‹ Monumens des grands-maitres de Saint-Jean de Jérusalem ... Accompagnés de notices historiques sur chacunChapitre 90 sur 105 · TO · texte numérisé non relu

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Art. 3. Les chevaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem qui sont Français, actuellement à Malte, et dont l’état sera arrêté par le général en chef , pourront rentrer dans leur patrie, et leur résidence à Malte leur sera comptée comme une résidence en France.

Art. 4. La république française fera une pension de sept cents francs aux chevaliers français actuellement à Malte , leur vie durant. Cette pension sera de mille francs pour les chevaliers sexagénaires, et au-dessus.

La république française emploiera ses bons offices auprès des républiques cisalpine, ligurienne , romaine et helvétique , pour qu’elles accordent là mème pension aux chevaliers de ces différentes nations.

Art. 5. La république française emploiera ses bons offices auprès des autres puissances de l'Europe, pour qu’elles conservent aux chevaliers de leur nation l'exercice de leurs droits sur les biens de l’ordre de Malte, situés dans leurs États. 0 |

Art. 6. Les chevaliers conserveront les propriétés qu'il possèdent dans les îles de Malte et du Goze , à titre de propriété particulière.

Art. 7. Les habitans des îles de Malte et du Goze continueront à jouir, comme par le passé, du libre exercice de la religion catholique, apostolique et romaine. Ils conserveront les propriétés et priviléges qu’ils possèdent. Il ne sera mis aucune contribution extraordinaire.

Art. 8. Tous les actes civils passés sous le gouvernement de l'ordre, seront valables, et auront leur exécution.

que de donner sa sanction à une telle capitulation. » (Relation manuscrite.)

Nous avons averti nos lecteurs qu'on ne pouvait s’en rapporter aux documens de M. Doublet qu'avec beaucoup de circonspection, parce qu’il a joué dit-on, un rôle actif dans cette mémorable catastrophe.

Fait double, à bord du vaisseau l’Orient , devant Malte, le 24 prairial an VI de la république française (12 juin 1798, V. SF)

Signé BONAPARTE.

Le commandeur Bosredont-Ransijat, il Barone Mario Testaferrata, il dottor G. Nicolas Muscat, il dottor Bened. Schembri : il consign. V. F. Bonnani com.

Il Bali di Torio Frisari, salvo dretto di alto dominé che appartene al mio sovrano, come Ré d'elle Due-Sicilie * ; 1] ca-

ballero Filipe de Amat.

En exécution des articles conclus le 24 prairial , entre la république française et l’ordre de Malte, ont été arrêtées les dispositions suivantes :

Article 4%. Aujourd’hui 24 prairial, le fort Manoël , le fort Tigné, le château Saint-Ange, les ouvrages de la Bormola , de La Cotonère, et de la Cité-Victorieuse, seront remis à midi aux troupes ne

Art. 2. Demain 25 prairial, le fort Ricazoli, le château Saint-Elme, les ouvrages de la cité Valette, ceux de la Floriana , et tous les autres, seront remis à midi aux troupes françaises. | Art. 3. Des officiers français se rendront aujourd’hui à dix heures du matin, chez le Grand-Maiître ; pour y prendre les ordres pour les gouverneurs qui commandent dans les différens forts et ouvrages qui doivent être mis au pouvoir des Français. Ils seront accompagnés. d’un officier maltais ; il y aura autant d'officiers qu’il sera remis de forts.

* Sauf le droit de suprématie qui fppartient à mon souverain, en qualité de roi des Deux-Siciles.

Art. 4. Il sera fait les mêmes dispositions que ci-dessus, pour les forts et ouvrages qui doivent être mis au pouvoir des Français, demain 25.

Art. 5. En même temps que l’on consignera les ouvrages des fortifications, l’on consignera l'artillerie, les magasins et papiers de génie.

Art. 6. Les troupes de l’ordre de Malte pourront rester dans les casernes qu’elles occupent, jusqu’à ce qu'il y soit autrement pourvu.

Art. 7. L’amiral, commandant la flotte française, nommera un officier pour prendre possession, aujourd’hui, des vaisseaux, galères, bâtimens, magasins, et autres effets de marine appar-

tenant à l’ordre de Malte.

(Mémes signatures. )

M. le chevalier Filipe de Amat, dit avec raison M. le comte de Cadolle, intervenant au nom de son souverain comme médiateur dans cette convention, on devait croire que la médiation du Roi catholique serait profitable à l’ordre de Saïnt- Jean. On a lieu d’être étrangement surpris de voir que sa présence, loin d’être de la moindre utilité au gouvernement de l’ordre, n’a servi qu'à sanctionner sa destruction. Son intervention rend donc l'Espagne solidaire de la honte qui a rejailli sur ceux qui ont participé à la reddition de Malte.

Pace 307.

Le canon du fort Rohan s’entendait par inter-

valle.

Nous croyons intéresser nos lecteurs, en mettant sous leurs

yeux un fragment de la relation du commandant du fort Ro-

ban.

NO ET TR ON TRAME 2h. ile chevalier

plié le pavillon de la Religion, quittèrent douloureusement ce fort, et arrivèrent sur les sept heures du matin (12 juin 1798 ) auprès du général Desaix, au Casal Zeitien ; son quartier-général. |

» Le commandant l’aborde, et lui demande, aux termes dela capitulation signée en son nom, et qu'il lui présente, de rentrer dans la place avec son monde, et d’être conduit avec sûreté aux premiers postes de la Cotonère. Le général accueillant ces paroles d’un sourire moqueur : « Ne reconnaîtriezvous pas la capitulation ? ajoute le chevalier de La Guérivière. — Eh! mon Dieu si, répond Desaix, mais vous ne savez pas? — Je ne sais rien, reprend le commandant ; depuis votre arrivée je n’ai eu aucune relation avec la ville. — La ville est rendue. Elle a capitulé cette nuit avant vous. Le général en chef doit y étrearrivé, et j'attends des ordres pour m’y rendre aussi. » Le chevalier de La Guérivière ne pouvait ajouter foi à cette assertion. « Rien n’est plus vrai, continua Desaix , et si vous voulez m’attendre, nous y entrerons ensemble. »

» Confondu et attéré, le chevalier de La Guérivière, désirant rentrer seul, traversa, escorté de quelques hommes, toute l’armée française, sans en éprouver la moindre insulte, jusqu’à la poterne (dite de Saint-Nicolas) de l'enceinte extérieure de la Cotonère, qu'on démurait intérieurement. Après une demiheure d'attente, le chevalier de La Guérivière entra pêlemêle avec les Français, et, arrivé près de Bormola, il eut la certitude du malheur de l’ordre en voyant flotter partout le pavillon tricolore, et le port plein de vaisseaux français. Les rues retentissaient de chants révolutionnaires.

