‹ Montpellier pendant la Révolution. Ire période de 1789 à la République, 21 7bre 1792Chapitre 16 sur 21 · G MONTPELLIER · texte numérisé non relu

G MONTPELLIER

ciçalités pour envahir les charges municipales et essayer par là de rentrer dans leurs anciens privilèges.

Le 9 novembre, l'Assemblée nationale décréta que les émigrés rassemblés au-delà des frontières étaient suspects de conjuration contre la patrie et que si, au premier janvier 1792^ ils étaient encore en état de rassemblement , ils seraient déclarés coupables, poursuivis comme tels et punis de mort. Louis XVI ordonna à son frère de rentrer, mais il refusa do sanctionner le décret contre les émigrés. C'était encourager à se révolter contre la loi du pays ; il n'en fallait pas tant pour exciter des femmes dont l'imagination était déjà exaltée par leurs confesseurs, et, le 5 décembre, elles insultaient encore un convoi funèbre en imitant le chant du coq; il fallut en condamner à la prison.

Le 11 décembre, eut lieu le renouvellement de la municipalité, avec moins de troubles cette fois.

Durand, maire, fut réélu.

Les nouveaux officiers municipaux furent :

Granierpère, négociant;

Quatrefages;

Berthe fils, médecin ;

Duvals, homme de loi ;

Portalès, négociant ;

Galavielle, marchand de fer ;

Figuière, bourgeois.

Jean Albisson fut élu procureur, Gas substitut. 21 notables étaient à élire; ce furent :

Henri Charolois ; Beleze ;

Montels père ; Louis Brousson ;

Bongues aîné; Coste,Jplâtrier;

Aubaric aîné ; Denis ;

Parlier ; Denis Reboul ;

Nouguier ; Grand aîné ;

Fargeon; Reboul, apothicaire ;

Goulet, tanneur; Aigoin, négociant ;

Gourréges père, profes- Moulinier, pâtissier;

seur ; Gros aîné, bourgeois ;

Dessale,dit le Chartreux; Jean Viala, bourgeois.

La nouvelle municipalité fut installée le 18 décembre, et, dans le discours que J.-J.-L. Durand, maire réélu, prononça à cette occasion, il fit un exposé remarquable des rapports qu'avaient entre eux les divers éléments du pouvoir municipal. (Voir Pièces justificatives, n» 20.)

Le 29 novembre , l'Assemblée nationale avait décidé que les prêtres réfractaires seraient tenus de prêter le serment civique, sous peine d'être privés de leurs pensions et d'être suspects de révolte contre la loi. S'ils refusaient, ils devaient être surveillés, et s'ils prêchaient la désobéissance*, ils étaient pas-

* « Los troubles étaient universels ; les prêtres inser- » mentes excitaient le peuple dans les provinces méridionales »et abusaient du secret de la confession pour réveiller le •fanatisme.» (Tliiers, Hist. Rév. franc., 9« édit., II, pag. 87 et 88.

LA

sibles d'une détention. Le roi n'avait pas sanctionné ce décret. Malgré cela, le Conseil du département, réuni le 14 décembre, sur la motion de Gastilhon, « considérant qu'en fait de système politique il ne 9 doit être aucunement question de divagations » théologiqnes; — que cependant, au mépris de tels 9 principes et sous le voile de la religion, nombre i>de particuliers se sont immiscés de travailler le » bon peuple et notamment le sexe dévot et crédule; » — que, de cet oubli des principes constitutionnels! » il est résulté beaucoup de maux que la soumission » à la loi aurait prévenus, — arrête : A compter de » ce jour, les trésoriers ne devront payer aux ecdé- » siastiques leurs pensions ou secours que sur un » certificat de l'autorité locale attestant qu'ils ne » troublent directement ni indirectement l'ordre » public et qu'il n'est d'autre suspicion contre eux » que celle de n'avoir prêté le serment civique. »

Et le même jour, les membres de ce Conseil et de celui du district, le maire, les officiers municipaux, les notables et environ 1,500 citoyens de Montpellier signèrent une adresse au roi, où ils exprimaient tleur surprise de ce que, le 5 décembre, «quelques membres du Directoire du département «de la Seine eussent pu lui demander d'apposer »son veto au décret du 29 novembre touchant les Dprêlres réfractaires*», et ajoutaient : «Nous vous «demandons, contradictoirement avec cespétition-

* liGS signataires de cette demande étaient : Larochefoucault, président ; Germain Garnier , J.-B. Brousse , Talleyrand-Périgord , Beautmez , Blondel , Davoust, etc.

«oaires, de ne pas tarder un seul iustaat à donner •un consentement solennel au décret du 29 novem- »bre, comme seul capable de donner la paix à la ^patrie, et d'éteindre les flammes fanatiques que sdes enfants ingrats autant que cruels y ont allu* »mées. .••

»SiRB, révoquez la suspension du Décret contre •les Emigrés, et l'Europe entière honorera la ma- 9Jestédu nom français, et vous vous couvrirez d'une •gloire immortelle.

»SiRE, hâtez- vous de sanctionner le Décret du »29 novembre contre les prêtres rebelles, et vous •assurerez le bonheur d'une nation généreuse qui •vous adonné le premier trône du monde.

•Sire, montrez- vous en tous temps, entouslieux, •le Roi de la Constitution, et le cœur de tous les •Français vous suivra .»

De toutes les sections de Paris, comme de celles de Montpellier, on adressa à l'Assemblée nationale des pétitions flétrissant l'adresse présentée au roi par le Dh^ectoire de la Seine, mais ce fut inutile, et, le 19 décembre, Louis XVI apposa son veto sur le décret du 29 novembre ; ce qui acheva de le faire regarder comme le complice des émigrés.

Le sentiment de l'égalité, qui était demeuré si longtemps étouffé en France, se réveillait partout avec une vivacité extrême. Dès le 9 novembre, le Conseil du département do l'Hérault, «considérant •que les Français ne forment plus qu'un peuple do •frères, déclare, en vertu de la loi sainte d'égalité, •abolir ces distinctions honorifiques inventées par

«rorgueil ou la flatterie pour perpétuer l'habitude ^de l'esclavage, ces étiquettes insignifiantes de ^l'ancien régime, les formules humiliantes de trèshumble et très-obéissant serviteur i^^ et arrête « qu'on >ne devra plus employer la formule supplie humbleliment ni toute autre qui pourrait porter l'emspreinte d'une dépendance servile ; que toutes pé- Dli tiens, lettres ou mémoires qui porteraient ces yfoimules, et celles où le mot de ou du ne ferait pas «partie intégrante du nom, seraient rejetées sans )»examen ». — Et, de son coté, l'Assemblée nationale, le 30 décembre, abolit l'usage des félicitations du premier de l'an, et décida que les hommages portés ce jour au roi ne le seraient plus à l'avenir. Quelques jours après, il fut par un autre décret décidé qu'en écrivant au roi, le président de TÂssemblée nationale suivrait le protocole qu'avait observé le roi en écrivant à l'Assemblée ; que le terme majesté ne serait plus employé*, et que le mot Sire ne serait plus en vedette.

Pendant que l'Assemblée nationale essayait de connaître les relations du roi avec les émigrés et les puissances étrangères, et aussi de préparer les

1 Le rempldcemeat des mots Monsieur et Madame par ceux de Citoyen et Citoyenne ne fut prononcé que par le décret du 10 octobre 1792. — Les inégalités féodales, toujours si humiliantes et souvent si oppressives, avaient laissé après elles un tel besoin d'égalité que le Conseil général de

moyens d'assurer notre indépendance, les premiers jours de 1792 s'écoulaient à Montpellier sans affaires nouvelles, et, sauf Tinstallation du Tribunal criminel du département* ([•' janvier), l'envoi d'un détachement de nos troupes bourgeoises pour arrêter quelques troubles survenus à Aniane le 28 janvier*, et, à la date du 5 janvier, la rétractation de l'arrêté du Directoire ordonnant l'ouverture de toutes les églises (ci-dessus, pag. 193), nous n'aurions à signaler que des fêtes civiques.

