FÉVRIER
Notre-Dame des Tables, et parmi eux J.-B. Bouges, professeur de rhétorique au Collège*, Pierre- Laurent Léger, professeur de logique au Collège, A.-R. Mon sservin, instituteur public*. Bouché et Arnaud, oratoriens. Le lendemain, un de ces prêtres assermentés, voulant dire sa messe à Sainte^ Anne, fut assailli par un attroupement.
La plupart des professeurs du Collège étaient ecclésiastiques et avaient refusé le serment; en conséquence, le 23 février, le Conseil général leur fit l'application du décret du 27 novembre (s. 26
rapprochés de la pureté et de la sainteté primitive des temps apostoliques...
» Je vous le déclare, M. T. G. F., dans toute la plénitude de mon cœur : persuadé d'un côté que ni la foi ni Tautorité spirituelle de l'Église ne reçoivent aucune atteinte du serment civique ; persuadé d'un autre côté qu'il est impossible d'être bon chrétien et bon prêtre sans être bon citoyen, je prends Dieu à témoin de la droiture de mes intentions, de la pureté de ma foi, de mon inébranlable fidélité à la croyance de Y Église catholique, apostoliqite et romaine j et de la sincérité avec laquelle je vais prononcer la formule de ce serment: • Je jure de remplir mes fonctions avec exactitude, d'être » fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi, et de maintenir de » tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée » nationale et acceptée par le Roi » . — Imprimé à Montpellier, chez Tournel, 1791.
* Le 31 mars 1792, il fut nommé curé de Pignan et remplacé par Carney.
2 « Par instituteurs, on entend professeurs d'université, » principaux, préfets et régents de collège, maîtres de latin » ou d'école de village, ou religieuses ayant des pensionnaires.» (Art. 3 de l'Arrêté du Direct, de l'Hérault, nov. 1791.)
décembre) 1790. Les abbés Théron , principal; Baysse et Bessiëre, professeurs de théologie; Laguerbe, professeur de physique; Martel, professeur d'humanités; Baccalon, régent de troisième; Félix, de quatrième, et Binet , de cinquième, furent considérés comme démissionnaires. L'abbé Arnaud , oratorien, fut nommé principal et professeur de théologie; Gourdin, professeur de physique; Tabbé Bernard Icbé, professeur d'humanités; l'abbé Maux, régent de troisième; Tabbé Remézy, de quatrième» et Guillaume, de cinquième ^
Le 28 du même mois de février commença dans l'église de Saint-Pierre l'élection de Tévêque du diocèse. L'ordre n'y fut pas troublé, grâce aux mesures que prit le Directoire; et, par 210 voix sur 274 votants, Pondérons, curé de Saint-Pons , fut élu évoque et installé deux jours après *. L'abbé Léger fut grand- vicaire.
* Le 22 mars 1791, radjonclion d'ua pensionnat au Collège fut décidée, et un maître de pension de la ville, Vernet, en fut chargé, le Conseil ayant considéré comme incompatibles les fonctions de principal et de professeur avec celles de maître de pension. Les noms de Courdin, Iché, Maux, sont quelquefois écrits : Gourdin, Jelsé, Meaux.
2 Dominique Pouderous, lors de la suspension du culte, se retira à Béziers, où il mourut le 10 avril 1799
On a de lui quelques mandements assez remarquables : Sur les processions des rogations dans la ville de Béziers (27 mai 1791); Sur le port du costume civil imposé aux ecclésiastiques \ Au sujet de la proclamation de la Constitua
Le 6 mars devait avoir lieu Télectioa des curés des paroisses de Montpellier et de Celleneuve, et le Directoire du district invita « les citoyens à s'unir » dans la paix pour accomplir c^t acte politique et » religieux qui devait donner au peuple des pasteurs » de son choix, et faire revivre une des plus belles » institutions de la primitive Eglise. »Là aussi tout se passa tranquillement. Mais les excitations cachées étaient telles que le Directoire du département fut obligé, le 18, de faire une proclamation sur les obstacles apportés à la prestation du serment.
 ce moment, on ferma les ateliers de secours ; ils avaient coûté à la Ville plus de 45,000 fr., mais bien des misères avaient été ou évitées ou soulagées, les chemins ruraux réparés et la ville assainie par le comblement du fossé des remparts au quartier des Carmes, et par le curage du ruisseau des Aiguerelles.
