‹ Monumens du musée Chiaramonti, décrits et expliquésChapitre 30 sur 50 · PLANCHE XXVII · texte numérisé non relu

PLANCHE XXVII

Buste de Vénus *.

La charmante tête que nous offrons ici , serait un sujet favorable pour ces artistes qui manquent d'une juste expérience , dont nous avons parlé dans le précédent discours. Caïf ce buste nous montre tous les attributs qui distinguent la beauté la plus parfaite, sans laisser, sur ses traits l'empreinte de l'ivresse du plaisir , et je dirais bien plus cette lasciveté qui est particulière aux Laïs , aux Phrinés. C'est qu'en effet on ne doit pas voir dans l'efE-

. * Cette tête est dans la proportion propre à une statue de huit palmes; elle est sculptée en marbre grec dur; et n*a été restaurée qu'au bout du nez. Le buste est mo« derne. On Ta trouvée près des thermes de Diocletîen dans les fouilles dirigées par M. Giuseppe Petrini.

gie de Yënus céleste aucune trace des passions qui ne soDt propres qu'aux mortek. Mais sinousexaminons un grand nombre de Bgures Bacchiques, nous trouverons des expressions plus vives dans la tête des Ménades ou d'autres femmes de la suite de Bacchus, tandis que tious voyons toujours Vénus re« présentée avec ui^e tranquilité et une doucenr qui annoncent une divinité aimable. Une tête dont tontes les parties ont été très-bien conservées , dont lé style est sublime , qui est admirable à cause de la difficulté qu'ofire son travail dans la chevelure, tndiée avec une extrême délicatesse , sur un marbre fortr dur, mériterait avec de longues observations, de nombreux éloges. Mais comme le docteur Alexandre Visconti a été chargé par S. S. de la description de toutes les antiquités que l'on découvrait dans les fouilles ordonnées par le Souverain Pontife, nous placerons en note la description entière de cette tête si rare , qui a été déjà publiée par mes* sieur Pietro Paolo Montagnani IM&rabili, pi. ^^ des Monum. ined., année i8o5 , ouvrage, qui renferme uii trésor de monumens intéressans, et que nous voyons avec plaisir être continué avec une exactitude très-grande. L'auteur a ajouté k ses cents, par de nouvelles recherches dans une seconde édi^ tion, et il donne connaissance de quelque autre frag' ment de la statue de Vénus à laquelle avait appartenu cette têle^ alors ce que nous dirons ne sera point une simple répétition de sa prenuère édition (i).

t (i) Les artistes les plus habiles de la Grèce et à^

« Lalîttm ont travaillé aux simalacres de cette Déesse. « laquelle fut appelée Vénus parce qu'elle est née avant « tout y et qu'elle préside it tout (a). C'est la plus belle « des filles de Jupiter qui eut Dionèe pour mère, ce qui « fit dire à Virgile (Jb).

Ecce Dionaei processît Caesarîs astrum*

Q Les anciens lui attribuaient la génération de tous les m êtres et un empire absolu sur toutes choses , empiré « bien annoncé dans une inscription antique qu'a publié « Grnter (c) :

SOL • CALET • IGNE • MEO • FLAGRAT • NEPTV- HVS • IN • VNDÏS — PENSA • DEDT • ALCIDAE • BACCVM • SERVIRE • COEGI — QVAMVIS • LIBER • ERAT • FECI • SERVIRE • TONANTEM — QVAMVIS • LIBER • ERAT • MARTEM • SINE • MARTE • SV- BEGI •

« Et si Jupiter, commanda dans le ciel ; si Neptune fut « souverain des mers ; si Pluton régna dans les enfers , « ces trois royaumes étaient soumis à Vénus , comme « r&me de la nature. Les Romains en faisant la conquête « du monde y enlevèrent des pays soumis les belles sta- «. tues de cette Déesse^ étant^ comme le dit Lucrèce, Ae- « neadum Genitrix , «avoir comme mère d'Énée , qui fut « l'orif iqe de la famille Julia.

. . * • Veneris ah origine proies

Julia descendit coelo, coelunufue replevit (d).