Des dames patriotes, sous la présidence de madame Granier, avaient résolu de présenter à la Société des Amis de la Constitution et de l'égalité

la commune de Paris voulut la rétablir dans les temples catholiques, d*où la vanité des familles et l'avidité sacerdotale l'avaient bannie depuis longtemps ; et, à cet effet, il prit, le 23 août 1792, un arrêté où : « Considérant que l'égalité doit •exister partout; que, le riche et le pauvre étant égaux pen- »dant leur vie aux yeux de la loi et de la raison, ils doivent B l'être en descendant au tombeau », il prescrit qu'à l'avenir « toutes les cérémonies funèbres faites par les ministres du B culte catholique seront uniformes», etc. Il y avait une exception c pour les honneurs rendus aux citoyens morts »pour la défense de la liberté » . — C'était faire beaucoup pour l'égalité, et trop peu pour la liberté.

* Le 29 septembre 1791, Cambacérès avait été élu président; Costebelle, Barre et Fabre, juges; Gas, accusateur public; Santy. greffier. J. Albisson était commissaire du roi. Le tribunal tint sa première audience le 15 février 1792.

2. Le 12 février, un citoyen de Montpellier, Azaïs. passant à Pignan et ayant répondu au cri de : qui vive ! par ces mots : Patriote jusqu'à la mort, reçut un coup de fUsil à la tète.

les drapeaux réunis des quatre peuples libres, Anglais, Américains, Polonais et Français, donnant à l'Europe Texemple de l'indépendance. La remise en fut faite le dimanche 3 mars, ce qui donna lieu à une fête civique célébrée avec un grand éclat, et les drapeaux furent placés à la voûte de la salle de la Société.

Les 12, 13 et 14 mars furent remplis par les fêtes données par la même Société en l'honneur de Dubois de Crancé, qui s'arrêta à Montpellier en se rendant à Cette ^

A ce moment, la Municipalité eut à s'occuper d'une question plus sérieuse, de la réorganisation du service de l'instruction primaire publique gratuite.

Les écoles qui donnaient .cette instruction étaient : — pour les garçons, les Ecoles chrétiennes et la maison de la Propagande; — pour les filles, la

1 Au théâtre, on chanta les célèbres couplets dus à Dubois de Crancé et dont voici le premier :

Veillons au soutien de l'empire,

Veillons au maintien de nos droits,

Si le despotisme conspire,

Conspirons la perte des rois.

Liberté, Liberté ! que tout mortel te rende hommage ! Tremblez, tyrans, vous allez expier vos forfaits.

Plutôt la mort que l'esclavage.

C'est la devise des Français.

Un récit des détails de cette fête se trouve dans le Journ. hebd. de V Hérault ^ n» du 17 mars 1792 ; il est dû à Veadriès, fondateur et rédacteur de ce journal.

maison de la Providenccy les religieuses de Sainte- Ursule^ celles de Saint-Charles^ les écoles de la Miséricorde^ et celles dites chréliennes ou des Sodurs- Noires.

Les Ecoles chrétiennes étaient entretenues au moyen d'un bénéfice joui par Poujol, l'ex-curé de Saint- Pierre, et dirigées par deux frères à la Triperie et par deux autres au Pila Saint-Gély .

La Propagande^ établie par lettres patentes de 1679, était une œuvre destinée à l'éducation des jeunes convertis ou à convertir, et Louis XIV l'avait rendue apte à recevoir tous legs et toutes donations. Elle avait des pensionnaires et recevait d'ailleurs gratuitement tout externe qui se présentait ^

Les religieuses de Saint-Charles^ de Sainte-Ursule et de la Miséricorde étaient tenues, d'après leurs 8tatuts,*d'avoir une école dans chacun de leurs couvents ; les Sœurs-Noires étaient payées par la ville.

La Providence correspondait à la Propagande et était destinée « à recevoir les filles nouvellement «converties à la religion catholique ou en danger «près de leurs parents de la Religion prétendue «réformée». (Voir D'Aigrefeuille, ^w(. Montp.^ II, pag. 313.)

^ Le couvent de la Propagande occupait la partie de Tile qui en portait le nom en 1789 (Flandio de la Combe, Guide de Montp.j pag. 39). L'arrêté du 22 juin 1853 a imposé le nom de Quatrefages à cette île, qui est circonscrite par les rues de r École-Mage, de la Providence, de TArc-des-Mourgues et de Fenouillet. (Voir Delort, Mémoires^ II, pag. 11.)

Or, tout cela, fondé, entretenu et fanatisé par l'ancien clergé, comme lui, refusait le serment. Le 23 février, il fut constaté en Conseil général que dans la Ville 53 instituteurs et institutrices, religieux et laïques, avaient refusé le serment*. Sur ce refus, ils avaient été suspendus de leurs fonctions, et la Ville se trouvait sans moyens d'instruction poiir les enfants du peuple.

Dès le 17 février, le Conseil général de la commune s'était occupé de réorganiser un service provisoire des écoles, en attendant que la loi y pourvût régulièrement ; et, considérant « — qu'il répugne Dà la Constitution qu'il existe des établissements «expressément et exclusivement destinés pour la «conversion à la religion romaine, — qu'il n'y a »de vraie conversion à demander et à solliciter que «celle qui attache les Français à l'Etat, à la Société, »à la grande famille, à l'obéissance aux lois ; —

* Ea novembre 1791, le Directoire avait rendu un arrêté contenant les dispositions suivantes :

«Art. \^r. Les instituteurs et institutrices devront prêter » serment.

«Art. 2. Les uns et les autres seront tenus de placer «honorablement dans leurs salles d'études la Déclaration 1» des droits de l'Homme et du Citoyen^ en placard, et de «donner à leurs élèves pour premier livre ecclésiastique la 9 Constitution française.

»Art. 3. Par instituteurs on entend professeurs d'univer- «sité, principaux, préfets et régents de collège, maîtres de «latin ou d'école de village, ou religieuses ayant des pen- «sionnaires, mais non les précepteurs enseignant les enfants »dans une famille. »

»qu'il est contraire aux principes qu'il y ait des «établissements où Ton oblige quelqu'un à s'élever »dans une religion qui n'est pas celle de son choix et »à s'arracher du sein de ses parents. . . •, — décida «qu'il serait établi trois écoles publiques pour les «garçons et autant pour les filles, avec deux maîtres i»ou maîtresses dans chaque école ».

Le Directoire du district appuya cette décision le 25 du même mois, le Directoire du département la rendit exécutoire le 21 avril, et six instituteurs furent nommés le 6 juin suivant. Mais, s'il y a loin de la coupe aux lèvres, il y a encore plus loin du projet à l'exécution. Un siècle s'est écoulé, et l'enseignement laïque est encore à l'état de projet!

Ici se place un fait relatif à l'histoire d'un autre projet et qui me paraît digne d'être rappelé. Un physicien allemand, nommé Reusser, momentanément établi à Montpellier, écrivit de cette ville à l'Assemblée nationale pour « lui offrir le projet »tout à fait neuf d'une correspondance tellement «rapide qu'elle n'exige pas même du temps sen- «sible aux sens. » Il écrivit en même temps au Comité d'instruction publique une lettre dont voici le passage principal :

« Montpellier, le 30 mars 1792.

« Messieurs,

» J'ai lu dans les Gazettes l'annonce d'une cor- »respondance rapide détaillée , etc. , etc. , dont

dM. Ghappe a fait hommage à T Assemblée natio- »nale * . . .

» L'électricité fournirait une autre manière de D correspondance bien plus sûre et plus rapide. Cest Dpar un arrangement dont j'ai donné le premier la 9 description dans un Traité de physique en alle- Dmand, sans cependant parler de Tapplication à Dune correspondance à laquelle je ne pensais pas »alors. Par cet arrangement, je puis dicter des «phrases entières à quelqu'un dans une autre «chambre ou maison séparée de celle où je dicte. «Je le montre en petit à qui veut le voir. L'exécution «en grand serait difficile, coûteuse, mais toujours «purement possible.

