‹ Monumens du musée Chiaramonti, décrits et expliquésChapitre 40 sur 50 · PLANCHE XXXV · texte numérisé non relu

PLANCHE XXXV

Bacchanale *.

Nous avons une pompe Bacchique représentée sur ce bas-relief qui a de la valeur pour sa com-

(0 L'auteur du Musée Pie-Clémeutîn ^ tome V ^ planche YIII , nous dit| que ces urnes sépulcrales venaient toates faites de la Grèce et d'ailleurs. Le fait confirme cet ofage des sculpteurs d'avoir des urnes toutes préparées , sans être entièrement terminées^ car on trouve continuellement des sarcophages ayant la tète des principaux personnages nos achevée , parce qu'on devait en faire le portrait des défanU; et de même on en trouve, par la même raison ^ où le po^ trait dessus le bouclier est imparfait, et quelquefois sans ton inscription. Nous pourrons dans le cours de cet oarrsge avoir plusieurs monumens à publier qui confirmeront ceci*

* Les deux dernières figures et Textrémité de la ptUi du tigre, à gauche, étant modernes , ont été détachées de ce bas-reh'ef. Par cette raison le morceau antique, long de 'six palmes, deux onces, et haut de trois palmes >deoi onces ; est resté. Quoique beaucoup de parties manqaent

^79 po$iUon simple et agréable , quoique sob exécu*

lion n'ait pas toute l'habileté désirée. La hauteur de son relief a fait perdre beaucoup de parties , et la qualité du marbre a été cause que le temps en a enlevé toute la superficie^ et Ta laissée rongée. Néanmoins les yrais connaisseurs pourront tirer quelque profit de l'examen de ce monument^ sur lequel on voit plusieurs groupes assec beaux par la "variété des figures et des animaux qui te composent. Le dernier groupe de femmes , à la gauche du spectateur > ne nous occupera pas , parce que c'est un supplément moderne qu'on a eu très** grande raison maintenant d'en détacher , avant de le placer dans le mur, afin de ne pas confondre des caprices modernes avec les restes des ou** vrages antiques.

Le premier groupe nous offre le sacrifice que l'on fait d'un oiseau sur un autel quarré. Cet autel est orné d'une guirlande ( £>ic^xr^z/^ ) de fruits; une vive flamme s^élève au^lessus. Une prêtresse qui a les pieds

encore y il y en a cependant d'une restaviratîon moderne , comme le bout de la tête du cheval , les jambes du Si* Iène , partie de son bras droit , la t^te du second Faune et sou bras droit , partie de la draperie ^ le museau et la patte du tigre ^ la tête et Fëpaule droite de Bacchus^ la jambe droite y et partie de sa cuisse j ainsi que le bras droit jusqu'au coude ^ enfin la tête et le bras droit ^ jusqu'au coude y de la seconde figure sont modernes. Le marbre est grec salin. Il a appartenu au chev. Bartolomeo Cavaceppi , et il fut ensuite achète par M. Gio« vanni Pierantonio, sculpteur, membre de l'acadeooLie. .

sus , couTerie de deux habita , offre no oiseau ; et une autre fegfime , <}ui assiste à ce sacrifice , le?e en l'air un flambeau ^ ce qui indique quon eélèbre une cérémonie nocturne (i). La diirbité t

(i) Par la narration que nous a laisse T. Live^ Décade IV, liv. IX, ch. 8 et sniv. , on voit très-clairement ce qa'étaient cet superstitions nocturnes. MalthaeasAegjptias^qni a expliqué avec beaucoup dVrudilion le Senaloscoosultc qui défendit les Bacchanales ^ il commença par citer ce qu'en a écrit T. Live , et selon sa leçon il se troave an § II: Çutim vinum animas; et nox, et misti feminis mares, aetaiis tenerae moforibuSj discrimen omne jm' doris exUnxissent. Et dans le $VI: Etpromeretsihiquat in luco Similae BaccanaUbus in sacro noctumo solerent fieri. Comme au § VIII ; Nocturnum sacrum ex diurno fecisse* Et ce qui s'applique davantage a notre caS|$îl: Matrofias Baccharum habiiu cum ardent ibus facihus decurrere ad Tjrberim, demissasque in aquam faces j qtuà vivum sulphur cum calce insii integra fiamma efferre.

Les anciens poètes ont laissé quelques notions sar ces cérémonies nocturnes, et c^est pour cela que Stace a écrit dans le liv. II de la Thcn>aide, v. 66i :

• • . . non haec Trieterica vohis

Nox patrio de more venit.

Et Virgile, liv. IV de l'Enéide , t. 5oa :

.... ubi audito stinudant triaterica Bacco

Orgia, nocturfutsque vocat clamore Cithacron. Serviui remarque à cet endroit ( Noe tn musqué ) noctt . celebratus, unde ipsa Njctelia dicebantur : (fuàe poffulvs Romanus exclttsit , causa turpitudinis. Dans les Bacchante» d'Euripide on fait dire à Bacchus lui-même et k Protbée le motif pour lequel ces cérémonies étaient noctamei ; il dit, V. 485:

Peut, ffaec vero sacra noctu , an interdiu facis ?

