‹ Monumens des grands-maitres de Saint-Jean de Jérusalem ... Accompagnés de notices historiques sur chacun (volume 2)Chapitre 61 sur 84 · BERTUS DE JULHIACO, QUONDAM MAGISTER SACRÆ DOMUS HOSPITALIS · texte numérisé non relu

BERTUS DE JULHIACO, QUONDAM MAGISTER SACRÆ DOMUS HOSPITALIS

SANCTI JOHANNIS JHROSOLIMITANI, QUI OBIIT DIE 29 JULII, ANNO DOMINI 2977. CUJUS ANIMA REQUIESCAT IN PACE.

Il résulte de cette inscription d’abord que Robert de Julliac ne mourut pas en 1376, mais le 29 juillet 1377 : sur ce point des contestations pourraient s'élever, d'autant plus que l’avènement de Ferdinand d'Hérédia semble hors de doute dès 1376. La seconde conséquence de cette inscription, c’est que probablement elle appartient à un autre tombeau que la première insérée au texte, quoique celui-ci ne date que de 1377 : nous avons fait observer dans l’Introduction, et l’on peut d’ailleurs se convaincre, en jetant un coup-d’œil sur les dessins, que fort souvent on consacrait à la mémoire d’un Grand-Maître plusieurs monumens, tels que des tombeaux, des fresques, des tableaux. Il n’est pas surprenant dès-lors que des inscriptions, dont chacune offre un sens particulier, semblent se contredire ;

on résout la difficulté en les rapportant à des monumens di- METS,

166 ROBERT DE JULLIAC.

Armes : d'argent à une croix fleuronnée de gueules, au lambel d'azur de quatre pendans.

“igurus POTESTATEM PO: ST Ex PUGNATAS PATRAS ACHALŒE CURE VENIT.

eh

@rente-Mnième Grand-ÆMaïître,

À RHODES

Frère puiné du Grand-Justicier d'Aragon, dignité presque égale à celle de souverain, Ferdinand d'Hérédia, dont la carrière aventureuse fut une longue alternative de prospérités et d’éclatans revers, naquit à Valence et n’avait d'autre fortune que son épée, en vertu de la coutume qui faisait passer aux aînés tous les biens d’une famille. Il se maria néanmoins pour obéir à son frère qui, depuis long-temps, époux d’une femme stérile, désirait perpétuer son nom et sa maison; mais, Comme si le ciel eût voulu se montrer contraire à d'Hérédia, il n'eut de cet hymen que deux filles, dont la seconde coûta la vie à sa mère. Cédant pourtant encore aux vœux des siens, Ferdinand con-

tracta une autre union, et devint père cette fois * d’une fille et d’un garçon. L’immense héritage du Grand - Justicier lui semblait assuré, quand la femme de ce dernier mit successivement au monde deux enfans mâles, et Ferdinand, deux fois veuf, ruiné dans ses espérances , se trouva plus pauvre et plus misérable qu'auparavant.

Son parti fut bientôt pris. Recommandant ses trois filles et son fils à son frère, il part, s'embarque pour Rhodes, reçoit l’habit de chevalier des mains du Grand-Maitre, Hélion de Villeneuve, cache son ambition sous un extérieur modeste, affecte des mœurs sévères, montre dans les occasions autant d'habileté que de courage, et il ne tarde pas à s’acquerir l'estime de l’ordre entier. Bientôt il est nommé Commandeur d’Alambro et de Villet, Bailli de Capse, enfin Châtelain d'Emposte, la plus haute dignité après celle de Grand- Maître.

Le Grand-Prieuré de Catalogne vint ensuite à vaquer. Deux prétendans se le disputaient ; l’un nommé par le pape, l’autre faisant valoir le droit d'ancienneté et les suffrages des chevaliers. D'Hérédia fut chargé de porter au Saint-Siége les représentations du conseil; mais l’adroit Aragonais,ayant su s’insinuer dans l'esprit de Clément VI, demanda et obtint le Grand-Prieuré pour lui-même. Depuis, n'osant retourner à Rhodes, il demeura à la cour

d'Avignon où son crédit ne cessa de s'accroître, tellement que les rois de France et d'Angleterre étant sur le point d'en venir aux mains, d'Hérédia fut envoyé par le pape pour les ramener à des sentimens de paix.

