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portante et plus difficile, celle de savoir quel est, au
point de vue de la prospérité du pays et du bonheur de ses habitants, l’état le plus favorable: un pays a-t-il intérêt à voir sa population augmenter, ou l’état stationnaire est-il préférable ? Au XVII et au XVIII: siècles, cette question n'est pas en général discutée, car on la résout sans aucune hésitation: une nation qui ne s’ac-
(1!) La France au milieu du XVIIT: siècle, d'après le Journal du marquis d’Argenson, p. 121.
croît pas aussi vite que les autres en population est exposée à perdre son indépendance ; elle est, en effet, par suite de son infériorité numérique, moins en état de se défendre contre les aitaques du dehors et ne doit pas tarder à succomber. — De même, la préoccupation de la proportion à établir entre le développement de la population et celui des subsistances, qui prendra une si grande importance chez les économistes du XIX° siècle, à la suite des écrits de Malthus, n'existe guère au siècle précédent. | |
Nous ne devons donc pas nous élonner dé voir Montesquieu considérer comme très nécessaire pour un Etat l'augmentation de sa population : son désir, nous l'avons vu, est que l'harmonie règne entre les Etats, qu'ils entretiennent des rapports amicaux ; pour que le maintien de ces bons rapports soit assuré, il faut que le développement des nations soit aussi uniforme que possible, car la supériorité de l’une ou de plusieurs d entre elles serait de nature à leur faire concevoir de mauvais desseins à l'égard des autres et à compromettre la sécurité de ces dernières. Or, Montesquieu est amené à contater que, dans certains pays, par l'effet du climat ou de toute autre cause naturelle, la population à une tendance invincible à s’accroître d’une maniére particulièrement rapide ; afin de maintenir l'équilibre si nécessaire à la paix et à la prospérité commune, les législateurs des nations chez lesquelles ces causes naturelles de fécondité n'existent pas doivent prendre des mesures pour leur conserver leur rang. |
Voilà pour le point de vue politique. Quant au côté économique de la question de la population, il paraît,
lui aussi, le reléguer au second plan : « J'aurai peut-être « occasion de .prouver, fait-il écrire à Usbek dans les « Lettres persanes (où le problème de la population « est traité avec au moins autant d'étendue et plus « d'indépendance de langage que dans l'Esprit des lois); « que plus il y a d'hommes dans un Etat, plus le com- « merce y fleurit ; je prouverai aussi facilement que, « plus le commerce y fleurit, plus le nombre des hom- « mes s’y augmente : ces deux choses s'entr'aident et « se favorisent nécessairement » (lettre 115). — Dans la lettre 117, où Mcntesquieu s'attache à faire ressortir la supériorité des pays protestants sur les pays catholiques, il indique qu'une population nombreuse permet à vn Etat de faire prospérer parallèlement l'agriculture et le commerce : « Quand il n’y a que le nombre des gens su- « ffisant pour la culture des terres, il faut que le com- « mèérce périsse ; et, lorsqu'il n’y a que celui qui est « nécessaire pour entretenir le commerce, il faut que la « culture des terres manque ; c'est-à-dire il faut que « tous les deux tombent en même temps parce que l'on « ne s'attache jamais à l’un que ce ne soit aux dépens « de l'autre ». — Mais, à la vérité, Montesquieu n'a nulle part étudié la question dans ses détails. Comme ses contemporains, il paraît dominé par cette idée qu'un Etat -— et notre auteur, plus préoccupé du bonheur du genre humain que de celui d’une nation en particulier, füt-ce la sienne, généralise et parle pour tous les pays civilisés — dont la population diminue peut être comparé à un malade qui perd progressivement ses forces et qui marche à sa fin.