C'est aussi vers la mi-mars que fut mis à exécution le décret du 20 (s. 25) février, supprimant les gouvernements, les lieutenances générales et les lieutenances de roi. Ceux qui les avaient achetées furent remboursés et les autres indemnisés.
tion (tO octobre 179t) ; Sur les sources et les remèdes des maux qui affligent la religion et la patrie (7 cet. t792), etc. Le protocole de ces mandemeats était : « Dominique Pou- » derous, par la Miséricorde divine et dans la Communion » du Saint-Siège apostolique, évoque du département de > l'Hérault, etc. ; au lieu de : « N..., par la Miséricorde divine y> et ï autorité du Saint-Siège Apostolique, évêqne de...», employé précédemment et depuis.
Les négociants et marchands de la Ville, après avoir procédé, le 19 et le 20 mars, à l'élection des membres du Tribunal de commerce^ qui remplaçait l'ancienne Bourse commune des marchands^, adressèrent des remercfments à l'Assemblée nationale. Ceux-là au moins n'étaient pas égarés par le fanatisme, comme les curés de Poussan, du Triadou, de Sainte-Croix, de Saint-Georges, qu'il fallut traduire devant les tribunaux (23 mars) pour avoir prêché contre les lois et essayé de soulever la population ; comme de malheureuses servantes qui, auxiliaires de leurs confesseurs, se précipitèrent, le 8 avril, sur un prêtre assermenté qui montait à l'autel et le déshabillèrent ; comme ceux qui , la nuit du
15 suivant, alors que l'évêque Pouderous revenait de se faire sacrer à Paris, affichèrent à sa porte un placard injurieux sur lequel il était représenté pendu. {Proc-verb. du Cons. gén. de la Commune, pag. 234, çX Pièces justificatives^ \V 12.)
A un mandement du même évêque (23 avril), Poujol, curé réfractaire de Saint-Pierre, répondait
* La Bourse commune des marchands, établie eamai 1691, avait comme ressort les onze diocèses de Narbonne, Saiat- Poas, Lodève, Béziers, Agde, Montpellier, Nimes, Uzès. Mende, le Puy et Viviers. Toutes les affaires commerciales devaient lui être soumises, avec appel de ses jugements devant le Parlement de Toulouse. — Sur la composition et les attributions de cette Bourse, voir E. Leenhardt, Discours du
16 janvier 1877.
Le nouveau tribunal, installé le 24 mars, eut pour premiers juges: F. Farel, Vidal, P. Fajon, Granier fils aîné et Thorel fils.
par des pamphlets anonymes. Sa révolte contre la loi du pays et celle de la majeure partie du clergé étaient excitées, encouragées et soutenues par une Déclaration que, dès le 15 avril, l'ancien évoque de Montpellier, Malide, avait fait paraître à Paris et répandre à profusion dans notre ville. Il y soutenait qu'il était le seul évêque du territoire formant le diocèse de Montpellier; il traitait d'intrus, d'usurpateur s, Té vêque et les curés constitutionnels; déclarait non mariés ceux qui Tétaient par eux, etc. (voir Pièces justificatives , n® 13). Les curés réfractaires prêchaient dans des réunions clandestines, y lisaient la déclaration de Tévéqiie Malide et le bref papal du 13 avril 1791 contre la Constitution et les prêtres constitutionnels (voir Pièces justificatives^ n** 14). Leurs partisans les plus ardents refusaient de faire bénir leur mariage et baptiser leurs enfants par les curés assermentés , et, comme c'était le clergé paroissial qui tenait encore les registres des naissances et des mariages, l'état civil de ces enfants se trouvait compromis. Tout cela divisait les familles, troublait l'ordre public, et les choses en vinrent au point que le Directoire du département fit une adresse au roi (27 avril) pour se plaindre de la résistance du fanatisme, de Tinjustice de cette résistance, lui représenter ce qu'il y avait d'indigne dans la conduite du clergé et le prier de ne point en écouter les insinuations, et une autre à TAssemblée nationale (6 mai) pour lui demander de sommer le représentant Malide de dire si la Déclaration publiée sous son nom était vraiment de lui. Comme on peut le penser, cette double
démarche fut sans effet. Louis XVI était le premier à donner l'exemple de la résistance aux lois : il avait mal reçu le nouvel évêque de Paris, Tabbé Gobel; pendant la semaine sainte, il ne s'entourait que de prêtres réfractaires, et, pour le faire plus à son aise, il feignit d'être malade et voulut aller à Sain t- Cloud ; mais le peuple l'en empêcha, et, le jour de Pâques (24 avril), il dut renvoyer les aumôniers de sa chapelle et entendre la messe dite à Saint-Germain par un prêtre assermenté.