« Je prends la liberté, Messieurs, de vous en «offrir un détail plus ample, afin que, si vous trou- «viez bon de comparer mes idées avec celles de «M. Chappe, vous puissiez juger s'il en résulterait «quelque chose d'utile à la Patrie.

» Je suis, Messieurs, etc. Signé : Reusser , ci- « devant protecteur de l'Académie de Hanau. » (Journ. hebd, de VHérault, n« 29, pag. 493-496.)

Pour être appliqué, il a fallu au télégraphe électrique moins de temps qu'au projet de l'enseignement laïque; mais l'un est venu, l'autre viendra.

i Claude Ghappe proposa sa découverte à la Convention nationale le 1®' avril 1793; elle fut adoptée le 24 juillet suivant, et le 13 messidor an II (30 août 1794) sa première dépêche annonça la reprise de Condé. Mais l'inventeur, « affecté de la malveillance qui s'efforçait de déprécier le •mérite de sa découverte, se jeta dans un puits, en 1805. »

Cependant, par décret du 9 (s. 13) février, l'Assemblée avait <c mis les biens des émigrés sous la smain de la Nation et sous la surveillance des » corps administratifs.» En conséquence, le 16 mars, le Directoire du département arrêta « que les biens, smeubles et immeubles, de ceux que la notoriété «publique acuserait d'avoir émigré, seraient séquesutrés, et que cette mesure s'étendrait à la régie et à i>radministration du Canal de jonction des deux »niers, le motif en étant applicable à Riquet de »Caraman et autres co-propriétaires *. »

La première liste nominative des émigrés ne fut toutefois publiée que le 10 juin suivant.

Les émigrés, réunis à Coblentz, à Bruxelles, à Chambéry, à Turin, à Nice, avaient des états-majors tout constitués, tout prêts à marcher sur la

^ En octobre 1666, un édit royal avait déclaré • que les •terres nécessaires à la construction du Canal seraient «érigées en un fief comprenant le canal, ses rigoles et chausisées, pour le propriétaire, ainsi que ses successeurs, le •posséder à perpétuité, avec exemption de taille, droits de «chasse, de poche et de construction des bateaux de trans- »port, etc. > Riquet fut adjudicataire des travaux et propriétaire du fief. En mourant, il laissa près de deux millions de dettes, et ce ne fut qu'en 1724 que le Canal commença à rapporter à ses héritiers. En 1792, les deux héritiers étaient Riquet de Caraman et Riquet de Bonrepos. Ils touchèrent les recettes des trois premiers mois de 1 792 : et ensuite la recette, comme la dépense, fut au compte du domaine. Le 21 juillet 1809, le Canal passa au domaine extraordinaire de la coiu'onne, et le 10 mars 1810, il fut, avec ses embranchemeots, concédé à une compagnie d'actionnaires.

France. Les conditions de l'Autriche et de la Prusse étaient d'abord de rétablir la monarchie sur les bases de la séance royale ^du 23 juin 1789*, puis de restituer au clergé tous ses biens, aux princes allemands leurs terres de l'Alsace et tous leurs droits, au pape Avignon et le Gomtat Venaissin. C'était vouloir la guerre ; c'était la rendre inévitable, dans l'espoir d'étouffer par elle la Révolution. L'Assemblée ne pouvait donc s'occuper que des intrigues des émigrés, de la coalition des puissances étrangères, des préparatifs de défense, des trahisons des ministres du roi, de ses propres divisions intestines entre Jacobins et Girondins» des soulèvements que le fanatisme et l'aristocratie fomentaient dans toute la France. Autour de nous, TArdèche, la Lozère, le Gard étaient des foyers de séditions; Arles, Avignon 2, Garpentras étaient en

1 Dans cette fameuse séance, le roi blâma la conduite du tiers-état, refusa de le reconnaître comme assemblée et ne le reconnut que comme ordre, cassa ses arrêts, prescrivit le maintien des trois ordres, détermina les réformes à opérer, enjoignit aux Etats de les accepter et les menaça de les dissoudre s'ils faisaient opposition.

2 Dans Arles s'était formée la Société dite la Chiffonne, mais dont le véritable nom était la Siphone, parce que ses membres portaient pour signe de ralliement un siphon en métal à leur boutonnière ; et, le 12 janvier 1792, le curé constitutionnel de Sainte-Croix fut arrêté arbitrairement, et un autre curé fut assassiné à coups de sabre, ainsi que sa domestique.

Le 7 mars notre garde nationale fut requise de se rendre à Avignon pour s'opposer aux troubles, et elle envoya, avec

plein état de contre-révolutiou. Marseille, aussi mal armé que notre ville, se plaignait par ses députés de ce que, sur 30,000 Marseillais en état de porter les armes, il y en avait à peine 6,000 d'armés. Toutes ces préoccupations avaient bien gagné Montpellier, mais la tranquillité apparente continuait d*y exister, et ne fut même pas troublée par le jugement prononcé contre Tévêque Malide (voir Pièces justificatives, n* 18). Notre ville avait accepté les grandes réformes de la Constitution, dont elle avait presque pris l'initiative ; elle exécutait les lois, et, sans se désintéresser des autres questions, elle ne les laissait point troubler l'ordre. On y accueillit donc avec faveur la nomination du ministère du 24 mars, où figuraient Roland et Clavières ; avec bonheur le rapport de Cambon, annonçant, le 3 avril, que la valeur des biens nationaux à vendre couvre les assignats émis et que les biens réservés assurent la dette exigible ; avec transport le décret du 20 avril déclarant la guerre au roi de Hongrie et de Bohême ^ On pressentait que cette guerre si juste affermirait la Révolution victorieuse; on illumina ; on fit des feux de joie ; on dansa au cri de : Vive la guerre !

Mais à cet enthousiasme se mêlèrent bientôt le

deux canons, 570 hommes qui entrèrent à Avignon le 28 mars. — Voir Journ. hebd. de l'Hérault, n»» de mars 1792.

^ Léopold, empereur d'Autriche, venait de mourir, et François n'était pas élu empereur; il ne le fut que lu 7 juillet, et on ne pouvait le désigner que comme roi do Hongrie et de Bohême.

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deuil et l'indignation quand on apprit qfu'à la frontière nos premières rencontres avaient été des désastres ; que les chefis de corps partisans de la cour avaient trahi ; que Théobald Dillon* avait été massacré par les restes de sa troupe conduite dans une embuscade par imprévoyance ou par trahison (28 avril) ; que la municipalité de Yalendennes écrivait à l'Assemblée « que les vivres et les muni- »tions n'étaient pas arrivés ; que les bataillons des- »tiués à attaquer se trouvaient sans fusils ou que nies fusils n'étaient pas en état ! » On répétait hautement : c La Révolution a été faite contre les «nobles, et c'est la noblesse que la cour met à la » tête des soldats ! »

Quelques jours après, la Municipalité fit procéder à la vente des matériaux de l'église et du couvent des GapucÎDs, ainsi que de la maison Desandrieux^ immeubles qu'elle avait acquis pour les démoUr et faire une nouvelle place de marché (31 mai) . Quand plus tard (1814) on donna à cette place le nom de Louis XVI, on ne voulait plus sans doute se souvenir que la date de sa création était celle de nos premiers malheurs ; qu'elle rappelait la trahison de la cour, la mise en accusation des ministres, la distribution des cocardes blanches aux Suisses et des libelles contre l'Assemblée nationale, la conspiration et le licenciement de la garde du roi, les

^ Neveu du président de nos États avant 1789. ^ C'était dans la maison Desandrieux que, en 1560, avaient été tenues les premières réunions des protestants.

menées du clergé, lo Conseil général de Paris obligé de se mettre en permanence ; en un mot, une des plus tristes époques de la Révolution *.

