‹ Montmartre et ses chansons: poètes et chansonniersChapitre 52 sur 64 · ENVOI · texte numérisé non relu

ENVOI

Illusion, aux gueux loisible !

Les trois couleurs, quand vient le soir,

Flottent encor, mais invisibles.

Et, les bons promeneurs, paisibles.

N'aperçoivent rien que du noir.

Et voilà I II y a dans ce goût-là quatre mille vers distribués en quatre-vingts poèmes qui doivent former un livre sous ce titre Croqnia. Mais n'est-ce point tout: Galilée promet encore la réunion en volume de vingt-cinq autres poésies sous le titre Loques et Hochets, sans préjudice de

cinquante chansons dont le recueil portera nom : Chansons à Mariette.

De plus, il publie des thèses philosophiques sous ce titre générique : Etudes sur l'Absolu de VExistence, dont la première, Z>i>w eînorre .4m^, vient de paraître à la Librairie de Propagande Socialiste, GO, boulevard de Clichy. Il faut lire cela.

Galilée dit ses vers en convaincu : il croit que c'est arrivé ; et c'est avec fureur presque qu'il clame ceux auxquels il suppose une portée philosophique. Il a fait de fugitives apparitions aux Quat'-z-Arts, pris huit jours durant la direction artistique de TAlouette, fondé à l'Exposition de 1900 le Cabaret de la Butte (Andalousie au temps des Maures) et régi, rue Lepic, pendant un mois, les Rayons X.

Particularités : ne veut être exploité ni par les direc teurs, ni par les éditeurs, ni parla Société des Auteurs, ni par qui que ce soit. 11 s'exploite lui m'3me. S'intitule fièrement et irréductiblement poète et se montre très vexé lorsqu'on le traite de chansonnier.

Henri GRÉJOIS

Je dirigeais le spectacle au Conservatoire de Montmartre lorsque, en iS9S, s'y présenta lïonri Gn'joi'î. qui, après deux ou trois jours d'oss:ii et sur nuîs in^tnnre.^, fut engaicé à riii>()n de 3 fr. -W piir .^«liire. Il (Irbuta avrr quelques satires très acerlM's, mais d'une forme un peu lâchée, châtiant les sottises et le ridicule des gens du monde, le jésuitisiue et l'hypocrisie politique. A la lecture

de la pièce ci-dessous, qui obtînt beaucoup de succès, oo aura une idée exacte de la façon dont il traite ses sujets :

PATRIOTARD

C'est un dégénéré simplement veulc et flasque

Qui mesure un guerrier à l'ampleur de son casque.

Son âme est de ruolz, son cœur de maillechort.

Il prend pour uriner des poses de ténor.

Son crâne est un musée où des images dorment

D'ustensiles guerriers, d'éperons, d'uniformes.

Son courage est en zinc, et son verbe brutal

A des sonorités d'un goût... municipal.

A sa littérature il n'est pas de remède;

Il suinte des vers de monsieur Déroulède,

Où de jeunes enfants, coiflés de blonds cheveux.

Sont nommés caporaux en distiques piteux.

Pendant qu'un vieux sergent, sous des grêles de balles

Couche sur des drapeaux, mange dans des cymbales.

Ou, la main sur l'alTùt de deux ou trois canons.

S'asseoit sur des tambours en sonnant du clairon.

Le bouillant, le bruyant, le braillant patriote

Est un être malsain : s'y pique qui s'y frotte.

Sa marotte lui vint, un jour de revision,

Quand le majur lui dit : a Remets ton pantalon.

Ta triste architecture est un bloc pitoyable.

Tu ne feras jamais un troupier convenable. »

Lors, en son cœur, le chant, russe, autant qu'usuel,

Quoique quasi anticonstitutionnel,

A dit son bon vouloir, son ivresse de vivre,

Aux sons républicains d'une musique en cuivre.

jour trois fois heureux! Béni soit le major

Qui préserva les pieds des oignons et des cors.

A toi bocks et vermouths, kummel, absinthe pure,

Et les rêves d'alcool que ton esprit suppure.

Evoquant le décor des Quatorze-Juillets,

A loi pétards, fusées et coups de pistolets,

Chaussette franco-russe au parfum de pandore.

Ceinture à la moujick, caleçon tricolore î

Embrasse, coq ^^aulois, l'ai^^'le dominateur!

Vive la liberté, béni soit l'empereur!

El, félide, il s'en tï. d? rsrr^t? fa rirr::;.

Ressasser des prop.>5 d* fez:»f *c r.t»:!;.

Danser la moscorit?, en 5-:zç-r3i: i Mismi.

De sinistre façon s"as?^;-lr zn pea rarl: iL

Dans un ruiss^u r-rver d-? tr.ziis ca:iL^-*r*$

Posant sur s^ çenojx I-i-r cr: -:•? t:>7.u..erî.

El puis, on b^a matin. îi T^f-;: .a d .rl-c^l.

Du Nisrçrou d'ailleurs, auri i .nrinTéilrCt

De faire résonner la tr-^r-r-^tîe d^ j-j-:rr?.

Les simples s'en iront drfr-cire la îr:îi!!er?.

Mais lui, le bon irueuîard. s-i'jdîfri'Z:-::: pr:-3:a

Au rani? de sp^taleur. et sraven^enî ezia

En songeant aux malheurs <pi cienac'înt la France,

Ira dans un désert enterrer sa soufrance.

Prudent, il se tiendra loin des enlroiU malsains

Où d'autres, sans orteil, sans discours, sans refrains.

Iront faire ajourer le drap de leurs caj--jtes

Pour le compte de faux et bruyants patri-jles.

