DÉMÉNAGEMENT
« Chambre à louer présentement, Grands et petits appartements
Ornés de glaces, o Plus de cent fois, sans sourciller, « J'ai lu : « La concierge est dans Tescalier
En face. »
l'adorable phrase câline :
a Combien la chambre et la cuisine ? —
a Monsieur, elle est de trois cents francs
Au deuxième, sur le devant »... !
On monte, puis Ton redescend,
Et ça se reproduit souvent.
J'ai vu de jeunes concierges mélancoliques
Et, par contre, des vieux qui semblaient alcooliques,
Puis d'autres qui, d*un air banal.
Savouraient le Petit Journal,
Et tous les gens que Ton dérange
Terribles ! surtout quand ils mangent;
D'autres, couchés, ne faisant rien )
(Après ces derniers temps chauds, ça fait du bien),
Vous reçoivent comme des chiens
Si l'on trouble surtout quelques doux entretiens.
<( Dis-moi, Jules,
Sommes-nous dans la canicule ? »
Vous ne trouvez jamais le nid que vous rêvez : C'est trop cher, trop petit, trop grand, ou pas assez. Alors, la veille du terme.
En vous levant, vous dites d'un ton ferme :
a Maintenant que je n'ai plus le choix, « Je vais louer n'importe quoi. »
Vous changez pour beaucoup plus mal :
Quand on est pressé, c'est fatal !
Et la concierge, au physique arrogant.
N'est pas un beau cadeau à faire à un enfant.
Vous passez près d'un mois
A reclouer vos bois, Qui ont eu à subir l'étreinte, parfois rude, De ces braves déménageurs
De mon cœur !...
A eux toute ma gratitude!
Une fois tout rangé selon votre bon goiU (Que de mal! ça peut se dire entre nous).
Vous la trouvez bien mauvaise.,.
Vous vous apercevez qu'il y a des punaises !
Comme compositeur, Chanlriera écrit plusieurs messes
et motets — qui forment le répertoire de sa maîtrise— et fciil la mélodie d'une quantité de chansons pour ses camarades de Mont martre. Il a fait représenter aux Funambules, sous la direction Sévcrin, Le Souper du Notaire et Le Roi Chirrnant, opéra comique, livret de J.L. Croze et Marcel Dcbare. Il a en ses cartons plusieurs pièces achevées dont il Cbt en même temps le librettiste et le musicien ; entre autres, Moissoîis, pièce d'ombres lyriques que Georges Oble doit représenter au Petit-Théâtre.
Chantrier étaitdernièrementaux Noctambules, où il tint le piano et... un rôle dans L'Affaire Boutatant. Il est aussi bon camarade que talentueux compositeur.
Manie particulière. — Ne manque jamais, au piano, de commenter digitalement, par le rappel d'un air approprié, l'incident qui se produit, ou d'indiquer l'allure de la personne qui entre, du chansonnier qui va opérer, etc. Le divertissant de la chose est que ses allusions varient à l'infini et que la même personne est souvent saluée par un air nouveau ; exception faite pour Xavier Privas, à qui il applique invariablement L'Expulsion des Princes.
Edmond TEULET
De même que Trimouillat présenta au lecteur des Chansons et Monologues illustrés son camarade Lemercicr, celui-ci, à son tour, écrivit en ces termes la biograpiiie de Teulet :
« Edmond Teulet est né à Paris, le 23 février 1862.
« Ce fut à la Lyre Bienfaisante — société chansonnière qui servit de tremplin à presque tous les maîtres actuels du couplet, voire môme à quelques chansonniers du Chat- Noir — que Teulet chanta sa première œuvre, La JeuM Fille au Jupon bleu. Il avait composé la musique de cette romance, mais il ne s'intitula pas compositeur pour cela. Il préféra mériter le titre de chansonnier en écrivant: Pauvre Suzanne, La Chanson du Poète Jm BouquetUre^Chanson de Printemps, U Hiver est dur au paux/re Monde, Chanson du Vieux Temps, Les Robes, LaNièce, LesYevLX^La Chansonde Pierrot, etc., et justifier son titre de poète en rimant: Fripouille, Œufs de Pâques, En pleine Folie, Jeanne d'ÂTC^ etc., cultivant ainsi, avec persévérance, un genre malheureusement tombé, de nos jours, en désuétude, et faisant entrer dans ses œuvres toute son âme de poète romantique.