Voilà, certainement, sa préoccupation dominante ;
pas, toutefois, jusqu'à l’égarer. 11 voit la relaiste entre l'accroissement de la population et . de subsistances dont elle peut disposer: « Par- -il, où il se trouve une place où deux personvent vivre commodément, il se fait un mariage. re y porte assez lorsqu'elle n’estpoint arrêtée fiiculté de la subsistance (1) ».
t de cette affirmation de principe, Montesquieu ié à se demander si l'humanité est en possesintégralité des subsistances que la terre et peuvent lui fournir. On ne trouve rien, sur ai dans les Lettres persanes ni dans l'Esprit mais notre auteur s’en est préoccupé dans les À son avis, cinquante millions d'habitants t vivre sans peine dans le royaume de France, n n'en trouve que quatorze (2). « La terre dits, donne toujours à proportion de ce qu’on en , C'était là une affirmation bien hardie ; elle dans une certaine mesure, si l’on songe qu’au cle, la culture de la terre était très négligée : de paysans désertaient les campagnes et afflu- ;s les grands centres où ils croyaient être à disette. |
mn que fait surtout valoir Montesquieu pour éta- 8 Subsistances sont susceptibles de s’accroitre
Lois, 1. XXIII, ch. X.
nier chiffre parait inférieur à la réalité : le marquis de 1754, attribuait à la France un peu plus de dix-huit mil-
ints ; Voltaire donnait le chifire de vingt millions. Toutes
ns, d'ailleurs, manquent de bases précises (V. sur la ques-
ir, La population française t. I. p. 215)
et fragment inédits, p. 180, n° 366.
est tirée du concours que peuvent se prêtel les divers pays. Nous l’avons vu indiquer, « des lois, que les nations modernes, dans | biens sont inégalement partagés, ne peuv population augmenter que si ceux auxquels la terre procure un excédent de produits échanger cet excédent contre les produits d en effet, si l'écoulement de leurs denrées e s'attachent à produire davantage et, les
augmentant, la population s'accroît égalem part, les industriels, certains de pouvoir objets qu'ils fabriquent, produisent et pro davantage. Dans les Pensées, Montesquieu 1 théorie en l'appliquant aux relations des pa: « Les bêtes, qui ont toutes des intérêts sé «a s’entrenuisent toujours ; les hommes seu « vivre en société, ne perdent rien de ce « gent » (tbid.). Et, cette vie en société,
sera plus avantageuse pour chacun d'eux qt isolée ou la lutte perpétuelle ! Les individu: tirer profit des richesses naturelles de le mettront en valeur ; grâce au développeme:
duction et à l'échange, le niveau des subsi:
mentera et, avec lui, le chiffre de la populs mentation de la population permettra, à
donner plus d'extension encore aux diverse « La mer est inépuisable en poissons, on ne « de pêcheurs, que de flottes, que de négo « forêts s’épuisent, ouvrez la terre et vo « matières combustibles. Que de philosophe « geurs ont fait des découvertes devenues i:
« que, dans la situation présente, l'industrie ordinaire « suffit pour les besoins » (1b:d.).
C'est presque la célèbre loi des débouchés que formule Montesquieu lorsqu'il dit: « Plus vous aurez d'ou- « vriers en France, plus vous ferez de laboureurs en Bar- « barie, mais un laboureur nourrira dix ouvriers » (id). Ce dernier membre de phrase fait bien quelque peu songer à la théorie des Physiocrates sur la productivité de
l’agriculture ; mais au fond, l'idée de Montesquieu —
ainsi que nous avons eu déjà, d’ailleurs, l'occasion de l'établir — est la suivante: tous les Etats ont intérèt à donner le slus d'extension possible à leur agriculture, à leur industrie et à leur commerce ; et ce développement doit être parallèle, afin que tous en profitent également. Il en résultera un accroissement de la population, en même temps qu'un accroissement du bien-être. Les théories de Montesquieu sur la population peuvent tout entières se résumer dans ce passage des Pensées : « J'ai « mille avantages à vivre, non pas dans un grand Etat, « mais dans une grande société. La faim ne se fait pas « moins sentir dans les pays peu peuplés que dans les « autres. Souvent même, elle fait plus de ravages, parce « que, d'un côté, le commerce ne leur procure pas « promptement les secours étrangers, et que, d'un au-
« tre, la pauvreté les empêche d'en jouir » fbid.). Ici
encore, la concordance entre les intérêts particuliers et les intérêts généraux se trouverait donc réalisée : il suffirait aux individus de vouloir leur bonheur pour l'assurer, la terre, les découvertes, les progrès de l’industrie n'attendant que l'application des peuples civilisés. Les hommes peuvent procréer sans se préoccuper de la
mn
quantité des subsistances, ils sont bier teint le maximuni des ressources dispot
Tout est pour le mieux, semble-t-il, mentation de la population ne va pas :
ment des subsistances, et réciproquerr sement, la tendance naturelle qu'on procréer rencontre des obstacles : elle e de puissance, mais elle ne passe pas d'acte (1).