Bacc. Koctu plerunque, tenebraeenim hahent ^ ali^d augai^

laquelle on sacrifie n'existe plus sur notre basrelief , mais on remarque sur beaucoup d'autres monumens semblables une figure de Bacchu» barbu, ou un de ses hermès, comme, dans celui que nous avons montré dans la planche precedente. L'écrivain du Musée Pie-Clémentin a-observé aussi sur un bas-relief de cette collection ( i ) , et sur d'autres , ce rit religieux qui faÌ3ait immoler un coq , ce qui a été négligé ou mal inter« prêté par beaucoup d'écrivains fort éruditB^ Bien

(i) DaiDB le Musëe Pie-Cléméntin ^ tome Vy pi. YIII, on a donne le bas^rellef côté ici ^ 1 1 on prévînt que le fragment publié par Winckelmanui n. 29 des Monumens inédits j n*est pas nn reste d'ane statue de Bellone ^ mais plutôt celle de Baccbus^ pareille à celle que nous avons sous les yeut.

On pourrait faire beaucoup d'allusions k propos du sacrifice du coq ^ si Ton voulait imiter les subtilités de quelques interprètes des antiquités. Quelques-uns ont supposé que l'on sacrifiait cet oiseau à la nuit , parce qu'il en trouble le repos , et qu'il annonce le jour.'On en peut dire autant des cérémonies de Baccbus ^ qui se célébraient de nuit , et qu'il pouvait ' troubler par êes cbants , et qu'ep annonçant le jour il forçait k les terminer. Mais comme notre système nous porte k faire peii de cas de ces allégories recbercbées , nous donnerons quelques idées sur les oiseaux consacrés a Baccbus. Atbénée parle dans sa description de la pompe triomphale de Ptolomée des colombes y pu des tourterelles volantes attachées k des rubans. Hesycbius fait mention de Baccbus lingius ^ et Giraidi y Sjrnt. 8 , de Diis^ croit qu'on le nommait . ainsi k causjc de l'oiseau lingius , ou Motacilla 9 ou Yerticilla qu'on employait dans les encbantemens et dans les pbiltres amonrett;c.

qae le coq ne se troure consacré partictdîèreiiMm qu'an Soleil, k la Lune, k Escnlape, aux Dieux Lares, à Mercure, k PaHaa, à Cybèle, k Man, les auteurs académiciens du Musée d'Hercidaaua ont cependant prouvé , que cet oiseau était généralement une victime d'un ordre moindre qui s'offrait k tous les Dieux (i), et par cette raison ausa à Bacchus. Eln outre^ on pourrait dire que ce Dien ayant été confondu avec le Soleil , selon la théologie des Egyptiens , le coq pouyait être consacré k Bacchus par un motif particulier plus grand (3) Si Ton n'est pas satisfait des raisons que nous alléguons, on aura encore k rechercher le motif d*aQ pareil sacrifice, mais on ne pourra en contester la représentation, constatée par beaucoup d'autre basreliefs antiques semblables.

Vient ensuite le groupe de Silène, lequel est peut-être uuique, et qui se distingue de tout autre monument , puisque nous ne nous rappelons pas d'avoir vu un Silène qui pince de la lyre étapt à che* val. On voit dans une Bacchanale du Musée PieXI^ mentin , un Silène précédant à pied la pompe Ba^ chique et pinçant la lyre (5). Plusieurs morceaax antiques nous le montrent sous différentes at«

(i) Voye» Antichità itHereulanum , tome VIlî. ^' eerne y etc. j page ao j note 5.

(a} On en a sttfBsanunent dit à la page ^44 de. ^^^ ouvrage.

(5) Voyez la pi. XX du tome IV da Ma^e Fie-^lémentin ; on lira à la page 178 la note (a).

!i8S n tluides, jouant de cet instrument (i), mais nous ft ne pouvons en indiquer aucun qui ressemble au ik nôtre , aussi devons nous le regarder comme ^ unique. Nous ne manquons pas cependant d'exemifî pies d'autres suivans de Bacchus joueurs de lyre ; pi de sorte que les sons de cet instrument s'unissent Il fort souvent aux cérémonies de ce Dieu (2). Le à ^ Silène de notre bas-relief n'est pas gros et fort velu comme d'autres , mais il paraît robuste et musculeux, tel qu'on le voit dans plusieurs sculptures grecques. H est assis avec mollesse sur une cavale^ et une draperie^ attachée par des boucles, lui forme une espèce de selle et de caparaçon, en quoi il parait suivre l'usage de la moUesse orien-"

(1) Nous citerons trois exemples de vases de terre sur lesquels est uo Silène on un Faune avec la lyre : ceux-ci êont rappelés par Passeri, Pîct. Etruscorum m vasculis, tome 11^ pi. CXXIII, pi. CXXXXVIl^ pi. CLXII. A cela nou9 ajouterons la pierre gravée , citée par Manette , Pier» Grav. y tome II, pi. LXXXII^ et qu'il a expliqué par un Hercule Mussagete assis sur un globe qu'il a couvert de la peau du lion. 11 semble , à cette physionomie, k cette barbe plus longue, à l'arrangement des cheveux, que c'est plutôt , avec vraisemblance, un Silène as^ sis sur une outre , dont les ligatures peuvent paraître une peau jetée dessus.