« Ils loi consacrèrent' la plus belle saison de l'année^ « car : Majores nostri Aprilem mensem y eneri dedicaci veruni {e) y et ils lui élevèrent plusieurs temples fort « riches, oii ils l'adoraient sous différentes dénominations^

{a) Cic. ^ Ihf. a , De JYatur, Deor, (*) f^irg' I JBfî. 9 , f. 47»

(c) Grut.y pag. 6o, n. 4*

(d) Manti. , u. 796.

(e) Mlncroh. , Satur. i , ch, ai.

de Calva j cliaove , parce qu'elle avait inspire aux dames romaines l'idëe de se couper les cheveux pour en fabriquer des cordes pour la guerre ; de Celeste j de Gloacine y d'Erycine ^ de Genitrix , de Murtia on Myr^ tliea , de Romana , de Verticordia , de Victrîx, Les Romains ne furent pas les seuls sensibles pour une divinité si aimable k laquelle on avait consacré des colombes de préférence aux autres oiseaux; El yeneris dominae volucres , mea turba columbae (a) et parmi les plantes le myrthe toujours vert :

Formosae mjrrtus Veneri y seu laurea Phoeho {h) et enfin de toutes les fleurs, la rose née du sang d'Adonis: mais le monde entier la connaissant comme homùium divumque voluptas , en conçut une idée si sublime, qu'elle électrisa l'esprit et la main des plus célèbres sculpteurs grecs , de sorte que recherchant atee soin et réunissant ensemble toutes les beautés ép^rses ç^ et là^ et les plus analogues k la divinité, élevant leor imagination échauffée an degré le plus sublime, iîseo formèrent le complément de la beauté divine, telle qu'elle convenait k la mère de tous les êtres. Les connaisseurs des sculptures antiques ont cru avoir retrouvé ce chefd'œuvre de beauté seulementdansla Vénus du Capitole et celle de Médicis ; mais nous en admirâmes une semblable quand le 2 janvier i8o5 on découvrit daos les thermes de l'empereur Diocletien une tête de femme d'un beau style, bien conservée^ dont la chevelare portait tous les caractères d'une Vénus par son arrangement, par les oreilles percées pour porter des pendans, par la douce inclinaison de la tête, eteafia par les traits de son visage qui annoncent certaiaement la plus belle des Déesses, la joyeuse mère de l'Amour et de l'harmonie (c). Homère^ dans une de ies hymnes^ l'appelle Vénus Cylhérée k cause de sa che*

(a) Propert.» W^. III , EL 3« ^. 3i.

{h) Firg, E^, Fil , f'. 6?.

(c) HesÌQd.f 937.

'% velare doi^eV et le mysténenx Orphée la qualifie dans « une antre hymne de DéesBt aux beaux cheveux. Golu- « tus et Épîmënide lui donnent l'epithète de Déesse aux « beaux cheveux Kn^MteOfloç y Claudîen écrit en sùp- € posant que Cupido» son fils^ cherchant sa mère^ la € trouve enfin au moment oii les Grâces sont occupées « à arranger avec élégance tes beaux cheveux:

Caesttriem timc forte Venus subru'xa corusco Fingehat solio; dextra levaque sonores Stahant Idaliaei largos haec nectaris imhres Irrigai. Haec morsu numerosi dentis ehurno MuLtifiàum discrimen arai : sed tertia retro Dat varios nexus , et justo diyidit orbes Ordine f neglectam partem studiosa relinquens.

« Spanhemius^ dans ses observations sur Vhymne de Calc lîroaqne à Pallas^ rapporte une médaille deMarc-Âu- € relè frappée à Laodicée^ sur laquelle on voit Vénus « qui dispose sa longue chevelure. Les coeffeuseS| PsC' « chades y recherchaient sa protection à cause du soin que a cette Déesse avait de sa belle chevelure^ c'est ce que « nous atteste Tinscription suivante {a) :

VENERI

SAC&YM CASSIA. • 3 • L • PSECHAS.

c Ces coeffeuses étaient peut-être ainsi nommées du mot € PsechaSy qui signifie goutte > parce qu'elles versaient « à gouttes des parfums sur les cheveux^ comme au- « jourd'hui on employé de la pommade à odeur. La che- « velure abondante de notre Vénus est divisée en qua- « tre parties y deux nouées sur «le sommet de la tête c forment un groupe agréable^ sans avoir besoin d'auc' tre orUement que celui de la* nature elle-même , )ac quelle, lorsqu'elle se présente en beau^ prouve que

(a) Reines. , p. i^. Murât, , p. S») ^ n. 8.