La division gagna même les compagnies de Pénitents ; une partie des Blancs reconnut l'évêque constitutionnel; les autres, ainsi que les Bleus, restèrent avec le fanatisme et devinrent un centre de résistance.
Barbeyrac de Saint-Maurice, député de la noblesse, signa la protestation des députés laïques contre la Constitution civile du clergé (4 mai). C'était encourager la résistance ; aussi l'installation des curés de Montpellier et de Celleneuve (15 mai) dut-elle se faire avec l'appareil de la force armée ; et, ce même jour, Tabbé Bellugou, nouveau curé de Sainte-Anne, passant avec un convoi funèbre sur la place de la Canourgue, fut insulté par une jeune fille ; les assistants exaspérés la fouettèrent publiquement*. Deux jours après, un autre prêtre, conduisant pareillement un convoi funèbre, fut couvert de cendres par deux femmes. On les con-
1 Cette exécutioa sommaire calma soudainement une émeute féminine du même genre à Strasbourg ; mais ce furent les maris qui la pratiquèrent.
damna bien à quelques jours de prison ; mais cela n'arrêta ni le fanatisme ni l'irritation qu'il provoquait.
Par décret du 11 mai^ TÂssemblée nationale ayant réduit le droit de pétition, la Société des Amis de la Constitution s'en émut, écrivit à l'Assemblée pour s'en plaindre et alla même jusqu'à lui dire : t Si le Comité fait de vous des rois, il fera »de nous des romains » (17 mai) .
L'autorité s'occupait de faire respecter la loi^dans les limites de la loi; mais la population, moins éclairée, n'avait pas la même retenue, et quelquefois, dans son dépit, elle se donnait le tort de répondre par des exigences mesquines à la résistance opposée à la loi. Ainsi, en suite du décret du 7 mai qui autorisait les prêtres réfractaires à célébrer la messe dans les églises paroissiales, succursales et oratoires nationaux*, un ancien chanoine insermenté. Banal, avait dit la messe plusieurs jours de suite dans l'église paroissiale Sainte-Anne ; or, un jour on attendit que l'assistance ordinaire fût réunie et on fit monter à l'autel un prêtre assermenté, sans permettre à l'assistance de sortir. Un autre jour, pendant que l'abbé Poujol, ex-curéde Saint-Pierre, disait la messe chez lui, on fut le surprendre. On en fit autant, le 18 juin, à Tabbé Coustou, ex-vicaire de Saint-Denis, qui, caché au faubourg Saint- Jaume, voulait officier dans sa retraite. On attribuait
1 On n'exerçait de poursuites que contre ceux qui officiaient clandestinement et appelaient le public à leurs exercices.
à ces deux prêtres, et non sans raison, la résistance du clergé local. Poujol agissait sur les ecclésiastiques âgés: «C'étaient ses lumières que tous les » prêtres invoquaient dans leurs embarras ; il «était leur guide, leur modèle, leur consolation »dans les circonstances difficiles où se trouvaient )!>alors TEglise et le clergé. — Courage, messieurs, «courage ! disait-il souvent; que faut-il à des prê- »tresî Du travail et du pain. Eh bien I vous aurez «toujours l'un et l'autre. » (Vie de P. -F. -X. Coustou^ par Tabbé Coste, 2** éd., pag. 75.) — « Ce qu'était ,» Poujol pour les prêtres les plus âgés, l'abbé Gous- »tou le devint pour les jeunes prêtres.... Il sut «profiter de son influence pour les prémunir con- «tre l'amour des nouveautés, et les maintenir dans «la soumission à l'autorité de TEglise.» (0. c, pag. 71, et aussi pag. 76, 77, etc.) A côté d'eux, Théron* complétait l'œuvre en agissant sur la multitude par ses pamphlets anonymes, ses prédications violentes et son esprit d'intrigues. La municipalité fut donc obligée de faire une proclamation (20 mai) pour rappeler que la loi devait être respectée. Ce fut inutile.
Les professeurs de l'Université de médecine*
* Théron, né en 1739, élève des Jésuites et engagé dans cet ordre, fut d'abord vicaire à Saint-Denis, ensuite curé d'Aniane, puis principal du collège de Montpellier. Il émigra en Espagne et, à son retour (1803), fut nommé curé de Notre-Dame des Tables. Mort le 19 août 1812.
