‹ Montpellier; tableau historique et descriptif, pour servir de guide à l'étranger dans cette ville et dans ses environsChapitre 15 sur 52 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

CoutmmMp wagw» Jeu» danfliM poltliqnes*

On a dû s^apercevoir qu^afin d^éviter le reproche

d'être trop indulgent/ a IVi^^ard do nos coneitoyens , nous avons cherché, surtout dans la partie morale de ce livre , à nous entourer des opinions et des observatîons des auteurs le plus souvent étrangers à Montpellier. Nous continuerons encore, pour un ou deux

68 COUTUMES, USAGKS, lEDX ,

objets, cette méthode dictée par ua esprit de justice et d'impartialité»

Voici ce qu'écrivait le docteur Murât, en 4810 : « Le luxe est riche à Montpellier, et brille dans toutes les classes. Le moindre artisan a de Targetiterie. La plupart des femmes d'un état médiocre portent des chaînes et Jes bracelets d'or ou d'argon i. Le costume des jeunes filles est propre et élégaut; celui des personnes d'un rang plus élevé est riche ; on y observe beaucoup de propreté, de simplicité et de décence , même une certaine dignité peu ordinaire dans les . autres villes de province. L'humidité de Fair, ou le vent du sud ( appelé le marin ) , qui y règne fréquemment, est cause que Ton ne voit presque point de femmes aller nu-tête. »

Nous croyons que le costume des personnes riches ou aisées ne diffère pas sensiblement de celui des per-* sonnes de la même classe dans les autres pays. Pour celles-ci , la mode est une divinité à laquelle toute la France sacrifie avec un égal empressement : Ton peut dire que Paris est un miroir où chacun va consulter le goût du jour; mais le costume de nos cultivateurs , de nos villageoises, et surtout de nos grisettes citadines, offre des singaUu ilés piquantes aux yeux du voyageur. Nous ne voulons pas parier des modestes vêtements de rhomme des champs : ceux-là méritent nos respects; maïs qui n'a pas remarqué cet habit de fête, le costume du dimanche, comme disent nos paysans, lequel consiste ordinairement en un pantalon large de velours de coton ou de drap, une veste de la mémeétoffe, et un gilet le plus souvent blanc ou d^une couleur

écîalanle ? Le col de chemise dépasse considérai )Icnient le bout des oreilles ; e( le chapeau rond e( large est parfois enfoncé sur les yeux : rarement le paysan met bas son chapeau; et comme si le caractère de fierté, général djîTs le pays, était écrit d'uue manière indélébile dans Vàme des individus placés parmi les conditions les plus humbles, s'il salue, s'il parle à une personne d'un rang élevé, c'est à peine s'il soulève complètement son feutre; sa main , en le soutenant , repose sur le front; le chapeau n^est qu'incliné sur l'occiput. On voit quelques bouchai» d'argent aux souliers; il est plus rare aujourd'iiui de trouver des campagnards ayant conservé la queue ou le cadogan. — La paysanne, dont le costume ne s^éloigne pas beaucoup de celui des grisettes, k>rsqu'elle est en habit de toilette , adopte toutefois des couleurs plus vives et des coupes moins élégantes. ^ Le costume favorise singulièrement les agréments que la grisette de Montpellier a déjà reçus de la nature : sa taille piquante , . sveUe , voluptueuse même , sa physionomie vive» agaçante, souvent jolie « presque toujours £;racicuse, est couronnée d'un bonnet de tulle brodé ou de mousseline bordée de dentelles; des pendants ornent ses oreilles; des chaînes d'or circulent plusieurs fois autour du cou , ou bien un collier qui l'entoure présente à sa partie antérieure un gros fermoir ou un autre bijou, une croix, un cœur d'or ; la gorge est à demi couverte d*un petit fichu ordinairement de laiac, dont les pointes reLoinbiMU avec grâce en forme d'écharpe sur un tablier de soie; une robe de mousseline peinte , qui s'élève au-dessus du sein, descend h peine sur la partie moyenne inférieure de la

