LA TOLERANCE
l'hérésie. C'étail le droit commun à l'époque où écrivait Montesquieu. L'aventure de La Barre et celle de Calas ont fait assez de bruit pour que nul n'en ignore. La déclaration de 1724, qui confirmait et résumait les plus implacables mesures de Louis XI> contre les réformés, était en pleine vigueur. On ne peut imaginer de loi plus cruelle; celle qui sévissait en Angleterre contre les catholiques ne l'était pas davantage. On voyait encore des auto-da-fé en Portugal et en Espagne. « Le mal, dit Montesquieu, est venu de cette idée qu'il faut venger la Divinité... » Le sacrilège simple, délit purement religieux, ne peut être 'puni que par l'expulsion du temple et la privation de la société des fidèles. Quant au sacrilège qui entraîne un trouble dans l'exercice de la religion, c'est un crime de la nature de ceux qui choquent la tranquillité des citoyens, et il faut le classer avec ces crimes-là. En d'autres termes, la loi civile ne connaît point le sacrilège et ne saurait le réprimer. Montesquieu s'arrête peu sur la répression de l'hérésie ; mais il condamne cette répression en quelques lignes d'une raillerie hautaine, par des rapprochements qui sont une flétrissure. « Maxime importante : il faut être très circonspect dans la poursuite de la magie et de l'hérésie... » Que servent d'ailleurs les persécutions et les supplices?
( Des liorames qui croient des récompenses sûres dans l'autre vie échapperont au législateur ; ils auront trop de mépris pour la mort. « Dans cette
conviction, il adresse une très humble remoutra/tce
au r inquisiteurs d'Espagne et de Portugal, où le pathétique de la pensée se dérobe sous l'ironie de la forme. Il la place dans la bouche d'un juif, et il ne s'agit dans ce discours, si on le prend à la lettre, que des seuls Israélites ; mais Montesquieu songe a la France. Il interpelle indirectement les prescripteurs des réformés, lorsqu'au chapitre suivant il prétend expliquer « pourquoi la religion chrétienne est si odieuse au Japon » : « La loi du Japon punit sévèrement la moindre désobéissance. On ordonna de renoncer à la religion chrétienne : n'y pas renoncer, c'était désobéir; on châtia ce crime;, et la continuation de la désobéissance parut mériter un autre châtiment. Les punitions, chez les Japonais, sont regardées comme la vengeance d'une insulte faite au prince. » Il en était ainsi chez les Français pour rtux qui avaient l'insolence de se montrer incrédules à la religion du roi.
En matière de tolérance, les conseils de l'Esprit tirs /ois ne dépassent point les insinuations des Lettres persanes. Montesquieu réclame l'Edit de Nantes, tout l'Edil de Nantes, rien que l'Edit de Nantes. Il craint la propagande religieuse, qui, selon lui, trouble les États et ruine l'autorité paternelle dans les familles. Il redoute les revanches des sectes proscrites, qui deviennent persécutrices dès qu'elles cessent d'être opprimées* « Voilà, conclut-il, le principe fondamental des lois politiques en fait de religion. Quand on est maître de recevoir dans un Etat une nouvelle religion, ou de ne la pas recevoir, il ne faut