‹ Monumens des grands-maitres de Saint-Jean de Jérusalem ... Accompagnés de notices historiques sur chacunChapitre 24 sur 105 · WIGNACOURT · texte numérisé non relu

WIGNACOURT

Cinquante-Deuxième Grand-Maître,

À MALTE

Alof de Wignacourt ‘, né en 1547, d’une illustre maison des Pays-Bas fixée en Picardie, avait à peine dix-sept ans, quand, au bruit d’une expédition projetée par Soliman, il accourut à Malte comme simple volontaire en 1565. Il y prit l’habit de chevalier, et se fit tellement distinguer par sa prudence et son courage, que, quatre an— nées après sa réception, on le nomma lieutenant du gouverneur de la cité Valette. Passant par tous les honneurs de l’ordre, il devint Grand - Croix,

, Grand-Hospitalier , et, à la mort de Garcès, sans brigue, sans cabale, n'ayant que son mé-

‘ Ou Aloph.

rite pour appui, il fut élevé à la dignité souveraine.

Sous ce nouveau chef, l’ordre se réveilla toutà-coup comme d’un long sommeil. Africa, jadis conquise par les Chrétiens, reprise par les Maures, servait de refuge aux corsaires. Les Hospitaliers les en chassèrent en 1602. L'année suivante, ils sac— cagèrent Lépante et Patras. Puis, en 1604,ils portèrent le fer et le feu dans l’île de Lango, où l’on vit jadis leur bannière flotter comme amie, et en ramenèrent cent soixante-cinq esclaves.

Quelques troubles, bientôt réprimés, nuisirent à l’activité de la guerre. Elle recommençca en 1609. Trois chevaliers déterminés surprirent la forteresse d’Ajazzo dans ce golfe célèbre, théâtre des exploits de d’Amaral et de l’Ile-Adam. Au moyen d'un pétard, la porte fut enfoncée, les guerriers maltais pénétrèrent en vainqueurs dans la ville, la livrèrent au pillage, et en ayant rasé les remparts, ils revinrent triomphans avec plus de trois cents esclaves.

L'année suivante, ce fut le tour de Corinthe également prise et pillée. Les galères de la Religion parcouralent les bords de cette Grèce infortunée, et par d'héroïques faits d'armes semblaient appeler les habitans à briser leurs fers. Mais l’heure n'était point arrivée , l'esclavage m'était point assez dur, et le courage des descendans de Miltiade sommeillait encore.

Troublé jusque dans son sérail, le Sultan jura d’en tirer promptement vengeance. Déjà, dès l’an 1613, le bruit avait couru que les corsaires barba-— resques devaient descendre au Goze, et le Grand- Maître y avait fait passer des armes et des munitions. Dans cette île et à Malte, de nouveaux forts, qui commandaient la terre et la mer, s’élevèrent couronnés d’une formidable artillerie prise sur les Turcs eux-mêmes. Deux années après (1615), soixante galères turques osèrent débarquer à Malte, et cinq mille hommes s’avancèrent au milieu de la campagne. Mais elle était déserte, et, aux signaux qui annonçaient l’approche de l'ennemi, les paysans s’enfuyaient dans les bois. Harcelés de toute part, les Turcs, couverts de blessures, regagnèrent honteusement leurs vaisseaux.

Libre des soins de la guerre, Wignacourt utilisa la paix, occupant toutes les mains oiïsives à creuser un magnifique aqueduc, qui, de la cité Notable , conduisait une source d’eau abondante et pure sur la place du palais des Grands-Maitres. Aïnsi jadis on vit les soldats de César embellir les Gaules qu'ils avaient conquises *.

‘ L'inscription suivante, placée sur une petite tour, rappelait ce bienfait :

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