» Cependant la petite troupe du commandant du fort Ro-

han traversa le port des Galères, et arriva à La Valette par l'escalier de la porte Marine.

» Le chevalier de La Guérivière voulant aller rendre compte au Grand-Maître de ce qui lui était arrivé, et lui remettre le pavillon de l’ordre, se dirigea seul vers le palais, dont l’escalier ne pouvait contenir la foule que la curiosité entraînait. Parvenu aux premiers appartemens encombrés, ce ne fut qu’avec bien des difiicultés qu'il put arriver enfin jusqu’à celui du Grand-Maître, qu’un reste de pitié pour le malheur avait fait respecter. Ce dernier refuge de la douleur et du remords n’avait pas été violé. Le chevalier de La Guérivière y pénètre, et trouve le Grand-Maître avec le Bailli de Neveu, penché sur un canapé et pleurant. Il s'approche de lui, et baisant sa main, tout en larmes : « Monseigneur, dit-il, jai la douleur de rapporter à Votre Eminence le pavillon de l’ordre qu’il ne m’a pas été possible de défendre plus long-temps. Votre Eminence connaît les faibles moyens que j'avais, et quel devait être mon manque de vivres, n’en ayant pas reçu depuis dix jours. » F. de Hompesch lui tendant la main : « Je sais, mon cher chevalier, lui dit-il, que vous avez fait tout ce que vous avez pu; mais le ciel vient de nous accabler. » Les larmes alors étouffèrent sa voix, et, anéantis dans le même excès de douleur, les sanglots du chevalier et ceux du Grand-Maître furent longtemps confondus. « Votre Eminence, dit le chevalier de La Guérivière , rompant le silence et prenant congé du Grand- Maître, a-t-elle quelques ordres à me donner? » Hompesch se levant alors et le serrant dans ses bras : « Hélas! cher chevalier, dit-il, je n’ai plus le droit de vous en donner... Soyez plus var que moi. » ;

Le chevalier de La Guérivière fut retrouver ses deux dignes frères, et n’apprit qu’alors l’humiliante capitulation signée à minuit à bord de l’'Oréent. Parti de Malte, M. le chevalier de La Guüérivière arriva à Naples le 41 octobre 1798.

Le ministre de Russie O-Hara prit son parti avec chaleur.

Extrait d’une lettre du chevalier O-Hara à S. E. le Grand- Mattre. (Copie certifiée conforme à l'original. )

Naples, 1798.

Monseigneur ,

Dans la plus profonde affliction que je ne cesse d’éprouverdu moment que jai dû me séparer de Son Altesse Éminentissime , et sur le sort on ne peut plus malheureux et peu mérité qu’elle a dû subir par la trahison et la perfidie qui environnaient sa personne, je viens d'apprendre avec la plus vive joie par le courrier de son ministre à notre cour, le Bailli comte de Litta, que Votre Eminence a pu réussir à obtenir la liberté de se rendre à Trieste...

J'attends, avec la plus vive anxiété , la confirmation de cette nouvelle et l'endroit où Votre Éminence se propose d'aller pour donner un système aux malheureux débris de son ordre qui se regarde comme dispersé. Sitôt que j'en serai instruit, mon empressement à donner à Votre Altesse Éminentissime les preuves de mon profond respect et du sincère dévouement que je professe à sa personne, ne cédera point à celui que j'ai toujours mis pour mériter l’honneur de ses bontés et de son estime...

Par une suite de mon attachement à votre personne éminentissime, je m'empresse de vous faire part, Monseigneur, et sous le plus grand secret, qu'ayant été présenté à S, E. M. le

général d’Acton, j'ai observé que ce ministre était on ne peut plus mécontent de la capitulation et de la lettre que Votre Eminence lui a fait parvenir, ainsi que de la cession du droit de souveraineté qui appartient à ce royaume. Vivement afiligé de cette idée, je me suis fait un devoir de lui représenter, comme un témoin oculaire, et sur mon honneur, que Votre Éminence s'était comportée, dans ces circonstances orageuses, avec cette fermeté et cette même résolution que l’Ile-Adam et La Valette avaient montrées dans de semblables circonstances; que, si ces deux célèbres Grands-Maîtres eussent eu à leurs côtés des traîtres au lieu de défenseurs, ils n'auraient ni l’un ni l’autre évité le sort que Votre Éminence a dû subir; que quant à ce qui regardait la capitulation, que j'assurais qu’elle a été faite par force sans qu’elle lait pu empêcher, etc... M. le chevalier d’Acton me répondit que la conduite que Votre Éminence tiendra à son arrivée à Trieste, déciderait l'opinion de cette cour et de toute l’Europe envers sa personne et son ordre...

J'ai également été on ne peut plus affecté de l'opinion, que j'ai trouvée à monarrivée ici, sur les opérations relatives à la conservation de Malte. En outre de mon profond dévouement et respect pour Votre Altesse Eminentissime, l'honneur, la justice et la vertu, m’auraient forcé à la combattre hautement pour en démontrer la fausseté , si je n’y eusse été porté par un sentiment naturel... fs

C’est aussi de cette manière, Monseigneur, que j'en ai fait la relation à une auguste cour; je n’ai pas caché la manière avec laquelle la trahison et la perfidie ont amené un événement aussi affligeant. J'aurais cru manquer à mon devoir et à ce que je dois à Votre Altesse Eminentissime, si j’eusse même caché Les noms des traîtres que la voix publique désignait hautement, et qui entouraient malheureusement la personne de Votre Éminence. Je suis persuadé d'avance que S. M. l'Empereur, vivement afligé du sort qu’elle a subi, saura par sa

justice, que j'ai réclamée au nom de Votre Altesse Éminentissime , l'accompagner de ses sentimens d’affection et d'amitié, partout où elle sera, et lui donner la preuve de cette auguste bienfaisance qu'il a manifestée envers Votre Éminence et son ordre... Votre Éminence voudra bien garder le plus profond secret sur cette lettre... Quoique je ne sois pas, Monseigneur, un homme de lettres, ni poëte, ni en état de jouer la comédie, Votre Altesse Éminentissime peut être assurée qu’elle n’a qu'à commander à mon cœur et à mon empressement à lui obéir, etc... »

Extrait d’uné lettre autographe du chevalier O-Hara, conseiller du collége des affaires étrangères, au service de S. M. l’empereur de toutes les Russies, son muustre, auprés de S. A. E. le Grand-Maitre de l’ordre de Malte, au Bailk de Loras, maréchal de l’ordre.

Naples, 19 juillet 1798.

Monsieur le Bailli,

Malgré la plus vive affliction que je ne cesse d’éprouver sur le sort malheureux que Malte à dû subir par la trahison et la perfidie, je ne saurais vous rendre combien j'ai été consolé d'apprendre que le Grand-Maître en était parti...