64 GOVTI^lfES, USAGES; JEUX,

jambe, qu'elle laisse apercevoir liaeinenl luouiee sous on bas blanc qui contraste avec la spirale dn ruban de couleur de la chaussure. — On assure que le costume iatérieur, encore qu'il soit mystérieux, est aussi décent, aussi soigné , aussi élégant que celui qui est exposé aux regards. Il ne faut pas se dissimuler cependant que le luxe, dont il a été question un commencement de cet article, en s'introduisant par degrés dans toutes les classes , n'ait' déjà effacé (ce qu'il ne peut , manquer de faire plus sensiblement avec le temps ) bien des difl'érences qui existaient dans les costumes : celui des grisetteSy entre autres , a souffert de grandes altérations, ou, si Ton veut, des modifications qu'il n'est pas difficile de reconriallre ; et la mode, ce tyran universel, fait sentir son pouvoir sur lagrisette comme sur la grande dame.

Voulez-vous des objets de comparaison , remontez au XI Ve siècle, vous jugerez les progrès du luxe depuis cette époque. Consultez les curieux règlements somptuaires faits par les Consuls de Montpellier, et approuvés par le Pape Urbain V, ce généreux bienfaiteur de la ville, et par les Rois de France.

« Aucune femme n'a le droit de porter des perles ou pierreries, si ce n'est aux bourses et ceintures déjà faites et aux anneaux pour les doigts ; aucune broderie de peau ou drap fin aux habits, ni autour des pieds ; aucuns vêtements, ni capuoes de drap d'or ou de soie ou de camelot ; ni sur les capuces ou habits aucune sorte de boutons dorés ou émaillés ou ouvrés , mais seulement des boutons plats et blancs. Pas de manteaux ouverts par coté, parce que les femmes ainsi vêtues

BANSES l»UBLIQUSSk 65

semblaient être des hommes, mais des manteaux ouverts par-devant; pas de houppelandes; pas de manches pendantes ayant plus de trois doigts de large* — Défense aux hommes comme aux femmes de mettre au pendanl tics manches aucune peau ou fourrure d'hermine; de porter des habits plus courts que le dessous du genou; ni aacnn habit de soie; ni aux souliers d'été ou bottines les pointes dites poiilatfMf. — Ordre à chaeun d^aller suivant son état et la condition de sa famille. — Défense, à tous pelissiers^ sabotiers , sarireê ( tailleurs ), juponiers, m'gentiers et autres, de fabriquer des ornements et objets de luxe pour les habitants de la Mlle. — * L'excommunication punissait les contrevenants à ces règlements 1.»

Tous les pays ont leurs usages, leurs couluiaes, leurs erreurs superstitieuses. Mais il faut distinguer ce qui appartient au peuple de ce qui fait la part des ^ens éclairés, qui ont aussi leurs superstitions. Cellesci ne sont pas de notre domaine, car elles sont communes à toutes les localités* — Quant aux autres , quant aux superstitions [ upulaires , le plus grand nombre est, de nos jours, de si peu d'importance pour 1 organisation sociale, qu'on ne voit pas vraiment la nécessité de rompre des lances pour les combattre; il faut laisser au temps et aux progrès des lumières le soin de nous en débarrasser. Que nous importe, en e£fôt, que le peuple de Montpellier mange ou ne mange pas des pois-chiches le dimanche des Rameaux , parce

on y croit que Jésus a, ce jour-là, traversé un champ

^ F. Archives muQiciiMiles de UontpeHier) arm. F, eue 5, llasM

66 COUTUMES, USAGES, lEUX,

semé de ce légume ? Qu'importe que quelques bonnes femmes fassent boire de Teau bénite nonvelle le Samedi- Saint aux enfanis, poar les préserver des aceès de fièvre

durant toute i'aunée? Qa^imjiorte enfin, car il faut bien mettre un terme à ces croyances populaires, où la foi éclairée ne peut trouver la moindre place , que , dans la môme intention , le 46 d'Âoût , on s'abreuve de Teau du puits de S^ Rocb, enfant et patron de Montpeilier, pourvu qu'on n'en use qu'avec discrétion, et non de manière à se donner la fièvre par excès? — Ces anciennes croyances , qu'on retrouve ailleurs sous d'autres formes, ont beaucoup perdu de leur vigueur, et Ton peut même dire que, sauf quelques familles où les traditions, bonnes et mauvaises, sont scrupuleusement conservées, les superstitions et les abus dont nous venons de parler sont presque partout tombés en désuétude , et sont loin d'être confondus avec la religion, mônic chez le peuple que le philosophe semble plaindre et mépriser, ce vulgaire qu'il croit n'être nourri que d'erreurs et de mensonges.

