‹ Montmartre et ses chansons: poètes et chansonniersChapitre 33 sur 64 · MADAME CARDINAL AU CHAMPIONNAT DE LDTTE · texte numérisé non relu

MADAME CARDINAL AU CHAMPIONNAT DE LDTTE

Aussitôt qu' j'ai z*évu dans le Ftit Journal

Qu' du championnat d* lutt' c'était V combat final,

Ahl mes enfants!

A mon homm' j*ai dit : a Gard* la log*, mon coco, Ce soir, j* vas fair' mon persil au Casino! d

Ah ! mes enfants f

A peine arrivé', les yeux s' fixent sur moi.

Si tant que j' rougis de pudeur et d*émoi.

Ah! mes enfants!

Au fond, j' pensais : a Si j' trouve un type au pognon, Je plaque illico mon homme et mon cordon! »

Ah I mes enfants I

....Mais v'ià qu' sur la scèn' les deux lutteurs sont Vnns. J' m'écri* : a Qu'ils sont beaux! J' voudrais les voir tont nos! i

Ah! mes enfants!

Là-d'ssus, un monsieur m' dit, la mine étonnée : Ohl la polissonn', la petit' passionnée! »

Ah ! mes enfants !

J'y réponds : a Toujours, c'est pas pour ton museau;

« Chez des gas comm' ça, moi, j' viens chercher c' qui' m* faut *

Ah! mes enfants!

Savez-vous c' que m' répond c* vilain dégoûtant?... — Qu' chez eux, lui aussi, vient en chercher autant!

Ah l mes enfants I

Puis il ajouf , comm' si qu' j'avais pas compris :

a La femm' ça n' vaut rien; j' n'y attache aucun prix» •

Ahl mes enfants I (C Tandis qu' ces homm's-là, c'est musclé, c'est cambré, « Du haut en bas c'est merveilleus'ment membre! »

Ahl mes enfants!

A peine achèv't-il ce discours trop vécu.

Qu'un autre monsieur lui flanqu' son pied au cul. Ah l mes enfants I

— isolai se retourne et dH, dans un sourir' :

I Oh! merci, monsieur, vous m*avez fait plaisir! » Ahl mes enfants l

— Soudain l'on annonc', sans que d'abord je l' crusse, Que l'un des champignons de la lutte est russe,

Ah ! mes enfants 1 Je moDt* sur un' chaise en gueulant : a Viv* le Tzar ! »

— Un pompier me d'mand' si j'ai le feu quèqu' part.

Ah ! mes enfants l

Les lutteurs se prenn'nt, se p*lot'nt!... Ahl quel tableau!... Ça m'passionn* si tcirmcnt qu' ma ch'mise est en eau.

Ah! mes enfants!

c — Ça s'appell* des pass's, me murmure un grand roux, p Puis il ajout' : a Ten frais bien une avec vous ! »

Ah 1 mes enfants !

Mais Pons, tout à coup, saisit Pytlasinski Par la gorge, et crac!... il lui serr' le kiki.

Ah I mes enfants !

J* crie : « A l'assassin I i' va 1' détériorer! »

— • Ta gueulM a me fait un vieux monsieur décoré

Ah ! mes enfants I

J'étais, en sortant de la r'présentation.

Dans un tel état de surexcitation.

Ah! mes enfants! Qn' j*al dit à mon homme, en nous fourrant au pieu : ■ MeU-toi x'à poil, on va lutter tous les deux, o

Ah! mes enfants!

* En on* second', nous étions en position...

Tell* Vénus face à face avec Apollon !...

Ah! mes enfants!

Mon homme m'attaque... et comme je m'afTaissc, r m* rattrape, illico, par la peau des... jambes!

Ah! mes enfants!

Jusque-là, donc, 1* résultat est incertain... Nous regigotons... La lamp* tombe et s'éteint... Ah ! mes enfants !

A tâtons j* veux saisir mon homm' par les chVenx, r gueul* : (c C*est trop basi... Tu m' fais mal, nom de Diea) i Ahl mes enfants!

Au bout d*un instant, tout était sens d'ssus d'ssoas... Moi j'avais Tdssus... et mon homme était d'ssoas!,..

Ah! mes enfants!

J*i f'sais toucher les deux épaules, oui-dà!... J'y ai mêm* fait toucher bien autre chos* que ça!

Ah! mes enfants!

Après avoir fait des eflorts superflus, A la sixièm* reprise, il n'en pouvait plus ;

Ah ! mes enfants I Maint'nant c'est lui qui mo tombe à tout moment, Tout ça, voyez-vous, c'st une aflair' d'entraln'ment.

Ah! mes enfants!

Aussi j* conseille aux femm's sans tempérament D'aller voir les lutt's, c'est vraiment excitant.

Ah ! mes enfants !

