‹ Monumens du musée Chiaramonti, décrits et expliquésChapitre 25 sur 55 · PLANCHE XI · texte numérisé non relu

PLANCHE XI

Ganimede \

La jolie statue que nous donnons dans cette gravure , doit certainement être placée au nombre des monumens de l'art grec. Elle représente un jeune garçon presque entièrement nu , s’appuyant légèrement du bras droit sur un tronc d'arbre , et tenant un vase de la même main. Cette statue fut trouvée par M. Fagan dans les fouilles qu’il fit laire

(i) . ... Et ad vigile m ponendi Castor a nummi Juv. , Sat. XIV, v. 260. L'ancien scoliaste de cet auteur ii propos de ce ver» dît que l’argent des sénateurs était d'abord déposé dans le forum de Mars, et qn’ensuite il le fut dans le temple de Castor. Antea solebant areas ferrât as Jacere , et ibi mittere pecuniam suant senatores , et sic in foro Martis ponere. Verum per noctem spoliatae sunt arcue ; et coeperunt ex eo ad templum Castor is ponere.

(a) Voyez les notes (a}, (3), page 97 , du discours précèdent.

* Cette statue a de hauteur six palmes ; elle est sculptée en marbe grec. Ce qui se trouve de moderne c’«t la moitié des bras avec les mains et le vase.

à Os tic (i), où elle cuit encore dans sa niche ornée de mosaïque , et elle servait d’ornement à un étuve (calidarium) d’anciens thermes. Le vase percé, dont il restait une indication sure , et de plus le canal qui traversait le tronc auquel ce vase était adhérent, indiquent assez que la figure servait comme de fontaine ; en outre la terrasse est consommée dans beaucoup d’endroits \ cela annouce que c’est par l’effet des gouttes d’eau qui tombaient dessus (a).

Tout est admirable dans celte figure , en commençant par la tête. Scs cheveux naissans de l’occiput retombent en partie sur ses épaules en longues boucles, tandis que l’autre partie, qui a été coupée, vient se jouer en couvrant le front à moitié. Sa physionomie est pleine de douceur , et une grâce simple est répandue sur tout le corps nu.

(i) On trouve sur ces fouilles faites par M. Robert Fagan, peintre et amateur des Antiquité'» , quelque notice dans la lettre de M. l’avocat Charles Fca , qui se rapporte à son voyage à Ostie , imprimé en i8o5. On place ici cette statue parmi les monumens trouvés en 1800.

(a) U est facile d'observer que l’usage des statues pour orner le» fontaines, fut employé par les ancien» qui y placèrent non-seulement les figure» des eaux , comme de» Tritons , des Fleuves, des lymphes , mais encore avec les Silènes, le» Faunes, puisqu'ils comparaient au viu l’eau que ces fontaines versaient. L’auteur de notre slalue a voulu comparer l’eau qui sortait de la fontaine qu'elle devait orner, au nectar des Dieux. Ovide , Metam. V , v. 356 , fait dire à Lalone tourmentée par la soif dans les campagues de la Lycie :

Haustiis aquae mihi nectar erit , vitamque fatebor Accepissa simul , vitam dederitis in unda.

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La cblamyde agrafïée sur l’épaule droite , dont les plis nombreux interrompent le nu , en recouvrant tout le bras gauche, est exécutée avec une franchise sublime , car quoiqu’elle forme des masses riches en sc repliant , on sc rend compte de chaque pli, même le plus petit, depuis son origine jusqu’à sa fin , sans y trouver ni sécheresse ni roideur. La souplesse de l’altitude en s’appuyant sur le tronc , fait briller dans toute la figure une délicatesse surprenante , cl disparaître dans toutes les parties le caractère, prononcé avec force, de quelques muscles , qu’eut occasionné l’attitude du personnage, s’il était obligé de se soutenir seul (i).

(i) Wisckelmino dam lWûf. Tort , totne I, p. u55, parle très-au-long de cette attitude , et il dit que les jambes c roi ico s étaient regardées par le* Grecs comme une attitude contre les convenances, et qui se trouve seulement daus les statues d'Apollon et de Bacchus , dont ou veut par-lk indiquer la mollesse, et c’est par cette raison que cette attitude convient au jeune Ganiiuède. Winckelmauu la regarde encore comme moins convenable aux figures de femmes, et k cet effet il juge que la médaille de Marc- A urèlc où l'on voit la Providence dans cette attitude , est un ouvrage moderne. Nous uc croyons pas cependant que sou observation soit juste, car on voit souvent la figure de la Sûreté, quand elle est représentée debout ayant les jambes placées de cc-tte manière, et quand elle est assise son bras est appuyé sur sa tète , ce que l’on pourra remarquer dans les Dialogues sur les médailles de Ant. Agostini, page 4# et 4q* De sorte que nous pensons que cc$ deux attitudes conviennent pour exprimer la tranquillité et le repos, et propres à l'image de la Félicité , pour la représenter stable et ferme, V. Agostini , 1. c., p. 6o : et qu'elle peut convenir aussi k U Providence , qui le plus souvcul ne re-