Ces obstacles sont, tout d’abord, des rels, contre lesquels l'homme ne peut sont une manifestation de la volonté di doit les subir. « La terre, écrit Usbek à « mise, comme les autres planètes, au:
« vements ; elle souffre, au dedans d « perpétuel de ses principes; la mer « semblent être dans une guerre éternel « tant produit de nouvelles combinaiso:
(1) Remarquons, d’ailleurs, qu'alors même que ce rait, dans tous les pays, à un accroissement identit il ne faudrait pas accepter sans réserves les aftirrr Montesquieu. Certains pays, plus favorisés que d'au point de vue de la fertilité du sol, de la situation mat, des mœurs des habitants, de leurs aptitudes, une prospérité plus grande que les autres. Entre le: les mêmes produits et toutes désireuses de les éch: duits de nature différente, la lutte serait vive, et l': celle qui, mieux outillée, pins disciplinée, prévoyai soins des autres et se préparant avant ses concurr pourrait livrer le plus grand nombre de marchandi leur marché, tandis que les autres, moins diligent pas dans d’aussi bonnes conditions, verraient leurs seraient obligées de s'en défaire à un prix non rêm
lemeure si sujette aux changements, sont at aussi incertain : cent mille causes peucapables de les détruire et à plus forte rainenter ou de diminuer leur nombre (1) ».
noigne de la survenance de catastrophes qui ont mis bien des fois le genre humain à s de sa perte »; les pius exterminatrices ont universelles : Montesquieu cite avec terreur éaux qui eût pu, avec un degré d'intensité uire en un seul jour toute la nature hu-
‘es obstacles d'ordre physique, il en est de x-ci sont la conséquence des institutions ; certains pays : en dehors des effets en vue s ont été créées, ces institutions produisent, icerne la propagation de l'espèce, des réont d'autant plus fâcheux que les hommes bitués sans en voir les dangers, le « vice le venin secret et caché, la maladie de lanjui les affligeait.
e ces obstacles ont pour résultat de dimire des personnes qui seraient en état de st d'abord, chez les peuples mahométans, :: Montesquieu fait, sous la plume d’Usbek, 3 l'homme qui vit « dans un sérail prodi- ‘c un très petit nombre d'enfants... la plumps faibles et malsains et se sentant de la le leur père » qui « occupe à ses plaisirs tant
in fine,
« de sujets de l'un et de l’autre sexe les fait mourir pour « l'Etat etles rend inutiles à la propagation de l'es- « pèce ».(1) — Les nations chrétiennes valent-elles mieux à ce point de vue ? Non, d’après notre auteur : la prohibition du divorce et le célibat religieux y engendrent les mêmes inconvénients que la npolygamie chez les mahométans. « Il ne faut point s étonner si l’on voit chez les « chrétiens tant de mariages fournir un si petit nombre « de citoyens. Le divorce est aboli: les mariages mal « assortis ne se raccomodent plus; les femmes ne pas- « sent plus, comme chez les Romaïns, successivement « dans les mains de plusieurs maris qui en tiraient dans « le chemin le meilleur parti qu'il était possible (2) ». Voici, maintenant, comment Montesquieu apprécie le célibat religieux : « Ce métier de continence a anéanti « plus d'hommes que les pestes et les guerres les plus « sanglantes n’ont jamais fait. On voit dans chaque « maison religieuse une famille éternelle où il ne nait « personne et qui s'entretient aux dépens de toutes les « autres. Ces maisons sont toujours ouvertes comme « autant de gouffres où s’envelissent les races futu- « res (3) ». L'appréciation du célibat en général que nous lisons dans les Pensées n'est pas moins dure : « Le « nombre des gens vivant dans le célibat multiplie à « proportion le nombre des filles de Joie, et, comme les « moines sont compensés par les religieuses, les gens « de célibat le sont par les filles de joie (4) ». .
(1) Lettre 114.
