‹ Monumens des grands-maitres de Saint-Jean de Jérusalem ... Accompagnés de notices historiques sur chacunChapitre 71 sur 105 · AMOR GRATE POSUIT · texte numérisé non relu

AMOR GRATE POSUIT

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Goixante- Septième Grand- Maître, “P A MALTE.

Trois jours après la mort de Pinto (28 janvier 1773), les suffrages des chevaliers se portèrent sur François Ximenez de Texada, né dans la ville de Funes, Grand-Prieur de Navarre, et sénéchal du défunt Grand-Maître. Issu d’une famille ‘ aussi ancienne qu'illustre (qui remonte, dit-on, à Garcie Ximenez, roi de Sobrarbe et comte d'Aragon au treizième siècle), son propre mérite ne justifiait pas suffisamment un tel choix : ce n'est pas qu’il manquât de lumières ni de bravoure, mais ces qualités étaient obscurcies par des défauts graves qui éloi-

1 La branche aînée subsistait encore à Paraltille à la fin du dernier siècle.

gnèrent de lui les membres de l’ordre et les Maitais. Il était, depuis Adrien de Wignacourt, le cinquième Grand-Maître tiré d’une autre nation que la France, et le quatrième Espagnol. En apprenant sa nomination, Clément XIV lui expédia, par un ambassadeur extraordinaire, l’estoc et le casque bénits, présent devenu un témoignage de politesse, et non comme jadis le gage d’une haute estime.

Pendant la deuxième année de ce magistère, les escadres des galères et des vaisseaux se réunirent à l'armement que la cour d'Espagne dirigeait pour bombarder Alger, expédition qui n'eut pas de résultat marqué. Mais, à la même époque (1775), le Grand-Maitre se vit à la veille de perdre pour toujours la souveraineté de Malte et le chef-lieu du gouvernement.

La hauteur excessive de Ximenez, la rudesse de son accueil, ses procédés repoussans, lui avaient aliéné sans retour l'affection des Maltais de toutes les classes. Aucun d'eux ne lui était sincèrement attaché, car l’ingratitude, le mépris même, étaient, dit-on , la récompense des services qu’on lui rendait.

Toujours porté à dénaturer le bien qu'il désirait peut-être produire, le Grand-Maître déploya une rigueur exagérée, sous le prétexte de réprimer le luxe de ses sujets, et l'autorité abusive

qu'ils cherchaient à usurper dans les emplois d’administration qui leur étaient confiés. Il défendit également la chasse aux nombreux prêtres de l'ile, qui de tout temps s'étaient livrés avec ardeur à cet exercice. Enfin, cherchant à liquider les dettes contractées par l’université sous Pinto, il augmenta le prix du pain, et le peuple en ressentit un vif mécontentement : peu après le clergé fut poussé à bout dans la personne de l’évêque, obligé de quitter son diocèse et de se retirer à Rome. De nouvelles persécutions exaspérèrent les esprits, et bientôt s’ourdit mystérieusement un vaste complot, où trempèrent des ecclésiastiques, des membres de la noblesse, et quelques chevaliers. Dirigés par un prêtre plein de résolution, nommé Gaëtano Mannarino, les conspirateurs projetèrent, dans le plus grand secret, de s'emparer à la fois de tous les forts de la ville, d'en expulser les chevaliers, et de rétablir les priviléges et le conseil populaire : les membres de l’ordre s’y prêtaient dans l’espérance de chasser Ximenez , et de mettre un des leurs à sa place.

Les escadres se trouvant alors occupées au blocus d'Alger, les complices saisissent cette circons- - tance pour se réunir. Le 1 septembre 1775, ils se rassemblent au moment où la sentinelle en dehors du fort Saint - Elme était relevée, s'emparent du caporal, des trois soldats, passent le pont-

levis, attaquent le corps-de-garde, pénètrent dans le fort qui domine le port principal, et font prisonniers environ deux cents hommes de la garde du Grand-Maitre, endormis pour la plupart. Leur major , le chevalier de Guron, quoique surpris sans défense, a la présence d'esprit de jeter les clefs d’une vaste poudrière dans un endroit très — profond. Les insurgés, maîtres du fort Saint-Elme et d'un des cavaliers situés dans l’intérieur de La Valette, appelèrent, avec des porte-voix, les habitans de la ville à l’insurrection. Ils tirèrent même différentes volées de canon contre le palais magistral et vers les principales rues que leurs batteries enfilaient. Dans l’espérance de les calmer, on leur envoya l’'évèque de Malte, revenu dans son diocèse, qui les exhorta à abandonner leur criminel projet. Mais ils résisièrent, menaçant, en cas d'opposition, de faire sauter les poudrières. Heureusement que ces rebelles étaient en nombre insuflisant et peu habitués à manier des fusils. D'ailleurs l'assistance du peuple leur manqua, les Maltais étant demeurés fidèles au gouvernement, et ayant pris les armes pour le défendre. Réunis aux troupes, ils escaladèrent Saint - Elme, arrêtèrent les factieux , : et bientôt fut comprimée dans sa naissance, sans une seule goutte de sang répandue, une rebellion dont on ne pouvait calculer les suites : le général

de l’ordre (prince de Rohan-Polduc) contribua puissamment au rétablissement de la tranquillité. Les principaux conspirateurs furent exécutés, et sept à huit prêtres condamnés à être enfermés dans des cachots pour toute leur vie ‘. Le bruit se répandit alors que la cour de Saint-Pétersbourg n'était point étrangère à ce complot. Le marquis de Cavalcado, son ministre, espérait, dit-on, réussir à occuper Malte pour son souverain, et à se venger du Grand-Maïître qui l'avait personnellement offensé. Mais on n’a pu éclaircir jusqu’à quel point ces assertions étaient fondées.

Quoi qu'il en soit, les deux tentatives appelées Conspirations des Esclaves et des Prétres, compromirent assez la sûreté d’une ville dont la haute importance était reconnue par tous les souverains, pour déterminer, notamment la cour de France, à engager l'ordre à tenir constamment à La Valette un régiment de douze cents hommes, dont les trois quarts seraient des étrangers. On procéda aussitôt à sa levée, et on le recruta à Marseille, Naples et Gènes : il se maintint jusqu'en

Les inquiétudes que ressentit Ximenez, à cette

‘ Quand les Français semparèrent de Malte, quelques-uns ? . . . .

d'entre eux vivaient encore, et furent sur-le-champ mis en liberté.

époque, lui inspirèrent un tel chagrin, qu'il tomba malade, et mourut deux mois après, le .11 novembre 1775, après un règne de trente-trois mois; il était âgé de soixante-douze ans.

Aucun monument ne fut élevé à la mémoire de ce Grand-Maiître, dont une simple tombe en pierre de Malte recouvrit la dépouille mortelle. On y lisait cette laconique épitaphe :

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