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Nous lui trouvons une certaine ressemblance avec le fameux Faune Borghèse (i) et le beau Ganimède coiffe du bonnet dans le Musée Pie-Clcmcntin (a). Mais nous ne pourrions décider laquelle de ces figures offre une attitude plus agréable et mieux conçue. L’artiste qui a exécuté celle-ci a eu raison d’y graver son nom , car il pouvait tirer vanité d’une si charmante composition, l’ayant ornée de si belles formes et traitée avec tant d’habileté.

Une statue d'une proportion plus grande que nature , qui réunit à la beauté idéale la perfection des formes, ne peut représenter qu’une divinité, ou au moins un personnage qui lient à ce rang. En nous rappelant la fable de Ganimède , nous y trouvons tous les motifs qui peuvent faire croire que cette statue le représente.

On raconte que ce jeune Troyen , descendant

présente qne les soins du Prince pour l’économie publique en approvisionnant la cité des grain» qui lui sont nécessaires, soit en les faisant venir de la Sicile et de l'Egypte , ce qu'on peut prouver par différentes médailles , et ce qui est généralement indiqué par le vaisseau ou le limon que Ton voit très-souvent prés de la figure d’Annoua. V. Agostini , 1. c. , p. 70.

(1) Ou peut voir les sculptures du palais de la Villa Borghèse . tome II , chambre V , num. 8.

(a) Musée Pie-Clémeulin , tome II , pl. XXXV. Cette statue ressemble beaucoup à celle que nous expliquons ; elle a, à la vérité, le bonnet phrygien sur sa tète , que l’on ne voit pas à la nôtre. Mais ou voit très-fréquemment Ganimède sans cet attribut sur Icb pierres graVccs publiées par Grouovius, voyez tome I , lettre Y.

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de Dardanus , était sur le mont Ida , s’occupant à chasser les bêles féroces , quand l’aigle de Jupiter , ou Jupiter lui-même traosfornic eu aigle, le ravit et l’enleva au ciel , parce que , dit Homère , oe Dieu voulut placer dans l’Olympe un ornement dont la terre n'était pas digne (i). Ganiraèdc étant

(t) Virgile décrit ainsi l'enlèvement de Ganimcde:

Intextusque puer frondosa regius Ida

y elocis jaculo cervos cursuque fatigat

Acer , anhelanti similis : quem praepes ab Ida

Sublimcm pedibus rapuit Jovis armiger un ci s.

Aeneid. V , v. a5a.

Sur une pierre gravée citée par Mafîei , tome II, plan. XVIII, Ganimcde enlevé par l'aigle, tient de la main droite une arme de chasseur. Ovide est d'avis que Jupiter lui-même se transforma en aigle pour enlever Ganiroede :

Fex Superum Phrygii quondam Gonj-medis amore Arsit : et inventant est aliquid t quod Jupiter esse , Quant quod erat , mollet , nulla tamen alite verti Dignatur ; nisi quae poiset sua fulmina ferre .

Nec tnora -• perctuso mendocibus aere permis Abn'pit Iliodem.

Meiam. X, v* i55.

Lucien aussi dans les Dialogues des Dieux f Jupiter et Ganimedes , tome I , page 1 90 , il a la même opiniou lorsqu'il fait dh-e à Jupiter ; At neque homo sum ego quem vides y àdolescentulc , neque aquila , sed omnium rex Deo non hic stun , comode mut ata forma.

Quoique Apollodore et plusieurs poêles disent que Ganitnede fut enlevé il cause de sa beauté. . . . et Ganymedem. Hune autem ob corporis formant raptum per aquilam , Jupiter Deorum pincernam consistait , page aai , •Jo, cependant Cicéron dans le livre I des Tusculancs,

Musée Chiar. Yol. L 1 4

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ainsi divinisé, devint IV* chanson de Jupiter, le ministre des Dieux, et fut alors substitue à Vulcaia et i Hébé. Eustase, dans ses annotations sur Homère, croit que Ganimède servait seulement Jupiter , et qu'Hébé continua* à servir les autres divinités (i).