(2) Lettre 116 (3' Lettre 117.
(4) Pensées et fragm. inédits, Population n° 1969, p. 401,
ue c’est. bien à ces causes qu'il faut attri-
ssance de la population ne résulte-t-elle paraison entre les nations catholiques, où st abandonnée, où l'industrie végète faute pays protestants, plus prospères, préciséue la population y est plus nombreuse, s tributs plus considérables, ayant des cultivées, un commerce plus florissant, / a plus de gens qui ont une fortune à avec plus de besoins on y a plus de resr les remplir (1b1d) (1) » ? Ne résulte-t-elle approchement que l'on peut établir entre ns modernes et le peuple romain qui s’atser la multiplication des esclaves, les- ; riches par leurs soins et leur travail, se nchir « et devenaient citoyens », en sorte blique se réparait sans cesse et recevait
n de nouvelles familles à mesure que les
e détruisaient (2) » ? Sans doute, on ne à rétablir l'esclavage qui correspond à lisation et à d’autres mœurs ; la liberté s possèdent actuellement, dans les Etats et démocratiques, leur assure la propriété leur travail, ils sont donc naturellement produire. Cette tendance s’harmonise parc celle qui les conduit à procréer dans la sistances disponibles ; pourquoi admettre
a même idée exprimée dans « l’Essai sur la nature du Cantillon. — Elle a été, par contre, combattuc par le eau, Traité de la population, ch. V.
| 1. -MBlims
des institutions et ne pas s'opposer au développement d'habitudes qui ont pour effet de la paralyser ?
Il nous semble que Montesquieu a attaché une importance excessive à la suppression du célibat religieux et à
. l'institution du divorce au point de vue de l'accroisse-
ment de la population. La suppression du célibat religieux ne paraît pas devoir ouvrir la voie à un bien grand nombre d'unions : c'est une règle à laquelle se soumettent volontairement et sans regret ceux qui embrassent la profession religieuse, car leur nature les porte vers des satisfactions d’un ordre tout différent que celles qui résultent pour d’autres du mariage. Quant au divorce, son influence sur l’augmentation de la population est Join d’être aussi grande que le pense Montesquieu. Cette institution existe aujourd'h1i dans nos lois ; la population s'est-elle pour cela accrue d’une manière bien sensible ? Ne continue-t-on pas à se lamenter, en France surtout, de son insensible augmentation ? Montesquieu pense que « si, dans une République comme Lacédé- « mone... il avait été établi que les maris changeassent
« de femmes tous les ans, il en serait né un peuple
« innombrable (1) ». Mais, au prix de quels désordres et de quelle anarchie ? Montesquieu paraît véritablement s'être trop inspiré de Plaion ; peu s’en faut qu'il se déclare partisan de la communauté des femmes préconisée par le philosophe grec.
Notre auteur cite encore d’autres causes qui, sans atteindre la faculté de procréer en elle-même, la paralysent : elles tiennent, par ‘exemple, aux croyances de
(1) Lettre 116.
certains PAYS ; il y a, en particulier, des peuples qui, hantés par cette idée que la vie terrestre n’est qu'une
étape, estiment, qu'il est extravagant d'y établir quelque
chose de durable et d’utile, d'y laisser des enfants après avoir peiné pour assurer leur fortune (1). Elles peuvent tenir aussi à certaines pratiques, notamment celle de l'expatriation, de la colonisation : « l'effet ordinaire des « colonies est d’affaiblir les pays d'où on les tire sans « peupler ceux où on les envoie (2) ». |
L'homme a une tendance naturelle à procréer et le législateur a, suivant Montesquieu, le devoir de ne rien faire qui puisse aller à l'encontre de cette tendance. Il doit, au contraire, la favoriser par tous les moyens : ce qui arrête l’homme dans la voie où le pousse la nature, c'est, en dehors des causes spéciales que nous venons d'indiquer, la crainte de ne pas être en état d'assurer la subsistance de sa famille. Il faut lui enlever cette appréhension en lui assurant [a propriété de ce qu’il possède et de ce qu'il pourra acquérir : l’homme redoute un gouvernement despotique et arbitraire, sous l'empire duquel la liberté et la propriété peuvent être sans cesse compromises, car c’est généralement un gouvernement dur, égoïste, indifiérent au bonheur des individus. Aussi, les Républiques, où chacun est assuré de conserver la
(1) V. lettre 119.
