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LA PETITE PARISIENNE

Elle trotte menu, menu, La petite Parisienne, Se disant on refrain connu.

Elle trotte menu, menu.

Avec un air prcsqu' ingdnu Et des ondoiements de sirène.

Elle trotte menu, menu, La petite Parisienne.

Elle a du chic, elle a du chien.

De l'esprit comme une soubrette; Son port, sa mise, son maintien.

Tout a du chic, tout a du chien.

Elle est charmante avec un rien.

C'est une adorable griscttc.

Elle a du chic, elle a du chien.

De Tesprit comme une soubrette.

Elle aime les petits cadeaux»

Les fleurs, les bijoux, les dentelles.

Elle est gourmande de gâteaux.

De bonbons, de petits cadeaux.

Ses yeux malicieux et beaux Ont de coûteuses étincelles.

Elle aime les petits cadeaux.

Les fleurs, les bijoux, les dentelles.

Près de vous vient-elle à passer.

On est pris d'un désir étrange : Sitôt on voudrait l'embrasser Quand près d'elle on vient à passer.

Elle est adroite à vous pincer ; C'est un démon doublé d'un ange.

Près de vous vient-elle à passer.

On est pris d*un désir étrange.

Elle trottine dans Paris

Un tire-bouton dans sa poche;

Peigne, glace, poudre de riz :

Il faut tout prévoir à Paris.

Mais je connais bien des maris

Qui n'en feraient pas un reproche.

Elle trottine dans Paris

Un tire-bouton dans sa poche.

Où donc court-elle? — dites-vous.

Mon Dieu, le sait-elle elle-même?

11 est d'éternels rendez-vous

Où donc court-elle? — dites-vous.

C'est avec moi, c'est avec vous

Qu'elle résoudra le problème

Où donc court-elle? — dites-vous.

Mon Dieu, le sait-elle elle-mômc?

Prenez-la par le bon côté.

Elle aime à vivre à la légère; Quand son amour serait coté, Prenez-la par le bon côté;

Car son petit cœur ballotté Autrement ne comprendrait guère; Prenez-la par le bon côté, Elle aime à vivre à la légère.

Ne lui parlez jamais d'amour.

Elle se pâmerait de rire.

Vous pouvez lui faire la cour Sans jamais lui parler d'amour ; Son caprice aidant, un beau jour Vous la tiendrez dans un sourire ; Mais ne lui parlez pas d*amour.

Elle se pâmerait de rire.

En jaloux n'allez pas l'aimer.

Vous en seriez pour votre peine.

Ne comptez pas la réformer.

C'est libre qu'il vous faut l'aimer :

Pas de verrou pour l'enfermer.

Pour la retenir pas de chaîne ; Autrement n'allez pas l'aimer.

Vous en seriez pour votre peine I

Paillette a longtemps habité au sommet de la Butte ; mais rinvasioD des » robes noires » ayant troublé et attristé le calme de son séjour, il a quitté la rue Cortot pour aller se fixer extra muros, au Pré Saint-Gervais. Et nous ne le rencontrons plus sur les hauteurs que de loin en loin.

Gabriel MONTOYA

Poète, chansonnier, chanteur, doctear en médecine, galant homme et (( ressuscité ». Naquit pour la première fois à Mais (Gard), le 20 octobre 1868, mourut à Paris dans le courant de l'année 1891 et renaquit à Montpellier peu de temps après, au moment précis où la Faculté de cette ville venait de lui décerner le diplôme de docteur ; profita des quelques mois qu'il passa dans l'Eternité pour composer un trio de poèmes posthumes dans lesquels il décocha à la Camarde une poignée de traits qui le firent chasser des Enfers.

Le lecteur trouvera au cours de cette biographie l'explication de ce drame, seul pendant que Ton connaisse à celui qui se déroula à Béthanie dans les premières années de notre ère.

