ACTE l
pas de mine , ton huissicM- se nionlrii pou bienveillant... je n'insisUii pas... je me dis que peut-èlre la foitune t'avait gâté... comme (on huissier... Bref, il a fallu que Ion excellente femme, ta noble femme... Ah! quelle femme, mon ami, quelle créature du ciel!
MONTJOVK.
N'est-ce pas? Vn peu de pâté, mon ami? Eh bien... avec tout ça , qu'est-ce que tu e>t devenu , loi ?
SALAI) IN.
Je suis correcteur dans une imprimerie, et quand il me reste du temps la nuit, je fais des cojjies.
MO.NTJOVK.
Et tu as mis vingt-cinq ans à conquérir cette position-là, toi?
SALADIN
Hélas ! voilà!
MONTJOVi:.
Avec ton intelligence, ton instruction, ton ardeur et ton entrain... comment diable t'y es-tu pi-is, voyons?
s A L A I) I N, modostpincnt.
Mon Dieu! rien ne m'a réussi... tu sais que j'avais des idées un peu exaltées...
Oui... tu étais républicain, n'est-ce pas?... Bois donc!
SALADIN
Républicain... c'est-à-dire, permets, mou ami...
Oh! ne t'en défends pas...
SA LA DIX
Je ne m'en défends pas , seulement je ne veux pas que tu mo prennes pour un buveur de sang...
MONTJOVK.
Eh! parbleu, non! tu es un républicain platonique, toi?...
SALADIN
Non, pas précisément platonique... Écoute, Montjoye, \vn\tu que je te fasse ma profession de ïn ?
22 MONTJOVE.
Non, non! c'est iniitilo. Conto-moi ta vie, j'aime mieux cela... D'ailleurs, à l'œuvre on connaît l'ouvrier!
BALADIN
Eh bien, rappelle -toi seulement qu'une grande idée, un grand sentiment, une grande illusion peut-ôtre, dominait dans mon cœur au début de ma vie : c'était l'amour et le respect de l'humanité, et comme conséquence nécessaire, le désir ardent de lui être utile... Je prétendais bien sans doute comme tout le monde faire ma fortune, mais en fai.-ant le bien !
Voyez-vous ça?
SALADIN
Tel est, mon cher, l'idéal que j'ai poursuivi pendant trente ans, de carrière en carrière, et, je puis le dire, de rivage en rivage!;.
Cher ami !... Bois donc !
SALA D IN
J'ai abordé ainsi successivement presque toutes les professions: avocat, banquier, journaliste... en essayant de les moraliser... et je rougis pour mes semblables, mon cher, en songeant à l'indifférence et à l'ingratitude qui ont accueilli tour à tour mes plus dignes tentatives.
Tu m'étonnes ! Et ensuite, mon garçon?., (n im verse à boire.)
s AL AD IN, soufflant.
Ne me fais pas boire... Ensuite, dame ! j'ai voyagé...
Ah! tu as voyagé?
SALADIN
Prodigieusement; mais jamais pour mon plaisir... tu vas voir. Tu te rappelles ma passion pour lord Byron ?
ACTK [. 23
MONTJOYF'.
Comment, lord lUron, maiiiUMiaiU?... mais il c.-t mort, mon ami'...
s M. A DIX.
Kli bi(Mi, justement, mon ami, c'était sa mort que j'admirais... mon ambition était de mourir comme lui, en me dévouant à (jucl- (juo cause généreuse, à l'a fTranciiisse ment d'un peuple... Aussi in'étais-je fait un devoir sacré de courir partout où j'entendrais crier un opprimé, pleurer une victime... lu vois d'ici où cela m'a mené?...
MONTJOVi:.
Où donc cela?...
SA LA 11 I\
Mais, dame, un peu partout... du nord au sud... en Espagne, dans le temps... où je fus grièvement blessé... puis en Italie, où jc^ fus blessé... puis en Valachie, contre les Turcs... encore blessé; et un beau matin, au bout du monde... à La Plata!
A la Plata?... et rpie diable allais-tu faire a La Plata 'i*
SALADI.X, nvec une iinimntion croissniite.
Mon cher, il se passait là des choses atroces qu'on ignore généralement... Mais moi, je le sus etj'y allai !...l!lnrin, que tedirai-je, après avoir épuisé ce qui me restait de mon patrimoine, après avoir été blessé dix fois, condamné à mort tiois fois...
MONT JOVK.
Fah!
SALA DIX
Oui, mon cher, tel cpie lu me vois, j'ai été condamné trois fois
à mort.
MONTJ ovr;.
Mais lu n'as jamais été exécuté?
SALAD iX.
(\\, non; mais enfin, après vingl-cinti ans d'une vie pareille, ruine, couvert de blessures, prosciit ici, condamné à mort l;i, je l'avoue... lu vas peut-être m'accuser de faibles5(\ ^lontjoyc, mais je l'avoue que je commençai vraiment a me dôcourager.
24 MONÏJOYE.
Til parole?... (ll lui verse à boire.)