J'ai trouvé, à mon arrivée ici, l'opinion la plus injuste sur la reddition de Malte. L’honneur et la vérité m'ont engagé à la combattre et à en démontrer la fausseté. Effectivement, la nouvelle que l’on eut de la capitulation a dû faire naître dans les esprits une impression bien défavorable; j'en ai écrit ‘au Grand-Maître par la voie du courrier du comte de Litta. La loyauté et mes sentimens à sa personne ont dicté ma lettre. J'ai cru devoir consulter plutôt son intérêt, qu'une politique,

laquelle, dans ces circonstances urgentes, me paraît être plutôt

une perfidie, qu’un ménagement ou une politesse. J'espère que Son Eminence saura prendre, à son arrivée à Trieste, toutes les précautions qui deviennent aussi indispensables que justes, pour protester hautement contre tout ce qui s’est passé à Malte, et contre tout ce qu'il aurait pu faire, y étant forcé par la trahison et la perfidie , auxquelles il a dû malheureusementse soumettre. Par ce moyen, il laissera une porte ouverte aux protecteurs de cet ordre, qui a dû subir un sort aussi peu mérité.

Le Grand-Maître est bon. Il est vrai qu'il a un jugement bien sain ; mais, dans les affreuses circonstances où il se trouve, je crains qu'il ne soit entraîné sans le savoir ; j'aurais été tranquille si vous eussiez été avec lui. C’est une énigme pour moi de vous en savoir séparé ; j'attends ici les ordres de mon auguste maître... Je me suis fait un devoir de soumettre à l’auguste observation de Sa Majesté l'Empereur, vos soins, votre prévoyance, et tout ce que vous avez voulu faire pour la conservation d’une place aussi importante et surtout dans ces circonstances; mais la scélératesse était trop bien combinée pour n'avoir pas malheureusement trop pris le dessus...

Pace 317.

Fit publier dans les cours de Vienne et de Russie.

Lettre du Grand-Mattre à ! "Empereur Paul I.

Sire,

Ma profonde douleur, la surprise causée par un événement

inattendu, mon juste étonnement de me voir exposé aux plus atroces calomnies qui ont pu égarer les membres du Prieuré de Russie , remplissent d’amertume mon ame, et empoisonnent tous les môomens de ma vie. Mais ce qui finit de m’accabler et de m’anéantir, c’est l'opinion de Votre Majesté Impériale, déclarée dans le décret qui suit le manifeste imprimé du Grand- Prieuré de Russie ; c’est son courroux. J’y succomberais sans doute, si la connaissance que j'ai de la justice et de l'équité de Votre Majesté Impériale ne m'inspirait et de l’espoir et de la force; si je ne savais pas que la grandeur d’ame de Votre Majesté Impériale, ne se laissant borner par aucune prévention, surmonte les entraves de l’opinion et embrasse généreusement la vérité. Ce sont, Sire, ces qualités respectables dans lesquelles je mets toute ma confiance.

Je ne rappellerai point à Votre Majesté Impériale sa clémence marquée envers moi, ni les bonnes grâces dont elle a daigné m’honorer. Je ne ferai pas mention de mon zèle et de mon empressement pour m'en rendre digne en faisant tous les efforts pour seconder ses vues, efforts qui m'ont suscité des ennemis innombrables et qui sont peut-être la source de mon malheur.

Dans toute autre situation , les bontés de Votre Majesté Impériale envers moi et mon entier dévouement à ses désirs pourraient me servir d'appui; dans la présente, où je suis obligé d'implorer sa justice et son équité, éclairée de l'amour pur de la vérité, elles ne sauraient être d'aucun poids.

Un prince, opprimé par un tissu horrible d’iniquités, est aux pieds de son trône et demande respectueusement et vivement de pouvoir se justifier vis-à-vis d'elle. Votre Majesté Impériale voudra-t-elle , pourra-t-elle lui refuser ce bienfait ? On a abusé, Sire, de la crédulité de beaucoup de membres du Prieuré de Russie, et, qu’il me soit permis de le dire, on attenté à surprendre la religion de Votre Majesté Impériale.

De vils calomniateurs se sont adressés au Prieuré de Russie, et, en forgeant les accusationsles plus absurdes, ils l'ont amené à publier un manifeste diffamant qui base sur une fausse supposition, c’est-à-dire celle qui fait accroire au monde que j'ai pu adhérer à un projet dicté et publié par les Français, et sans autre approbation que celle des traîtres et rebelles convenus secrètement avec les ennemis. À peine arrivé à Trieste, je n'ai rien eu de plus pressant que de soumettre à Votre Majesté Impériale un projet de protestation contre cette pièce. Ce projet a été porté par le courrier Libérali au Bailli Liita , avec l'ordre de le présenter à Votre Majesté Impériale; il m'est parfaitement inconnu si ce projet a eu le sort de passer sous les yeux de Votre Majesté Impériale.

Au reste , j'ose Le dire , je me crois rassuré sur ma conduite, d’après les efforts inexprimables que j'ai faits contre le club gangréné qui m'entourait, trop nombreux pour que je pusse m'en défaire et dont je ne pouvais pas éloigner les individus, la constitution de l’ordre ne me permettant point d’éloigner un dignitaire quelconque.

Comment mes ennemis ont-ils le front de soutenir , et comment ceux qui me connaissent plus intimement ont-ils pu supposer un moment que moi, glorieux d’être le chef de l'élite de la noblesse de l'Europe, j'ai pu avoir l’idée d'échanger cette destinée contre un avantage quelconque, même celui d’une couronne? Etpourtant l’on voudrait faire accroire que j'ai été assez lâche de me laisser prendre par l’appât imaginaire d’une principauté en Allemagne. Pardonnez, Sire, cette idée m’abime, et rien que la justice connue de Votre Majesté Impériale sera capable de relever mon esprit; j'espère tout de sa clémence. Je m'y résigne tout entier; un mot gracieux de Votre Majesté Impériale me fournira les moyens de me justifier vis-à-vis d'elle, me rendra la vie, etje ne vivrai dès ce moment que pour donner à Votre Majesté Impériale, des preuves de ma

plus vive reconnaissance et du plus profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, |

Sire,

De Votre Majesté Impériale

Le très-humble et très-obéissant.

30 octobre 1798, de Trieste. (Partie en novembre pour Saint -Pétersbourg, par la chancellerie d’État de Vienne.)

Protestation de Son Altesse Eminentissime le Grand-Maîttre de l’ordre souverain de Saint-Jean de Jérusalem, du Saint- Sépulcre, de Saint-Antoine de Vienne, contre la prise de l'ile de Malte, le 12 juin 1798, par l’armée française sous les ordres du général Bonaparte.