Musée Chiar. Toi. I. i5

àa6

€ tout ce qu'elle prodait porte la beante Si la plas grande € perfection. Aussi tout antre ornemeot eut été déplacé « et eut moi os bien convenu que le noend que for- « ment les cheveux. Les autres parties , nouëes^ sur roc- « cipnt, tombent avec volupté sur les épaules en décroît- « sant peu à peu, et alors la chevelure se trouve comms € la décrit i^oUonius de Rhodes ,

Sparse et partagée sur ses épaules blanches (a). « Les trous à^ oreilles, que Juvénal appelle mo\lt% in « aure fefiestrae (&) , sont presque exclusivement on at- « tribut.de Vénus ^ ce qui est prouvé par les vers d'Ho- « mère:

. • . Uhi illam Zephjrri vis molliier spiraniis Ttdit per undam muUisoni maris Spuma in molli (c)

c elle fut accueillie avec allégresse par les Saisons lesc quelles, selon le poëte,

• • • • /a perforatis auiem auriculi : Florem orichalci uiique pretiosi.

m Et dans l'hymne du même poëte divin , adressée à cette « Déesse qui courait se jeter dans les bras d'Aochise^ « engagée par Jupiter , il Is^i mention des pendant d'off rei lies ^ ainsi :

Habebat auiem flexos capreolos ùuuares.

à Les Romains aussi attachaient cette parure aux oreil- < les des plus belles statues de Cythérée , et presque « toutes les têtes de Vénus appartenant à des famillei « anciennes de Rome étaient ornées de boucles d'oreîl' « les. Pline nous Tassure lorà que Cléopatre qui po<' « sédait deux des plus grosses et des plus rares perles «connues de son temps dans un souper galant doone « à Marc-Antoine^ voulant montrer qu'elle pouvait coo-

(d) ApoU. Rod. , /// , fi. 45 là 47.

(6) Jut^fu , Sat. I.

(c) Hymn. io Veo. Le laiton de plut ^rand prix ^w V or » r* Plîn,, ff. jy.,l 34, S II.

sommer en bnvtnt d'an seul coup un million, cert" iies sestertiâm / en fit dissoudre une dans )e vinûigre , et l'avala devant Antoine. Cette reine amante Mes rois qu'elle trbmpalt, ayant e'té vaincue ensuite parles Romains^ la seconde perlq étant passée dans les mains da vainqueur y elle fut partagée 3 ut esset inutriusque VeneHs awihus Komae in Pantheo dimidia eorum coena : Macrobe raconte la même chose comme certaine» (a). Lampridius dit que deux perles ayant été données à l'impératrice épouse d'Alexandre Sévère j Uniones duos magni ponderis ^ et ini$sitatae mensurae, il ordonna qu'elles fussent vendues , et ne trouvant personne qui put en offrir le prix énorme ^ pour ne pas laisser in* troduîre le mauvais exemple que l'impératrice fit usage d'une chose qui surpassât la plus haute valeur^ il ordonna qu'on en ferait un présent à Vénus , in aurihus Veneris eos dicavit. Les pendans d'oreilles do Vénus étaient ordinairement formés d'or et de perles qui lui convenaient parfaitement,. ayant eu pour berceau la coquille où naissent les perles y étant née dans la mer^ et par cette raison élégammefnt appelée par Euripide deo'^ovpcu ^OfTia^ maîtresse de la mer {h)} Horace la nomme de même (c). Une coquille était son attribut^ ce qui a fait dire à Tibulle

Et faveas concha cyyria vecta tua (d).

Quand les Géans, fils horribles de la terre , menacèrent de faire la guerre aux Dieux , Pisce yenus latuit (e), la belle Déesse se glissa entre les poissons et les coquillages. Je crois que César étant né du sang de Vé-* nus avait une si grande passion pour les perles. Suétone dans sa vie écrit qu'il en acheta une 6oom* sesterces ^ {sezagies sestertiûm)^ et qu'il alla jusqu'en Bretagne pour

(a) Maeroh, , Satum,^ lâf. JJ , eh, 17, (B) Eurip. Hipp. , p. Saa.