Mais, si grande que fût la douleur causée par nos premiers désastres, elle servit à redoubler l'enthousiasme , et quand, le 17 juin , on fit une cérémonie funèbre en l'honneur du maire d'Etampes, Simoneau, tué dans une émeute au sujet de la taxe des grains*, à l'absoute faite auprès de la Colonne de l'Esplanade par l'évéque Pouderous succéda le chant que Rouget de l'Isle

^ A. cette môme époque (mai 1792), on lisait ce qui suit dans un journal de Montpellier :

« Société des Amis de la Constitution et de l'égalité de 9 Montpellier t séance du vendredi 4 mai 1792:

lOa dénonce à la Société plusieurs abus qui nous rap- »pellent Tancien régime et qu'il est utile de réformer. Le ipremier des abus qu'on relève consiste en inscriptions «mises sur plusieurs de nos rues, et qui servent à les déd signer sous des noms révoltants, comme ceux du Cardinal 'ède Bourbon, Richelieu , etc. Sur la motion d'un membre, >il est nommé des commissaires qui feront un rapport sur > ladite réforme, et présenteront le tableau de nouvelles •inscriptions propres à effacer à jamais le souvenir de celles •qui existent et qui choquent la délicatesse et les yeux do «tout homme sensé. » (Journ. hebd. de l'Hérault^ n*» 30, •pag. 518.)

2 La cérémonie funèbre du 17 juin fut la cérémonie officielle ; mais, dès le 22 avril, la Société des Amis de la CSonstitution et de l'égalité en avait célébré une, sur laquelle on peut voir Pièces justificatives, n» 19.

avait composé pour l'armée du Rhin ^ et qa'on entendait ici pour la première fois.

L'annonce que l'Assemblée nationale venait de voter une nouvelle levée de 20,000 hommes et leur réunion à Paris pour le 14 juillet, — bien que la sanction royale n'eût pas encore rendu ce décret exécutoire, ^ fut accueillie avec le môme enthousiasme.

Lorsque, le 13 juin, Louis XVI renvoya les trois ministres les plus sympathiques au peuple et au Corps législatif, l'Assemblée nationale déclara que Roland, Servan et Glavières emportaient les regrets de la Nation ; le peuple de Paris se souleva le 20, envahit la séance de l'Assemblée et se porta au château des Tuileries. A Montpellier, le 19 juin, quand la nouvelle du renvoi des ministres arriva, l'émotion fut très-grande. La Société des Amis de la Constitution et de l'égalité , <c assemblée en icitoyens actifs aux termes de la loi, délibéra une » adresse à l'Assemblée nationale, pour lui deman-

^ Rouget de Tlsle, né à Lons-le-Saulnier le 10 mars 1760, était à Strasbourg, comme officier du génie, quand la guerre fut déclarée. Le maire, Diétrich, demanda à Rouget une marche nouvelle pour un bataillon de volontaires Strasbourgeois qui allait partir, et Rouget composa les paroles et la musique de cet admirable « Chant de guerre de l'armée y>dic Rhin »; c'était le titre qu'il lui donna. Les Marseillais de Harbaroux le firent connaître à Paris, ce qui fit qu'on l'appela VlJymne des Marseillais, et ensuite la Marseillaise, nom qui lui est resté.

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ider d'agir avec énergie ; au roi, pour lui rappeler «ses devoirs, sa perfidie, ses intérêts; à notre •Département, pour demander la déportation des •prêtres perturbateurs; à la Garde nationale de •Paris, pour l'engager à redoubler de vigilance». Des pétitions circulèrent, des groupes importants se formèrent, et, à 10 heures du soir, le Directoire du département fut obligé de se réunir pour rédiger Bt faire parvenir à l'Assemblée nationale uno adresse où il exposait que « les citoyens avaient, à •cette nouvelle inattendue, manifesté énergique- »ment leur indignation et leur douleur. Quoi! •s'est-on dit, le Pouvoir exécutif n'est point satis- •fait du service de ces hommes que TAssemblée • nationale couvre à Tinstant des éloges dus à leur •civisme ! N'en doutons plus, c'est à leur patrio- •tisme, c'est aux mesures efficaces qu'ils avaient •prises pour réparer la coupable inertie de leurs •prédécesseurs et mettre notre armée sur un pied •respectable, qu'il faut attribuer le renvoi de ces •ministres citoyens. Hàtons-nous d'adhérer au •décret déclarant solennellement quUls emportent •les regrets de la Nation et de déclarer à l'Assem- •blée nationale que nous ne voyons et ne verrons •jamais que par elle, que nous lui sommes unis •d'esprit et de cœur, que nos bras sont levés pour •la défendre, que nous sommes prêts à lui faire •le sacrifice de nos biens et de notre vie... Un •décret * appelle auprès de vous vingt mille gardes

1 Rendu le 8 sur la proposition de Servan, ministre de la guerre.

«nationaux. Nous ne pouvons penser que le roi » refuse sa sanction à une précaution aussi impé- 3>rieusement commandée par les circonstances S et, Djaloux de compenser l'éloignemônt où nous D sommes du lieu de vos séances par notre empres- Dsement à obéir, nous avons à l'instant ordonné la «levée de notre contingent de volontaires natio- «naux et nous vous envoyons l'arrêté pris enconsé- «quence. Parlez, Législateurs, et vous serez obéis «d'un bout de la France à l'autre. Que le salut du «peuple, que la défense de notre sainte liberté vous y> inspirent quelque grande mesure l Que surtout le «sort de nos armées ne puisse dépendre d*un «ministère qui n'aurait pas la confiance de la «Nation. Tel est le vœu de ceux qui ont juré de j>vivre libres ou mourir ^.))

Le même jour en effet, 19 juin, un arrêté prescrivait l'ouverture dans chaque municipalité de l'Hérault d'un registre pour l'inscription des volontaires nationaux. La lettre de notification disait «qu'il ne s'agissait point d'une simple mission pa- «triotique, mais bien de réunir sous les murs de

^ C'était précisément ce môme jour, 19 juin, que le roi y apposa son veto , ce qui amena la terrible protestation du

2 Cette adresse fut lue à l'Assemblée le 28 juin, et M. Thiers, en la mentionnant, la comprend à tort parmi celles qui approuvaient Tinsurrection du 20 juin (Hist, Rév. , franc.-, 9« édit., II, pag. 148). Elle fut rédigée le 19 juin, ne partit que le 21, et les événements du 20 juin ne purent être connus à Montpellier que le 27 ou au plus tôt le 26.

•Paris 20,000 Spartiates pour sauver la Républi- »que, soit des attaques des étrangers, soit des corni»pIots des conspirateurs; qu'il fallait donc des «hommes dont la force physique répondît à la force nmorale, amis des lois, ennemis du modérantisme »et de l'anarchie, etc. » Quand on se rappelle la date de cette adresse et de cette lettre, on croit déjà entendre les murmures et le bruit des piques de l'immense manifestation du 20 juin, anniversaire du serment du Jeu-de-Paume *.

Le département fournit 250 hommes, dont 80 pour le seul district de Montpellier, et les trois départements qui résolurent d'exécuter le décret du camp de 20,000 hommes, quoiqu'il ne fût pas sanctionné, étaient ceux des Bouches-du-Rhône, de la Gironde et le nôtre.

Le 2 juillet, le Conseil général de la Commune dut sévir contre l'association dite Pouvoir exécutifs qui avait essayé de renouveler ses coupables agissements.

Une seconde liste d'émigrés fut publiée à Montpellier le 7 juillet; elle comprenait 88 citoyens de Montpellier.

Le roi avait donc refusé sa sanction au décret qui appelait 20,000 hommes à Paris; la cour opposait une multitude d'obstacles au voyage de nos fédérés; le ministre de l'intérieur. Terrier, avait

^ Un récit exagéré de la journée du 20 juin fut publié à Montpellier , imprimerie Tournel, 12 pages.

même donné aux directoires des départements l'ordi*e de les empêcher de passer pour se rendre à Paris. Mais l'Assemblée nationale fit un nouveau décret (2 juillet) établissant qu'ils ne s'y rendraient que pour assister au serment fédératif du 14 juillet*, et qu'après ils iraient à Soissons, au camp de réserve. Le roi ne pouvait cette fois, sans avouer publiquement ses projets secrets de trahison, refuser sa sanction à ce décret ; il la donna donc le jour même.