« Il publia un premier volume : Fleurs d'Ignoranct, aujourd'hui épuisé, pour lequel le chansonnier Eugène Baillet avait écrit une préface pleine d'encouraî^ement. Son deuxième volume, La Chanson du Grillon, justifia les prévisions du maître. Celle lois, une délicieuse préface de Félix Pyat servait merveilleusement de prélude à i^ Chanson du Grillon, Edmond Teulet prépare un troisième volume, La Chanson légendaire.
« Il fonda les soirées du Grillon et procura ainsi à ses collègues l'occasion de se produire à ses côtés, du Tonneau-de-Diogène, rue des Lavandières, du café où est actuellement TEpi-d'Or, du café de la Presse à la salle des Capucins et à la Galerie- Vivienne.
(( A quand la Bodinière ?
a Quel que soit le côtéj^ critique que semble comporter répithète de chansonnier 1830 appliquée à Edmond Teulet comme un cliché, c'est peut-être à cause du caractère romantique de son œuvre que, plus tard, — alors que les chansons dites « Fin de Siècle » seront devenues plus surannées que ne le sont, de nos jours, les chansons mythologiques, — certaines chansons de Teulet resteront, émergeront, défendues par la grâce de leur poésie et par la fraîcheur de leur naïveté. »
Pour subvenir aux besoins des premières années, Teulet fat tour à tour commis de librairie, secrétaire de l'exposition des artistes indépendants, imprimeur typographe, chanteur, acteur, etc. C'est dans La Tribune, d*Eugène Imbert, qu'il publia son premier sonnet ; il fit insérer sa première prose. Contes à Mignonne, dans le Quartier Latin, que dirigeait alors le frère du député Maujan ; il collabora ensuite à La Revue critique, au Courrier français, au Rapide, où il fit la critique dramatique et le courrier des théâtres; à La Famille, à V Attaque d'Ernest Gégout, — actuellement rédacleurau />rapeau,— au Supplément du Petit Parisien, au Siècle typographique, au Nouveau Journal, etc. Il fonda deux feuilles littéraires, Le Farfadet et Le Grillon, où il organisa des concours littéraires et poétiques dont les résultats furent souvent intéressants. Sous le titre La Chanson à Montmartre, il a donné dans le Supplément, avec des portraits-charges de Grûn, une monographie restée inachevée, et LEnquHc de La Chanson, à la suite de laquelle le sceptre de Prince des Chansonniers échut à Xavier Privas; enfin, il a fait au Petit National La Chanson française, et, pendant trois ans, La Chanson de la Semaine à la Paix; il donne actuellement une chanson par semaine
au Supplément, sous celte rubrique : La Chnnson qui passt et envoie aux Tablettes marseillaises un mensuel Courrier de Paris.
Outre la Cha/nson du GrilloUj il a en librairie Chamons du Sihle dernier, avec préface de Jules Claretie (Coutarcl, éditeur), et Pierrot Mendiant, une fantaisie en un acte en vers. Il a en préparation deux autres volumes : Chanwns à Mignonne, pvéis.ce de Maurice Boukay, musique de F. Le Rey (Fromont, éditeur), et Chansons de Trianon, musique de H. Brelles, chez Coutarel.
Au théâtre, il a fait représenter Une Coutume espagnole, un acte en collaboration avec J. Ulrich, musique de Mesecki, aux Folies-Belleville ; On fait c' qu'an peut pour la Société des Enfants d'Appollon ; Smart et Marquise, fantaisie mêlée de chant en collaboration avec Monjardin, musique de Le Rey, où Tauteur donnait lui-môme la réplique à M^^^ y\ot' Albine, la gracieuse pensionnaire des Bouffes ; La Lavandière, musique de Hess, et Chez la Muse, musique de Marietti.
Edmond Teulet a interprété ses œuvres sur difiérenles scènes de concert ; d'abord aux vendredis classiques de l'Eden-Concert, au Concert-Parisien, puis à Ba-ta-Clan, au Moulin-Rouge, à la Splendide-Taverne (aujourd'hui Parisiana), au Vingtième-Siècle, au Divan-Japonais sous la direction Sarrazin ; dans les cabarets : le Chien-Noir, les Quat'-z-Arts, le Carillon, le Conservatoire de Montmartre, les Noctambules, le Grillon ; et sur de nombreuses scènes de province, notamment à Marseille et à Lille, où il flt des séjours prolongés.
La critique s'occupa fréquemment d'Edmond Teulet et fut toujours pour lui bienveillante. Francisque Sarcey déclara charmante la voix et impeccable la méthode du chansonnier. Le labeur fourni par Teulet est énorme, el si — comme il le dit lui-^même — sa gloire est relative, sou mérite peut-ôtre discutable, et sa fortune aléatoire, sa sincérité est certaine.
Voici une de ses dernières chansons inédites :