(c) Horut., m. Od, 06.

idi Tib. , //r , 3 , 1*. 34.

{e) OM. , JUelam. ^ L. F y p. 33it

en avoir. Il la dédia dans le temple de T^aoi Genitris j

thoracem ex Brittannicis Margaritis factum j dans le

ipéme temple , à ce qu'écrit Appieo, o& Gléopitre envojt

une fameuse image de la Déesse près de laqoeile étiit^

l^figiem Cleopairae f que Ton- voyait encore de »t$ jovn.

L'habile sculpteur a marqué dans la chevelure de notre

Vénus le mouvement des ondes ^ voulant que cette Aéxibî*

lit^ des cheveux *et Tidée de la marine vinssent se rea^

nir dans notre imaieinatioD» L'inclinaison de la tête

annonce son aimable complaisance p mais surtoot soa

front bas^ sonocil^ dont la paupière inférieure on peu

relevée exprime cet agrément appelé par les Grecs

vypofity la bouch« ayant ce mouvement qui semble appeler

les ébats amoureux , et donner l'ivresse du plaisir, ce

qui la fait nommer par Homère dans l'Iliade (piXo(^'

ueêàfiÇy épithète qui signifie encline la gai té, comme

les vers d'Horace t

Sive tu mavis Erydna ridens

Quam, Jocus drcumvolat et Cupido (a).

« Enfin ses joues arrondies caractérisent la Déesse reine

« de Salamine et de Chypre. Avec la joie répandue ipr

« son visage

Omnibus incutiens blandum per peciora amorem (t) c elle ne laisse pas de faire voir cette agréable majesté « ennemie de 1' impudicité\^ conune a écrit Capella: < Quae qmdem Ucet amorum , voluptatumque mater 0""^ « niam crederetur y tamen eidem deferehant ypudicitiae m principatum (c) , et les livres sévères des Sybîlles conc suites par les décemvirs ordonnèrent qu'on élevât db € simulacre de Venue dans la via Salaria*^ g90 facd»^ «t Virgimum mulierumque mentes a libidine ad pudicidam a conrerterentur {d) ^ et celle-là fut nommée Vénus ^^^rf^' « cordia.

(a) L.1, Od. 9.

(b) Lucret, , 1 , 90.

(c) Martian. Capella , /. I.

(d) Fai. JUax. , Iw. FUI , a&a/?. l5 1 n. la.

« Sons le rapport de Tart, sa beauté se fait tant re- '« marquer y qu'elle frappe les moins connaisseurs. On y m reconnaît le travail de la troisième manière grecque « qai commença par Praxitèle ^ et qui re'unit si admira- « blement le sublime avec la beauté. On remarquait dans « la "Vénus du Capitole un excellent travail^ mais per- € sonne ne pouvait assurer qu'elle fi\t originale^ parce « que l'on copiait, sans rougir très-exactement les plus « beaux moreeaux des artistes les plus excellens. Celle-ci € a dans se9 cheveux une taenia ou vittai mais dans « les cheveux de la tête dont nous* nous occupons îcf, 'm il n'y a pas de taenia qui aide l'art; mais le marbre « si bien travaillé dans cette riche chevelure nous pré- € sente deux grosses partiel de cheveux simplement noués € sur l'occiput^ lesquels bien q[ue *fixés dans un seul « point y laissent voir cette ondulation naturelle etagréa- « ble y qui dans son exécution ^ tout ea exetrçant les qua- « lités de l'art les plus élevées , sait cacher cependant « l'art j et se montre toute naturelle. Il en résulte une « variété dans les masses , dans les ombres et les lu- « mîères^ qui excitent la plus grande surprise dans ceux « qui savent connaUre la perfection qu'offrent la na«- € ture et l'art eh môme temps dans ieur étendue. Deux « autres parties des cheveult faisaient un élégant noeud « sur le sommet de la tête, mais étant trop évîdé et « travaillé avec beaucoup de délicatesse , le temps la m rompu, il en est resté des vestiges au moyeu desquelles « on voit qu'il était détaché , et tellement composé^ qu'il m serait extrêmement difficile de confier au plus adroit « de nos sculpteurs d'entreprendre de le rétablir, comme « dans un temps le fameux' Michel Ange se chargea de « restaurer les plus beaux antiques. Aussi Is partie de « la chevelure de cette tête surpasse la coiffure de ton«^ « tes les autres Vénus* On voit sur la face Tanatomie la « mieux étudiée qu'on a su couvrir agréablement par une « chair parée des gr&ces de la jeunesse , et dont les cou- € tours naissant les uns des autres insensiblement, rendent a très-difficile k exprimer la jeunesse , ea comparaisoo