Malgré cela, on était si loin d'être rassuré que, le 4 juillet, un député demanda à l'Assemblée de déclarer immédiatement la patrie en danger, et alors Vergniaud exposa les périls qui la menaçaient en ce moment: «Gomment se fait-il que ce soit pré- Dcisémentau dernier période de la plus violente «crise que Ton suspende le mouvement de nos ar- »mées; que, par une désorganisation subite dumi- Duistère, on ait brisé la chaîne des travaux, livré le » salut de la patrie à Tinexpérience de mains choi- »sies au hasard?

» Serait-il vrai qu'on redoute nos triomphes? »Est-ce du sang de Tariinée de Coblentz ou du «nôtre dont on est avare? Si le fanatisme excite des «désordres, s'il menace de livrer Tempire au déchi* «rcment simultané de la guerre civile et d'une «guerre étrangère, quelle est l'intention de ceux «qui font rejeter avec une invincible opiniâtreté

< La fête commémorative du 1 4 juillet n'avait pas eu lieu à Paris en 1791, à cause de la ftiite du roi à Varennes, bien que la loi en eût prescrit le renouvellement annuel.

]> toutes les lois de répression présentées par i>r Assemblée ?•

Appelant d'abord l'attention « sur les manœuvres «nobiliaires et les manœuvres sacerdotales, qui «toutes tendent à la contre-révolution», il demande une législation vigoureuse contre les nobles ; il demande que «les ministres répondent sur leur tête »âe tous les désordres dont la religion sera le «prétexte» ....

Puis, abordant la question des périls extérieurs : «C'est au nom du roi que les princes français ont «tenté de soulever contre la Nation tous les rois de «l'Europe. C'est pour venger le roi que s'est formée «l'alliance des cours de Berlin et de Vienne... «C'est pour venir au secours du roi que les émigrés «sollicitent et obtiennent de l'emploi dans les trou- «pes autrichiennes et s'apprêtent à déchirer le sein «de leur patrie. C'est pour joindre ces preux do la «prérogative royale que d'autres preux abandonnent «leur poste en présence de l'ennemi*, trahissent «leurs serments, volent les caisses, travaillent à «corrompre leurs soldats, et placent ainsi la gloire »dans la lâcheté, le vol et les assassinats. . . Enfin, «tous les maux que nous avons à redouter, c'est le THiom seul du roi qui en est le prétexte». — Il cite alors l'article de la Constitution déclarant que si le roi se mettait à la tête d'une armée contre la Nation^

* Dans risôre. les officiers du 40« régiment, ci-devant Soissonnais, avaient déserté ; cinq seulement étaient restés fidôles au drapeau national. Les désertions avaient été nombreuses dans r armée du Rhin.

OU s'il ne s'opposait pas par un acte formel à uru pareille entreprise qui s exécuterait en son nom, il serait censé avoir abdiqué^ et, mettant cen suppositiom que Louis XVI s'oppose yolontairemeatauxmoyens de défendre la patrie, il s'écrie : c O Roi, qui avez »cru que la vérité ne valait pas mieux que lemen- Bsonge et qu'il fallait amuser les hommes avec des i»serments comme les enfants avec des osselets; qui »n'avez feint d'aimer les lois que pour conserver »la puissance de les braver; la Constitution, que «parce qu'il vous fallait rester sur le trône pour la «détruire, pensez-vous nous abuser par d'hypocrites

«protestations? Etait-ce nous défendre que

«d'opposer aux soldats étrangers des forces dont «l'infériorité assurait la défaite? Etait-ce nous dé- « fendre que d'écarter les projets tendant à fortifier «rintérieur ? Etait-ce nous défendre que de ne pas «réprimer un général qui violait la Constitution et «d'enchaîner le courage de ceux qui la servaient? «La Constitution vous fit-elle chef de l'armée pour «notre gloire ou pour notre honte? Vous donna-t-elle «enfin le droit de sanction, une liste civile et tant «de prérogatives pour perdre constitutionnellement «la Constitution et l'Empire? Non ! non ! Homme «que le seul amour du despotisme a pu toucher. . ., «vous n'êtes plus rien pour cette Constitution que «vous avez si indignement violée, pour le peuple «que vous avez si indignement trahi ! »

Le puissant discours d'où sont extraits ces mois produisit un effet prodigieux sur TAssemblée nationale, qui en décréta l'envoi aux départements et aux armées. On comprendra l'émotion particu-

lière qu'il produisit à Montpellier en se rappelant que Gambon, votant l'impression, déclara que ce que Vergniaud avait dit hypothétiquement devait être afûrmé d'une manière positive : « Nous de- »vonsla vérité au peuple, dil-il, et toutes les sup- »positions de M. Yergniaud sont des vérités ».

Aussi, dès que ce discours fut connu dans notre ville, l'agitation des esprits y devint extrême. On était effrayé de la situation politique du royaume ; on savait que, près de nous, dans l'Ârdèche, De Saillant, à la tête de plus de 2,000 insurgés, avait assiégé et pris les châteaux de Bannes et de Jalès, et que le camp de Jalès était devenu le rendez-vous insurrectionnel*. Aussi, le 10 juillet, le Directoire du département prit un arrêté pour mettre nos gardes nationales en permanence : mesure anticipée et qui ne pouvait être autorisée que par la déclaration de la patrie en danger, mais que les événements justifièrent bientôt, car, le 13 juillet, le département de la Lozère réclamait de celui de l'Hérault Tenvoi d'un bataillon pour arrêter les troubles contre-révolutionnaires de Villefort et de Jalès. Et notre bataillon put partir immédiatement.

Cène fut pourtant qu'après une longue discussion et seulement le 11 juillet que fut décrétée cette solennelle et terrible formule : « Citoyens, la Patrie EST en danger!» Elle arriva dans les départements avec la rapidité de l'étincelle électrique et ne fit qu'augmenter les inquiétudes.

^ Voir ci- dessus, pag. 149, et Pièces justificatives ^ no 11.

îî

A Montpellier, la fête commémorative du H juillet détendit un peu les esprits *. A Paris, il n'en fut pas de même : l'appareil du Champ-de-Mars était un symbole de la patrie en danger et tous les emblèmes annonçaient la guerre ^. 83 tentes flgaraient les 83 départements; à côté de chacune, un peuplier avec banderoUes aux trois couleurs*. Une grande tente était destinée à l'Assemblée nationale et au roi, une autre aux corps administratifs de Paris. La France semblait camper en présence de

^ Le procès-verbal du Conseil général de la Cîommune dit qu'on y chanta la Marseillaise y « que les citoyens et «citoyennes savaient déjà par cœur ».

2 La Société des Amis de la Constitution et de l'égalité de Montpellier avait, dans sa séance du 24 octobre 1791. demandé que sur remplacement de la Bastille il fût élevé une colonne surmontée de la statue de la Constitution (ci-dessus pag. 185) ; or, le 14 juillet, sur les onze heures et demie) une députation de l'Assemblée nationale se rendit sur cet emplacement, et son président, au son du canon et de la musique, posa la première pierre dune Colonne de la LiherU, laquelle ne fut point construite. A la môme place s'est élevée, après 1830, la colonne de Juillet.

^ A l'extrémité occidentale du Champ-de-Mars fut placé un arbre très-élevé, chargé de couronnes, de tiares, de cordons bleus, de clefs de Saint-Pierre, d'écussons, d'armoiries et d'inscriptions rappelant les titres dont se paraît la vanité nobiliaire. On y mit le feu, et tous ces insignes de la féodalité furent réduits en cendres.

