PREMIÈRE COMMUNION
C'était la premier' commanion
De la fille de la patronne.
Le soir, brillante réception
Au bordel. Près de la matronne,
Les filles, Tiaode pas fraîche.
Les macq'reaux mangeant et buvant,
Et la sous-maltresaTair revêche,
Trouvant le dîner embêtant.
L'ingénu- présidant la fête,
Regardait de ses yeux vicieux
Un vieox cochon qui, d'un air bête,
Avait des gestes malicieux.
Pourquoi? C'est le propriétaire
De cette pAl' virginité.
Aujourd'hui, il doit satisfaire
Son sal' besoin en liberté.
Au fait, cette gosse est un' femme.
Ne vient-ell'pas de communier ?
Dès à présent c'est une dame,
Personne ne peut le nierl
Les verr's s'emplissent de Champagne;
Les femm's goual*nt de sales refrains ;
Bref, c'est un pays de Cocagne,
Vrai' république de putains .
Enfin, la patronne se lève
Et débite ce boniment :
« — Ma fille, au travail je crève !
Remplac' ta mère, mon enfant :
Que vas-tu faire? Tu es jeune I
Ta sœur, ton frère à leur façon
S'occup'nt I Un r*mèd* contre le jeûne
Est d'savoir gagner du pognon.
Allons I ne fais pas la bégueule I
Sois franche, vite réponds-moi I
T'es girondel T*as an'beU'gaeale!
Que feras-tu de tes dix doigts? »
La goss' prenant un air candide, Se lève et répond lentement :
J*suis assez bath, j*ai pas un' ride, Eh beni j*mass*rai : c'est amusant I J'vous rjure, au turbin j'suis pas flegme I J'perds mon innocence aujourd'hui; La préfectur' m'donn'ra un' brème; Voilà c'que j'veux gagner c'tc nuit ! d La macqu'reir dit : — « T'es bien gentille, C'est tout c'que j'attendais de toi ; Le vieux est là, monte avec moi ! »
.... Et la mère embrassa sa fille. . . .
GASTON SÉCOT. — C'est au commencement de l'automne dernier que nous conduisîmes Gaston Sécotau four crématoire du Père-Lachaise. Il venait d'atteindre sa quarante-quatrième année.
Jules-Gaston Costé, dit Sécot, était Parisien. Après avoir passé sa licence en droit, il avait choisi la carrière administrative et était entré dans un ministère. Il utilisait les loisirs que lui laissait la vie de bureau en rimant des couplets, qu'il eut un jour l'idée de venir chanter à Montmartre, sous un pseudonyme. Il commença d'abord par l'Ane-Rouge en octobre 1892; quatre mois après, il fit l'ouverture des Quat'-z-Arts, entra en octobre 1893 au Chat-Noir, où il resta un an, passa au Chien-Noir, puis au Tréteau-de-Tabarin (1896-1898), tout en continuant à chanter chez Trombert. A la suite d'une pique avec celui-ci, il quitta les Quat'-z-Arts et alla fonder, avec quelques camarades dissidents, le Cabaret-des-Arts. Dénoncé, comme auteur de chansons antigouvernementales, auprès du ministre dont il dépendait, on lui signifia l'interdiction formelle de se produire dorénavant en public. Néanmoins, peu de temps après, sur les instances du député Antide Boyer, la défense fut levée à condition que Sécot « ne ferait plus parler de lui )).
Sécot a écrit un grand nombre de fantaisies et de petites satires, au nombre desquelles je mentionnerai : Ma première Pucelle, le Pitomane, l'Enquête sur la Marine, Visite de Charité^ Couplets sur les Chansonniers de Montmartre, Monsieur Bérenger, les Cadeaux russes, les Impôts français, la Ruherche de l'Inconnu, etc. n a également composé une série de chansons tintamarresques sur VHistoire de France et quelques gracieuses romances du genre de celle-ci, que Marie Krysinska a très joliment mise en musique :