‹ Monumens du musée Chiaramonti, décrits et expliquésChapitre 13 sur 50 · DEA • ISIS · texte numérisé non relu

DEA • ISIS

ARRÏVS • BAL BiNYS • V • C •

et dont la forme pouvait atiaoncer une ressem'» biaYice avec la fleur du lothos, toute espèce de doute fut dissipé , nous restâmmes convaincus que c'était une Isis , et nous écartâmes Fidée qu'elle pouvait êlre une image de la mère des Dieux, ou de quelque personnage attaché aux mystères de son culte. Mais il nous restait encore l'incertitude, savoir si c'était une Isis ou une de ses prétresses. En nous rappelant qu'Hérodote donne la description d'un temple dans lequel étaient placées des statues colossales en bois , qui représentaient les prêtres de cette Déesse ( i ) , l'habillement de notre buste semblable à celui des autres ministres des cultes étrangers nous laissa pendant quelque temps dans le doute. Il nous vint à l'idée aussi que les Grecs avaient pu, en donnant de la noblesse au sujet , chercher à conserver le style de ces figurés colossales. Lorsque nous avons réfléchi ensuite que le sacerdoce était interdit aux femmes en Êgj'pte (a) , même pour le culte des divinités de leur sexe, nous nous décidâmes avec plus d'assurance à reconnaître dans cette sculpture une Isis.

C'est donc cette Déesse , dont le culte passa de l'Egypte dans toute la Grèce , ob ette eut des temples magnifiques , que nous ux>uvons dans cet ouvrage d'un ciseau grec, et qui malgré sapropor-

(i) Voyez Hérodote^ liv. II, i4^^ P^S^ i44«

(o) Millier neque Dei, neque Deae ulla sacerdos est ^

viri Deorum omnium, et Dearum» Uérodot*, liv«Uj 35;

page lot.

lion colossale, a reçu des maios habiles de l'artiste une grice et une délicatesse admirables , sans rien lui ôter de cette majesté imposante qui con«> yient k des objets sacrés pour la religion. Son profil a toute h pureté du style grec, étant formé par une ligne presque droite depuis le firont jus« qu'à Textrénûté du nez. Les formes en sont grandioses , le mouvement en est énergiqne , et même plutôt prononcé avec force; les sourcils ont je ne sais quoi d'aigu dans lenr contour ^ comme on le remarque dans les figures de Pallas. La draperie qui lui couvre la tète , est travaillée avec un adroil abandon qui fait resortir le moelleux du. fini dans le visage. Une certaine inclinaison de la tête (ij^ la forme de la pierre, quelque chose d'étroit^ qui se remarque à l'endroit où les épaules sont cou** pées , donnent Keu aux personnes qui connaissent bien Fart , de croire que ce buste a été placé haut dans quelque abside ou niche (2); car les artistes anciens formaient leurs sculptures selon les lieux

(i) Cette inclinaisoQ de la tête que Ton remarque icî^ donne un air de douceur à la figure^ et parait annoncer que ie Dieu est propice anx vœux que lui adressent les mortels.

(a) On trottve dans le voyage de M. Denon , pi. CXX, 5^ une grande tête d'Isis sur la façade d'un temple. Hétodote atteste que les Egyptiens avaient coutume de pKccr aussi k Textcriour du temple les images des divinité». Divers colosses démesurés que Ton admirait dans l'Egypte près des temples sont indiqués par Hérodote ; 1* H^ 17% page i56.

• Musée Chiar. Vol. î. >-?

ou elles devaient, sé phcér et le point de me d'où on les apercevait.

• Si nous voulons à présent examiner , Fun après l'autre, les oruemens de ce buste, il sera nécessaire de parler de tous ceux de la tête , en laissant de côté cette fleur de lothos, parée que c'est une restauration faite d'après une simple indication de l'antique. Les cheveux de notre Isis sont recouverts d'un voile, légèrement plissé et serré sur le' front par une bandelette ou tenia. On voit dans presque toutes les figures égyptiennes la chevelure ainsi cachée^ et même on la voit ainsi dans les beaux sphinx sculptés & la pointe de l'obélisque solaire (i). Nous n'osons pas décider si la bandelette qui retient ce voile est une distinction de royauté ^ laquelle pouvait très-bien convenir à Isis ou comme Déesse ^ ou comme reine autrefois de l'Egypte. Nous remarquons en e£Fet que le front de toutes les reines de ce pays en est orné, sur les médailles qui les représentent^ quoiqu'elles soient voilées , comme Arsinoé et Bérénice (a). Ce qui , selon nous , mérite d'être remarqué , c'est l'art avec lequel on a placé ce voile , de manière que , sans être maniéré ^ il donne à ce simulacre toute l'apparence d'une figure égyptienne. Si l'on fixe ses regards en effet sur les Isis d'un style égyptien antique que Ton admire dans les galeries à Rome , ou à celles que nous a données Pocoke (3) ,