Ce sujet gràcicux a été différentes fois traité par les sculpteurs grecs. Nous pouvons reconnaître celui de Léocarc , qui est enlevé par un grand aigle , dans le petit marbre du Musée Pic-Clénien-* tin (a). Mais indépendamment de celui «ci*, qui çous représente précisément l'instant de son enlèvement, il nous reste encore beaucoup d’autres monument antiques qui nous donnent l’image de cet échftuson chargé de verser le nectar des Dieux. Nous

chap. tiG , et d'autres veulent qu’il fût conduit au citel à cause de sa vertu. Ce qui a fait dire à Homère dam l’hymne de Vénus, v. aoâ :

Ergo flavum Ganymedcm consulter Jupiter Ra/tuit , suam propter puUhritudinem , ut cum dits esset. Ceux qui se plaisent à trouver dans la mythologie des histoires inconnues , disent qu’un roi de la Paphlagonie enleva Ganimède , et qi/c parce qu’on le transporta sur un vaisseau qui avait peut-être un aigle pour enseigne, on inventa cette fable qui supposait un enlèvement surnaturel. On a imaginé également plusieurs significations allégoriques de cette aventure de Ganimède : on peut les voir dans Vossius , de idol. , page 47° r b.

(i) Eustase, ad H orner. , liv. IV, A, VIII, tome III» page 9(1 1 , edit. Polit i.

(») Musée Pie-Clémentin , tome III , pl. XLIX ; Guattani, Monum. ined. , tome III, page 47>

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le voyons souvent sur les pierres gravées ( i ) , sur les marbres (a), et outre un bas-relief du Musée Pic-Clémciltin, nous trouvons deux statues du même sujet (3). Ces figures se reconnaissent à leur air de jeunesse , h leur longue chevelure, à l’aigle, à la coupe, et au vase. On voit dan*s notre statue ces caractères , les formes agréables de la jeunesse , et cette longue chevelure bouclée çhantéc par les poètes. L’artiste a travaillé les cheveux du jeune garçon avec un aft admirable, et il y a ruis tout son talent. 11 a craint de donner quelque chose de lourd à la tête, s’il la garnissait, de même que les épaules , par de longues tresses , alors il s’est coutcntc de quelques boucles de cheveux qui se répandent sur le dos , et de cette manière il a indique cette parure naturelle du jeune homme sans surcharger le nu, et sans rien ôter à la pureté de ses contours.

(i) Mariette, Vier. grav. , tome II , pi. LU ; Maflei » Gemme t tome II , plan. XXVIII cl XXIX; Gor. , Mus. Flor. , tome I , pl. LYI , num. V et A I ; et tome II , pl. XXXVII; Winckclmunu , Fier. grav. de Stotck , p. 58, nom. i65 au 173#

(a) Winckelniann , 1. c. , rappelle une statue de Ganimêdc placer* dans le palais Y«rospi. Dans l’Iudicaleur de la Villa Albani , seconde édition, u. 607, on a décrit uu bas-relief qui représente la même chose : comme au numéro .444 f un a publié un cippc déjà rapporté par Boislard , part. III, pl. 85. If paraîtrait aussi qu'une peinture du Musée (Tllerculanum, tome III, pl. XXIV, u. a, a rapport à Ganimcdc.

(3) Musée Pie-Ctémeniin , t. II , pl. XXXV et XXXVI j tome V, pl. XVI.

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La chlamyde qui voile légèrement l’épaule gauclic , et partie de la poitrine de celle figure , est attachée avec une boucle sur l'épaule droite. Il paraît qu’on peut l’appeler chlamyde phrygienne , telle que la lui donnent toujours les poêles. Apulée dépeint ùn jeune garçon avec la chlamyde éphêbique ; on croirait alors qu’il décrit notre statue elleruéme : il dit que son corps était entièrement nu , et qu’il portait seulement une chlamyde éphébique qui lui couvrait l’épaule gauche (i). Ce vêtement pourrait être aussi la chlamyde des chasseurs , qui convient également à Ganimèdé (a).

(i) Adest luculentus puer nudus , nisî quod ephebica chlamyde sinistrum legebat humerum. Àpul. , Mêlant. , liv. X , page a33 , 8. Bien que la chlamydc éphébiquo puisse convenir. à Ganiraèdc , nous trouvons simplement appelée phrygienne celle de noire statue , parce que les poètes lui donnent constamment cet habit en usage dans son pays. L’épithète / nie x tus que uous lisons dans Virgilé note (1), page <ji, ne signifie pas autre chose, scion les commentateurs, que la chlamydc phrygienne lissuc on brodée de différentes couleurs , que portait Ganimède. Virgile dohne aussi au jeune Ascagnc la chlamyde phry gienne : ’

Et Phrigyam Ascanio chhimydcrn.