(2) Les sons de la lyre étaient si propres aux pompes Bacchiques y que l'on voit continuellement des Bacchantes, des Faunes , des Satyres , des Centaures jouant de la lyre. Parmi les Génies même de Bacchus sculptés, en marbre sur un bas-relief du Capitole, publié tome IV , pi. S'j, il y en a un qui pince la lyre. Les sons de cet instrumeat étaient si ordinairen^ent employés en accompagnant

laie (i)* Se trouvant mal assuré, il se fait soate« nir par plusieurs jeunes Faunes qui l'entourent ; ik arrangent son manteau qui lui couvrait la tête » et qui était tombé dans le désordre de son ivresse. Pan, qui n'est pas étourdi par le vin , va, en sautant, accompagner Bacchus, lequel est assis sur un fier tigre , dont le cou est orné d'une guirlande de pampre, et qui paraît superbe de porter ce Dieu. Quatre figures accompagnent ce groupe aimable, et la variété , dont il se compose , produit un excdlent ' effet j aussi avons nous à regretter de ne pas Je voir tel quii est sorti des mains de l'artiste. Le satyre aux pieds de chèvre , et l'animal couvert de longs poils , font ressortir davantage la délicatesse et les formes féminines de Bacchus qui est asâs sur le Ugre , tenant son thyrse de la main droite et des raisins dans la gauche (a). Le vêtement d'une

Bacchus, que suivant Athénée , hV. Y, ch. 'VIIl, p. 301^ il j avait dans le triomphe de Ptolomée Philadclphe, dont nons avons parlé déjà , trois cent hommes ornés de couronnes d'or y qui tous jouaient de la lyre.

(i) C'était l'usage des orientaux de chevaucher avec mollesse : Silène, revenant de ces contrées, devait par cette raison suivre cette coutume. Xénophon ^ parlant de la délicatesse des Perses , dit qu'ils ne se servaient pas de selles, mais qu'ils les remplaçaient par des draperies: Jam vero multo plus siragiUorum in equis , quant in cuhiUhus habent ; non enim tam equestris res îpsis est curae quam ut molliier sedeant.Xen. Cyri Paed. , liv. VIII, ch. Vill^ S 9, tome I, page 558.

(q) m. Zoega dans son savant ovrage des has-reliefs anciens y tome n^ pi. LXXIY , page i^^ ,9l fort iogéniense*

Bacchante qui tient un tambour (i), et les formes rustiques d'un Faune , qui porte un flambeau (a) ,

ment observa que les anciens ont voulu nous indiquer par la vélocité ies tigres qui conduisent Baccbus ^ la rapidité avec .laquelle se propagea la culture du vin: sur la terre ^. comme pour dénoter la promptitude avec laquelle se répandît la culture des grains, on donna à Gérés un char attelé de dragons ailés.

(i) Le très-érudit M. Zoega a fait mention dans le tome II des bas- reliefs de Rome, page 144; àe ce basrelief. Il croit que cette figure, ayant le coude appuyé sur le tambour est Cybèle assise sur son trdne. Nous l'avons cru. une des suivantes de Baccbus, auxquelles on voit souvent dans les mains des tambours et d'autres tnstru<mens de musique ^ et il ne nous semble pas à propos de placer là une divinité si respectable : à quoi nous ajouteronsy que, par ce qui reste de Tépaule droite de cette figure, il ne parait pas quelle ait eu la tête voilée, distinction pn>^que généralement attribuée à Cybèle. Cet auteur nous dit que ce serait le seul monument où Ton voyait la grande mère des Dieux accompagnée de Baccbus et de Pan, avec lesquels iei^ anciens écrivains les réunissent , et qui pourrait avoir été placée dans cette sculpture^ pour indiquer la Pbrygie , comme, dans quelqu'autre ancien monument*

(2) ISous avons déjà cité, dans la note (i), page a8o de ce discours, un passage de Tite-Live ^ dans lequel il dit que les flambeaux dont on se servait dans les Bacchanales étaiei^t composés Ae soufre et de chaux, et que c'est par cette raison qu'ils ne s'éteignaient pas à l'eau. Certainement la bropriété de ne pas s'éteindre dans l'eau n'existe pas dau$ cette. composition^ et nous ne sachons pas que les anciens ayent connu le phosphore , de sorte que nous croyons pouvoir supposer que ce soit une immersion feinte ^ ou bien que cette immersion ne pouvait éteindre le feu , qui était enfermé dans le tube du flam* beau lui-même. L'épithète de vivum que Pliae donne au

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