2 René, doyen; Broussonnet, Vigaro:ix, Brun, Fouquet^ Baumes, Barthez, Gouan, professeurs ; Laborie , démonstrateur d'anatomie, Joyeuse, démonstrateur de chimie.
(29 mai) et ceux de l'Ecole de chirurgie * (2 juin) prêtèrent le serment exigé par la loi. Mais à l'Ecole de droit, où les professeurs*^ devaient presque tous leur position à l'influence des Jésuites^, le serment ne fut prêté que par un seul professeur, Edmond Serres, fils de Claude Serres, et par deux agrégés, Montels et Rouch (ISjuin).
1 Laborie père, Sarda, Poutingon, Bourquenod, Méjean, Dupin, Laborie fils, Gourrége, Senaud, Gombe, Estorc et Verney.
2 Boyer, Serres, Vaissière, Benezech et Gastan, professeurs-, l'abbé Serres, Agnel, Montels, Rouch, Caizergues et Marguerit, docteurs -agrégés.
3 Voir Faucillon, in Mém. Acad. Montp., sect. Lettres, III, pag. 556 et passira.
Il fut, par de nombreux journaux et sur divers points du territoire français, fait une remarque qui n'est pas sans importance : c'était que partout où les Jésuites avaient été chargés de la direction des séminaires et de l'instruction publique, la majeure partie des prêtres avait refusé le serment, et que le contraire était arrivé là où les Oratoriens ou les Doctrinaires avaient eu cette direction (M. S., I, pag. 300).
Déjà sous Louis XIII, Simon Vigor, conseiller au Grand Conseil, disait aux Jésuites : En France, on ne connaissait pas l'assassinat des rois avant l'ouverture de vos écoles, où vous savez si bien y préparer. « Autequam vestri ludum «aperirent, in Galliis non audilum est aliquem Galliae Regem sinsidiis suorum Subditorum, veneno aut gladio periisse, »cujus rei officinam refertissimam vos habere, innumeri llbri wvestrorum sodalium déclarant. » (De infallibilitatey pag. 71; 1683: livre condamné par le pape, Décr. du 23 août 1684.)
Les instituteurs remplirent cette formalité le 6 juillet S et les professeurs de l'Ecole des arts' le 10 du même mois.
Le clergé insermenté prétendant que les prêtres constitutionnels reniaient leur maître comme autrefois l'apôtre Pierre, publiait à Paris et répandait dans les départements un journal intitulé : Le Chant du Coq, et là-dessus des dames trouvaient plaisant d'interrompre les offices en imitant ce chant et en criant cacaraca !
Enfin les désordres et les rixes au sujet des convois funèbres devinrent tels qu'il fallut licencier et désarmer une des compagnies de la Garde nationale, la compagnie Necker, dite aussi du Plan de l'Olivier (2 juin), et que le Directoire du département dut prononcer que toutes les églises autres que les paroissiales el succursales seraient fermées, et que celles dont la conservation ne serait pas jugée nécessaire seraient vendues* (9 juin).
^ Us étaient cinq en tout : Alric, Bayot, Giniés, Palazin, « maîtres des écoles dites royales, à présent nationales • , et Molenard, maître de Técole de THÔpital-Général. Leur traitement était de «trois cents livres par année». (Dél. du Cons. gén, de la Comm., 6 juillet 1791. pag. 304.;
3. G' étaient: Lejay. Bestieu, Oaumas, Durand, Danizy et Ballaguier.
3 Le District (21 mai) et le Département (11 juillet) arrêtèrent que les paroisses de Montpellier seraient réduites à six : Saint-Pierre, Saint-Paul, Notre-Dame, Saint-Denis, Saint-François (aux Récollets) et Gelleneuve-, non compris les oratoires de Sainte- Anne et de la Merci. Ges arrêtés furent confirmés par décret du 9 septembre suivant.