Aeneid. III , v. 484.

A quoi Servi n s observe ~ Aut acu pi dam. Hujus enim art is péri toi Phryges dicimus secundum Plautum. Les Académiciens d'Herculanum , tome III, pag. sas , distinguent la chlamyde éphèbique sous le nom à'alicula , selon Ulpien. Hcsychius appelle de même les chlamydcs thc»salieunes. Mais nous observerons que ce nom peut convenir davantage aux chlamydes qui s’attachent sur la poitrine, qu’à celles qui s'attachaient sur une épaule.

(a) Le savant écrivain du Musée Pie-Clcmcntiu appelle

Le vase et la tasse dont se sert Ganimède pour verser à boire aux Dieux , quoique une restauration moderne , mais dont on avait des vestiges suffisans dans l'antique, sont tellement propres à Ganimède, qu’ils forment son attribut distinctif, comme cela s'observe constamment dans les monutnens antiques que nous avons déjà cités.

Il nous semble que tout ce que nous avons fait observer jusqu'ici, doit suffire pour prouver la ressemblance de celte statue avec Ganimède , au lieu que de le nommer Hylas, comme l'ont fait quelques-uns, ce ne serait pas une conjecture vraisemblable. Hvlas portait de l’eau à Hercule tourmenté par la soif , et il ne peut en prendre , di la lui verser. Comment donc accomoder ce sujet avec une figure qui a uu vase plein d'eau qu’elle répand? Nous n’ignorons pas que l'on trouve sur les médailles grecques quelque ligure d’un fleuve debout versant de l'eau, et qu'il est représenté sous la forme d'un jeune homme , comme le sont tous

les chlamvdcs des figures de Ganimède chlamydcs de chasseurs ; .on en voit revêtues toutes les figures de chasseurs sculptées sur un bas-relief/ entre autres monumens b citer, donne' par Dempstcr, pl. XLVII. Comme on voit presque toujours Ganimède portant cette chlamyde, de mênlc que d’autres héros qui se donnaient h la chasse, on en lire encore plus la preuve que l’on se servait de la chlamyde dans cet exercice. Ganimède est appelé continuellement chasseur par les poètes :

Uinç Phrjrçius fulvis vtnator toUitur ali s.

Sut., Thcb. ï, v. i48-

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les fleuves non navigables (r). Mais pous ne connaissons aucun de ces fleuves dont la beauté soit devenue assez célèbre pour pouvoir imaginer qu'on l’ait représenté dans notre statue.

11 nous reste quelque chose à dire des caractères grecs , qui sont gravés sur le tronc qui soutient la statue ; ils sont assez incorrects et trèseffacés* Si nous voulons les considérer tels qu’ils paraissent , c’est-à-dire par ce mot $AlArMOS , nous ne savons à quel nom 1* appliquer ; mais supposant la cinquième lettre altérée et la réduisant à un I , on pourra lire OAIAIMG2, et croire que Phédime est l’artiste qui a fait cette figure (a). Quelques recherche» que nous ayons faites

(i) Pour dire en passant quelques mots sur un sujet, dont nous aurons occasion de nous entretenir ailleurs, nous renvôyerons nos lecteurs pour les images des Fleuves de'* bout, et sous la figure de jeunes garçous, aux notes du traducteur de la mythologie de Banier, imprimée à Mapics, tome I, page i63 , où l'on verra les fleuves Ipsa et Grisa représentés débout , et le fleuve Acis sous la forme d'un jeune garçon couché,, comme aussr d’autres têtes egalement de llcuvcs , étant des jeunes garçons.

(a) Ce Phédime n’est pas dans le nombre des sculpteurs dont parlent Pline , Pausauia» , ou d’autres écrivains, de sorte qu’en conséquence' il n’est pas question de lui dans les ouvrages des modernes qui’out compilé les noms indiqués de tous les anciens artistes j cl c’est la première fois qu’on le trouve gravé sur une sculpture.

Ce noiu de Phédime en langue grecque ne signifie que Jllustris , Clarus. M. l’avocat Fc» , déjà cité, a rapporté, daus sa relation de son voyage à Ostie, page , n. i , plusieurs exemples de ce nom, par ex., dans un poète

parmi les noms des artistes, nous n’en avons pu trouVer un pareil , quoiqu'il fut en usage cher les anciens d’écrire le nom , et qu’on en trouve quel* que mémoire dans les inscriptions grecques. Nous pouffons doue seulement, d’après ce modèle char* niant de sculpture , ajouter un nom nouveau dans le catalogue des anciens sculpteurs grecs.