de la figure mâle composée de pariies saillantes et ao« galeuses. L'artiste habile en faisant dans cette tête Van^ gle de Tos qui couvre Tœil , bien proooocë , a eiprimé par-là la finesse des sourcils qui courooneot ses beaux jeux \ les oreilles , espèces de lèvres qui eaviroonent l'ouverture de l'ouïe ^ que la nature a forme'es avec uot d*art ^ et qui offrent le point de difficulté la plus grande au sculpteur al an peintre^ ces oreilles, disons-noos, août ici traitées si bien et avec tant de talent^ que lei anciens en les perçant les ont cru Irès-d ignés des plot rares ornemens. On les a trouvées percées à cet effet seuleîpent à la Vénus de Médicts, à Leucotbée; elavne tête idéale en basalte dans la ville Albani. .« En un mot cette tète peut être un ouvrage dePraqi;itèle| non.paa parce qu'elle est ornée de pendans doreil' les y comme cette statue célèbre qu'il forma pour Gnidei mais parce qu'en tout elle lui convient, et qu'elle fait apercevoir tous les indices de cet original, qui ne se, rencontrent qoe dans si peu de statues. Cet original n'a été certainement jamais reproduit^ car s'il l'eatcié avec peu de différence de perfection de l'art, tout ce qu'il a de beauté se serait anéanti^ comme il arrive à celle qui tient de très-près à la simple nature , qui se perd et s'évanouit pour peu qu'elle souffre d'altération. Praxitèle a sculpté les plus belles statues de Vénus. Athé* née nous apprend qu'il prit son modèle de la Venni de Guide d'après Pbriné, que ce fut elle qui enflamna ce génie supérieur qui le conduisit à l'immortalité, et qui rendit si célèbrç la ville qui possédait aon chef-d'œavre, comme nous l'annonce Pline (£t). Cîcéron écrivant contre Verres dit que les peuples n'eussent jamais vendu au poids de l'or les chefs-d'œuvre qu'ils possédaient, il parle, de la Véniis de Reggio, de Cupidon à Théspies, du. tableau de Vénus à Coos^ de la Vénus de Guide ^ du Satyre a Tarente^ d'Europe dahs la même* ville : ce simulacre | selon Varron , était en bronze, et

(a) AriêXQU , Lih. dû^ AiUm, , /<>« /,«&.&

*!» y tal placé par Pythagoras. Saremenr, à mon avis, le € Unreau à face humaine sur le dos duquel est monté « quelquefois Europe ^ que Ton retrouve sur la plus gfand» « parfte des médailles de la Grande Grèce ^ était modelé « d'après ce célèbre simulacre; d'autant plus qu'il a^ mal- ^ gré ses coroes, l'aspect majestueux de Jupiter. Nous poa* < vons d'après cela conclure que le talent des artistes con- « tribûa beaucoup à la célébrité des divinités ^ et a la « réputation des villes elles-mêmes.

« La tète de notre Déesse est pleine d'une vie tran- € quille , et son auteur n'a pas eu besoin pour l'animer^ « de recourir à l'intention plaisante de l'ingénieux Dédale , « lequel se servit de la mobilité du mercure pour don* « ner du mouvement à la Vénus en bois qu'il avait scul^ « ptée (a).