Le Grand-Maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, du Saint-Sépulcre , Dominique et de Saint-Antoine de Vienne, tant en son privé nom qu'en celui de tout l’ordre dont ilest le chef légitime et représentant, proteste devant Dieu et tous les souverains, à la face de l’univers entier, contre les effets de la révolution interne que la république française a opérée dans l’île de Malte, contre la séduction au moyen de laquellé cette république a perverti quelques membres dudit ordre, attiré à elle une quantité d’habitans de la ville, éludé et trompé la fidélité du peuple, et rendu vains les moyens de défense et inutiles toutes les dispositions militaires ;

Proteste contre l'invasion hostile des troupes, dans le moment même que l’ordre remplissait envers elles les devoirs de la neutralité et de l'hospitalité la plus attentive; enfin, contre sa manifeste et injuste usürpation des propriétés, droits, etc., ete.;

Proteste formellement contre l'écrit malignement intitulé convention, conçu et dicté dans la forme et manière qu’on l’a vue par le général en chef Bonaparte ; cet écrit n'étant autre qu’une loi violente, imposée par d’infâmes traîtres dont l’ennemi s’est prévalu pour remplir ses desseins, les députés français et maltais et autres rebelles ôtant par là au Grand-Maître et conseil le pouvoir d'examiner et réfuter ladite convention ; Proteste spécialement contre l'abandon et le départ de Pile auxquels il a été conséquemment forcé; n'ayant jamais prétendu ni pu prétendre d’en céder la souveraineté à quelque puissance que ce soit, sans le consentement de Sa Majesté le roi des Deux-Siciles, à qui seul la haute domination de l’île de Malte appartient, se considérant, au contraire, comme du passé , tenu à l'hommage que l’ordre doit à Sa Majesté pour une principauté sur laquelle elle conserve toutefois ses droits.

Ledit Grand-Maître proteste particulièrement contre tout ce qui individuellement le regarde dans l’article second de la convention supposée malicieusement, inventé et inséré pour des fins secondaires, tant par rapport aux compensations pécuniaires, que par rapport à la souveraineté qu’on a voulu lui faire espérer par le moyen de l'influence française, détestant et rejetant tout cela pour toujours , comme n’ayant jamais été désiré ni sollicité par lui en aucune manière.

Finalement, il proteste contre tous autres actes quelconques, tant privés que publics, formés par une suite de la convention supposée et arrachée par la violence; les considérant avec le secours du droit naturel des gens comme absolument nuls et controuvés.

Et afin que la présente formelle et solennelle protestation projetée et résolue dès le premier instant que, sous les auspices de l’auguste empereur et roi, l’ordre et son chef ont récupéré le libre exercice de leurs sentimens et de leur volonté dans cette ville de Trieste, soit connue et manifestée, premièrement à

celui à qui sans controverse la haute domination de l'ile de Malte appartient, et de là à toutes les puissances amies et protectrices de l’ordre ; le Grand-Maître , tant en son propre nom qu’en celui de tout l’ordre, la soumet réspectueusement à Sa Majesté le roi des Deux-Siciles, comme il la soumettra à tous les autres souverains.

Signé Homwrescu.

Trieste, le 12 octobre 1798.

Rendit un bref foudroyant contre le Grand- Maître.

A notre bien aimé fils Bailli comte de Litta, à Pétersbourg, Pie VIT pape. (Traduction.)

Bien-aimé fils : salut et bénédiction apostolique.

Nous avons été saisi d'horreur à la réception de votre pre- Mière dépêche contenant la protestation et le manifeste du Grand-Prieuré de Russie au sujet de la perte de l’île de Malte, de voir, que le Grand-Maître, par l’appât de son intérêt propre, soit tombé dans l’indigne faiblesse de sacrifier l'intérêt de tout l’ordre. Sa Majesté l’empereur de toutes les Russies, qui mettra tous ses soins à rétablir les priviléges et honneurs du Prieuré , après avoir vérifié totalement le fait, a toute raison d'employer la force de sa grande puissance pour “rétablir ledit Prieuré dans ses prérogatives et ses droits primitifs. Nous y

coopérons avec l'autorité qui convient, puisque , dans l'acte imprimé et signé par l’empereur, toutes les autres langues et Prieurés sont invités, tant en général qu’en particulier, àsunir audit acte pour réintégrer l’ordre dans son antique lustre et splendeur, connaissant que, dans un corps composé de plusieurs et diverses nations, si la prépondérance du nombre n’y intervient, il-ne se fait rien qui oblige et astreigne les individus à l'observation dela nouvelle loi; outre qu'il sera d’autant plus honorable pour le Prieuré de Russie, qu’une même façon de penser se rencontre dans beaucoup de ses confrères, pour venger l'honneur commun. Le fait tel qu'il est représenté est énorme, et ne pourrait pas être plus atroce; et après avoir pris contre le Grand-Maître les mesures qu'il s’est si ignominieusement attirées, on doit en user de même contre chacun de ceux des chevaliers, qui, par un vil intérêt, se sont enveloppés dans cette scène horrible. Nous serons attentifs à reconnaître combien, parmi les chevaliers des autres langues, suivront les nobles sentimens de l’empereur, et quelle sera la résolution qu'ils prendront pour la sanctionner à l’exemple des autres ; voilà quels sont nos sentimens, avec lesquels nous restons, vous donnant la bénédiction paternelle et apostolique. Donné de la Chartreuse de Saint-Cassien , près de Florence, le 5 novembre 1798 , de notre pontificat l'an 24°.

Pre VI, pape. »

é PAGE 319.

L'ordre d’abdiquer.

Le prévôt Maffei, ayant fait connaître à son frère, consul à Trieste (en date de juin 1799, de Vienne), qu'il fallait que le

Grand-Maître se décidât à abdiquer , Hompesch se décida à écrire les lettres suivantes aux empereurs de Russie et d’Allemagne.

« On exige ( écrivait par éstafettes le prévôt Maftei, dans sa lettre en italien) une prompte décision ; ce n’est plus le lieu de temporiser ni de négocier. Dans le temps que le Grand-Maïtre fera l'acte d’abdication pour notre souverain (l’empereur d’Allemagne), il doit en.faire un second pour l’empereur de Russie. S'il tarde, s'il tergiverse à accomplir le désir de notre souverain et du ministre, il deviendra personnellement ennemi de l'empereur et devra être traité en prisonnier d'Etat. Il peut profiter du prétexte d'aller prendre des bains d'eaux minérales. » Ces projets d’abdication furent approuvés à Vienne.

Lettre du Grand-Mattre à l’empereur Paul I°.

| 6 juillet 1799.