Gabriel Montoya commença ses études de médecine à Lyon, à l'époque où Maurice Boukay y était étudiant. Les deux futurs chansonniers se lièrent d'amitié, fréquentèrent le Caveau-Lyonnais, y composèrent leurs premières chansons et publièrent en collaboration une plaquette aujourd'hui introuvable : Le Brétiairc de VEscholier lyonnais, avec des dessins de Garnier signés Graneri. Les deux compères perpétrèrent également deux revues pour le Casino de Lyon. Les brumes lugduniennes pesant k Montoya, il accourt à Paris dans le but d'y achever ses études ; mais il n'abandonne pas la chanson : dès son arrivée il se présente à l'Association des Étudiants et y occupe immédiatement l'emploi de « chansonnier en titre », vacant depuis le départ de Xanrof . Il compose de nombreux couplets sur le Quartier-Latin, les réunit sous le titre Sur U Iioul\Miche et les fait imprimer par la maison Imbert, de

Choisf'le-Roy. A la même époque, il chante au caveau des Alpes-Dauphinoises qu'avait fondé rue Gay-Lussac un ancien chanteur du Mirliton, connu sous le pseudonyme de Chopinette, puis au caveau de la Gauloise que tenait, au boulevard Sébastopol, le chansonnier Georges Denola. Il y lait applaudir Mim, le Macchabée, la Morgue, sur des airs connus, Gaston Maquis n'en ayant point encore composé la musique. En décembre 1890, M. Laine, président de la Commission des fêtes de TAssociation Générale des Étudiants, le préseifte à Salis, qui l'incorpore immédiatement dans sa troupe. Phryné, la spirituelle pièce d'ombres de Maurice Donnay, était alors en représentation. Son auteur ayant été blessé par M. Catulle Mendès dans un duel motivé par un article yaru dans la Vie parisienne^ Saliseut recours à lamémoire prodigieuse deMontoya, qui apprit les 1,200 lignes du liVret et les récita le soir même, en pleine obscurité, sans en omettre un iota. Ce tour de force lui valut l'autorisation de chanter pendant six mois à l'œil devant le public sélect du Chat-Noir. Il est vrai de dire que, en dédommagement, il chantait dans les mêmes conditions au caveau des Roches Noires. Ce surmenage et le noctambulisme qui en résultait le gratifièrent d'une affection de poitrine dont la gravité s'accentua avec une rapidité telle que les médecins ordonnèrent à Montoya de retourner incontinent dans le Midi. Sur ces sages conseils, te jeune chansonnier se rendit à Perpignan, dans sa famille ; et ses camarades de Paris, sans nouvelles de lui pendant quelque temps, crurent à une issue fatale et répandirent le bruit de sa mort. Il eut alors rhonneur de nombreux articles nécrologiques dans lesquels — chose étonnante en notre siècle — ne se glissa aucune médisance.

C'est pendant sa maladie et après avoir eu connaissance de sa mort qu'il composa les trois poèmes auxquels il est, plus haut, fait allusion : YAutcur posthume, qu*il a inséré dans son volume de Chansons Nattes et Perverses (Ollendorfl, 1897), Vers d'Un qui pensa mourir et Vers d'Un qui

ne mourut point, publiés par le journal la Plume, Revenu définitivement à la vie avec un poumon de moins, — ce qui ne lui interdit pas de jouir aujourd'hui d'une robuste santé et de posséder une voix claire, bien timbrée, souple et d'une belle étendue, — il acheva ses études de médecine et se fit recevoir docteur avec une thèse traitant Des Antitoxines et principalement de l'Antitoxine tétanique, et en tête de laquelle il écrivit un curieux sonnet dédié à Jean Coquelin, où sont aux prises la Muse et la Science^ qui traite le poète de farceur.

Il y avait vingt-quatre heures à peine qu'il avait passé sa thèse quand il se trouva nez à nez dans les rues de Montpellier avec des camarades de Montmartre qui faisaient une tournée artistique sous la direction de François Trombert. La joie qu'éprouvèrent les chansonniers fut telle en voyant le « ressuscité », qu'ils voulurent à toute force l'emmener avec eux ; et voilà notre nouveau docteur parti pour Avignon, où il chante avec les copains.

Cependant, il hésite encore entre la Science et la Muse, qu'il voudrait servir également. Tantôt il chante, tantôt il panse ; et un beau matin il s'embarque pour rAmérique comme médecin de la Compagnie générale transatlantique et visite les ports de la Tunisie, de l'Algérie, des Antilles et du Mexique. Il navigue pendant deux ans (1892 à 1894), écrivant, pendant les loisirs que lui laisse le service, des poésies où il relate ses impressions de voyage. En voici une qu'il composa à la Havane en juillet 1893 :

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