Ce fut en cet état des esprits que, le 24 juin, on apprit à Montpellier que, dans la nuit du 20 au 21 , le roi s'était enfui pour rejoindre les émigrés et ramener l'étranger contre la France. On incarcéra alors à la Citadelle ceux que leurs intrigues faisaient regarder comme les plus suspects. Le 27, les directoires du département et du district de Montpellier, réunis au Conseil général de la Commune, firent une adresse à l'Assemblée nationale pour demander la déchéance du roi « et le vote des mesures les »plus efficaces pour rendre la constitution fran- 3) çaisè indépendante de la présence ou de l'absence »d'un seul homme»; et le même jour, la Société des Amis de la Constitution et de l'égalité, dont Chaptal était le président, écrivait à l'Assemblée : « Sai- »sissez l'occasion, vous n'en aurez jamais de plus
»belle; faites de la France une république La
«race des rois est malfaisante, etc. »
La célébration du second anniversaire du 14 juillet consista, à l'Esplanade, en cérémonies religieuses et en renouvellement du «serment do fidè- » litè à la NATION ET A LA LOI », ot, le soir, dans la ville, en promenades et eu repas patriotiques audevant des portes.
Il s'était organisé une sorte de troupe qui s'était arrogé la recherche des suspects et la défense des prêtres constitutionnels ; elle portait pour signe de raliiemenl une médaille, pour arme un bâton, et s'était donné le nom de Société patriotique. Peutêtre, en principe et au début, méritait-elle ce titre
et n'était-elle animée que du désir de concourir à l'exécution de la loi ; mais elle était toujours blâmable de substituer, dans son impatience, les violences à la légalité, et bientôt à elle se joignirent ces hommes que partout et dans tous les temps on voit déshonorer les pai^tis politiques : gens sans aveu, sans conscience, sans autre désir que celui du mal à faire. Le nerf de bœuf se joignit au bâton ; les vengeances particulières s exercèrent ; des citoyens furent odieusement maltraités, et le courroux public infligea à cette bande le nom de Pouvoir exécutif, qu'elle accepta d'ailleurs et qui lui est resté. Dès les premiers jours d'août, quelques individus du parti opposé firent circuler des listes pour se réunir et se constituer en Contre-pouvoir *. Il en résulta des attroupements au Jardin des Plantes, aux Récollets ; des rixes souvent sanglantes, des collisions toujours déplorables. La Municipalité, soit faiblesse, soit impuissance, employa d'abord la douceur pour ramener le calme, mais sans grands résultats. Enfin, au 25 août, jour de la fête du roi, les hommes du Contre-pouvoir, surpris en réunion, sont arrêtés, puis jugés; les six chefs sont condamnés, le 28 août, à huit jours de prison, treize membres à 50 fr. d'amende, et les autres, qui n'avaient point pris part à la délibération, sont mis hors d'instance^. Deux contre-révo-
^ A la tôle du Contre-pouvoir se trouvait un nommé Rech.'qui fut, en octobre 1814, décoré par le CQ|nte d'Artois.
3 Mémoire historique sur la horde de brigands de Mont' pellier qui se fait appeler le pouvoir exécutif; 1791 ,
AOUT 1791. n9
lutionnaires qui s'étaient rendus ,à Paris furent menacés et émigrèrent; (l'autre part, le Pouvoir exécutif cessa ses brutales et illégales recherches.
Le 28 août fut installé le Tribunal de police correctionnelle.
Au !•' septembre commença la grande assemblée électorale du département pour la nomination des députés à l'Assemblée législative, pour le remplacement de la moitié des membres des corps administratifs du département et du district, pour le choix du président, de l'accusateur public et du greffier du Tribunal criminel, en suite du décret du 27 (s. 29) mai 1791 S et pour la nomination de deux hauts-jurés près la Haute-cour nationale^.
pag. 50. Cette pièce, très -violente, sans nom d'imprimeur, est devenue rare, et j*en dois la connaissance à la complaisance de M. A. Ricard. 11 y est dit, pag. 4, que c rautorité ^municipale laissa ouvrir à la Maison-commune un registre •pour recevoir les noms de ceux qui voulaient s'associer à •la bande ». Avec le maire Durand, cela est peu croyable.
' Dans chaque déparlement il y avait un Tribunal criminel répondant à la Cour d'Assises, laquelle y fut substituée par la loi du 28 décembre 1808. Il se composait d'un président nommé par les électeurs du département, de trois juges pris chacun, tous les trois mois et par tour, dans les tribunaux de district, d'Un accusateur public et d'un grefUer. élus, comme le président, pour six ans (Décret du 20 janvier 1791). Gambacérès fut élu président , Gas accusateur public, et Santi greffier.