« Sire, ;

» En daignant se rappeler que j'ai été le premier à mettre avec: une respectueuse confiance l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem , dont la direction m'avait été confiée, sous la puissante protection de Votre Majesté Impériale, elle se persuadera aisément que J'ai été le premier aussi à bénir l’intérêt que Votre Majesté a témoigné à la religion, depuis les malheurs qu’elle a éprouvés, que son infortuné chef a bien gémi de n’avoir pas pu empêcher, et dont il se serait estimé fort heureux d’être la seule victime. Cest l'attachement même à mes devoirs, Sire, et à la religion de Malte, qui me fait la loi de tout sacrifier à son bien-être, et d’écarter les obstacles que ma personne pourrait porter à sa réunion et à son entier rétablissement, en me démettant volontairement de.ma dignité de Grand-Maître. Ma conscience et l'approbation que j'attends de la justice de Votre

T. Il. 28

Majesté Impériale, seront mes seules consolations, et personne ne prendra une part plus vive aux avantages qui résulteront pour l’ordre , sous les glorieux auspices de Votre Majesté Impériale, que l’Europe entière reconnaît pour son défenseur et

sauveur.

» Je la supplie d’être persuadée du profond respect, etc. »

Seconde lettre du méme à l’empereur d'Autriche.

6 juillet 1799.

« Sire,

» Courbé sous le poids des malheurs qui m’accablent, la conviction intime (autant que la nature et la marche rapide des événemens m'en ont laissé la faculté ), que j'ai rempli religieusement les devoirs sacrés de mon état, peut seule m’empêcher de succomber à mon infortune , et me servir de quelque consolation. Le même sentiment de mes devoirs envers l’ordre, qui sous ma direction a éprouvé de si cruelles catastrophes, me porte aussi à me dévouer à son bien-être, à son rétablissement et à sa conservation dans ses anciens droits, statuts et priviléges, en me démettant vélontairement de la dignité dont je suis revêtu, et dispensant par là même les chevaliers de cet ordre illustre des devoirs qu’ils avaient contractés envers leur malheureux chef. Je supplie Votre Majesté Impériale et Royale de recevoir cette déclaration, d'y reconnaître l'attachement à mes devoirs et aux succès de la cause générale qui me l’a inspirée, et de daigner la faire valoir auprès de son intime allié l’empereur de toutes les Russies, sous les auspices puissans duquel l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem va renaître, dont j'ai été le premier à invoquer la protection, et dont je serai le premier à bénir les efforts généreux pour le bien de la religion. »

Autre lettre du méme au même.

6 juillet 1799.

« Sire, .

Fe En implorant de Votre Majesté Impériale et-Royale un asile pour mon ordre et pour ma personne, après la catastrophe de Malte, j'étais prêt à me soumettre, dès-lors, à tout ce qu'il lui plairait d’ordonner pour le bien de la cause commune et pour celle du: rétablissement de l’ordre. J'ai trèssouvent renouvelé les mêmes assurances de cette parfaite soumission. C’est elle qui m'impose le sacrifice que le prévôt Maffei m'a demandé de la part de Votre Majesté. » Je la supplie d’être persuadée du profond respect, etc. »

Lettre du Grand-Maitre à S. E. M. le baron de Thugut.

6 juillet 1799.

« Monsieur,

» Je regarde les ordres de Sa Majesté Impériale et Royale, qui viennent de m'être annoncés par le prévôt Maffei, comme une loi inviolable. La nécessité a exigé un sacrifice, je l'ai fait.

» Pénétré de reconnaissance pour la protection dont Sa Majesté Impériale et Royale a toujours daigné m’honorer, je ne pouvais ne pas me soumettre à un ordre conçu dans des termes aussi précis. Je ne dois pas cependant me dispenser d'implorer la clémence de Sa Majesté et les bontés de Votre Excellence, pour l’ordre et particulièrement pour les individus qui ont suivi plus fidèlement mon sort dans cette malheureuse circonstance. Je me flatte que Sa Majesté , en agréant ma par-

faite soumission, daignera me continuer sa puissante protection, et je me remets avec confance à tout ce qu’elle voudra disposer à mon égard.

LL 9 L L L1 » Je suis avec l'estime la plus distinguée, etc. »

Lettre des*Grands-Croix, Baillis, etc., à madame Adélaïde de France, remise par le commandant de Menon.

« Madame,

» C’est au nom de nos infortunés chevaliers, que j'ai l’honneur de remettre à Votre Altesse Royale la lettre que nous adressons au Roi et à son neveu.

» Sa Majesté y verra les sentimens dont nous sommes pénétrés. Dieu et le Roi! Voilà, Madame, quelle a été et quelle sera toujours la devise des vrais chevaliers français. Elle renferme tous nos devoirs, c’est en dire assez à une grande princesse d’un sang dont les sentimens héréditaires ont donné de si grands exemples.

» Les vertus de cette race chérie brillent, Madame, avec trop d'éclat dans la personne de Votre Altesse Royale, pour ne pas nous promettre qu’elle daignera nous accorder sa protection auprès de Sa Majesté ; c’est la grâce que nous lui demandons en l’assurant de notre reconnaissance et de notre

profond respect.

* Au Roi de France.

« Sire,

» Fidèles aux principes invariables de la religion sainte que professe Votre Majesté, les chevaliers ses sujets, résidans à

Trieste auprès de la personne du Grand-Maître, jusqu'à présent leur supérieur légitime ; déliés maintenant de l’obéissance religieuse qu'ils lui avaient jurée aux pieds des autels par la démission qu’il vient d’adressser à Leurs Majestés Impériales ; ne pouvant consulter en matière de spiritualité le chef visible de l'Eglise, premier supérieur de l'ordre, c’est à Votre Majesté le père de tous ses sujets fidèles, c’est au roi très-chrétien, c’est au fils aîné de l'Eglise, qu'ils s'adressent avec la plus respectueuse confiance pour leur tracer la route qu'ils doivent suivre.

» Leur attachement inviolable aux règles d’un ordre consacré par les lois du royaume, auquel ils ne se sont voués que sur l'autorité de Votre Majesté elle-même, et des rois ses augustes prédécesseurs qui l’ont honoré de la plus constante protection, semble devoir leur promettre que Votre Majesté ne dédaignera pas leurs très-humbles et très-instantes supplications, et que la conduite qu’ils ont tenue jusqu’à cette époque envers celui qui n’était que leur supérieur, doit la convaincre de leur constante fidélité aux vrais principes de la monarchie et de leur amour pour la personne sacrée de Votre Majesté, l’héritier des vertus de saint Louis. C’est dans ces sentimens, Sire,

que nous sommes avec le plus profond respect de Votre Majesté.

» Les très-humbles et très-fidèles sujets. »

(Suivent les signatures.)

Réponse de S. M. Louis XVIII au commandeur de Menon. ( De la propre main du Roi.)

20 janvier 1799.