(2) Lettre 121. — Malthus, au contraire, verra dans l’expatriation et l'établissement dans les colonies un des remèdes à l’accroissement de la population lorsqu'il est trop rapide. — Il convient de rappeler, d'ailleurs, qu'en ce qui concerne la colonisation, une modification s’est produite dans les idées de Montesquieu.
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paisible jouissance de sa part de biens peuplées, bien qu'établies en général dan fertiles (8). Dans un Etat monarchique, :
sage et soucieux du bien-être de ses su] trouver l'abondance ; or, « l'espèce se m « pays où l’abondance fournit aux enfan « minuer de la subsistance des pères ». | lence attire les étangers, et cette contri ment externe à l'accroissement de la | pays n’est pas à négliger.
Nous sommes toujours ramenés, en di dominante de Montesquieu, idée qÜ'il en ces termes : « Si un homme est mal à « sente qu’il fera des enfants plus pauvi « se mariera pas, ou, s'il se marie, il « un trop grand nombre d'enfants, qui p « ver de déranger sa fortune et qui des « condition de leur père » (ibid.).
Dans l'Esprit des lois, il n’est pl causes physiques et morales de dépop quelles Montesquieu s'étendaïît si longr Lettres persanes ; notre orateur préfè:
observations particulières, s'attacher à c« tances propres à tel peuple et les c comme des éléments favorables à la l'espèce — auquel cas le législateur pou
(1) « Les pays ne sont pas cultivés, dira Montes « des lois, en raison de leur fertilité, mais en rai: Cette idée est également développée par Hume {Du par le marquis de Mirabeau (L’ami des hommes, des usages, Edition de 1756, t, 21, p. 108).
d'intervenir —,tantôt comme des causes agissant en sens inverse et contre lesquelles les lois devront réagir. Ainsi, Montesquieu constate qu’on trouve plus d’enfants dans.les ports de mer qu'ailleurs : « cela vient, dit- « il, de la facilité de la subsistance ; peut-être même « que les parties huileuses du poisson sont plus propres « à fournir cette matière qui sert à la génération » (1). — ]l remarque encore que certaines variétés de cultures demandent plus de bras que d’autres : « Les pays de « pâturages sont peu peuplés, parce que peu de gens y « trouvent de l’occupation; les terres à blé occupent plus « d'hommes et les vignobles infiniment davantage » (2). — L'agriculture et l’industrie contribuent, par le concours qu'elles se prêtent réciproquement, à l’accroissement de la population (3). — Dans les Pensées, on trouve aussi .cette observation que les peuples naissants multiplient beaucoup : « Ce n'est pas, commea dit un auteur, « parce qu'ils ne s’entrempêchent pas, comme ils font dans la suite, où ils se nuisent comme les arbres : Car cette raison laisse tout l'embarras ; mais c’est que l'avantage du célibat et du petit nombre d'enfants dans le mariage, dont on jouit dans une nation qui « est dans l’état de sa grandeur, est une trés grande « incommodité chez une nation naissante » (4).
Autre remarque qui témoigne de l'esprit observateur de Montesquieu : « Les gens qui n’ont absolument rien, « comme les mendiants, ont beaucoup d'enfants... Ces
(1) E. des lois, I. XXIII, ch. XIII.
(2) E. des lois. 1. XXIII, ch. XIV.
(3) E. des Lois, 1. XXIII, ch. XV.
(4) Pensées et fragm. inédits. Population, n° 1969, p. 402.
« gens, dans un pays riche ou superstiti « plient parce qu'ils n'ont pas les charges « mais sont eux-mêmes les charges de I:
D'autres pays, au contraire, sont, par s spéciales, tenant le plus souvent aux mr dans leur développement, Ici, le législateu il doit s’ingénier à découvrir des institutio dés susceptibles de changer les mœur oins, de paralyser leurs résultats néfastes donnait des récompenses à ceux qui éta avaient des enfants, on infligeait des pei n'en avaient pas. — Lorsque le mal prov passagères ou d'accidents particuliers, il:
ment réparé. Si le vice est plus grave et on le chasse difficilement, car il laisse les f courage et sans industrie » : il en est ains du despotisme et des « avantages excessif:
les laïques » (2). Il y a là, suivant not jougs bien durs à secouer ; et, pourtant, relèvera de son infirmité que lorsqu'il aure gie pour rétablir les choses dans l’ordre, c'e obtenir une distribution égale des terres curer à chaque famille les moyens de ll de les cultiver.