C'est à Clamecy que revient Tlionneur d'avoir vu naître, en 1876, Henri Mazier, dit Gréjois, qui fit ses études à Paris, à Bourjre*:, à Blois, à Laval, au Puy, à Toulouse (où il passa son bachot) et à Paris. Afin d'esquiver le service militaire, il fait deux années de médecine interrompues, à trois reprises difTérenles, par des tournées qu'il fait en corapaîxnie d'une troupe de comédie. 11 entre ensuite dans la maison d'édition Picard et Kahn, à I*aris, en qualité de correcteur ; il y corrii?e des livres de a prix » dont les auteurs nouent d'aimables idvlles entre enfants de treize a quinze ans ; il revoit épralemenl un Traire sur loi Ejigrais naturch, où il développe sur la respiration des plantes des théories aussi dramaticiues qu'abracadabrantes. Mais une p:astrite lui fait abandonner la correction. Il entre alors comme premier violon dans un quintette au rafé de la Cloche, rue Cusline, à raison de six francs par jour. De lu, il fait, avec le môme emploi, plusieurs saisons dans des stations thermales.

En quittant le Conservatoire de Montmartre, où il était parvenu, non sans peine, à obtenir la pièce do cent sous

quotidienne, 11 entre au Cabaret des Arts et simultanément aux Noctambules. Nous le retrouvons en 1899, aux Mathurins, où le public snob avale difficilement le fiel de son ironie ; aussi n'y reste-Ml que quelques mois, au bout desquels il revient à Montmartre, et grimpe sur le Tréteaude-Tabarin. Enfin, en 1900, il prend la direction artistique du Cabaret des Noctambules, qu'il exploite aujourd'hui pour son propre compte et où il sait, par le choix de son programme de chansonniers et la représentation d'amusantes piécettes, attirer et retenir la jeune clientèle du quartier des Ecoles. Entre temps, avec Chardin comme imprésario, il a fait la tournée de « La Bodinière », cumulant, avec un égal bonheur, les fonctions de présentateur, d'acteur et de chansonnier.

Gréjois a écrit le livret de deux pièces d'ombres : Le Festin de Balthazar, en vers lyriques, avec la collaboration de Raymond Ballu, musique de Jeanne Valentin, ombres de Auglay, représentée au Conservatoire de Montmartre en 1899, et Le Voyage de MinU Pinson, revue latine avec ombres, jouée en 1900 aux Noctambules, pendant deux mois, avec un succès non interrompu. Il a également composé, pour le même établissement. Mars en Carême, 1901, Dame Sérieuse, avec Jihel, L'Affaire Boutavant, avec Jihel et Butot, et enfin, en collaboration avec Lucien Boyer, la revue qu'on devrait représenter en ce moment. Car, à rheure où nous mettons sous presse, nous apprenons que, des difficultés ayant surgi entre Gréjois et le propriétaire des Noctambules, celui-ci a repris l'exploitation et composé une troupe nouvelle.

Gréjois compte de nombreux succès de cabaret: je citerai plus spécialement UIrrigateur, Les Apostrophes, Le Lancement du Coppée, UEcole des Journalistes, Confidence du Roi Edouard VII au Duc de Connaught,LlIomme coupé en morceaux. Recette pour awir les Palmes, Je signalerai également une nouvelle parue dans Bono Dum-Dum (Jeanne Landre, édit.) : Le Cœur de la Reine.

Signe particulier : mémoire de lièvre.

MILLANDY

Les poêles du Quartier- Lâûa col.^Iz-^.t^zi :iz p«e3 i^ih'igneusement Maurice Xouri^ud. c:i •jrt-irref M .Az.iy, comme un chansonnier rooLinièrj":.;?. eî 1^ hiiiirr^ zt la Butte Sacrée le classent, non oins dedsi^n^-î^iLent. parmi les poètes de 1' a autre c jtê de iesTi ■. La Ttriie est que Millandy se flatte d'être des de'jx rÎTe? et à la fois poète, chansonnier et compositeur.

A la Bodinière, en de trop sérieuses conférences sur la Chanson d\irt, il a exp:i7Jé que îes cjoiposiîeursauteurs, que les poctes-melodistes élaient les - seuls vrais poètes d'hier et d'aujourd'hui . Celle théorie, du reste, lui attira quelques inimitié-.

Maurice Nouhaud esl né à Lu-^on. en 1^7!., ce dont il ne profita pas poursespéciali'-erdan^ la chan-on vendéenne. Il faillit faire un méJecin et fera peul-êtreun p-ycholosrue. lia en cartons des actes, des nouvelles et un roman psychologiques. Que n'a-t-on pas en cartons? 11 fut jadis un des plus fervents disciples de René Ghil, dont la théorie sur les voyelles musicales lamusait. Il prit après Xavier Privas la direction des Soirées Procope, et rédigea en chef le Journal Parlé, qui reslera, au point de vue littéraire, une des curiosités document-lires de ce temps.

Après quelques apparitions à Montmartre, il fit des causeries au Théâtre Pompadour et à la Bodinière, où il traita et continue à traiter de la chanson sous ses diflércntes formes.

Il a puhlié un rornoil do petits popiiir*;. rnuplol»^ soulignés de méhulio, sons jo titre : l.v^ frrlrs ChiVKtuK, et pré pare un second volume avec dos illustrations de G. Dola et de H. -G. Ihels, qui comprendra : (linn^ons du Teminaln Hne, Chansom <Ih Ternp:^ d' Amoury el Chansons dn Temps

d'Automne^ dont plusieurs sont actuellement interprétées à Montmartre, notamment au Cabaret des Arts. Ce petit poème inédit donnera une idée de la manière de Millandy :

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