« Les pièces relatives aux actes du Grand-Prieuré de Russie me sont parvenues, Messieurs, il y a deux jours seulement. J’y ai reconnu avec le plus vif intérêt tous les sentimens des loyaux et braves chevaliers dont le zèle pour la gloire de leur ordre se confondait avec le) dévouement pour leur souverain. C'est vous dire assez que je vous verrai avec plaisir faire parvenir à l’empereur de Russie l'hommage que vous vous proposez de lui rendre. S'il vous fut d’abord inspiré par l'honneur indigné, la reconnaissance vous en fait un devoir depuis que Sa Majesté Impériale a daigné accepter la Grande- Maîtrise, et vous donner ainsi la certitude de voir bientôt votre ordre recouvrer tout son éclat. Soyez persuadés, Messieurs, de tous mes sentimens pour vous.

» Signé Louis. »

Lettre de M. d’Avaray sous la méme date.

« Quant à la marche que ces Messieurs doivent suivre pour faire parvenir leur adhésion , celle qui s’est présentée d’abord à leur esprit paraît au Roi la plus convenable. En prenant ses ordres, ils lui ont donné un témoignage de soumission auquel Sa Majesté est sensible; mais, ce devoir étant rempli, il est nécessaire que l’empereur, revêtu aujourd’hui de la dignité de Grand-Maître, reçoive directement de leurs mains un hommage qui n’a plus besoin d’intermédiaire. Au surplus,

vous n'ignorez pas, Monsieur, que, par'suite des bontés de l'empereur de Russie, monseigneur le duc d'Angoulème s’est trouvé dans le cas de déposer la dignité de Grand-Prieur de France, incompatible avec le mariage qu'il est sur le point de contracter. Ces Messieurs n’ont donc plus de motifs pour lui adresser leur acte d'adhésion. J’ai remarqué que l'acte ne parle que des protestations faites le 26 août, par le Grand-Prieur de Russie. C’est qu’à l’époque où il a été rédigé , vous ne saviez pas encore que les Baillis, Commandeurs et chevaliers capitulairement assemblés à Saint-Pétersbourg , le 25 octobré 1798, ont proclamé l’empereur de Russie Grand-Maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, et que Sa Majesté Impériale a daigné accepter ce titre par un ukase du 13 novembre. Ces Messieurs, dont vous avez été le digne interprète , auront déjà jugé sans doute qu'il serait inconséquent de séparer ces deux actes, et que leur adhésion doit avoir l’un et l’autre pour objet, etc. »-

Copie de la lettre de M. le prince Grand-Prieur d’Allema-

gne au Prieuré de Russie.

« Monsieur le Grand-Prieur et Messieurs ,

» J'ai l'honneur de vous envoyer une copie de la réponse de mon Grand-Prieuré à la protestation du vénérable Grand- Prieuré de Russie, Nous nous sommes surtout attachés à Y exprimer en même temps notre profonde indignation contre les traîtres qui nous ont avilis, et notre respect pour les lois et les formes qui sont la sauvegarde du corps entier, non moins que celle de l'individu. L'ordre se trouve placé entre deu extrêmes, faits pour exciter toute sa sollicitude. Trop de condescendance pour ceux qui sont accusés d’être la cause des

sinistres événemens du mois de juin, nous perd irrévocablement dans l'opinion, et écarte de nous des souverains, nos protecteurs. Trop de . précipitation dans nos mesures contre eux peut entraîner une scission funeste, et donner à nos actions l'empreinte de l’animosité et de la passion.

» La conduite des grandes cours nos protectrices doit, selon notre avis, décider la nôtre. Notre marche a été con avec les ministres de Sa Majesté Impériale et Royale au congrès, et avec celui de S.'A.'le baron de Morawitsky. Les sentimens de Sa Majesté l'Empereur de Russie ne sont pas douteux. S'il est un moyen de les mitiger, c’est sans doute la cour de Vienne qui pourra l’employer avec succès ; mais jusque-là nous pensons que toute opposition directe et formelle aux mesures prises à Pétersbourg romprait nos relations avec notre auguste bienfaiteur, avec un monarque, sans l'appui duquel nous languirions aujourd’hui dans l’opprobre et l’oubli.

» Si notre salut peut nous venir de quelque part, ce n’est que du Nord que nous pouvons l’attendre. Nous ne devons pas perdre de vue que /a cour de Vienne a trop de raisons de ménager celle de Pétersbourg , pour ne pas se montrer complaisante envers elle, dans tout ce qui concernera les intentions de l’empereur pour les affaires d’un ordre à la téte duquel il s’est placé.

» Tout ce que nous pouvonset devons faire pour le bien-être général, et le maintien de nos formes constitutionnelles , c’est, en adhérant aux principes du Grand-Prieuré de Russie, .de nous réunir et de nous serrer autour de notre’arche constitutionnelle, de nous placer sous la protection immédiate des grandes cours souveraines et de lui indiquer les mesures qui, en ménageant au Grand-Maître la faculté de se justifier devant un chapitre général, donnent à l’ordre un gouvernement central et provisoire, et épargnent à notre malheureux chef des humiliations qu'il ne pourrait éviter, en même temps qu'ils

mettront les divers Prieurés d'Allemagne à l'abri d’un schisme qui serait pour eux l'avant-coureur d’une destruction inévitable. |

» Telles sont nos idées et nos vues, M. le Grand-Prieur et Messieurs. Nous vous invitons à vouloir bien nous faire part des vôtres, et à correspondre avec nous sur tous les points qui intéressent notre ordre dans ces circonstances importantes.

» Je suis avec une considération très-distinguée , » M. le Grand-Prieur et Messieurs, » Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

» ÏIGNACE, prince,

Grand-Prieur d’ Allemagne. »

Heitersheim, 24 octobre 1798.

Copie de la réponse à la protestation du Prieuré de Russie.

« Nous prince, Grand-Prieur, Baillis, Grands - Croix, Commandeurs, chevaliers du Grand-Prieuré d'Allemagne ;

» Aussi pénétrés de douleur que nos frères du vénérable Grand-Prieuré de Russie, après l’horrible catastrophe qui nous a enlevé le siége de notre ordre, nous n’hésitons pas un moment à manifester notre adhésion aux principes qui les ont guidés dans leur protestation du 28 août, et aux sentimens qui y sont exprimés avec une noble énergie.

» Nos cœurs et nos bras sont tout entiers à l’ordre qu’il s'agit de défendre et de venger. Notre reconnaissance sera ternelle pour l’auguste et puissant monarque qui nous en fournit les moyens, qui daigne au sein des plus grands revers nous associer à sa fortune, et nous couvrir de sa puissante

égide; qui met enfin, en se nommant lui-même notre protec-teur et notre chef, le comble à ses bienfaits envers un ordre qui fut toujoursillustre et sur lequel des traîtres auront en vain cherché à déverser une honte ineffaçable.

» Nous espérons bientôt prouver à l’univers que le germe de l’infamie ne saurait fructifier sur le sol de l'honneur, et poursuivre conformément à l'esprit de nos statuts devant l’ordre entier réuni en chapitre général, les traîtres qui ont souillé nos annales.