^ Une Haute-cour nationale, formée de membres du Tribunal de cassation et de hauts-jurés, « connaîtra des délits
A l'occasion de ces élections, Dupin, procureurgénéral-syndic du département, prononça un discours contenant des conseils bons à reproduire et à suivre dans tous les temps : a .... Il ne suffit pas T>àe chercher dans vos députés l'esprit et la popu- Dlarité. Il faut une grande pureté de cœur, une «probité intacte, un patriotisme soutenu, une fer- »meté de caractère que commandent les circon- •stances actuelles. Vos représentants doivent être Bces hommes sages, ces vrais amis de la Révolution, »qui sauront employer l'ascendant de la raison Det d'une douce philosophie pour faire aimer et » respecter les lois.»
Les électeurs présents étaient au nombre de
Joseph Gambon fils et Ange Bonnier d'Alco furent élus députés à l'Assemblée législative (voir Pièces justificatives j n® 16), et avec eux Brun, maire de Pézenas ; Rouyer, maire de Béziers ; Curée, de Saint- André ; H. Reboul, de Pézenas ; Seranne, de Cette ; Yiennet, de Béziers ; Bousquet, négociant d'Agde. — Suppléants à la députation: Pigot, maire de Saint- Pons ; Luchaire, de Lodève ; Brunet, municipal, de Montpellier.
>des ministres et agents principaux du pouvoir exécutif et >des crimes qui attaqueront la sûreté générale de TËtat. «lorsque le Corps législatif aura rendu un décret d'accusa- «tion.i (Constitution, titr. III, chap. Y, art. 23.) Les hautsjurés ne pouvaient recevoir aucune place ou pension pendant leur exercice, ni pendant les deux années suivantes. Dupin, procureur-général-syndic, et Royer furent élus.
Les élus gui devaieut remplacer la moitié des membres de l'administration du département furent:
Brun, de Poussan;
Duffours, de Montpellier ;
Cabal, de Boujan ;
Tredos Marignan ;
Garries, négociant, d'Agde ;
Caries, homme de loi, de Montpellier ;
Balp, de Clermont ;
Yignoles, maire de Marsillargues ;
Bousquet, de Cette ;
Laynadier, maire de Montagnac ;
Sales père, de Pézenas ;
Renouvier, de Loupian ;
Goulom, de Saiut-G^inian;
Rey , de la Verrerie ;
David Barrau, de Montpellier ;
Golar, de Béziers ;
Peyronnet ;
Moulines, de Ganges ;
Lambert, maire de Frontignan ;
Astruc, de Bodier ;
Escudier, de Geyras.
Le Directoire fut composé de : Duffours, président ; — décédé en novembre suivant et remplacé par Louis Goste de Ponteîrès, de Marseillan ;
Gastilhon ; Golar ;
Roger ; Vignoles;
Grassous ; Peyronnet.
Garles ;
Les administrateurs du district de Montpellier furent:
Fabre, de Montpellier, président ;
Vacquier ;
Thoiras ;
Lacroix ;
Marc-Ânt. Bazille;
Massias, de Mauguio ;
Bancal, de Gelleneuve ;
Louis Joubert, de Montpellier ;
François Tandon, de Montpellier ;
Ghauvet, homme de loi, de Montpellier;
Deydier, de Lansargues.
Louis Pavée devint procureur-syndic, et Chaube secrétaire.
Les membres du directoire du district furent :
Fr. Tandon, vic.-prés.; L. Joubert ; Vacquier ; Lacroix.
La Constitution fut terminée par l'Assemblée nationale le 2 septembre 1791. Elle était précédée de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen, « dont rignorance, l'oubli ou le mépris sont les » seules causes des malheurs publics et de la cor- »ruption des gouvernements». (Préambule de la Déclaration*. ) Elle proclamait l'unité et l'indivisi-
< « Cette Déclaration est si simple et tellement à la «portée de tous les esprits qu'elle peut devenir un Caléi^chisme national » (Barnave). Elle devrait être encore apprise dans les écoles et les collèges, comme le Bureau
bilité de la France et distribuait le territoire en départements. A la Nation seule appartenait le pouvoir législatif; elle l'exerçait, avec la sanction du roi, par des représentants librement élus. Le pouvoir ex^cw^î/ appartenait exclusivement au roi, qui l'exerçait par des ministres responsables nommés par lui, et dans l'administration de la justice, non plus comme autrefois au moyen de charges ' vénales, mais par des juges et des administrateurs éliLS A TEMPS par le peuple.
