A CÉSARÉE
À Guillaume de Châteauneuf succéda Hugues de Revel’, chevalier de l'Auvergne ou du Dauphiné et issu d’une famille illustre. Peu après son élection, il convoqua un chapitre général à Césarée , afin de fixer les revenus que chaque maison d'Europe devait envoyer en Palestine.
L'Egypte était alors soumise à Bendocdar, usurpateur comme Saladin, à qui il promettait un digne successeur. Les Hospitaliers, réunis aux chevaliers du Temple, mirent en fuite, auprès d’Ascalon en 1264, deux de ses émirs, et s'emparèrent du château de Zilion. Au commencement de l’an-
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née suivante, le soudan se mit lui-même en campagne, marcha sur le château d'Assur , forteresse des chevaliers, et l’emporta le 26 janvier. Quatrevingt-dix Hospitaliers qui la défendaient se firent tuer plutôt que de se rendre. En 1266, les Templiers essuyèrent un échec plus funeste encore; enfin, l’année d’après, Bendocdar envahit l'Arménie. Ses troupes se trouvaient divisées , et lui-même campait, avec une faible partie des siens, dans la plaine de Tibériade , dont le nom réveillait de si déplorables souvenirs parmi les chrétiens. Croyant surprendre le soudan, les trois ordres réunis s'ap— prêtaient à l’attaquer, quand, averti à temps, il rallia toutes ses forces, marcha à la rencontre des croisés, les battit, les mit en déroute et les poursuivit jusqu'aux portes de Ptolémaïde. Le vainqueur feint alors de consentir à la trève qu’on implore; mais il la rompt aussitôt, et, dans l’espace de deux mois, Jaffa, Beaufort et Antioche sont enlevés, en mème temps que plus de cent mille habitans de cette dernière ville deviennent esclaves. Ces revers qui éclatèrent en 1268 , se succédèrent rapidement, et, au mois d'avril 1270, un coup plus fatal encore atteignit les Hospitaliers. Deux de leurs forteresses, Azot et Crac, furent emportées de vive force, et une foule de chevaliers, qui s’y étaient jetés pour les défendre, périrent égorgés sur la brèche.
Ce fut cette mème année que saint Louis débarqua pour la seconde fois en Afrique, et qu'il couronna une vie héroïque par une mort plus sublime encore‘. Quelques auteurs ont prétendu que Hugues de Revel avait accompagné le roi de France dans cette expédition; mais leur témoignage ne paraît pas décisif.
Sur ces entrefaites, Edouard, fils de Henri II, roi d'Angleterre , avait de son côté opéré une descente à Ptolémaïde. Mais le résultat en fut nul pour les chrétiens, car, ayant failli périr sous le fer d’un assassin, ce monarque retourna en Europe, après avoir contracté avec Bendocdar, le 7 février 1272, une trève qui devait durer dix ans, dix mois, dix jours et dix heures. A la faveur de cette sorte de paix, Hugues de Revel et le Grand-Maître du Temple suivirent Edouard et vinrent exposer au pape Grégoire X le déplorable état de la Palestine. Ils parurent ensuite au concile convoqué à Lyon en
* Aux monumens et aux portraits que reproduit cette publication, se rattache naturellement une gravure faite, par M. Sisco, d’après un dessin de M. de La Roche, et qui ne laisse rien à désirer sous le rapport de la ressemblance, comme de la vérité des costumes, pour lesquels on s’est astreint à suivre. les monumens du temps. C’est une belle figure en pied du roi Louis IX, sous le costume de chevalier croisé, et tenant d’une main ses immortels Établissemens. « Oncques, dit Joinville, ne vis jamais un si beau chevalier armé. »
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1274, et par l’ordre du souverain pontife on les vit siéger au-dessus des seigneurs, des pairs de France et de tous les ambassadeurs. Une nouvelle croisade ayant été résolue, Philippe , roi de France, l'empereur d'Allemagne, l’empereur de Constantinople, prennent la croix, et Charles d'Anjou, roi . de Sicile, revendiquant les droits de Marie, fille de Boëmond IV, au trône de Jérusalem, envoie un lieutenant en Syrie, en attendant qu'il puisse y aller lui-même. Hugues de Lusignan, roi de Chypre, descendant d’Amaury, prétendait de son.côté au même sceptre que Marie, et en présence des Hospitaliers et d'Hugues de Revel, revenu d'Europe, il s'était fait couronner dans la ville de Tyr. Éternels ennemis des chevaliers de l'Hôpital, les Templiers se déclarèrent alors pour Charles d'Anjou, tandis que Hugues de Revel, prétextant que les vœux de son ordre s’opposaient à ce qu'il s'armât contre un prince chrétien, prit la résolution de demeurer neutre. Mais le roi de Sicile, irrité qu’il eût souffert le couronnement de son rival, fit saisir dans ses États tous les revenus des Hospitaliers.
Revel mourut l’année suivante (1278), épuisé de travaux et de chagrins.
Sévère observateur de la discipline, on le vit tenir cinq chapitres généraux, durant dix-neuf années d’un gouvernement traversé par tant de revers et marqué par tant de combats. Sous son
magistère , les chevaliers chargés de percevoir les deniers de l’ordre et auxquels on avait donné le nom de Précepteurs, adoptèrent celui de Commandeurs, et leurs maisons s'appelaient Commanderies (en latin Commendataria), parce que les commissions qui leur étaient délivrées commençaient par cette formule : Commendamus. Mais ce ne fut que long-temps après que les Commandeurs devinrent inamovibles. Ils étaient, dans l’origine, soumis à un Prieur qui recueillait leurs recettes, et en envoyait le produit en Palestine, soit en troupes, soit en argent.
Jusqu'à Hugues de Revel, les papes se contentaient de nommer Maître ( Magister) le chef des Hospitaliers. Clément IV lui donna le premier le titre de Grand-Maitre, dans un bref du 18 novembre 1267.
Deux inscriptions ornaient le tombeau du dixneuvième Grand-Maitre. La première était ainsi conçue :