» Placés sous la surveillance immédiate de Sa Majesté l'Empereur et Roi, protecteur né du Grand-Prieuré d'Allemagne, nous ne pouvons énoncér que, des intentions, et toute démarche définitive, qui ne serait pas strictement d'accord avec nos lois, doit dès-lors devenir un objet de négociation entre les souverains nos protecteurs.

» L’harmonie qui règne entre les deux cours impériales ne nous laisse pas douter un instant que Leurs Majestés ne daignent s'entendre sur les mesures qu’elles croiront nous devoir faire adopter, et cet accord de deux monarques puissans est pour nous l’augure d’un avenir aussi consolant que glorieux. » |

Proclamation du Prieuré de Russie, pour installer l'empereur

Grand-Mattre.

« Nous Baillis , Grand-Croix, Commandeurs , chevaliers, etc., de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, actuellement dans cette résidence de Saint-Pétersbourg ; après avoir pris en considération la malheureuse position de notre ordre, le manque absolu de moyens où il est, la perte de sa résidence et de sa souveraineté, la dispersion de ses membres errans sans chef et sans point de réunion, les dangers qui menacent l’ordre

et les projets usurpateurs qui tendent à l’envahissement de ses propriétés et à sa ruine absolue; voulant et devant par cette raison employer tous les moyens que Dieu nous a donnés pour prévenir la destruction d’un ordre aussi ancien que célèbre, qui réunit l'élite de la noblesse et qui a rendu tant de services à la chrétienté; d’un ordre dont les institutions reposent sur les bons prineipes, qui sont les meilleurs soutiens des autorités légitimes, et afin d'assurer sa conservation et son existence ; pénétrés de la reconnaissance que nous devons aux intentions et aux bienfaits de Sa Majesté l'Empereur de toutes les Russies envers notre ordre; pleins de respect pour ses vertus et de confiance dans sa parole sacrée, non-seulement de nous maintenir dans nos établissemens, priviléges et honneurs, mais encore d'employer tous les moyens qui sont en son pouvoir pour rétablir notre ordre dans l’État respectable où il se trouvait, et où il coopérait au bien de la chrétienté en général, et à l'avantage de chaque Etat bien gouverné en particulier ; enfin, considérant l’impossibilité où nous met la dispersion de notre ordre, de suivre, dans les circonstances actuelles, les anciennes formes et usages prescrits par sa constitution et ses statuts, et voulant cependant, par l'élection d’un successeur de d’Aubusson , de l’Ile-Adam , de La Valette, lui assurer la dignité et le pouvoir attaché à la souveraineté de l’ordre ;

» En conséquence, nous, Baillis, Grand-Croix, Commandeurs, chevaliers du Grand-Prieuré de Russie et autres membres de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem , rassemblés à Saint- Pétersbourg, notre résidence , tant en notre nom, qu’en celui des autres languës et Grands-Prieurés en général et de chacun de ses membres én particulier, qui se réunissent à nous par une accession solide à nos principes, proclamons Sa Majesté l'empereur de toutes les Russies, Grand-Maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

» En vertu de la présente proclamation, nous promettons

conformément à nos lois et statuts, par un engagement sacré et solennel, obéissance, soumission et fidélité à Sa Majesté l'Empereur, comme notre éminentissime Grand-Maître.

» Donné à Saint- Pétersbourg , résidence de notre ordre, le 27 octobre (vieux style ) 1798. ».

Accep tation im périale.

« Nous Paul I*, par la grâce de Dieu, etc. ;

» En accédant au désir que les Baillis, Grand-Croix, Commandeurs et chevaliers de l'illustre ordre de Saint-Jean de Jérusalem ; du Grand-Prieuré de Russie et autres réunis dans notre capitale, ont manifesté au nom de tous leurs confrères bien pensans / nous prenons le titre de Grand-Maître de cet ordre, et renouvelons à cette occasion l'assurance solennelle que nous avons donnée précédemment comme protecteur , non-seulement de maintenir intacts tous les établissemens et privilèges de cet ordre illustre, tant pour ce qui concerne le libre exercice de la religion , et ce qui se rapporte à l'existence des chevaliers de la religion romaine, que pour la juridiction de l’ordre, dont nous transférons le siége dans notre résidence, mais encore d'employer constamment à l'avenir tous nos soins pour l'accroissement de l’ordre et son rétablissement dans un État respectable, qui réponde au but salutaire de son institution, à sa duréeet à son avantage; nous renouvelons aussi l'assurance qu’en nous chargeant du gouvernement suprême de cet ordre, et en prenant l'obligation de faire tout ce qui dépendra de nous, pour lui rendre les droits qui lui ont été enlevés injustement , nous ne sommes nullement intentionné, en notre qualité d'Empereur de toutes les Russies, de former des prétentions sur quelque espèce de droit et d'avantage que

ce soit, au détriment des autres puissances, nos amies; mais qu'au contraire, nous serons toujours disposé avec un plaisir particulier, à concourir à toutes les mesures qui pourront consolider nos liaisons amicales avec elles.

» Notre bienveillance impériale pour l’ordre en général et pour chacun de ses membres en particulier, restera invariable.

» Donné à Saint-Pétersbourg , le 13 novembre ( vieux style ) 1798.

» Signé PAUL. »

« Nous Paul I”, par la grâce de Dieu, empereur et autocrate de toutes les Russies, ete., etc., etc., Grand-Maître de l’ordre souverain de Saint-Jean de Jérusalem, ete., ete., etc.

» Les malheurs des temps sont parvenus au point que l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem , illustre par ses vertus depuis tant de siècles, aujourd'hui jeté traïîtreusement loin du siége de ses ancêtres, se trouve en butte aux dangers les plus éminens. Nous avons jugé qu'il était conforme à la qualité de protecteur que nous avons gracieusement acceptée, de venir au secours de . cet ordre, et de le sauver du naufrage dont il était menacé; nous avons daigné à cet effet le recueillir dans sa détresse au sein de notre émpire, comme dans un port assuré, et nous avons établi dans notre capitale sa nouvelle résidence ; rappelant à notre souvenir les mérites de l’ordre illustre de Saint- Jean de Jérusalem, tant envers la religion qu’envers tous les princes chrétiens, nous avons résolu d'employer nos soins et nos forces, non-seulement pour le rétablir, à l'avantage général, dans ses propriétés et dans son ancien état de splendeur, mais encore pour lui donner à l'avenir plus d'étendue, d'éclat et de solidité. C’est pourquoi et par une bienveillance parti-