Prévoyant une bataille prochaine, le Grand- Prieur de Catalogne s'était muni de la permission de combattre contre celui des deux monarques qui refuserait de l'entendre ; aussi Edouard II ayant rejeté sa médiation, les tentes de Philippe de Valois reçurent l'ambassadeur apostolique. Il combattit à Crécy le 26 août 1346, y sauva deux fois la vie au roi de France (auquel il donna son propre cheval), et à pied, presque seul, à la tête de l’infanterie, il disputa le dernier le champ de bataille, jusqu'à ce qu'il fut entrainé dans la déroute générale. Tandis qu'on le pansait de quatre grandes blessures , d'Hérédia apprend que des officiers anglais blämaient hautement sa conduite, et à l’instant il charge un héraut d'armes de leur porter son gage de combat. Mais Edouard IIT, ne permettant pas qu'on le relevât, lui rendit une justice aussi complète que glorieuse. Bientôt après, une trève d’un an fut conclue entre les deux princes par le ministère du Grand-Prieur.

Innocent VI ayant succédé au pape Clément VE, en’ 1392, la fortune et le crédit d'Hérédia s’élevèrent encore. Nommé gouverneur de la ville et

du comtat d'Avignon, devenu le dispensateur de toutes les grâces, on eût dit que le nouveau pape n'avait gardé que le nom de souverain et en avait laissé le pouvoir à son favori. Possesseur d’immenses richesses, l’ambitieux Aragonais acheta, au nom de son fils, les châteaux et les terres de Mora de Valbonne, le comté de Fuentès, et, pour témoigner à Innocent VI sa reconnaissance de ses bienfaits, il fit entourer la résidence papale de fortes tours et de hauts remparts. Le Saint-Père ne voulant pas demeurer en arrière de générosité, d'Hérédia reçut encore les riches Prieurés de Castille et de Saint-Gilles. Mais c'était l’ordre qui faisait tous les frais de cet échange de présens. Plus tard, quand , sous le magistère de Pierre de Cornillan , le pape forma le dessein de transplanter les Hospitaliers au milieu des infidèles, il choisit son favori pour l’un des trois commissaires envoyés à Rhodes.

Cependant Roger de Pins ayant été élu Grand- Maître, son conseil et lui, indignés de la cupidité insatiable d’Hérédia , députèrent vers lui pour l'exhorter à se désister des nominations illégales du pape et lui offrir en échange la lieutenance de l’ordre en Europe. Hérédia accepta ce titre, mais garda ses Prieurés, et, en vertu de sa nouvelle autorité, il fit main basse sur tous les revenus des Commanderies. C’est à cette époque qu'il fut pu-

bliquement accusé et acquitté. Ne voulant pas même douter de son innocence, Innocent VI envoya à cette occasion à Rhodes un officier de sa maison , avertir le Grand-Maître qu’il désirait voir Hérédia désormais à l'abri de semblables poursuites. Enfin, en 1376, Robert de Julliac étant mort, d'Hérédia, qui vieillissait et dont le crédit déclinait rapidement sous Urbain V et Grégoire XI, successeurs d’Innocent VI, jeta les yeux sur la dignité vacante, fit agir les cardinaux, les souverains mêmes, et les chevaliers, circonvenus, furent persuadés que le seul moyen de se mettre à l'abri de son ambition était de l’élever au rang suprême.

Le nouveau Grand-Maitre , toujours fastueux dans ses bienfaits comme dans ses concussions, arma à ses frais neuf galères avec lesquelles il conduisit le pape Grégoire XI d'Avignon jusqu’à Ostie. D’'Hérédia, entouré d’un brillant cortége de Commandeurs et de chevaliers, parmi lesquels sa longue barbe blanche le faisait reconnaître, tenait, dit-on, lui-même le timon du vaisseau. Delà, il mit à la voile pour Rhodes, et ayant rencontré la flotte vénitienne , il consentit à se joindre à l’a miral pour l'aider à reprendre Patras, enlevé par les Turcs à la République. Lassé d’un siége qui se prolongeait, d'Hérédia, malgré son âge , ordonne l'assaut , saisit une échelle , monte le premier sans