Cette crainte de la dépopulation, si souv par Montesquieu, ne l'a jamais aban découvre très vive dans les Pensées où i
(1) Esclavage, XV, 5,p. 116, lettre à Grosley. (?) E. des lois, 1. XXIII, ch. X XVIII.
ntes reprises des procédés à employer pour e mariage et la procréation.
dit-il, on les décourage : d’abord « en ce , donnent de si grands avantages nuptiaux es, que chacun craint de se marier, de l'on se voit ruiné si on survit à sa femme, voit les enfants ruinés, si on ne lui survit « ce sont les hommes qu'il faut encourager ‘es et non pasles filles; parceque la situation nt les porte assez'à se marier : l'honneur ‘mettant de goûter des plaisirs qu’en comar le mariage. Les pères sont également és à faire cesser l’élat périlleux de leurs On les décourage encore en se montrant 2condes noces que « des lois sages devraient ontesquieu constate enfin avec regret que n des gens qui ne sont pas mariés est la ‘able : ils jouissent de toute la faveur des avoir les charges de la République. Le t, d’ailleurs, défavorable en ce qu’il décide :t borne les conditions ». |
donc pas seulement se contenter de supistitutions et les lois qui ont pour résultat r les hommes du mariage ; il faut, pour idre le but, accorder aux pères de famille ntages spéciaux, notamment « donner des à ceux qui auraient un nombre d'enfants, honneurs aux mêmes; fixer lesrangs incerle nombre des enfants ; un préciput dans
aternelle, n° 1932, p. 3712.
jai mic. cata
« toutes les successions à celui qui a le plus une place de magistrat duns chaque hôtel cd celui qui a le plus d’enfants; faire payer à vivent dans le célibat pour douze enfants » ( En définitive, la conclusion qui découle de
(1) Population, n° 1969, p. 400. — Montesquieu entre da détails dans un autre passage (Institutions idéales, n° 1966, ; « Ceux qui n'auront point d'enfants ne pourront faire de tes! « — Mâles non mariés seront incapables de donner et de 1 « testament s'ils sont âgés de vingt-cinq ans. — Gens non « ne pourront posséder aucune charge de judicature, être « matière civile. Toutes places d'honneur seront marqué( « Eglises et autres lieux par rapport au nombre d'enfants « où il y aura concurrence pour les privilèges ou honneurs, « par le nombre d'enfants, excepté toutelois les honneurs « penses militaires. — Ceux qui auront sept enfants vivants « la guerre seront exempts de toutes sortes de tributs; c « auront que six ne payeront que la moilié. — Tous les « ordinaires, comme exemption de lutelle et logement d « guerre seront accordés à ceux qui auront cinq enfants. — « de la ville qui aura le plus d'enfants jouira des honneurs € « lèges des magistrats, non pas toutefois des fonctions; et «a galité, celui qui aura eu un enfant cette année-là sera pi nos jours, les auteurs de propositions tendant à combattre 1 tion ne font guère que reproduire les procédés préconisé dernier. Nous cilerons, notamment, — pour ne parler q récentes — la proposition de M. Suchetet, député, et de p ses collègues, invitant le gouvernement à étudier les moyen: des dégrèvements d'impôts aux familles nombreuses, et à te pour le choix aux places et emplois à sa disposition, du 1 enfants et de la famille du candidat (Rapport de Gailhard-B Parl. Chambre 1901, p. 139, — et la proposition déposée su du Sénat par M. Piot, tendant à l'établissement d'une tax célibataires des deux sexes âgés de trente ans au moins époux mariés depuis cinq ans au moins et n'ayant aucun en! et à l'allocation de « subventions, secours et encourager familles nombreuses (Doc. Parl. Sénat, 1901, p. 725).
