GUI
Maton charmant des contes bleus,
Chat, Tunique trésor des gueux;
Chat qu'on adore En son enfance et que, très vieux , Pour son langage merveilleux.
On aime encore ;
Chat invisible et toujours Id, Qui se rit de la prison la
Plus cellulaire, Et dont chaque homme, sous son toit.
Possède, si pauvre qu*il soit,
Un exemplaire.
Bt la Toix prenante modulait les exploits de ce chat qui, a la queue en cierge », parcourt plaines, monts et vaux, proclamant les vertus de son maître et criant : « Place! » Puis c'était la lamentation du maître sur le sort du panvre animal :
El l'ai grand peur, à tout moment, De voir mourir d*êpuiscmcnl
L*aini d*enfance Que, pour moins de solennité, J'appelle ici le chat botté, Mais qu'on nomme aussi : TEspérance.
Fragerolle chantait aussi une mélodie exquise qu'il avait composée sur les Vieux Papillons, et les Bains à Quat'Sous, et la Glu, de Jean Richepin, puis le Cordier sur des vers de Maurice Montégut, Sentinelle , veillez! et Champagne, d'Ogier d'Ivry, VHàtesse, etc.
Quel délicieux souvenir je garde de ces réunions des Hydropathes où, timide, je proférai mes premiers vers — vers argotiques, madame — et où j'éprouvai la joie très douce et très pure d'entendre, après quelques vrais poètes, comme Edmond Haraucourt, Laurent Tailhade, Charles Gros, Emile Goudeau, Charles Frémine, Félix Decori et vingt autres, l'organe charmeur de Fragerolle, dont la tache était de clore la soirée, qui, grâce à lui, s'achevait dans le ravissement. Et c'est toujours avec un plaisir mêlé d'émotion que j'entends fredonner, parfois, les musiques qu'il composa à cette époque...
Comme la plupart des Hydropathes, Fragerolle monta à Montmartre; et il fut l'un des premiers à se produire au Chat-Noir. Il chanta fréquemment à ce cabaret, et lors de la formation du théâtre du Chat-Noir, rue Victor-Masse, il tint l'orgue pour l'accompagnement de la Tentation de saint Antoine, durant que Jules Jouy battait du tambour et que Mac-Nab faisait l'araignée. Cependant, ce n'est qu'à partir du 6 janvier 1890, date de la première représentation de sa Marche à UÉtoile, qu'il fit régulièrement partie de la troupe. Il écrivit ensuite VEnfant prodigue et le Sphinx; fit jouer au Lyon-d'Or le liêve de Joël, et au Chat Noir,quelquetempsavantla fermeture, C/air5(/cLtiW€. En 1897, il donna au théâtre Antoine le Juif -Errant ; en 1899, aux Mathurins, la Marche au Soleil; en 1900, à la Bodinière, Paris, et l'année suivante, au môme théâtre Jeanne d'Arc et Lourdes, Toutes ses pièces d'ombres sont
éditées chez Enoch. Mentionnons encore SainUPierrot, représenté aux Bouffes (Choudens, éditeur).
Fragerolle est l'auteur d'une innombrable quantité de chansons dont la plupart sont réunies en albums : Chansons de France, chez Heugel; Chansons des Soldats de France, chez Flammarion; Chansons du Pays lorrain et V Enfant-Dieu, recueils de vieux noêls, chez Enoch; Chansons en plein Air, chez Ondet; et la Chanson des Oiseaux, chez May.
Fragerolle, dont la voix sympathique et le talent d'exécutant empoignèrent immédiatement le public, fut bientôt indispensable rue Victor-Masse. 11 en profita pour venger auprès de Salis, qu'il admonestait parfois vertement, les pauvres débutants timides sur qui s'égarait trop souvent la mauvaise humeur du génial mais mal élevé cabaretier.
Chez lui, le compositeur se double souvent du poète. Plusieurs de ses pièces d'ombres ont été établies sans collaboration; il en est de môme d'un grand nombre de ses chansons. J'extrais de la Chatison des Oiseaux cette « légende mystique m :