemis abhorrés, ils se répandirent dans les bois au moment du départ de la colonne anglaise avec son escorte et, se mêlant à elle à une demi-lieue du fort, commencèrent à piller les bagages. Ils se ruèrent ensuite sur les Anglais dont ils tuèrent une cinquantaine, pendant que les autres jetant leurs armes et même leurs habits, prenaient la fuite de tous côtés. Les quatre cents hommes d’escorte, au milieu de cette bagarre, s'étaient précipités au devant des Peaux Rouges pour les désarmer et leur arracher les victimes qu'ilsentraînaient,. Le chevalier de Lévis, les officiers français et canadiens, indignés, intervinrent au péril de leur vie pour mettre un terme à ce désordre; Montcalm, accouru aux cris des blessés et des fuyards se multiplia pour arrêter le tumulte : plusieurs soldats, exécutant ses ordres, furent blessés ou tués. Tous ces efforts aboutirent enfin et les sauvages se dispersèrent, emportant les dépouilles de leurs victimes et entraînant de nombreux prisonniers que Montcalm parvint à leur arracher à force de prières, de menaces et de promesses. Beaucoup étaient nus lorsqu'ils furent délivrés ; nos soldats partagèrent avec eux leurs vêtements.

« Les Anglais, dit Lévis dans son journal, ne doivent s’en prendre qu'à eux-mêmes de l'infraction qui a été faite de la capitulation par les sauvages, puisqu'il leur ont donné de l’eau-de-vie malgré la recommandation qu'on leur avait faite de ne leur donner aucune boisson. Ils doivent être satisfaits de ce qu'ils ont vu que toutes les troupes françaises et les Canadiens, de même que les officiers supérieurs, ont exposé

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leur vie pour les tirer des mains et de la fureur des sauvages, et l'on comprendra avec peine comment deux mille trois cents hommes armés se sont laissé déshabiller par des sauvages qui n'étaient armés que de lances et de casse-têtes sans qu'ils aient fait seulement mine de se mettre en défense. Sans le secours qu'ils ont reçu des officiers français, ils auraient été tous tués. »

Montcalm, en même temps qu'il renvoyait sous bonne garde au fort LyGius tous les Anglais qu’il avait délivrés, écrivit à lord Loudoun, pour lui faire connaître les faits, la lettre suivante :

Le 14 août 1797.

« Mylord, la défense honorable du colonel Munro m'a déterminé à lui accorder et à sa garnison une capitulation honorable; elle n'aurait pas souffert la moindre altération si vos soldats n'avaient donné du rhum, si cette troupe avait voulu sortir avec plus d'ordre et ne pas prendre une terreur de nos sauvages qui a enhardi ces derniers, en un mot s'ils avaient voulu exécuter ce que je leur avais fait prescrire pour leur propre avantage. Vous savez ce que c’est de contenirtrois mille sauvages de trente-trois nations différentes, et je n’en avais que trop de crainte que je n'avais pas laissé ignorer au commandant du fort dans ma sommation. Je m'’estime heureux que le désordre n'ait pas eu de suites aussi fâcheuses que j'étais en droit de le craindre, et je me sais gré de m'être exposé personnellement ainsi que mes officiers pour la défense des vôtres qui rendent justice à tout ce que j'ai fait dans cette occasion. — J'ai retiré des sauvages plus de quatre cents prisonniers et le peu qui reste entre leurs mains sera rassemblé par M. le marquis de Vaudreuil à qui j'ai dépêché un courrier. »

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der EU des Le gouvernement anglais annula la capitulation et ent refusa de rendre ses prisonniers en échange de ceux ssê yre Montcalm avait délivrés. Ce dernier fut odieuseque | ment accusé à Londres d'avoir fait volontairement ile- massacrer des vaincus désarmés, et cette assertion urs mensongère, répandue dans l'Amérique anglaise, y été entretint la haine des Français en même temps que l'effroi de leurs sanglantes incursions.

ous L'Angleterre n'avait pas besoin de prétextes pour vail manquer à la parole donnée; elle avait déjà laissé on- inexécutée la convention signée par Washington

après la reddition par ce dernier du fort où il s’était réfugié à la suite de l'assassinat de M. de Jumonville, car dans la mème lettre à lord Loudoun, du 14 août 1757, Montcalm, s’en rapportant, sur le nom-

inro | bre des prisonniers à rendre, à la bonne foi de ce géune néral, ajoutait :

t la « Je réclame nommément Laforce, Canadien, qui du aurait dù être renvoyé par la capitulation du fort Nél'or- cessité. »

qui Les Anglais rendus sous escorte au fort Lydius, il bulu fut procédé à l'enlèvement des munitions et des proleur visions restées dans le fort William-Henry, puis à sa te- démolition et à la destruction de tout le matériel qui ifté- ne pouvait être emporté. Lorsque les dernières comn'a- pagnies de l’armée victorieuse se retirèrent, la citalans delle n'était plus qu'un monceau de décombres; les dre remparts détruits par la mine, les poutres carbonisées, roit les débris de canons éclatés ou démontés jonchaient

confusément le sol, et des corbeaux affamés, flairant des cadavres, planaient seuls au-dessus de ce désert.