(i) Wiockelmann^ Monum. ant. inéd., tome. I, n. 78. (a) Vaillant, Hist. PtoL^ page 43, i5o. (5) Pocoke , Descr. ofthe Post. , vol. I ^ p. aïO; pi. M, LXI , LXH , LXIII.

'9 on trouyeta une ceitatne conformité entre la dispo-

ntion donnée à ce voile dans notre figure et cette coiflure barbare , ce qui peut décider qui que ce s^it , sufEsatnment à reconnaître le sujet Nous ajou-> terons encore à, cela , que comme les figures égyptiennes antiques ont Ici plus souvent les oreilles découvertes ^ et que cette partie est travaillée avec beaucoup de talent, de même notre arûste, ihsl^ gré le voUe qui les couvre , n'a pas manqué de les sculpter avec une grande adresse, de sorte qu'on doit admirer la perfection du travail, et principalement le mécanisme très-difficile au moyen duquel il les a exécutées ( i ). Le voile d'ailleurs , n'est pas un ornement nouveau sur la tête d'Isis, quoique assez souvent on la voye découverte avec des cheveux arrangés élégamment, qui retombent en boucles sur son sein. Les Grecs , plus particulièrement, la représentaient avec ce voile , parce qu'ayant fait d'elle le symbole de la nature , ils indiquaient que ses secrets sont inconnus aux hommes , et qu'il ne leur est pas même permis d'en pénétrer le mys* 1ère (a),

(i) Oq doit remarquer que ce voile s'étend très-pea au de-là des épaaies de la figare, et où il fiait ^ il s'arrondît doucement ^ nous nous étendrons davantage sur ce sujet à la pi. m.

(a) Oq sait que dans le temple de Minerve > ou Isis de Saï j il était écrit que personne ne pouvait soulever ce voile d'Isis. Vlni.yde Iside et Osir. , pag. 354. :s QuodSaîest Mi'nervae , quam eamdem cum Iside arbitrantur , fanum hanc habet inscriptionem. Ego sum omne quod extitit ^ e^t , et erit, meumque pepbum nemo adhuc mortcUiwn detexit, ^

ilo

On retrouve souvent en usage dans les monvK mens anciens les divers colliers qui ornent le cou de cette Déesse. Dans Casali (i) on voit une im ftiuûlée, ayant un collier à^peu-près semblable k celui-ci : et quoique les figures de la fameuse ta<^ ble du card. Bembo (a) soient exécutées avec séché* resse , cependant on ne manque pas Àe trouver à toiAes quelque ornement de cou. On aper^it évi** demment un collier à cette tête qu'a donnée Po« coke déjà citéj et principalement à beaucoup de statues d'Harpocrate qui ont des colliers riches et doubles qui pendent à leur cou (3). Nous pouvons -distinguer de riches omemens autour du cou d'Isis elle-même, en examinant l'Isis ailée qui a été ex^ pliquée par Winckelmann dans ses Monumenti inediti (4)t

Ce collier peut paraître au premier coup-d'œil composé de travaux en or et de pierres précieuses en forme de graines ou bayes , d^oii il pourrait s'appeler collier godronné , dont il est question dans les anciens écrivains. Enée fuyant Vin* cendie de Trove emporta un collier godronné, ^n même temps qu'un double chapelet de pierres précieuses entremêlées d'ouvrages d'or (5). Les vers de Virgile nous rappellent un ornement de femme,

(i) Casalius , de Veterum Aegyp. Riiiù. , page 67. (a) Pîgnor.^ Mensa Isiaca.

(3) Pocoke, lieu elle, pi. LXIV, F., p. ai4; LXV ,

(4) Winckelm. ^ JlfoH. ant. inéd. y tome I, num. ^5.

(5) Vîrg.^ Aeneid,y liy. I, v. 658.

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