Saladin, Montjoye
20 MONTJOVE.
SALADIX.
Mon ami, tu es vraiment trop bon... mais...
MOXTJOYI:;.
Oui, tu prendras quelque chose, n'est-ce pas? (Au domestique.) Un couvert! et laissez-nous!... Voyons, mets-toi là, mon ami...
(Le domestique place une chaise pour Salnilln.) Là... (S'asseyant.) DepUlS Combien de temps, donc, hein?
SA LA DIX
Oh! depuis vingt-cinq ans, mon ami... car il y a vingt-cinq ans que j'ai quitté Bordeaux.
Vingt-cinq ans, ma foi, oui ! Veux-tu que je te serve ? des œufs brouillés aux truffes, aimes-tu cela ?
SALADIN
Jo crois que j'aime cela... mon ami!
Et pourquoi diable n'es-tu pas venu me voir plus tôt? eh! car enfin je ne suis pas inconnu à Paris... tu ne pouvais pas ignorer mon existence.
SALADIX.
Mon ami, je te dirai d'abord que pendant longtemps j'ai douté de ton identité : j'avais beau me rappeler toutes les espérances que donnait ta jeunesse, j'hésitais à reconnaître mon ancien camarade de Bordeaux, que j'avais laissé simple commis de banque, dans cet astre du monde financier et du monde élégant, dont les grandes entreprises, les succès, le luxe, les duels, les chevaux, que sais-je? étaient depuis quinze ans l'entretien de Paris... Enfin, un jour, pour en avoir le cœur net , je vins t'attendre devant la porte de ton hôtel... je te vis sortir en voiture... mon cher... le cœur me sauta... je crus que j'allais me trouver mal!...
MONTJOYE, il lui verse du Champagne frappé.
Vieil enfant, va! et pourquoi n'es-lu pas venu dès le lendemain? ce n'est pas gentil !.. ,
SALADIN
Mais je suis venu, mon ami... seulement comme je ne paye