‹ Montmartre et ses chansons: poètes et chansonniersChapitre 15 sur 64 · CANDIDAT DU PEUPLE · texte numérisé non relu

CANDIDAT DU PEUPLE

Citoyens Électeurs,

Les nombreux amis et admirateurs du grand chansonnier populaire, Aristide BRUANT, ont décidé de porter à vos suffrages sa candidature de protestation, nettement républicaine, socialiste et patriote.

Tous les ennemis de la féodalité capitaliste et de la juiverie cosmopolite, véritable Syndicat de Trahison organisé contre la France, voteront pour le poète humanitaire, pour le glorieux chantre de Belleville.

C'est à Belleville-Saint-Fargeau que Bruant a débuté... C'est à Belleville qu'il a connu ses premiers succès...

C'est à son vieux Belleville qu'il revient logiquement par reconnaissance I

Bellevillois !

Vous l'avez toujours acclamé quand il est venu prêter son concours à nos fêtes de Bienfaisance et de Solidarité.

Votez donc tous en masse, dimanche prochain pour le candidat du peuple : Aristide BRUANT.

Le Comité dHniiiatite.

Ce « comité d'initiative » avait un membre unique : Michel Morphy, ex-anarchiste.

Arrivés chez le conseiller municipal de Saint-Fargeau, celui-ci m'exposa les considérations qui l'avaient engagé à porter la candidature Bruant. Quarante heures seulement nous séparaient de celle où allait s'ouvrir le scrutin ; aucune réunion n'avait encore été faite et le programme de Bruant, que je reproduis ci-dessous à titre de document, n'était affiché dans la circonscription que depuis deux jours. Il disait :

Aux Électeurs de la première circonscription du vingtième arrondissement Belleville Saint-Fargeau :

Si j'étais votre député, — Ohé ! ohé I qu'on se le dise ! — J'ajouterais a Humanité », Aux trois mots de notre devise...

Au lieu de parler tous les jours Pour la république ou l'empire El de faire de longs discours, Pour ne rien dire,

Je parlerais dos petits fieux, Des filles-mèrcs, des pauvres vieux Qui, l'hiver, giclent par la ville...

Ils auraient chaud, comme en été, Si j'étais nommé député, A Belleville.

Je parlerais des tristes gueux, Des purotins batteurs de dèche, Des ventres-plats, des ventres-creux.

Et je parlerais d'une crèche Pour les pauvres filles sans lit, Que l'on repousse et qu'on renvoie Dans la rue I... avec leur petit 1...

Mères de joie I...

Je parlerais de leurs mignons, De CCS minables chérubins Dont les pauvres petits fignons Ne connaissent pas l'eau des bains.

Chérubins dont ràinc et le sang Se pourrissent à l'air des bouges Et qu'on voit passer le teint blanc Et les yeux rouges.

Je parlerais des vieux perclus Qui voudraient travailler encore, Mais dont l'alrlier ne veut plus...

Et qui traînent, jusqu'à l'aurore, Sur le dur pavé de Paris, — Leur refuge, leurs invalides, — Errants... chasses... honteux... meurtris, Les boyaux vides.

Je parlerais des petits ticux,

Des hllcs-mères, des pauvres vieux

Qui, l'hiver, gèlent par la ville...

Ils auraient chaud, comme en été,

Si j'étais nommé député,

A Beileville.

Aristide Bruant.

Ce programme n'était pas diîlicile à défendre ! On décida que je le soutiendrais à une réunion unique, privée, payante et non contradictoire, (jui se tiendrait le soir même dans la grande salle du Lac Saint-Fargeau. J'étais bombardé du même coup, moi qui suis abstentionniste, azent électoral et conférencier.

Nous déjeunâmes assez tard, et lorsque Ton sortit de table, je n'avais plus devant moi que trois heures pour préparer mon discours... qui amena 525 voix I

Voici presque in extenso le compte rendu de cette mémorable soirée, qui ne fut troublée par aucun incident, aucune interruption, aucun murmure, — si ce n*est d'approbation, — et où mon candidat dépensa un talent et une verve inconnus, extraordinaires. 11 avait lui-même et d'avance fait choix des œuvres qu'il devait interpréter.

CONFÉRENCE Faite le 6 mai 1898, à la salle des fêtes du Lac-Saînt-Fargeaa

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