(t Pour faire ranger la foule, on employa, au lieu de »bayonnettes, im petit drapeau tricolore et un brin de paille.» ( Dulaure, Esq. Rév. franc., II, pag. 51.)

rennemi. Ajoutez à cela que Robespierre, dans son adresse aux Fédérés, leur disait:

« Généreux citoyens, dernier espoir de la patrie, •vous n'êtes pas venus pour donner un vain spec- •tacle à la Capitale et à la France. Votre mission »est de sauver l'Etat. Assurons enân le maintien »de la Constitution : non pas de cette Constitution »qui prodigue à la cour la substance du peuple, qui •remet entre les mains du roi des trésors immen- 9ses et un énorme pouvoir , mais, principalement »et avant tout, de celle qui garantit la souveraineté »et les droits de la nation. Demandons la âdèle •exécution des lois, non pas de celles qui ne savent •que protéger de grands scélérats et assassiner le •peuple dans les formes, mais de celles qui proté- •gent la liberté et le patriotisme contre le machia- •vélisme et la tyrannie ». Cette adresse fut envoyée dans tous les départements.

A partir de ce moment, on n'eut plus guère qu'un but, le renversement de la royauté. Le sentiment des trahisons de Louis XVI avait pénétré partout, et de toutes les grandes villes arrivaient à l'Assemblée nationale des adresses hostiles à la monarchie ^

^ Une des plus fortes flit celle du Conseil général de la viile de Marseille, lue à l'Assemblée nationale dans la séance du 1 2 juillet :

tt La raison éternelle montre à la Nation que les lois reslatives à la royauté, imposées à la législature, contrarient •les droits de Thomme... Comment nos constituants ont-ils •pu établir que la royauté serait déléguée héréditairement à via race régnante?... Quel est le sage, quel est le consti-

Le dimanche 15 juillet commencèrent les séances du Conseil du département, convoqué extraordinairement en raison des circonstances. Louis Goste de Pontevès, qui le présidait, exposa la situation politique; et Dupin, procureur-général-syndic, prononça aussi un discours très-énergique, où, entre autres conseils, il disait:

a La grande et très-grande majorité du départe- » ment de l'Hérault renferme dans son territoire » des citoyens enflammés du patriotisme le plus » pur. Il ne s'agit que d'en régler la marche et » l'esprit, quelquefois môme d'en modérer l'exalta- » tion. Vous avez une force publique imposante, il » n'est besoin que d'en bien diriger l'emploi. Vous » avez la confiance bien méritée de vos administrés, » vos ordres seront ponctuellement exécutés.

» Vous avez des ennemis intérieurs et extérieurs: » les uns à surveiller, les autres à combattre. Dans » les premiers, il y en a de deux sortes : les uns

»iuaQt qui puisse soutenir que le fils du plus sage des rois «ne puisse être le plus scélérat des hommes? Les nations » sont-elles faites pour être sacrifiées aux monstres auxquels ))des lois barbares les auraient assujéties ? Quelle infamie ! v> La Nation a fait dans le temps de vives réclamations contre »ces articles criminels insérés dans la Constitution.... Quoi! »lorsquo la Nation renverse tous les monuments de servi- »tude, elle fléchira le genou devant une famille parjure!... »Que le pouvoir exécutif soit nommé et destitué par le peuple » comme les autres fonctionnaires, à peu de différence près, »et qu'on n'accrédite plus ces coupables maximes qui ten- »draient à faire croire qu'un roi héréditaire peut représenter »la Nation...»

» fomentent dans le secret des divisions intestines; 9 ils allument dans les ténèbres les torches du fana- > tisme; ils prêchent au nom d'un Dieu de paix » Tin tolérance religieuse ; ils publient que la Reli- » gion est perdue parce qu'il n'y a plus ni bénéfices » ni dîmes ; les autres, chevaliers de haut et bas » parage, juges de l'ancienne robe, anoblis, flnan- 7> ciersy persuadent à leurs affîdés, à leurs suppôts, » à leurs valets, que la monarchie est détruite, l'em- » pire anéanti, le contrat social déchiré, s'il n'y a » plus ni nobles, ni privilèges, ni féodalité, niimpôts » arbitraires ! Citoyens, exercez une surveillance • active sur ces êtres malfaisants; dénoncez-les, sans » acception de personne, afin que les perturbateurs » de Tordre soient livrés au glaive vengeur de la » justice. Mais, Patriotes qui m'écoutez, gardez-vous » d'être les exécuteurs de la Loi quand elle n'a pas » encore prononcé sur le sort des coupables. S'il se » formait un second camp de Jalès *, vous seriez

* Voir ci-dessus, pag. 149, et 219. Le 13 juillet, on avait repris le château de Bannes, brûlé celui de Jalès, dissipé le camp et tué de Saillant. Une proclamation trouvée dans ses papiers faisait connaître qu'il agissait de connivence avec les chefe de rémigration, et que « son projet était d'externminer les membres de T Assemblée nationale, des nouvelles •administrations, des nouveaux tribunaux de justice, des •sociétés patriotiques, du clergé constitutionnel, et les pro- «testants en général». (Journ, hebd, de l'Hérault, n<> 40, pag. 678.)

De Saillant, qui, déguisé en prêtre, avait essayé de ftiir, fut tué par un vétéran à qui il offrait soixante louis pour être relâché. En môme temps que lui fut tué Tabbé La

> requis de le disperser ; c'est alors que, a écoutant » que votre courage, vous extermiaeriez ces rebd- » les et abreuveriez la terre de leur sang impur; c'est » le sacrifice le plus agréable que des patriotes puis- 9 sent offrir sur l'autel de la Liberté.

» A l'égard des ennemis extérieurs, ils sonten- » core loin d'obtenir les succès que leur présomption » leur promet, etc. »

On reçut alors à Montpellier (20 juillet) un acte d'accusation, émanant du Corps législatif, contre quelques citoyens de la Yille qui s'étaient réunis au camp de Jalès*; et quelques jours après (26 juillet) fut publiée la troisième liste d'émigrés comprenant des prêtres de Montpellier (Manen, curé de Saint-Denis, et l'abbé Cous tou, son neveu), qui parvinrent ensuite à obtenir leur radiation, en établissant par enquête qu'ils n'étaient passés en Espagne que pour se soustraire à des actes de violence tentés contre eux le 18 juin 1791 (voir cidessus pag. 173).

L'Assemblée nationale avait bien, le 11 juillet, décrété la déclaration que la patrie était eu danger, et un courrier extraordinaire en avait apporté la nou-

Bastide, un des principaux chefs du camp de Jalès, et Ton arrêta une cinquantaine de conjurés, parmi lesquels plusieurs prêtres ei une jeune fille noble.

^ Pierre Sérau, négociant; Lazuttes, médecin; Solier, prieur de Golognac (Gard). Le 20 août, trois autres citoyens do Montpellier. Daumas, Jean et Donnât, furent inculpés, puis reconnus innocents.

Telle à Montpellier dès le 17 ; mais la proclamatioQ ne pouvait en être faite sans l'ordonnance royale. Louis XVI la fit attendre jusqu'au 20 ; la promulgation offlcieUe n'en fut donc faite à Paris que le 22 et le 23, à Montpellier seulement le 27 ^ Elle détermina l'enrôlement de nombreux volontaires, et les départements de l'Hérault, du Gard et des Bouches-du-Rhône en fournirent 500 en quelques jours .

Les fédérés, qui devaient quitter Paris après la cérémonie du 14 juillet, pour se rendre au camp de réserve de Soissons, ne quittèrent point Paris. Ils y formèrent un Comité central^ et, le 20 juillet, ils publiaient une adresse aux 83 départements pour expliquer leur séjour à Paris : a C'est à Paris que » sont les ennemis de la patrie : une cour perfide , » une coalition de patriciens insolents qui se sont » conservé les emplois militaires dont ils avaient » besoin pour nous trahir... C'est à Paris qu'il faut » les combattre. C'est donc à Paris que nous de- » vous vaincre ou mourir , et nous avons juré d'y » rester. C'est ici notre poste ; c'est le lieu de notre » triomphe ou ce sera celui de notre tombeau. » Vous ne nous reverrez plus, ou vous nous re verrez » libres.»