« Il faut donc conclure que notre Vénus sculptée ea € marbre grec dur, ait été; à raison de l'eicelleoce de € son travail; destinée par les anciens à être placée dans « des lieux fort k l'abri ; comme en font témoignage les € bijoux qui étaient suspendus à ses oreilles î et comme « on a coutume d'orner d'objets précieux les choses qui « sont elles-mêmes précieuses ; cette figure a oh avoir « tenu ; dans les siècles passés , un des premiers rangs parte mi toutes les statues de Vénus ^ elle pourrait bien alors m avoir en k ses oreilles une partie des trésors de TÉgyptC; « ou le présent inestimable d'Alexandre Sévère. Les beaux « arts en admirant un ouvrage si étonnant en beautés ^ ont « à se féliciter qu'une pierre blanche en forme de py- « ramide adorée àPaphos comme Timage de la plus belle « des Déesses (£) ait été Tembrion de tous ces chefs-d'œu« c vre aujourd'hui si bien connus.

€ Les recherches diligentes de H. Giuseppe Petrini^

« qui; comme s'il avait l'art de deviner en ouvrant la

'« terre ^ y découvre toujours des trésors^ a encore trouvé,

« outre la tête, dont nous venons de parler; une cuisse

(a) Mauim. Tirio , Dis. FUI ^ paQB 8, § 8. Ih) Plin. , J. , i. ^.

« avec 1« jambe josqtt'aa talon ^ et uniras depait le som- « met de Tëpaole jasqn'aa carpe y tous de forme Crè»- '« elegante y qni semblent de la chair , et semblables k « la téte. Le bras dont il est queslion est place à pré* « sent dans le Quirinal sar une petite base. Si Ton avait '« continué les fouilles peut-être eut on retrouvé le reste, a et alors on aurait pu dire avec Plante

Ab unguicuto ad capillum summum est festivissima (fi).

(a) Plaut» , in Epidico i act. Ff $e. L

PLANCHE XXVIIÏ.

Bàgghvs *.

L'intégrité et le bon style de cette statue en font le mérit: elle nous montre le Dieu du vin (i), le conquérant de l'Orient. (:i). Quand on n'y ap-

* Cette statue de marbre grec a de hauteur hait palmes. Ce qui est restaure et moderne ce sont les bras , la jambe gauche j la cuisse droite ^ et la tête dn tigre avec la patte leve'e. Elle fut achetée par M. Carlo Albaccini sculpteur académicien.

(i) Liber, ou Dionysius , fut , selon Eustase dans Giraldf, appelle Bacchus du mot Baxyéeiç, c'est-à-dire ah insa^ niendo , et cela à raison de l'ivresse qu'on lui attribuait comme Dieu qui avait invente l'art de faire le vin ^ et auquel Horace fait «allusion lorsqu'il dit dans l'art poétique , V. 85 :

• • . . ef libera vina referre»

Servius de même fait ainsi dériver le nom de Bacchus dans l'Eglogue YI, v. i5 : Nam Bacchus aBaccatione id est ab insania diòtus^ itndeet comités ejusBacchae, Aiii a Bacche njmpha j qiu^e cum Brome sorore sua eum. nu-' trivit in monte Sysa. Nous trouvons dans Piine^ liv. XXIII, sect. XXflI , page sSîi , 17 , le proverbe Sapientiam, vino ohumbrari, Fornute au ch. 36 ,- applique les divers noms de Bacchus aux qualités et aux effets différens du vin.

(2) Nous aurons occasion de parler du triomphe de Bacchus au discours de la pi. XXXIV de ce volume. Yarron prétend que l'acclamation que les Romains prononçaient devant les vainqueurs Jo triumphe , n'était qu'une invocation de Bacchus appelé ainsi par les Grecs. Jo trium^ phe io, Idque a 9ûid(Jb6o^ Gracco Liberi patris cognomento potest dictum esse* Var.^ de Ling* Lot. , liv. V^ page 58; I. 8.

percevrait pas lea. symboliques attributs ordÎDaires, on y reconnaîtrait toujours une image de Bacchus , parce que les formes délicates et moelleuses qui ont quelque apparence des formes féminines , sont un caractère constant de Bacchus , ce qui le distingue d'Apollon et des autres Dieux (i).

