JEHAN RICTUS
Cest en 1885, à la Bosse, société ouverte qui réunissait les jeunes poètes et artistes de la rive gauche, auxquels se Joignaient de rares étudiants en droit et en médecine, que je vis et entendis pour la première fois Jehan Rictus. C'était un grand jeune homme de dix-huit ans, pâle, maigre, imberbe et timide, que semblait gêner la longueur de cfes membres grêles ; il descendait parfois des hauteurs de Montmartre, où il habitait, et venait se mêler aux « Bossus » afin de leur soumettre le fruit de ses élucubrations poétiques ; sa voix était blanche ; et son débit, lent et douloureux, exposait déjà des « doléances » ; mais rien dans le fond, ni dans la forme ne laissait prévoir les Soliloques du Paurrre. Les déceptions et les rancœurs de Gabriel Randon (il n'avait pas alors de pseudonyme) n'étaient occasionnées que par de malheureuses amours, ainsi qu'il ressort des strophes ci -dessous :