Un décret du 24 mai disposait que lorsque vingt citoyens d'un même canton demanderaient la déportation d'un ecclésiastique troublant l'ordre pii-

^ f A partir de ce jour, tous les citoyens durent porter la •cocarde tricolore. » (M. S., I. pag. 313.)

226 MOKTPELUER.

blic, les autorités locales pourraient prononcer la déportation. Le roi y apposa son veto le 19 juin. Malgré cela, le 28 juillet, le Conseil du département rendit un arrêté exigeant le serment civique des ecclésiastiques et des religieux, sous peine de la déportation.

Cet arrêté avait été provoqué par Âaron Crassous, dans l'intention de contraindre les ecclésiastiques à quitter le royaume alors qu'ils pouvaient encore le faire sans danger. C'était reproduire la mesure de précaution que Dumouriez conseillait à Louis XYI avant le 13 juin^ car il était évident que les manœuvres des prêtres et des nobles allaient les exposer au plus terrible des dangers : la colère d'un peuple qui se sent trahi.

On en eut bientôt la triste preuve : à Saint-Ghinian, où furent massacrés des prêtres qui le traversaient pour se rendre aux frontières (3 août) ; à Montpellier, où deux officiers, Laroque et Peruel, furent aussi assassinés (31 juillet et 2 août). On poursuivit les meurtriers, qui étaient étrangers à la ville ; on condamna à la peine de mort, aux fers^ ceux que Ton put saisir ; on rappela la loi sur les

* Il disait au roi : « Ce décret, loin de nuire aux ecclésias- » tiques, les soustraira aux fureurs populaires. » (Tiiiers; IlisL Rév, franc., 9« édit., IJ, pag. 102.)

Dans sa fameuse lettre au roi (10 juin), Roland disait également : « Si cette loi n'est mise en vigueur, les déparle- • nieuts seront forcés de lui substituer, comme ils font de » toutes parts, des mesures violentes, et le peuple irrité y «suppléera par des excès. » (Thiers, o. c, II, pag. 99.)

attroupements illégaux ; mais, en présence de ce qui se passait à Paris, le calme ne pouvait revenir dans les esprits ni sur la place publique. Les attroupements étaient fréquents, et le zèle des notables municipaux s'était ralenti au point que le Corps municipal dut demander l'appel nominal et rinscription des absents au procès-verbal de chaque séance.

Dès le 23 juillet, les fédérés avaient demandé la suspension du pouvoir exécutif, la convocation des assemblées primaires et la nomination d'une Convention nationale ^

Le 26, sur une pétition du Puy-de-Dôme portant plus de dix mille signatures, l'Assemblée nationale décrète la permanence des 48 sections de Paris et de toutes les sections dans toute la France.

A Paris, on attendait avec impatience l'arrivée des fédérés qu'on appelait les Marseillais, et qui, au nombre d'environ six cents, étaient les fédérés de nos départements méridionaux. On comptait sur eux pour marcher à l'improviste sur les Tuileries. Quand, le 30 juillet, ils arrivèrent à Paris, par le faubourg Saint-Antoine, avec trois pièces de canon, ils furent reçus en triomphe et augmentèrent le courage des autres, en faisant connaître l'accueil à eux fait pendant leur route. Toutefois Tinsurrection n'eut pas lieu.

* Convention. Assemblée exceptionnelle de représentants ayant pour objet de modifier la Constitution ou rl'en établir une nouvelle.

Le 28 juillet on avait connu à Paris l'insolent manifeste adressé aux habitants de la France par le duc de Brunswick, commandant des armées combinées de l'Autriche et de la Prusse. Il les sommait d'être assez lâches pour ne pas défendre le sol de la Révolution, et leur commandait de se remettre à discrétion aux mains de la royauté et de la coalition. (Voir Pièces justificatives^ n® 17.) L'indignation du peuple fut terrible et augmentée encore par le retard que le roi mit à communiquer officiellement cette pièce à l'Assemblée ; ce qu'U ne fit que le 3 août, quand déjà Pétion avait, dans l'Assemblée, accusé Louis XVI de conspirer contre le peuple et avait demandé l'abolition de la royauté.

Plus que toute autre chose, ce manifeste hâta la chuto du trône. Sur quarante-huit sections de Paris, quarante-sept avaient voté la déchéance ; et la réponse à la communication du manifeste de Brunswick fut la production à l'Assemblée nationale de la demande des sections (3 août). L'examen en fut ajourné au 10 août. Mais dans l'intervalle le soulèvement populaire s'était organisé ; il se porta aux Tuileries le matin du 10 août, et, vers les huit heures, le roi avec sa famille dut se rendre dans la salle de l'Assemblée nationale et se mettre sous sa protection. Quelques heures après, l'Assemblée, sur le rapport de Vergniaud, décrète la convocation d'une Convention et la «suspension provi- »soire de Louis XVI, jusqu'à ce que la Convention »ait prononcé sur les mesures qu'elle croira devoir «adopter pour assurer la souveraineté du peuple et

»le règne de la liberté et de l'égalité ». — En même temps l'Assemblée se déclare en séance permanente^

On le sut vite à Montpellier, si vite que dès le 14 août on se mit à fabriquer des armes ; et, comme les fusils manquaient, on prit les fers et les grilles des édifices nationaux pour en forger des piques dont on arma les citoyens commandés pour la garde. En môme temps on concentrait à Montpellier la moitié de toutes les gardes nationales du district, que l'on armait et que l'on équipait comme on pouvait. L'irritation contre le roi était arrivée à ce point que l'on se prit à détruire dans les églises, les lieux publics et à l'extérieur des maisons tout ce qui rappelait la royauté. On enleva la grande inscription de Tare de triomphe du Peyrou* ; on supprima la procession du 15 août ; on décida que la statue de Louis XIV serait descendue, l'inscription du piédestal détruite (30 août), et que les armoiries de la ville seraient abolies.

Mais rien ne pouvait arrêter la révolte du clergé. Pour le fanatisme insermenté, la patrie n'avait pas été déclarée en danger, nos armées n'étaient pas en

* Du 10 août au 22 septembre, la Séance fut réellement permanente; et lorsque la fatigue forçait l'Assemblée à prendre quelque repos, elle se faisait représenter par quelques-uns de ses membres.

2 Elle y a été replacée en 1815. Le il août, à Paris, on avait renversé toutes les statues des rois, même celle <îe Henri IV,

face de l'étranger, les citoyens n'étaient pas assez divisés; il fallait les diviser encore. Un diacre d'Agde, Vivarès, se faisait condamner pour avoir répandu une chanson injurieuse contre la Constitution et la Nation (18 août) ; le curé de Pézeoas, Prunet, pour avoir prêché contre les décrets de l'Assemblée (19 août) ; Guminai, chef d'institution à Montpellier, pour distribution de chansons, parodie^ et écrits antipatriotiques (19 août), etc. Le 21 du même mois les religieuses de rHôpital-Grénéral, refusant de prêter le serment et d'assister aux offices d'un prêtre constitutionnel, quittèrent leur service et furent remplacées par des infirmières civiles*.

Il fallait des armes, et, en exécution du décret du 1 1 août qui attribuait aux départements , districts et municipalités la police de sûreté générale, on procéda, le 28, à des visites domiciliaires pour constater ce qui était possédé en armes, en munitions, chevaux et moyens de transport, a Quand la patrie »est en danger, avait dit Danton, tout appartient à 3)la patrie. » La non-déclaration d'armes cachées exposait à être considéré comme suspect, indépen-

1 On Tavait saisi, le 20 juillet, distribuant une parodie du cantique de saint-Roch, qu'il invoquait contre la peste de la Révolution.

'-* Une dame patriote dirigeait et surveillait ce service, et comme une autre dame lui témoignait sa surprise de la voir à la tête de cette administration : « Croyez-vous donc, ré- » pondit- elle, qu'il n'y ait que les aristocrates qui soient «capables de diriger de pareils établissements ? i {M. S,, I, pag. 318.)

