A MARGAT ET A ACRE
Nicolas Lorgues ‘, dont on ignore la famille et la patrie, remplaça Hugues de Revel, en 1278. Doué d’une éloquence persuasive, affable, plein de prudence et de valeur, il parvint à éteindre les haïnes qui existaient entre les deux ordres, et à rétablir même l'intelligence rompue entre le comte de Tripoli et les Templiers.
La mort de Bendocdar fit rompre la trève, qui durait encore en 1281. Un des capitaines du successeur du soudan étendit ses excursions jusque sous les remparts de Margat, et les Hospitaliers, auxquels cette forteresse appartenait, sortant in-
‘ Ou L’Orgue.
dignés, tombèrent sur les pillards qu'ils taillèrent en pièces. Mais les Sarrasins reparurent l’année suivante, au nombre de cinq mille, recommençant leurs brigandages sous les yeux de la garnison. La valeur eût succombé sous le nombre; on recourut à la ruse. Une partie des chevaliers se met en embuscade, l’autre marche contre les Turcs. Puis tout-àcoup, Comme saisis d'une terreur panique, les Hos— pitaliers reculent et feignent des’enfuir, sans toutefois rompre leurs rangs. Redoublant d’ardeur et de confiance, les Sarrasins les poursuivent à la course, poussant des cris de joie et de victoire. Déjà ils étaient auprès des portes de Margat, quand en un moment la scène change. Ceux qui reculaient s'arrêtent, se retournent et frappent les vainqueurs stupéfaits. En même temps, sur leurs flancs, sur le derrière de leurs escadrons, apparaissent une foule d’autres assaillans. Entourés de toute part, renversés avant d’avoir pu se reconnaître, un petit nombre parvient à peine à s'échapper; tout le reste demeure sur le champ de bataille, ou, suivant l'exemple donné par le chef des Sarrasins, se rend aux Hospitaliers.
Quelques troubles survenus en Egypte forcèrent le sultan à différer sa vengeance, mais elle n’en fut que plus assurée. Le 27 mai 1285, il parut devant Margat avec soixante mille hommes d’infanterie et, dit-on, autant de chevaux. Les assauts,
les tranchées, les machines de siége, tout fut mis en usage, et cependant, les chevaliers se trouvant sur tous les points, le sultan lassé parut vouloir se reposer de ses attaques. Un officier égyptien, Melec- Saïs, vint alors sommer le gouverneur de capituler. Le chevalier répondit par des railleries , mais il se tut bientôt, lorsque le Sarrasin lui apprit froidement que la place, minée sur tous les points, allait s’écrouler au moindre signal, et qu'il s’offrit à l'en convaincre lui-même. Deux Hospitaliers allèrent vérifier le fait et s'assurèrent que Margat, ses remparts, ses tours, ses défenseurs, n'étaient plus soutenus que sur de frèles poteaux. Il fallut l’abandonner en toute hâte, et le sultan, qui la fit raser, se dirigea vers Laodicée qui devint aussi sa conquête. Tripoli fut également pris et rasé. Le vainqueur marchait sur Ptolémaïde, quand un de ses émirs, l’empoisonnant, donna un instant de relâche aux chrétiens. Mais, en rendant le dernier soupir, le farouche Musulman recommanda à son fils de ne point ensevelir son corps qu’il ne se fût rendu maître d’Acre.
Quelques historiens placent la prise de Margat au 5 juin 1284, et les savans auteurs de {rt de vérifier les Dates sont eux-mêmes tombés en contradiction à cet égard.
Nicolas Lorgues, après la perte de cette forteresse de l’ordre, était passé en Occident, portant ses
nouvelles supplications à Nicolas IV, qui, malgré sa réputation d’avidité et de prince intéressé, parut touché des désastres des chrétiens. Il donna au Grand-Maïître des lettres de recommandation pour tous les princes de l’Europe, et lui permit d'emmener mille cinq cents hommes;mais c'étaient des paysans, ramassés à la hâte, sans courage, sans discipline, et qu'il refusa même de soudoyer. Le Grand-Maitre revint à Acre avec ce faible secours. La fatigue du voyage, le chagrin des malheurs présens, ceux qu'il prévoyait, abrégèrent sa carrière, et il mourut en 1289, ayant gouverné l’ordre durant onze ans.
On lit sur son mausolée les trois inscriptions suivantes :