Fe Man à
développements de Montesquieu sur la question de la population, c’est, que, pour employer ses propres expressions, l'Europe « a besoin de lois qui favorisent la propagation de l'espèce humaine (1) » ; iln'y a pas à se préoccuper des subsistances : la population viendrait-elle à augmenter dans des proportions considérables né trouverait toujours les moyens de vivre.
On ne devait sr Ce arder/cette dernière assurance trop optimiste. Quesnay, le fondateur de l’école physiocratique, allait, prenant le contre-pied de Montesquieu, recommander « qu’on soit moins attentif à « l'augmentation de la population qu'à l'accroissement « des revenus, car plus d'aisance que procurent Îles « grands revenus est préférable à plus de besoins pres- » sants de subsistance qu’exige une population qui ex- « cède les revenus, et il y a plus de ressource pour « les besoins de l'Etat quand le peuple est dans l'aisance « et aussi plus de moyens pour faire prospérer l’agri- « culture (2) ». Il appartenait, enfin, à Malthus et à ceux qui se sont inspirés de ses théories de continuer ce mouvement de protestation en signalant, eux aussi, mais pour y découvrir une source de misères, la tendance des hommes à procréer, parce que ceux-ci ne se préoccupent pas de rester en deça du niveau des subsistances.
(1 E. des Lois, 1. XXIII, ch. XXVI.
(2) Maxime 26m, |
Destutt de Tracy a, dans son Commentaire de l'Esprit des lois, en se plaçant au point de vue spécial du bien-être des individus, émis une opinion tout à fait opposée à celle de Montesquieu et suivant laquelle mieux vaut chercher à rendre les hommes heureux que nombreux: « Si, « dit-il, en mettant plus d'intelligence dans leurs travaux, les hommes « parviennent à les rendre plus productifs, leur jouissance ne sera pas « augmentée s'ils augmentent dans la même proportion » {p. 419).
Les impôts et les empri
L'homme travaille dans le but de dc à ses besoins. S'il ne peut déployer son une mesure restreinte, il n'obtient que cessaire pour entretenir son existence:
tain nombre de personnes composant société dont tous les membres vivent :
condition ne peut évidemment avoir qu très rudimentaire : sa direction sera c individus qui jouissent de la plus gran qu'ils gèrent sagement leur propre p:
verra pas fonctionner d'institutions :
dont on n’a pas encore l’idée et. que d’ailleurs sans ressources, pour créet seule préoccupation des particuliers ser les produits du sol, le moyen d'assurer
Mais, bientôt, ils arrivent à rendre le cond et à obtenir plus de produits qu' la satisfaction de leurs besoins de pren division des tâches s'établit; les ho une partie de leurs revenus à l’épargn ment de leur consommation. En mêm des institutions répondant à un intéré
ser afin de résister aux attaques des pays voiandre l'instruction, faire et appliquer des lois rler les difficultés que les rapports sociaux, de plus fréquents, suscitent centre les individus ; il un mot, assurer à ces derniers la libre jouis- 2 leurs biens. Telle est la mission primordiale , quelle que soit la forme qu'il revête; cette il ne peut la remplir sans imposer aux individus s charges, certaines contributions : les services qu'il faut faire fonctionner, les travaux qu'il faut r dans l'intérêt de la collectivité, nécessitent des s au paiement desquelles chacun devra pourvoir. nnaissons ainsi la principale raison d'être de ce itesquieu appelle les « revenus de l'Etat », qu'il « une portion que chaque citoyen donne de son jour avoir la sûreté de l’autre ou pour en jouir blement (1) ». | |
ermes qu'emploie notre auteur éveillent l’idée )prochement avec une théorie qui a été soutenue iet qui tend à considérer l'impôt comme une prime moyennant le paiement de laquelle les lers seraient couverts contre les risques sociaux. 1e faudrait pas croire qu'il n’a envisagé les reublics qu'à ce point de vue, très discutable s: immédiatement après avoir donné sa défiparle des « nécessités de l'Etat » qui sont, à , Un des principaux éléments à considérer pour n de l'impôt ; or, ces nécessités ne sont pas it celles qui ont trait à la sauvegarde des for-
s Lois, 1. XIIL, ch. I.
EE 9 Semen