€haqne village, chaque hameau, a sa fête patronale; c'est-à-dire que, tout en célébrant la fôte du Saint du lieu, on passe la plus grande partie du jour chômé et des jours suivants dans les festins , les jeux et les danses. Les villat^eois, peut-être plus que les citadins, sont dominés par la passion de la danse. Dans la plupart des localités, c'est au son ou plutôt au bruit un peu criard du hautbois champêtre , adouci et renforcé tout h la fois par le tambourin. La fête des jardiniers, à Montpellier, le jour de St« Madeleine, se célébrait, il y a peu de temps, de cette manière.

DA1I8BS PIIBLIQUES. 67

Mais, au lieu de fleurs cueillies dacs les champs et dans Les jardius, ou ne voit, coutre toute atteute, que des chapeaux montés» décorés de vastes panaches de plumes de couleurs variées , de rubans, de paillettes, de galons, de ciiuquanls; uue petite veste bleue ou de nankin» un large pantalon blanc , serré par une ceinture à franges d'or, complètent le costume. Je n'oublierai pas cependant iour éttiulard, où vous remarquiez, en guise de lance, un chou-ileur ou une plante d'artichaut, ou un cep de vigne avec ses grappes, le tout artificiel. — Dans ces fêtes champêtres , on nomme une sorte de président, qui est élu pour un an. Le titre honorifique de cette charge gratuite, ou, pour mieux dire, onéreuse, est, en langue du pays, Cap dé jouvén, chef de la jeunesse {caput juventutis ). — Le violon, plus particulièreineut consacré aux jeux de la ville, comme le hautbois à la fôte des champs , parait ambitionner la campagne; et déjà, dans beaucoup de villages, le luxe a lulruduit les ménétriers.

Les mariages couronnent des amours de cinq, six et quelquefois dix ans. On n'en peut pas dire autant de la ville, bien que Montpellier soit, dil-on, sous le rapport des mœurs, une des cités les plus retenues, les plus réservées de la province. — L'usage est généralement établi d'envoyer, lors de la célébration des noces, des dragées et des confitures aux parents et aux amis des deux familles. — L'aisance et la.propreté régnent dans la plupart des habitations villageoises ; la cuisine est merveilleusement disposée ; c'est la pièce par excellence du paysan; et, soit à Foccasion d'un mariage, soit à celle de la fête patronale du lieu, rien

68 COUTUMES y USAGES y lEUX»

n'est épargné pour traiter ses convives , amis ou élrau|^ers; car on a remarqué, et ceci est peut-être un retour sar lui-même ^ qu'ii met sa gloire ou sa vanité» encore plus que son plaisir et sa joie désintéressée, dans le nombre de ses hôtes et dans Tapparat de son hospitalité. Si nous voulions imiter certaines gens qui , pour rendre plus piquant ou pour égayer un peu plus le tableau , prêtent à nos bons campagnards quelque arrière-pensée et un peu plus de malice que nous ne leur en supposons» quoiqu'ils aient passablement d'esprit, nous répéterions une espèce de proverbe du pays : lou paysan dôna un yôou per avédré un biôou (le paysan donne un œuf pour avoir un bœuf); mais nous aimons mieux croire que le fait est le plus souvent controuvé, encore quil soit moins possible que vraisemblable, et nous préférons crier à la calomnie que d'accuser généralement et sans restriction»

L'habitant de THéraull, mais plus particulièrement celui de Montpellier, naît avec le génie musical, ou plutôt avec d'heureuses dispositions pour le chant : cette ville cultive cet art charmant qui a fait dire à Tacite, en pariant de nos bons aïeux : Ils se consolent de leurs infortunes en chantant; cantUenU inforiunia $ua so* kmiur. Mais on a pu remarquer, par ce que nous avons exposé (icUis i arliclo précodent, que les arts en général, même les plus doux, les plus propres à caresser Timagination sans Texcéder, doivent bien moins plaire à nos populations méridionales que des exercices et des jeux où le corps aijilé est en quelque sorte en équilibre avec rétat habituel des âmes. — ^Âinsi, on se passionnera préférablement pour les jeux d*adresse, les courses à

cheval, la chasse : celle-ci, avons-nous dit, est une espèce de fureur dans le pays; au lieu que la pèche, aronsemenl trop paisible, et presque soporifique (nous voulons parler de la poche à la ligne ), est abandonnée aux riverains, qui en font leur profession ou leur principal délassement.

