LE PAVÉ DE PARIS
Sur too vaste tremplin sonore, rugueux pavé de Paris !
Je dus faire, bien jeune encore, Mes premiers bonds mal aguerris.
Je me souviens de tes caresses Qui donnaient, avec équité, A mes genoux et à mes fesses Des leçons de réalité.
Plus tard, je t*ai foulé, jeune homme, Sans te voir, le regard trop haut ; De Paris, n^ayant que la ppmme.
Je cherchais Vénus sans défaut...
D'une simple écorce d'orange.
Mise lâchement sous mes pas, Tu refis la a Chute d*un Ange », Après Lamartine et plus bas.
Je t*aime f ô pavé, ma nourrice.
Dure mamelle où j*ai tété.
Avec la haine du factice, L'amour de la sincérité.
Et je t'aime par toute époque.
En tout temps, à toute saison.
Je t'aime d'un amour a loufoque »
Sans droit, sans rime et sans raison.
Je t'aime à la saison morose.
Je t'aime au Printemps radieux.
Je t'aime l'été quand t'arrose Le cantonnier facétieux.
En Décembre, je t'aime encore Quand la neige, bonne maman, Étend sa courtine incolore Pour te préserver de l'autan.
Je t'aime lorsque tu résonnes Sous les galoches des gamins, Je t'aime lorsque tu frissonnes Sous les sabres et les gourdins, Je t*aime encor par les soirs tièdes, Sous les pas des amants pressés, Sous les pattes des quadrupèdes, Sous les pieds des chevaux lassés.
Je t*aime... Hélas ! il faudra dire :
Pavé, je t'aimais... autrefois.
Quand tu vibrais comme une lyre Et quand tu n'étais pas de bois I Car, aujourd'hui, je te déleste.
Pavé malade et goudronné.
Pavé triste, Pavé-la-Peste I Non, sur toi je ne suis pas né.
Sur ta croûte de cataplasme Glissent les canules des Cars Ou rouleat sans enthousiasme Les pneus des voitures Panhard.
On l'a dit : Les temps héroïques Sont passés!... Pavé converti.
Pavé fait pour les Républiques Où Ton lance des confetti!
Georges FRAGEROLLE
Parisien, né en 1855 ; fait ses études au collège Rollin, passe 8a licence en droit et, malgré l'opposition de sa famille, il se livre à son art favori, la musique. Il prend des leçons d'Arnoldi -^ professeur de Faure — et de Guiraud, et se met à composer des chansons.
Cest aux Hydropathes, en 1882, que j*eus le plaisir d'entendre pour la première fois Georges Fragerolle. Ea s'aeeompagnant au piano, il chantait d'une voix claire, chaoda, vibrante, métallique presque, la délicieuse musique qu'il avait composée sur le Chat Botté d'André