Les religieuses reprirent le service en février 1 797.

damment de la confiscation des armes. Le môme jour, a afin de n'être pas placé entre le feu de •l'ennemi placé au dehors et celui des royalistes «placés au dedans », on fit à Paris les visites domiciliaires, qui aboutirent à jeter dans les prisons plus de dix mille individus • .

Aux termes du décret du 10 août, il y avait lieu de nommer une nouvelle Assemblée, une Convention^ à l'effet de modifier la Constitution. Le décret électoral du 11 conserva le double degré d'élection, mais il supprima la distinction entre les citoyens actifs et non-actifs. Tout Français dgé de 21 ans, n'étant pas en état de domesticité et ayant prêté le serment civique, était électeur; tout citoyen âgé de 25 ans était éligible.

Les assemblées primaires pour la désignation des électeurs du canton de Montpellier commencèrent le 26 août. Après sa victoire du 10, la commune insurrectionnelle de Paris avait dit à la barre de l'Assemblée : « Le peuple de Paris ne reconnaît «d'autres juges des mesures extraordinaires auxnquelles la nécessité l'a contraint de recourir, que »le peuple français, notre souverain et le vôtre, «réuni dans les assemblées primaires.» A cet appel, les électeurs primaires du canton de Montpellier répondirent par une adresse à l'Assemblée natio nale, et les termes qu'ils employèrent serviront l\ faii*e counaître ce qu'étaient devenus les sentiments du peuple envers la royauté : « Nous avons chargé » nos électeurs do nommer des députés supérieurs »à tous les préjuges, à tous les événements. Une

23*2 MONTPELLIEB .

«longue suite de tristes expériences nous font dési- 3>rcr labolition de la royauté, et la réflexion vient »à l'appui de ce vœu. Vous aurez encore à juger »si le chef suprême du pouvoir exécutif, dont le ^peuple français a ratifié la suspension, a rempli 3>le serment qu'il a fait d*être fidèle à la Nation. »L'acto constitutionnel l'avait déclaré inviolable, Dmais cet acte n'a pu lui donner Tinconcevable «privilège de trahir impunément la Nation. Ose- 5)rait-il lui-môme invoquer un contrat dont il au- Drait le premier violé la sainteté? »

Alors, comme plus tard, le parti hostile à la Révolution employa tous les moyens possibles pour faire écarter les patriotes énergiques. A Nimes et à Montpellier, on répanditle bruit que le député Cambon avait envoyé à son père quarante-cinq livres pesant d'assignats et qu'on avait saisi le paquet, porté par un courrier extraordinaire. Heureusement le bon sens public fit justice de ces absurdes calomnies, et le 2 septembre, les députés nommés à la Convention furent : Cambacérès, Fabre^ Cambon fils, Bonnierd'Alco, Curée, Viennet, Bouyer, Brunel, Pierre Castilhon.

La loi du 18 août (Titre I, art. 9) avait interdit le port de costumes religieux ecclésiastiques en de-

^ Le 12 septembre, Cambacérès, président du Tribunal criminel, et Fabre, président de l'Administration du district, vinrent devant le Conseil général de la Commune renouveler lo serment de maintenir la liberté et l'égalité ou de mourir en les défendant.

hors de Texercice des fonctions. Le fanatisme s'empressa de répéter que cette sage disposition était prise on haine de la religion et à Teffet d'en discréditer les ministres; et comme quelques prêtres moins exaltés se montraient aussi blessés par cette défense, l'évéque Pondérons adressa au clergé de son diocèse une lettre où il disait avec toute raison : «Nous devons être distingués du peuple et des au- »tres par la doctrine et non par l'habit, par nos »mœurs et non par la forme de nos vêtements. » (Lettre du pape Célostin I", vers 428). Et d'ailleurs, pour un citoyen dévoué à sa patrie, est-ce un sacrifice que de cesser de porter un certain habit pendant quelques jours *?

La division des esprits à Montpellier, si déplorable qu'elle fût, n'était presque rien en comparaison des divisions et des troubles qui désolaient le reste de la France et qui y venaient de la même source. L'Assemblée législative avait usé ses forces dans une campagne contre la cour, le clergé, la noblesse et l'Europe, afin de conserver ce que la Constituante avait établi. Elle s'était divisée sur les moyens, les uns voulant strictement rester dans la Constitution, les autres appeler à leur secours des moyens plus énergiques. Mais les révoltes intérieures excitées par les prêtres insermentés , les

1 Ils accoptôrcnt bien Thabit laïque avec les articles 12 et 13 du concordat, et, à Paris, sous la Restauration et jusqu'après 1830, le clergé fut obligé de ne porter hors des églises que le costume laïque.

rassemblements des émigrés, les rapports de la cour avec la coalition^ tout entraîna la Législative plus loin qu'elle ne se le proposait ellemême. L'illégalité appelle l'illégalité : la cour soulevait l'Europe ; ses adversaires soulevèrent le peuple, et, une fois soulevé, le peuple agit, moins d'après la justice que d'après ce qu*il croit le salut, et ti*op souvent d'après la vengeance. On en eut la preuve au 20 juin, au 10 août, aux sinistres journées de septembre. Tout d'ailleurs poussa le peuple à des actes de vengeance que son ignorance et son abrutissement ne peuvent même pas rendre moins odieux : au fond et depuis longtemps un vague besoin de représailles contre les derniers règnes et leurs abus, puis Tidée de se débarrasser de l'ennemi intérieur avant de marchera la frontière, tout l'exalta, tout l'aveugla. Il crut les meurtres permis parce qu'ils lui paraissaient essentiels, et le glaive de la vengeance eut le tort coupable de devancer celui des lois*.

Quel fut à Montpellier le retentissement des terribles exécutions qui, à Paris, remplirent les premiers jours de septembre?. . . On y reçut, le il, la

1 Ces horribles massacres ne peuvent être comparés qu'à ceux de la Saint-Barthélémy, avec celte différence qu'en 1792 ils furent dus à une populace exaltée, aveuglée, emportée, se défendant, et que Tautorité, Assemblée et Ministère, voulut les empêcher et fut impuissante ; tandis qu'en 1572 ils furent prémédités, autorisés, commandés et organisés de sang-froid par l'autorité royale, qui y prit part à Paris et les ordonna ailleurs.

fameuse circulaire du 3 septembre où le Comité de surveillance disait aux municipalités de France : «La commune de Paris se hâte d'informer ses »frères de tous les départements qu'une partie des ^conspirateurs féroces détenus dans les prisons a »été mise à nftort par le peuple ; actes de justice »qui lui ont paru indispensables pour retenir par »la terreur ces légions de traîtres cachés dans ses »murs^ au moment où il allait marcher à l'ennemi. »Et sans doute la nation entière, après la longue «série de trahisons qui l'ont conduite sur les bords »de l'abîme, s'empressera d'adopter ce moyen si «nécessaire de salut public, et tous les Français «s'écrieront, comme les Parisiens : Nous marchons »à l'ennemi, mais nous ne laisserons pas derrière »nous des brigands pour égorger nos femmes et »nos enfants. » Non-seulement on n'en suivit pas le conseil, mais nous n'avons trouvé nulle trace de sa publication à Montpellier; et seulement, le 17, le Conseil du département fait imprimer et distribuer une lettre du !•' septembre par laquelle le ministre de l'intérieur, Roland, essayait a d'éclairer «le peuple français sur les complots ourdis contre »tous les Français par la cour des Tuileries ».

Le 27, le Directoire du district et la Municipalité firent notifier aux congrégations religieuses de la Ville les dispositions de la loi du 18 août précédent, exigeant leur départ et la reddition de leurs comptes.

Enfin ou reçut en môme . temps la nouvelle que nos troupes, victorieuses à VsJmy, forçaient les Prussiens à reculer (20 septembre) ; que ce même

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