Avant, chez nous, ça s' passait à la papa!

Maint'nant, j'en d'mand', j'en veux... j'en ai.., oh là là!

Ah! mes enfants!

Le chansonnier se double parfois d'un poète. Le vers est alors mieux tenu, la forme plus châtiée et le fond plus délicat, comme dans les Sanglots et les Persifleuses, qoi forment deux groupes de petits poèmes dont quelques uns sont charmants. Daubry, qui fait souvent lui-même la musique de ses chansons, a publié plusieurs marche?, polkas et valses et composé la musique de quantité de romances. Il a fait représenter six revues : Paris-Bohtm (cabaret de la Bolième, 1894), Coups de Botte (Bodinière, 1896), Ah! Berck, alors ! avec Yon Lug (Casino de Berck. (1897), Coups de Patte (Grand-Guignol, 1898), Mets-y un bouchon, en collaboration avec Léon de Bercy et J. Mévislo (Quat'-z-Arts, 1898), Les Coups de Pied de VAne, en collaboration avec Roux (Ane-Rouge, 1901) ; deux mimodrames et une pantomime-ballet sans aucune collaboration : I'

Rêve du Poète et Vliiot (Théâtre Mootmartre) et Rédemption (Concert Parisien). Il a, en outre, en cartons ou en préparation, une vingtaine d*actes, soit en prose, soit en vers. Paul Daubry abandonna Montmartre, il y a deux ans, pour aller fonder à Asnières des soirées littéraires. A cet effet, il acquit un café, y fit construire une salle de spectacle et, tout en s'occupant de Télément (( limonade », fut à la fois directeur, régisseur, pianiste, chef d'orchestre, machiniste et comédien. L'aflaire n'apportant que des bénéfices restreints, il revint à Paris et se fit engager aux Boufles-do-Nord, où il tient depuis les premiers rôles de drame et de comédie. J'ajouterai que, depuis cinq ans, Ihubry organise la soirée des Saint-Maixentais au Cercle Militaire, et qu'il chante annuellement au mess des officiers de la Garde, en présence des préfets de la Seine et de police, qui ne s'eflraient aucunement de la hardiesse de ses satires.

Jules MËVISTO

Plus communément dénommé Mévisto atné pour le dis tinguer de son frère Auguste, le très consoienoleux artiste du Théâtre-Libre, de l'Odéon, de la Porte-Saiiit-lbitin et autres scènes.

Jules Mévisto -— Wisteaux de son véritable, wwn—ttt né à Paris le 14 novembre 1857. A douze ans, il déelaine des vers de Victor-Hugo en présence de Pierre Véroi, qui lui conseille de lâcher immédiatement son professeur. Enthousiasmé par la lecture des Chants du Soldat de Paul Déroulède, il s'engage dès sa dix-huitième année an 13" régiment de chasseurs à cheval. Mais houspillé, tarabusté et malmené par Tadjudant Schluck, — que le génie de Courteline a rendu légendaire sous le nom de Flick, —il quitte la cavalerie légère et va terminer son service au lof cuirassiers, où il conquiert les galons de fourrier. A sa libération, il entre à la Compagnie Générale Transatlantique, démissionne au bout d'un an, part avec une troupe de comédiens, parcourt l'Egypte, l'Indo-Chine, le Tonkin, l'Ânnam, le Japon, la Chine, jouant la comédie, l'opérette ou disant les vers de ses poètes préférés. De retour en France, il entre, en 1891, au Concert de l'Horloge et s'y compose un répertoire très en dehors, avec des œuvres de Charles Quinel, d'Ibels, d'Hector Sombre et de Montoya ; il y crée la chimérique Pierrot de Xavier Privas et se taille un joli succès avec l'interprétation du Testament de Pierrot, Dégoûté de certaines promiscuités, il quitte définitivement le café-concert en 1894 et se fait engager au Carillon. Il passe ensuite au Tréteau-de- Tabarin, au Conservatoire de Montmartre, à la Boite-à- Musique, auxQuat'-z-Arts, à la Bolte-à-Fursy, disant ou

chantant tour à tour des choses tendres, philosophiques ou satiriques, mais plus spécialement des couplets de Dominique Bonnaud, de qui il devient bientôt le collaborateur. Dès lors, comme les camarades, il se produit dans 8es œuvres et se place à un excellent rang parmi les chansonniers. 11 se souvient néanmoins des poètes qu'il Interprétait autrefois et en récite de temps en temps quelques strophes.

Jules Hévisto collabora commerevuisteà Mettez-y un Bouchon ! qui fut représenté aux Quat'-z-Arts en 1898, et donna lieu à un incident tragico-comique que je relaterai dans ma monographie des cabarets. Mévisto a écrit seul plusieurs cliansons et monologues. Voici de lui quelques ODupleis, qui sont de circonstance à la veille des élections.

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