La Constitution fut, le jour même de son achèvement, présentée au roi, qui, le 13, déclara qu'il l'acceptait et qu'il viendraitle lendemain à l'Assemblée nationale pour en prononcer l'acceptation solennelle. Tl le fit en disant : «Je jure d'être fidèle à '>la Nation et à la Loi; d'employer tout le pouvoir » qui m'est délégué à maintenir Ik Constitution dé- » crélée par l'Assemblée nationale et à faire exécuter » les lois ». — Et, le 15, il prescrivait « de proclamer » la Constitution, avec solennité et réjouissances «publiques, le premier dimanche après le jour où »elle serait parvenue officiellement aux admini- 3)strateurs du département. »
Dans son arrêté pour fixer cette cérémonie au dimanche 2 octobre et pour inviter les citoyens à y
l'exigea pour le Collège de Montpellier, où elle était affichée dans toutes les classes. Par un arrêté de novembre 1791. le Directoire du département exigea qu'elle fôt affichée dans toutes les salles d'enseignement public, et que la Constitution fût le « premier livre ecclésiastique mis entre les mains »des élèves ».
assister, le Directoire du département disait : « Le » serment du Roi raffermit sur sa tête sacrée la » couronne de France que la Constitution perpétue » dans les descendants du bon et valeureux Henri. y> Cette nouvelle alliance entre le Monarque et la » Nation accroît et fortifie l'amour des Français -» pour le sang des Bourbons.... Le Directoire in- » vite donc tous les citoyens à se réunir pour célé- » brer cette fête nationale en élevant de concert «vers le ciel leurs vœux les plus ardents pour » la prospérité de l'Etat, la gloire de la Nation » et la félicité du Monarque et de son auguste » famille.
»Que pourrait-il manquer à ce jour de triomphe ? »I1 sera le terme des divisions funestes qui ont » troublé la France.... »
Hélas ! On était à peine au commencement; et le Directoire croyait encore aux serments des rois ! L'illusion était permise, car l'Assemblée nationale avait elle-même cru faire cesser les divisions en cédant au désir que, en acceptant la Constitution, le roi avait manifesté de voir amnistier ses amis, et elle rendit un décret, le 14 (s. 15) septembre, portant non-seulement abolition de toute procédure sur les Jaits relatifs à la Révolution, mais amnistie générale en faveur des émigrants. (Voir Pièces justificatives ^ n"* 15.)
; La cérémonie commença par la lecture de ce décret et se continua dans un grand enthousiasme. On y voyait, à côté de nos gardes nationaux, les 574 volontaires du département qui allaient se ren-
dre aux frontières *, et les drapeaux aux trois couleurs de la Garde nationale portaient pour la première fois ces mots : Le peuple Français, et ceuxci : La liberté ou la mort (art. 27 du décret du 29 septembre 1791). A l'Esplanade, on inaugura la Colonne dont la première pierre avait été posée le 1" janvier précédent (voir ci-dessus, pag. 163.) Elle avait 73 pieds de haut (22"»,43), y compris la statue de la Liberté, haute de 13 pieds (4"). Sur uue des faces du piédestal se trouvait la Déclaration des droits de l'Homme ; sur une autre, les noms des grands hommes ; la troisième portait la pierre envoyée dans chaque département après la prise de la Bastille, et sur la quatrième était encastrée une plaque ovale de marbre noir où était gravée en lettres d'or l'inscription suivante ^ :
* Ce bataillon de l'Hérault avait pour état-major :
Massias, lieutenant-colonel^ commandant; Soulié, lieutenant-colonel en second; Fontenilles, adjudant-major.
2 En 1814, ce monument fut détniit jusqu'au ras du sol. La plaque de marbre portant l'inscription fut brisée, mais les fragments en furent recueillis et réunis, et on la voit encore aux Archives municipales de Montpellier. On a une gravure de la Colonne due à Blanc et distribuée le 26 septembre 1791 à toutes les Sociétés affiliées à la Société des Amis de la Constitution et de Végalité.
Cette Société, dans sa séance du 24 octobre 1791, demanda à l'Assemblée nationale « qu'il fût élevé, sur la place »de la Bastille, une colonne sur laquelle seraient gravés les «principaux événements de la Révolution, et qui serait sur- » montée par la statue de la Constitution. »
La
Constitution
française commencée
le 17 juin 1789 finie
le 3 septembre 1791
acceptée et signée par
LE Roi le 14 du même mois