regarder s'il est suivi, aborde le gouverneur de la place, le tue, lui coupe la tête et la montre à ses chevaliers qui, se précipitant sur ses traces, s'emparent des remparts et de toute la ville. | L'armée s’avança ensuite dans la Morée; mais le Grand-Maître étant tombé au milieu d’une embuscade tandis qu’il examinait la position de Corinthe, demeura prisonnier des Infidèles. A l'annonce de ce malheur, on proposa aux Turcs de rendre Patras pour la rançon d'Hérédia. Les Turcs refusèrent. On insista, en ajoutant à la première offre une somme considérable, pour la garantie de laquelle les trois Grands-Prieurs de Saint-Gilles, de Rome et d'Angleterre consentaient à rester en otages. Le Grand-Maitre refusa à son tour, conjurant les trois Prieurs, qui vinrent le visiter, de laisser mourir dans les fers un vieillard dont la vie était inutile, ne voulant pas mème que sa rançon fût payée des deniers de l’ordre ; il préféra noblement demeurer trois années dans une dure captivité au milieu des montagnes de l’Albanie, jusqu’à ce que, racheté par sa famille, il put revenir à Rhodes en 1381. Un schisme violent, survenu à l’occasion de l'élection de Clément VII et d'Urbain VI, déchirait alors l'Église. Le Grand-Maitre et une partie des Hospitaliers se déclarèrent pour le premier de ces pontifes. L’autre moitié se prononça pour Urbain qui déchut d'Hérédia, en nommant pour le: rem-

placer Richard Carraccioli, Prieur de Capoue, reconnu par les langues d'Italie et d'Angleterre.

À la faveur de ces divisions imprévues, l’insubordination des Commandeurs demeurait impunie et mettait l’ordre en péril. Le Grand-Maiître crut devoir partir pour Avignon, afin de prier le pape d’y porter remède. Plusieurs chapitres furent tenus à ce sujet, et un grand nombre de chevaliers, touchés des remontrances de leur chef, revinrent à l’obéissance. Mais comme il fallait de prompts secours contre Bajazet, qui menaçait Rhodes d’un siége, d'Hérédia y fit passer, à diverses reprises et à ses frais, des vaisseaux chargés d'armes, de munitions et d'argent.

Plusieurs fondations pieuses attestent combien, sur la fin de sa vie, le Grand-Maître s'était détaché des vanités humaines. Parvenu à une extrême vieillesse, il mourut à Avignon, au mois de mars 1396. Ses vices brillans furent accompagnés de grandes vertus qui parurent ensuite sans nuage : « En sorte, dit Vertot, qu’il eût été à souhaiter qu'il n’eût jamais entré dans l’ordre, ou que la condition humaine lui eût permis de n’en quitter jamais le gouvernement. »

: Pierre Amelio, évêque de Sinigaglia ( dit Papire Masson, dans la vie de Grégoire XI), peint ainsi Ferdinand d'Hérédia :

« Soldat courageux, il porte la croix sacrée et ceint le noble

« D'Hérédia, dit Naberat, fut représenté une tête de Turc à la main etune ville sur les épaules, en mémoire de la conquête de Patras. » Son tom-

baudrier de Saint-Jean ; guerrier plein de valeur, il commande à un peuple saint et tient la mer sous son sceptre.

» Vieillard vénérable, sa barbe est ondoyante, et son extérieur moins brillant encore par ses insignes que par sa haute stature. Chevalier de Saint-Jean et châtelain du noble Emposta, il s'échappe la nuit de sa retraite pour venir faire tête à l'orage et Alaïtempète} "4". . ..

» Vaillant chef des Hospitaliers, c’est à ton courage que l’ordre doit de voir son pavillon flotter sur la mer de Romélie. . .

» Châtelain d'Emposte de Tyr, il portait encore dans sa vieillesse le glorieux étendard de l'Église. »

CRUCEM SANCTAM FERT MILES STRENUUS, SANCTI JOANNIS PRÆCINGITUR BALTEO ; GENTEM SANCTAM REGIT, ADMIRALLUSQUE PELAGO MINATUR SUO BACULO;

BARBAM BIFURCATAM GERIT SENEX, TYRIOQUE POLLET VULTU PROCERO.

PROCELLAM SUPERAT NOCTE JOANNES, CASTELLANUS EMPOSTÆ NOBILIS

EVASO BARATRO. . . . . .

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