L'aiicien jeu de l'Arc , dit le Perroquet , avait à Monlpellier ses archers ou chevaliers , dont le nombre était fort grand. Ils élisaient pour chef un gentilhomme qui portait le nom de capitaine ou gouverneur du noble jeu de Tare. Ce jeu, dont les statuts furent dressés en 1411, consistait à tirer le papegai, ou perroquet , qui était une figure d'oiseau en bois, peinte en vert, et attachée au haut d'un nvM do navire élevé de dix-liuit toises, qull fallait abattre à coup de flèches : le chevalier vainqueur était proclamé roi du perroquet. Cette société était composée des principaux négociants et bourgeois de la ville. Les artisans avaient d'autres exercices qui leur étaient propres, notamment le jeu de ï Arbalète , pour le moins aussi ancien que celui de Varc— Ceux-ci s'exerçaient encore à tirer de V Arquebuse, ce qui a\ait fait tomber le jeu de Tarbalète.

A ces différents jeux succéda celui du Balhn, en usage à Monlptllier et dans les autres communes du pays. Le ballon est un sphéroïde de cuir très-dur, quoique rempli d'air, que les joueurs poussent avec des espèces de gantelets de bois qu^on appelle brassards. On s'exerçait autrefois dans le grand fossé du noble jeu de Tare, et souvent les joueurs des diocèses voisins venaient porter le défi ou accepter celui que ceux de Montpellier leur avaient envoyé, ce qui attirait sur le

70 COUTUMES, USAGUS , JEUX,

parapet du fossé une foule ei^tra ordinaire de spectateurs. Aujourd'hui cette ville possède un jeu de ballon vaste et commode, à l'extrémité méridionale de TEsplanade.

Le jeu de Mail est plus ancien et plus particulier à la ville de Montpellier que le jeu de ballon» puisqu'on dit en proverbe que les enfants y naissent un mail à la main : il est vrai qij'ils s'y exercent de bonne heure, et qu'ils y acquièrent une adresse toute singulière qui les fait passer pour les plus habiles joueurs de l'Europe. Montpellier a aussi formé les meilleurs ouvriers en fait de mails (Palemardiers), Il n était pas de souverain qui ne s^en fit pourvoir dans cette ville , d'où. Ton voyait partir pour toutes les cours des mails virolés d'argent, avec des manches garnis de velours, et d'un petit trainon et d'une frange d'or. Parmi les présents que la ville avait coutume de faire aux Princes, on n'oubliait guère les mails et les boules. C'est aujourd'hui Texercice qui est le plus pratiqué : les joueurs de mail sont appelés Chevalière du bois roulant. — Quand les blés commencent à s'élever et que les joueurs de mail leur porteraient un préjudice notable par leurs fréquentes excursions dans les champs, ce jeu est défendu par Tautorité: alors on s*amuse, quoique avec moins d iutérûL, au jeu de boules, qu'on appelle dans ce pays las Bûchas,

Les danses publiques propres à Montpellier sont les Treilles {las Tréîas) et le Chevalet (lou Chivalet),

On n'est pas bien fixé sur rorigine de la danse des treilles. C'est un vrai ballet populaire qui, s'il faut en juger par le costume champêtre des danseurs et des danseuses, peut rappeler les Dionysiaques, ou fêtes

de Bacchus et des Yendaogeurs. Ou a demandé si cette danse ne serait pas nn reste da culte grec ou romain

introduit dans la Gaule iiarbonnaise. Quoi qu'il en soit, les danseurs et les danseuses , conduits par des coryphées» passent et repassent « en cadence» sous des cerceaux et des guirlandes garnis en mousseline gaufrée et ornés de rubaus cl de fleurs. La danse des treilles» comme celle du chevalet» a été exécutée à Montpellier en plusieurs occasions mémorables» et notanmient au passage des Princes : on cite, entre autres occasions, rentrée à Montpellier de l'Archiduc Philippe, gendre de Ferdtnand-le-€atholique» Roi d'Ëspagne» en 1503 ; le séjour que fit en cette ville Charles IX» en 4564 *. On a vu naguère la danse des treilles et du chevalet» quand T Empereur Napoléon lii a visité notre ville» le d Octobre 1852*

