LES ATTENTATS
L'heure est pénible aux potentats, A leur front pèse la couronne...
Ceux que la misère éperonne.
Que la famine tue en tas.
Croyant leur geste légitime, Au meurtre poussent l'un des leurs...
Et le sang coule avec les pleurs...
L'histoire ne va pas sans crime.
Le geste est prompt comme l'éclair ; Il déconcerte, ainsi, les sages; 11 se répète dans les Ages Et le pain est toujours trop cher.
Le sang ne peut combler l'abîme.
Mais le cœur de l'humanité Saigne depuis l'antiquité.
L'histoire ne va pas sans crime.
Et le monde nouveau, rôvé Par des penseurs au front tenace, Exempt de crainte et de menace, L'Idéal étant arrivé, N'évitera pas la victime, Holocauste du genre humain...
Et verra qui vivra demain :
L'histoire ne va pas sans crime.
Je terminerai en disant qu'Edmond Teulet est officier d'Académie depuis un an.
Paul DAUBRY
Daubry m'a supplié de ne point dévoiler son véritable nom. Est-ce parce que ce nom désigne une voie mal famée des environs delà gare de l'Est? — Je ne sais. Néanmoins, mon devoir étant d'éclairer le lecteur, je dirai que le chansonnier qui nous occupe s'appelle de même que le calligraphe célèbre qui exécuta pour le duc de Montausier la Gtiirlande de Julie et que le Roi-Soleil gratifia du titre de « Mattre Ecrivain ». Daubry est né le 4 novembre 1871, au Mans. Son père, officier de cuirassiers, lui fait faire de sérieuses études pour le préparer à Saint-Cyr. Biais le jeune homme a un goût prononcé pour la musique et le théâtre; il suit les cours du Conservatoire, en sort lauréat de la classe de piano et se fait engager... pour jouer les grands premiers rôles de drame aux Bouffes-du-Nord, direction Abel Ballet ; il passe à Beaumarchais, où il joue aux côtés de Dumaine, de Taillade et de Lacressonnière. Après avoir décroché un second prix de tragédie à l'unanimité, il va dire des vers aux vendredis classiques de TEden-Concert. Puis il entre comme pianiste accompagnateur au Divan-Japonais, direction Sarrazin; il compose là ses premiers morceaux sur des vers de Noël Villard. L'idée lui vient bientôt d'écrire lui-même ses paroles ; et les chansons qu'il fait alors décèlent la naïveté et Tinex* périence de leur auteur. Je me rappelle le commencement de la première d'entre elles :
Je suis un poète, Hélas I sans galette, Comme la belette Seule en son grenier...
Ces essais, dontqaelques-unseurent.onne saitpourquoi, UD certain succès, ont été depuis baptisés par Daubry Chansom infâmes. Petit à petit cependant, notre chansonnier se rapproche de la note montmartroise ; il fréquente les caveaux de la Ville-Japonaise, de la Gauloise, de TEpid*Or, des Adrets et les soirées de la Plume; il se fait entendre pendant quelque temps, dans ses œuvres, aux Nouvelles-Folies (ancien Alcazar d'Hiver) ; enfin, il entre au cabaret de la Butte et, peu avant la mort d'Hector Sombre (janvier 1894), il succède à celui-ci dans la direction du caveau du Clou. A cette époque, il crée un journal, Montmartre artiste, se lie avec les chansonniers du Chat- Noir, et Jules Jouy le prend bientôt avec lui aux Décadents. Dès ce moment, il s'adonne à la chanson politique et satirique et interprète avec succès Challemel-Lacour à f Opéra, L'Incident Thir>rier, Le Logis de Poubelle, Perquisition, La Chanson de Zoladetto, V Odyssée de l'Agent Poisson, et Les Présidences de Casimir. Cette dernière occasionne la fermeture temporaire de l'établissement.
A la suite de cet incident, il entre à la Cocarde, de Maurice Barrés, y publie quelques chansons et y rédige une série d'articles sur les vieilles chansons de France. Engagé aux Quat'-z-Arts, il y fait, de 189j à 1900, de longues stations, paraissant entre temps aux Eléphants, aux Coucous, au Carillon, à la Bohème, au Chien-Noir, aux Noctambules, au Théâtre-Salon et à la Feuille-de-Vigne, chantant parfois dans trois ou quatre établissements dans la même soirée.
Ses chansons politiques, qu'il réunit sous le titre Les Frondeuses, lui ont valu d'être maintes fois appelé à la préfecture de police pourysubir de vertes admonestations. Daubry ne s'attache pas seulement à blaguer nos gouvernants, il produit ausbî des fanlaUies : Soirée mondaine, Sermon de Carême, A l'E.rp(K<;ition féline. Petit Ménage parisien (aflaire Bianchini), Les Sal(fns à prix lixes, La Femme galante. Les Spécialistes, Les Fils à Papj, Le Duel à Caméricaine, Lorsque ma Femme cherche ses Puces, et
ces couplets qui faisaient délirer l'auditoire -- ùtmfon !