LES GOURGANDINES
Les garces des louées» les souillons, les vachères, Cell's qu'ont qu'leu pain et quat' pér*s de sabots par an, Ceirs qu'ont ren à compter poure c' qu'est des parents, Ceirs-là, a' peuv*nt attend' longtemps un épouseux. Longtemps ! en par-delà coueffc sainte Catherine... Attend'?...
Mais coumment don' qu* vous v*lez qu'a' fass', bon guieu ! Empêchez vouer un peu d' fleuri* les aubépines Et les moignieaux d' chanter au cœur du joli Mai 1... Ccirs-là charch'ront l'Amour par les mauvais senquiers.
Gna des lurons qui besougn'nt aux métari's blanches :
On s' fait ben qucuqu* galant, en dansant, les dimanches.
Et pif... pouf I... Un bicau souér ousque Ton est coumm' saoule
D'avouer trop tournaillé au son des Tiolons,
On s' laiss' chouèr, enjôlé', sous les suçons d'eun' goule
El sous le rudaiirmenl de doux bras qui vous roulent
Coumme eun' gearbce à fér' dans les foins qui scnt'nt bon.
Queuqu*s moues après, quand gna déjà d' la barbelée
Au bout des grands chargniers et des p'tits brins d'éteule.
Faut entend' clabauder d'vant la flamm* des jav'Iées
Les grous boulboummes galtieaux et les vieill's femm's bégueules :
•* c Hé ! hé ! du coup, la michant' Clious' s'a fait enfler 1 o
Et les pauv's michant's Chous's qui déccss'nt point d*enfler Descend'nt au long des champs ousqu'a trouvé linceul Leu-z-innocenc' tombée au nez d'un clar od' lune. (Les galants sont partis pus loin, la mouésson faite, En sublaillant, chacun laissant là sa chacune. Après avouer, au caboulot, payé leu's dettes.) c Quouéfér'?»
qu'a"s song'nt, le front pendant su* Icu* d' vanqulère Et les deux yeux virés vars el' creux des orgnières... Leu' vent' est là qui quient tout l'mitan du frayé 1
Ben ! pis v'ià coumm' ça qu' est... Allez, les Gourgandines !
Vous yeux ont d' l'attiranc' coumme ieau qui dort dans V puits.
Vous lèv'ers sont prisé's pus char qu'un kilo d' guignes,
Les pointes d' vous letons — mieux qu' voul' cœur, vout' esprit —
Vous frayront la rouf large au travers des mépris...
C'est voul* corps en amour qui vous a foulu's d'dans ;
C'est après li (ju'i' faut vous rauTÎpper, à c'tt heure ;
r reste aux fill's pardu's pour se r'i^'ançjncr d' l'honneur
Qu'à s' frouttor — vent'o à vcnt'e — avec les hounnèt's gens.
Llnninncur quiont dans 1* carrr d' papier d'un billot d' mille I
... Alioz, h's (iouriraiidiïrs. f)ar 1rs rjual' coins d' la ville !...
Allr/. fout' su' la p'.iiir les bif-aiix me>>i<urs don-s 1
Alliuîioz le torchon au niilin di's iiiiiiaur<s,
Fcscz tourner la boule aux uriiiucux d' |»ain i;ani;né,
Aux p'tits trûs à popa eu altent' d'IuTilairo !
Fcsez semaine d' pciue et d' mûri su' vuul' passade,
Allez ! allez jusqu'au fin bout d* vout' mauvais sort ! Allez, les Gourgandin's, œuvrer aux tâch's du mal : Soyez ben méprisab's pour que Ton vous adore !... Et si vous quervez pas su* eun* couett' d'hôpital Ou su' les banquett's roug's des maisons à lantarnc. Vous pourrez rappliquer — tôte haute ! — au village Entraînant tout 1* butin qu' v' aurez raflé d' bounn' guarre.
Vous s'rez des dam*s à qui qu'on donne un certain âge :
Vous tortiirrez du cul dans des cotillons d' soué ;
V* aurez un p'tit chalet, près des ieaux ou des boucs
Que v' appeFrez « Villa des Ros's » ou « dos Pervenches » ;
L* curé y gucul'tonn'ra avec vous, les dimanches.
En causant d'ci et d'ça, d' morale et d' tarte aux prouncs ;
Vous rendrez V pain bénit quand c'est qu' ça s'ra vont' tour ;
L' Quatorz'-Juillet, vous mérit'rez ben d' la Patrie :
Ça s'ra vous qu' s' aurez mieux pavouésé de tout V bourg !
Le bureau d' bienfesance vienra vous qu'ri' des s'cours;
Aux écol's coummunal's vous f rez ofl'er de prix... •
Et vous s'rcz prasqu'autant que 1* mar* dans la coummune.
Gaston Coûté dit actuellement ses vers aux Quaf-z-Art?, où il a remplacé Jehan Rictus. Il y a entre ces deux poètes de grandes affinités : ils sont mus par les mômes sentiments de douce pitié ; et l'horreur des iniquités sociales est chez eux également développée. Mais tandis que Rictus gérait, Coulé est tout près de crier ; la révolte chez lui bout davantage. Cela tient sans doute à ce qu'il est plus jeune, plus neuf et, conséquemment, non encore désillu sionné. J'ajouterai que le patois de celui-ci me semble plus exact que l'argot de celui-là, qui sent trop le travail, qui est trop de la « littérature ». Et je ne serais nullement surpris que le benjamin des poètes montmartrois n'éclipsât un jour son aîné dans la faveur du public de nos cabarets.
Paul W^EIL
Coreligionnaire de Fursy et de Jules Moy, n'a pas jugé nécessaire de caclier son nom. Est né à Paris, le 13 août 18G5. S'est produit pour la première fois à Montmartre, aux Quat'-z-Arts, en 181)S, en compagnie de son ami Dollinct.
Avant de chansonner, avait (ait représenter à la Bodiniêre un acte en vers : L,e Paradis gafjné et Quatre-vingttreize bis, revue en collaboration avec Armand Allexandre. A la soirée organisée par le Masque, sous la présidence de Catulle Mendès, il donna un à-propos en vers : Le Jardin de Banville. Enfin on lui joua à ... Saint-Cloud un acte en prose : IS^orette.
C'est aux Soirées Procope et « à Toeil » queWeil débuta comme chansonnier avec Erreur judiciaire, lyuuvellc Complainte du Juif Errant, Inauguration de la rue Ut'aumur et Encore Arton, Il (ut ensuite au Chat-Houge, cabaret situé à Plaisance, y chanta hochefort à Pélagie, La Statue de Ikaumarchais, Ulmpôt sur les Peintres, et y présenta La Défense de Carrara, toujours « à Toeil ». Après un séjour à Phôpital Saint-Louis, où il subit une opération, il revint au Procope ; après quoi, il entra aux Noctambules, et toucha enfin son premier cachet : trois francs I il a depuis chanté aux Quat' z Arts, au Cabaret des Arts, au Tréteaude Tabarin et au Grillon.
Emule de Domini(]ue Bonnaud, dont il atteindra peutêtre un jour le brio, WVil a déjà composé près de quatrevingts chansons parmi lesquelles le public a spécialement remarqué et applaudi Le Vieux Terrassier, La Dcrorcs, Le Chaîisonnicr,'— parodie de //AVca/icr, de Delmel, — La 6'rnc
des Couturières, Pains à Discrétion, John BuU s*en tdt-cn guerre, et