Addition des Auteurs.

Nous ne pouvons trop nous arrêter sur une statue qui se fait remarquer par son élégance grecque , et on ne nous fera aucun reproche si nous ajoutons quelques observations à ce que nous avons déjà dit sur son sujet. Nous avons observé en lisant Eratosthènes (i), dans le chapitre 26, que selon quelques-uns , le Verseau , signe céleste , était le même que Ganimède : . Nonnulli volant hune ( Aquarium ) esse Canjrmedem. 11 dit eu outre qu’il ressemblait dans son image à quelqu’un qui verse du vin : Simulacrum videtur sitnüe vinum fundenti. Il ajoute enfin une particularité <jui convient à notre statue , en disant particulièrement, que de la main gauche il versait de l’eau: Effusio vero aquae a sinistris fit.

grec dont parle Fabricius ; sur diverses incriptions de Gruter, de Fabretti , de Muralori , enfin sur les inscriptions du Musee Gabino.

(i),V. O/iutcula myihologica phjsica et et ica , gr. lat. ( Thomas Gâte) page ta». .

Après avoir parlé d’un morceau antique si bien cxcculé , et d’ un sujet que tant d’artistes célèbres de la Grèce ont traité avec grâce , il n'est pas hors de propos de dire , que nos artistes modernes ont aussi déployé leurs talens sur le même sujet. Nous ne parlerons pas du Titien, qui s'est distingué par son style sublime dans -son tableau quireprésente l'enlèvement de Ganimède $ mais nous ferons l’éloge d’un artiste de nos jours , auquel nous tenions par les liens de l’amitié, et à la mémoire duquel nous sommes attachés. Dans le tome II des Memorie enciclopediche romane sulle belle ■ arti antiche y etc., page i35, on parle d’une charmante composition de feu Gaspare Capperoni, graveur en pierres fines, laquelle représente le jeune Ganimède assis , donnant à manger à l’aigle de Jupiter. Cet habile professeur des beaux-arts , réuni au sculpteur, M. Antonio d’Este , coopéra -à la publication des monumens de ce Musée , dont l’explication a été remise â nos soins. S’il n’a pas eu le plaisir de voir mettre au jour ce premier volume, nous nous empressons de remplir un triste devoir en plaçant une couronne sur sa tombe , et en faisant partager au public toute la douleur que sa perte nous cause.

Gaspare Capperoni naquit à Rome le 17 décembre 1756: son père', Dominique, de Civita rcalc, tenait un commerce de Droguerie. Le jeune homme , après avoir terminé scs éludes , se livra & celles du dessin chez le cher. ViuceDzo Pacclti. 11 y fit des progrès si rapides, qu 'après avoir oh-

tenu quatre fois le prix dans 1 ’Acadcfpie du nu, il remporta en 1 785 le premier prix de sculpture au concours Clémenün. Sa coniplevion délicate ne lui permit pas de sc donner au travail du marbre , il choisit la gravure en pierres fines , et il prit scs leçons de Francesco Alfieri sculpteur et graveur: sous ce maître il ne tarda pas à acquérir une réputation méritée. Ayant ensuite formé une liaison d’amitié avec Gavin Hamilthon, peintre écossais, il sut, quoique jeune encore, sc faire diriger par cet savant connaisseur des arts et de l'autiquité j et ayant d’après scs avis fait une élude profonde des médailles grecques , il parvint , nous pouvons le dire , à être inimitable dans le talent de la gravure, et h graver en relief des portraits et des têtes idéales avec une grande perfection (1). Adonné à un travail assidu , il vécut concentré dans sa famille , loin du tumulte de la société. L’étude qu’il avait faite du dessin le rcudit aussi excellent connaisseur en peinture , de sorte qu’en exerçant sa profession , il fit l’acquisition d’uu grand nombre de tableaux , la plupart d'uu rare mérite , et dont il retira beaucoup de profit.

Après une longue maladie , contre laquelle no purent rien les secours de l’art médical et le changement d’air, il cessa de vivre le 1 3 décembre 1 8o8,

(1) On pourra lire l’indication de scs beaux ouvrages, et des curiosités qu’il possédait, dans les Memorie EncictoyeJiche , dout ou a parlé, t. III, p. 1 5<i ; t IV, p. i»5.

Musée C/iiar. Vol. I. i5

4u milieu des larmes de sa nombreuse famille , pleure par tous ceux qui le connaissaient et qui avaient admiré scs vertus et scs talens. La pureté de ses mœurs , ses soins pour élever sa famille , le rendront toujours un exemple à donner aux pères de famille et k ceux qui cultivent les arts.

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