culière envers cet ordre , nous avons répandu sur lui de nouveaux bienfaits, et, déférant à ses vœux, nous avons gracieusement accepté le suprême magistère avec la ferme intention d'employer tout notre pouvoir et autorité impériale pour son avantage et utilité; déterminé par ces motifs, nous exhortons vivement et avec toute la sollicitude que la chose publique exige, tous les Prieurés de l’ordre à entrer dans nos vues, et à se réunir à nous pour ne former qu’un seul corps, qui acquerra plus de consistance pour l'accord etl’adhésion d’un plus grand nombre de ses membres; c’est par cette considération que nous invitons également à prendre part à ce noble institut tous et chacun des braves et vaillans hommes de la chrétienté, de quelque partie du monde qu’ils puissent être, dont les aïeux ont acquis la noblesse par les armes ou par d’autres services importans rendus à l'État. Que tous ceux par conséquent qui n’ont point dégénéré de la vertu de leurs ancêtres, qui, pour conserver leur noblesse, ou-lui donner un nouveau lustre , désireront d’être reçus parmi les chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem, et qui par quelque circonstance ne pourraient l'obtenir dans leur patrie, nous fassent parvenir leurs demandes, ävec entière confiance que nous ne manquerons point de satisfaire à leurs justes désirs. Nous statuons donc solennellement que tout gentilhomme qui sera dans le cas de faire ses preuves de noblesse suivant les lois et les statuts de l’ordre , et d’après le mode établi à cet effet dans notre empire, pourra être reçu chevalier en cette résidence impériale de Saint-Pétersbourg , et jouira en cette qualité de notre protection particulière et de notre bienveillance. |

» Nous nous flattons que; placé par la Providence divine et le droit de succession sur le trône impérial de nos ancêtres, il nous est donné, par le pouvoir et les forces qui en dérivent, de protéger, augmenter et maintenir un ordre aussi ancien et aussi distingué parmi les ordres de chevalerie, étant pleine-

ment convaineu que par là nous rendons à l’univers le service le plus signalé. En éffet, les lois et Les statuts de l’ordre inspirent l'amour de la vertu , forment aux bonnes mœurs, resserrent les liens de la subordination , et offrent un puissant remède contre les maux qu’ont produits la manie insensée des nouveautés et la licence effrénée de penser. Enfin cet ordre est luimême pour les États un moyen d'en augmenter la force, la sureté et la gloire. 3 |

» Donné en notre résidence impériale de Saint-Pétersbourg , le 24 décembre, l'an de notre ère, le 1798° , de notre règne le troisième, et de notre magistère le premier.

°» Signé Pau.

» Contresigné comte de Lxtra. »

Journal de Francfort, du jeudi 7 mars 1799 (n. 66).

« Nous Paul I®, par la grâce de Dieu, empereur et auto- crate de toutes les Russies, Grand-Maître de l’ordre souverain de Saint-Jean de Jérusalem ;

» En conséquence des réglemens sages et partout observés de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, et pour donner plus de solidité à son établissement dans notre empire; nous avons jugé à propos de fixer d’une manière plus précise les limites, les dignités, ancienneté et droits de tout ce qui tient à cet ordre. Conformément aux institutions créées par nous à différentes fois , l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem sera composé dans notre empire du Grand-Prieuré catholique russe, d’après notre fondation du 1° janvier 4797, et du Grand-Prieuré russe d’après notre fondation du 29 novembre 1798. Les personnes qui ont été admises à l’un de ces Grands-Prieurés pour

l'exécution de tous les réglemens qui y sont compris, se tiendront chaque fois dans les limites de leur Prieuré, conformément à nos décisions; de manière qu'aucun ne pourra recevoir ni droits ni ancienneté, ni commanderie hors du Prieuré, où il a été reçu. Mais, dans tous les cas où ces deux Prieurés se réunissent, chaque chevalier se rangera suivant son ancienneté , conformément aux statuts de l’ordre.

» Donné à Saint-Pétersbourg , le 28 décembre 1798, la troisième année de notre règne et la première de notre Grande-

Maîtrise. »

Il a paru à Saint-Pétersbourg, en 1800, à limprimerie impériale , l'Almanach de l’ordre souverain de Saint-Jean de Jérusalem. Il est assez curieux de connaître les principaux di-

gnitaires nommés par Paul I®.

Grand-Maitre.

S. M. I. l'Empereur de toutes les Russies.

Sacré conseil.

Lieutenant du Grand-Maïître, le comte Soltykoff I; Grand- Maréchal, le Grand-Duc successeur (l’empereur Alexandre ); Grand-Commandeur , M. d’Obolianinoff; Grand-Hospitalier, le prince Gagarin; Grand- Amiral, le comte Couchélef; . Grand-Conservateur, le général Lamb ; Grand-Turcopolier , le Grand-Duc Tseçarevith, Constantin Paulovitch; Grand- Bailli, le baron de Pfürdt; Grand-Chancelier, le comte de Rostopchin ; Grand-Sénéchal, M. de Narichkin I; en fonction de Vice-Chancelier, Je Commandeur de Maison-Neuve; Receveur du Grand-Prieuré de Bohême, le Bailli comte de Collowrath ; Receveur du Grand- Prieuré d'Allemagne , le

Grand-Bailli, baron de Pfürdt; Receveur du Grand-Prieuré de Bavière, le Commandeur comte d’Arco ; Receveur du royaume de Naples, le Baïlli comte Caracciolo de Saint-Erame; Receveur dans le royaume de Sicile, le Bailli Requesens.

Dames de la Grande-Croix.

S. M. l’'Impératrice ; S. À. [. madame la Grande-Duchesse Élisabeth Alexiewna ; S. À. [. madame la Grande-Duchesse Anne Féodorovna; S. A. I. madame la Grande-Duchesse Alexandra Pavlovna, archiduchesse d'Autriche, etc.; S; A. I. madame la Grande-Duchesse Hélène Pavlovna; S. A. I. madame la Grande-Duchesse Marie Pavloyna; S. A. I. madame la Grande-Duchesse Catherine Pavlovna; S. A. I. madame la Grande-Duchesse Anne Pavlovna; S. À. I. madame la Grande-Duchesse Marie Alexandrovna; S. A. la princesse Gagarin ; la comtesse Litta ; la duchesse de Serra Capriola ; la duchesse de Luxembourg; S. A. madame la duchesse Douai-

rière de Wurtemberg.

Dames de la Petite-Croix.

La princesse de Biron ; Milady Hamilton.

Grand-Prieuré russe : Grands-Croix.

S. À. I. le Grand-Duc Alexandre; S. À. I. le Grand-Duc Constantin ; S. A. I. le Grand-Duc Nicolas; S. À. I. monseigneur le Grand-Duc Michel; le prince Kourakin [°, etc., etc.; total : trente; et deux ayant représentation de Grands-Croix (M. de Narechkin et le comte de Tiesenhausen); plus, cent Commandeurs parmi lesquels se trouvaient le duc de Riche-

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