Je ne sais si roriginc de la danse du chevalet remonte à une époque et à un fait que les plus eraves historiens ont eu soin de rapporter au Xlllne siècle. U ne s^'agirait pas moins que de rappeler par cette danse le rapprochement de Pierre il, Uoi d'Aragon et souverain de Montpellier» et de Marie » sa femme» fille de Guillaume, dernier Seigneur de cette ville qu'elle lui avait ap^ portée en dot. Cette Princesse, plus estimable (|ue belle, assure-t-on» n'inspirait pas tout l'amour désirable à son jeune et volage époux. 11 est vrai qu'elle ne lui avait pas encore donné de gage de leur union. Elle habitait alors Mireval » à deux lieues de Montpellier. Le Prince

i V. le détail des fêles célébrées à cette occasion» dans les Mé" motm hUtoriquei iur M<mtféHier et le département de VBéravAt^ par J.-F. Tbomas; 1S87,

72 COUTUMES, USAGrS, Jl'.UX,

se rendait souvent à sou château de Lattes , ville et port à une lieue de MontpeUier et de Mireval^ qui ont joui jadis d'une certaine célébrité, et dont il ne reste aujourd'hui que qutlqucs ruines pour en conserver le souvenir. Un jour, dans une, partie de chasse, sur les pressantes instances d'un courtisan zélé, moral, mari parfait, il poussa jusqu'à Mireval, et se reposa près de la sensible Marie. On trouve dans la vie de Pierre, Roi d'Aragon, que ce Prince revint à cheval de Mireval à Montpellier avec la Reine en croupe. Le peuple , ravi de lour bonne intelligence, fut à leur rencontre, et donna mille marques de joie autour du palefroi qui les portait tous les deux* Ce que le peuple ût alors , sans autre dessein, il le continua sous le Roi Jacques, leur fils ; car tout le monde était persuadé qu*il devait sa naissance à la nuit qui avait précédé l'entrée du Koi son père dans Montpellier. Les habitants , pour marquer combien ce souvenir leur était cher, remplirent de paille la peau d'un cheval, qu ils portèrent à Lattes, où était le Roi , et célébrèrent en sa présence , autour de ce cheval , les mêmes divertissements qui avaient eu lieu autrefois sur le chemin de Mireval. Soit que la ft.He eût égayé le Prince, soit que les citoyens de Montpellier eussent pris goût à ces danses , ils en perpétuèrent Tusage. Depuis ce temps-lè, le chevalet , qui n*avait été imaginé, dans leXIIlm*^ siècle, que pour une occasion singulière , a été continué pour le divertisse* ment du peuple : il aime, dans toutes les réjouissances publiques, h voir sortir le chevalet. Un homme agile , élégamment cohUuué, ayant le corps passé à travers un petit cheval de carton proprement enhamaohé, lui

DANSBft PUBLIQUES* 73

fait faire le manège aa son des tambourins et des hautbois, au milieu d'un cercle formé par une troupe de danseurs, ordinairement vêtus de blanc, et parés de rubans et de plumets à leurs chapeaux* Un autre danseur, ayant des grelots aux jambes et un tambour de basquQ à la main, fait semblant de présenter de ravoine au cheval, qui s'incline d*abord vers le tam* bour; puis, détourné de son exercice, lance des ruades iiu donneur d'avoine, lequel les évite en disparaissant avec beaucoup d'adresse sous la croupe.de Tanimal qui le poursuit pendant que tous les autres danseurs, ordinairement ceux des treilles, forment autour d'eux des pas de danse , et agitent leurs étendards en signe de joie. Tous ces jeux, tous ces mouvements doivent s*exécuter avec grâce et en cadence. Le chevaUi fut dansé au Louvre, en présence de Louis \V , lors des réjouissances faites pour la convalescence de ce Prince. Dans la première moitié du XIXm« siècle, le chevalet, moins aventureux, n^est pas sorti des murs de Montpellier.

Page 1