Sa tète est ornée d'une couronne de pampre» mêlées avec des grappes de raisin (a). Un ban-

(i) Wînckelmann dans VHist. de tArt, lir. V, ch. l, page a^Sf parle fort-aa-loog du caractère féminin et arrondi qu'ont les formés de Bacchus. L'écrivain du Musée Pie- Clémentin a traité ce sujet ^ tome II, plane. XXVIll^ p. ao8. Gela même se voit Indiqué clairement par les poètes anciens :

Trahiique Bacchus virgùUs tener formant.

(Lus.j in priap. ^,XXXyi ,,y* 3, page 3a.)

Orphée imagina Bacchus mâle et femelle en même temps.

Foemina, masque sîmulp gemma huic ncuura.

Hjrmn^ Mises p v. 4*

Eusebe » liv. III , de Praep. Evang. , page 1 09 , D ^ assure d'après > l'autorité de Porphyre AzccAuf muliebri spe* eie fingitur j ta vint illam , quae piantar lan fnscUbus inest ex mascula femineaque conflatam significete Isidore an&si «ous le liv. VIII, Orig.j ch. 11 ^ page 10^6^ lin. 54^ quod idem Liber muliebri et delicato corpore pingitur.

(a) Beaucoup de couronnes étaient propres à Bacchus; car* il se ceignit aussi de laurier comme vainqueur des Indiens. Cependant le lierre et la vigne furent celles qui lui convinrent absolument. Ovide décrit ainsi Bacchiu, liv. III des Metamorf* y v* 666 :

Ipse racemiferis frontem circundatus uvis»

Il ue faut pas s'occuper ici du motif pour lequel le Diea du vin se cooroanait de pampres ; nous parlerons seule*

a55 deau, son attribut, lui ceint le front (i), et ses che-

ment de l'autre plante. On croyait que le lierre appai- «ait les douleurs de tête y et qu'il était propre à dissiper riyresse : c'est ce que dit Clément d'Alexandrie j Paeda^.^ liv. a ; ch. 8^ p. Qia, 1. lo ^ Phornute^ ch. 3o , p*^i9; croît que Bacchus fut couronne de lierre comme ressemblant k la feuille de la vigne, ayant s^$ fruits ou baies imitant les grappes de raisin. Plutarque raconte, Synib. 3^ Quest. II ^ E ^ que Baccbus aime la couronne de vignes^ mais la voyant dessecbëe dans l'biver, il y substitua le lierre qui est toujours verd. Les Nymphes couvrirent de cette plante le berceau de Bacchus au moment de sa naissance , et c'est pour cela qu'elle lui fut consacrée:

.... hedera est gratissima Baccho

Hoc quoque cur ita sit , dicere nulla mora est»

Njrsiades Njrmphae,, puerum , quaerente noverca Hanc frondent omis apposuere novis.

Ovid., Fast. III ^ V. 768.

On mêlait le lieire aux corymbes dans les couronnes de Bacchus , parce que le lierre embrasse la vigne :

Bacche j racemiferos hedera redimite capillos.

Ovid. , Fast. VI , V. 485.

Âurelias Nemensianus dans l'Églogue Illj v. 18^ dit:

Te cono , qui gravidis hederata fronde corimbis Vitta serta pUcas.

(1) Ce bandeau est un attribut diètinctif de Bacchus et de ses suivans. Maffei Ta appelé Mitre , expression qui convient davantage aux ornemens de femme qui se plaçaient sur la chevelure , qu'à un bandeau qui serre le front. Nous parlerons du bandeau dans les discours suivans 9 nous indiquerons ici ce que dit Winckelmann à propos de Leucothée, de la belle tête d'Ariane du Capitole qui est couronnée d'un pareil bandeau. Il croit que cette face est le credemnumj bandeau Bacchique , noté encore dans le Mu-

Teux retombent en boucles sur sa poitrine (i). St 6gure est riante , telle qu'ont dépeint les poètes et les anciens mythologues (a) le fils de Sémélé et Jupiter (5). Les anciens ont formé sur sa nudité

sëe Pie-Clémentin , tome I ^ pK XXIX j page aSi ei smiv. Ce n'était pas, comme l'assure Winckelmanu dans les Mon^ ined. , vol. II y pa([e 68 > une chose exclusive ponr Leacothe'e.

(i) Euripicle décrit ainsi la cbevelarede Bacchus, BaccoCy V. a4o :

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