Les instructions rédigées par le gouverneur et remises au marquis de Montcalm portaient que s'il parvenait à réduire le fort William-Henry, « le fort Lydius en serait intimidé au point de n’opposer qu'une faible résistance »; il n'aurait donc « rien de plus

pressé que de s’y rendre avec son armée et d’en faire le siège, à moins qu'il n’y eût évidence de compromettre les forces de la colonie dans cette expédition. »

En tout cas, le général était invité « à renvoyer vers la fin du mois d'août les nations des pays d’en haut et la plus grande partie des Canadiens pour faire les récoltes ». (Collection de manuscrits relatifs à la Nouvelle-France.)

Mais les sauvages, le fort pris et les prisonniers arrachés de leurs mains par les officiers français, s’étaient dispersés sans attendre davantage, chacun regagnant sa bourgade avec les chevelures enlevées à l'ennemi; il ne restait à Montcalm que les troupes et les milices dont la présence était réclamée dans la colonie pour les travaux de la moisson. Le fort Lydius était à l'abri d'un coup de main; ses remparts garnis d’une nombreuse artillerie exigeaient un siège en règle ; et une garnison de quatre mille hommes, renfermée dans la place, recevait chaque jour des renforts de l’intérieur. De vivres et de munitions, l’armée n'avait plus que cellestrouvées au fort William-Henry, et leurtrans-

ort à Carillon exigeait toutes les forces dont il était possible de disposer. Après en avoir délibéré, l’entreprise n'ayant aucune chance de succès dans les conditions où l’on se trouvait, Montcalm, à qui ses instructions recommandaient surtout « de prendre les plus justes mesures pour ne pas recevoir d'échec », y renonça pour cette année, et regagna le fort Carillon. Les derniers convois y parvenaient le 1° septembre et, la saison s’avançant, les troupes furent dirigées sur leurs cantonnements pour y passer l'hiver.

La détermination du général était d'autant plus justifiée que l’intendant lui écrivait dès le 16 août :

« Le parti que vous avez pris de ne point faire le siège du fort Lydius et de ne pas prendre la garnison p'isonnière de guerre est des plus convenables à tous

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égards; nous n’aurions pu la nourrir, et il aurait été fort à craindre que la récolte du gouvernement de Montréal eût été perdue si vous aviez gardé les habitants plus longtemps. Vous n'aviez pas assez de vivres à Carillon pour cette entreprise, je n'aurais pu faire subsister votre armée sur le lac Saint-Sacrement passé le mois d'août. »

La disette, on le voit, arrêtait ou entravait toutes les opérations; on ne gardait pas de prisonniers parce qu'il était impossible de les nourrir, et l'ennemi, au mépris des capitulations, les faisait rentrer dans les rangs de ses armées ; on ne poursuivait pas les opérations de la campagne parce que l’intendant n'avait pas de vivres à fournir aux troupes et que les milices ne pouvaient rester dans les rangs à l’époque des récoltes. Les choses en étaient arrivées à ce point que « l’un des trophées les plus agréables de la nouvelle conquête fut trois mille barils de farine et de lard, qu'on apporta en triomphe à Carillon, et qui furent prisés dans toute la colonie à l'égal des plus glorieuses marques de la victoire ». (Garneau.)

Lesrésultats de lacampagne de 1757 dans le nouveau monde étaient en définitive à l'avantage de la France; l'armée anglaise, malgré son énorme supériorité numérique, était restée impuissante; la démonstration sur Louisbourg du général Loudoun n'avait pas abouti par suite de l’arrivée dans ce port d'une flotte française ; les partis qui s'étaient aventurés dans la vallée de l'Ohio avaient été détruits; la prise du fort William-Henry jetait un nouvel éclat sur nos armes, et les communications par les lacs avec la vallée du Mississipi etla Louisiane étaient maintenues. Mais l'effort accompli avait aggravé la situation si pénible de la colonie; les récoltes endommagées par les pluies et des gelées précoces n'avaient pas donné les résultats qu'on espérait: il fallut encore réduire la population à

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un quart de livre de pain par jour, les soldats à une demi-livre, et remplacer la viande de bœuf par du cheval et de la morue salée.

Comme pour insulter à cette misère si vaillamment supportée, à ces souffrances de tout un peuple, les bals et les fêtes se succédaient chez l’intendant à Québec; on y jouait un jeu à faire trembler les plus déterminés et Bigot, qui faisait les honneurs de la partie, y perdait 200.000 livres.

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es échecs subis en Amérique et en Europe avaient produit en Angleterre une profonde émotion et l'opinion publique, vivement surexcitée, avait imposé l’entrée dans le ministère d'un homme entre les mains duquel tous les partis abdiquerent, et qui, par son énergie, son obstination, allait incarner lanation anglaise dans sa lutte contre la France.

De scrupules, William Pitt n'en connaissait point; iln'avait qu'un but. la grandeur desa patrie pour suivie par tous les moyens, au mépris des droits de l’étranger et de l'humanité. «Il haïssait la France comme un Romain haïssait Carthage, et son avènement était le signal d'une guerre à mort. » (Henri Martin.) Chargé des ministères de la Css et des Affaires étrangères, agissant en véritable dictateur et soutenu par toute la nation qui partageait ses passions et ses haines, il lui rendit bientôt par ses actes une confiance

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