PLANCHE XII
Minerve Pacifere *.
En suivant l’ordre des divinités supérieures, après avoir parlé de Jupiter, de Junon et des objets qui ont des rapports avec eux, nous allons nousoccuper de Minerve, nce du cerveau de Jupiter (»).
Philoslratc décrit une peinture antique où l'on voyait Pallas sortir tout armée du cerveau de Jupiter, que Vulcain avait ouvert d’un coup de hache, pour lui donner passage (a). Nous avons beau-
* Cette statue est de marbre pentcliqne de grandeur naturelle : ses bras sont modernes. Elle était placée dans les jardins de messieurs les comtes Giraud à Montorico , derrière la fontaine de YAcqua Paola. M. le chev. Vincent Pacctti l’acheta, et en fit la restauration avec beaucoup d'élégance.
(i) Cailiniaquc , In las'acr. Pallad. , v. 334 î
« La Déesse ne fut pas mise au jour par une mère , car elle sortit du cerveau de Jupiter. •
(al Palladem autan ar matant horrent , quae e Jovis tapit e nuper erupit , frulcani machùiis cuUubitis , est enim ex eanan numéro securis. Philostrat. , Opéra , tome II , page 83a; Icon. , lir. Il, ch. XXVI.
coup de motraraens qui sc rapportent h celte naissance singulière. Elle est représentée sur une patère étrusque , oit chaque figure est distinguée par son nom (i). On la voit de même sur plusieurs lampes antiques (2), ainsi que sur divers bas-reliefs (3).
Cette étroite union entre Jupiter et sa fdlc fit que dans l'ancienne Grèce on réunit très-souvent leur culte; selon Pausapias (*4) , on voyait dans plu-
(1) Cette belle patère se voit dans Gori , Mus. Etr tome 1 , pl. CXX j dans Dempsler, de Etrur. Reg. , 1. 1, page 1 j interprété par Pusseri , Paralip. ad Demp. , p. 19; comme dans Fabrelli, Inscript. , page 538. Monseigneur Pierfrancesco Fogginr l’a expliquée daus une dissertation particulière, insérée dans les essais de l’Académie de Corlone , tome 11 , page 9!. Finalement l’abbé Laozt l’a reproduite dans sou ouvrage savant sur U langue étrusque, tome 11, page 191 , et il a fait les plus heureuse* observations sur les caractères qu’on y voit gravés.
(*4) V tisserins Luccrnae Fictil. , pl. LU. On voit sur celle lampe rare, Pallasen Vair, au moment où elle vient de sortir de la tète de Jupiter. Ce Dieu est assis entre Yulcaiu qui tient la hache , et une autre divinité, qui est peut-être JuAon , surprise et admirant cette naissance.
(3) Winckclmann, Mon. ant . ined. , tome II, page 5, parle d’un sarcophage étrusque sur la face duquel étiil de même représentée la naissance de Pallas : et il fait l’éloge d’un bas-relief existant dans la maison Rondinini sur lequel se voit le même sujet.
(4) Pausanias décrit plusieurs temples .communs à Jupiter et Pallas. In PiraCO vtro qtiae spectantur hacc sunt Jo\'is et Minervae Janum. Pau sa u. , liv. I, ch. I, p. 3j le même, ‘liv. II, chap. XXIV page *05 ; et lir. V,
sieurs lieux le simulacre de Jupiter uni à celui de Minerve. Comme la religion paÿenne donnait à Pallas diverses attributions , et qu'on l’adora dans tant de villes plus que toute autre divinité , on observe une grande variété dans ses simulacres très -multipliés, et elle fut de même vénérée sous beaucoup de noms (i).
Un des simulacres de cette Déesse , le plus ancien , dout parlent les poètes et les historiens, ce fut le Palladium de Troye. On a beaucoup varie dans
ch. XVII, page 4‘9> X, ch. V, page 808, et
dans d'autres lieux.
Horace place Pallas aux côte» de Jupiter Proximos illi (amen occupavit Pallas honores-
Horace, liv. I, Carm ., Od. XII, v. 19. On voyait aussi à Rome dans le temple de Jupiter Capitolin la statue de ce Dieu au milieu de Pallas et de Junon.
(1) Si Ton veut consulter Pausanias seulement, on trouvera que MincrVc eut beaucoup de noms, qui prenaient leur origine ou de différentes villes ou des attributions qu’on lui donnait. Begcr , tome I du Musée de Brandebourg, cite beaucoup de ces nom» ; Noël Canti en a rapporté beaucoup k la page 5o3. Les diverses manières dont Pallas est représentée sur les anciennes médailles grecques ne sont pour la plupart que des images de cette Déesse qui ont rapport aux lieux où elle était adorée. K existe aussi quantité de figures de Pallas , différentes entre elles, sur les médailles romaines, et qui avaient des rapports avec les üifl'érens temples qui lui étalent consacres. Le nombre considérable des statues et des bustes de cotte Déesse , qui nous sont parvenus, donnent la preuve de la justesse de l’observation.
les descriptions de celle image ; quelques-uns assurant qu’elle était assise , d’autres debout lançant sa pique d’une main, et de l'autre tenant la quenouille et le fuseau. 11 paraîtrait cependant que généralement tons les artistes anciens l'ont représentée avec une lance et un bouclier rond ou argotique, dans une position roide et dure, et qu’elle semble se terminer presque dans la forme d’un hermès , comme étaient tous les simulacres religieux des Payent de l’antiquité la plus reculée (i).
Mais il serait trop long de parler de toutes les statues de Pallas dont nous trouvons quelque souvenir dans les anciens écrivains , ou sur des monumens encore existans , restes des arts de la Grèce et de Rome. 'Toutefois nous pouvons assurer k nos lecteurs que cette première statue , que nous leur présentons , est ornée de beautés peu communes.
La pureté de ses formes , la noble simplicité de ses vétemens , doivent la placer indubitablement parmi les ouvrages grecs , au moins pour l’invention ; sa tète est année d’un casque simple, «ans crinière , sans autres oroemens qu’un rameau d’olivier délicatement travaille (a). Quoiqu’err général
(i) Nous parlerons plus amplement du Palladium dans les discours sur la planche XX de cc volume.
(i) Apulée , liv. X des Metam . A page a53 .... Minervam , cajwt contacta fulgcnti galea , oleagina corona tegebatur ip sa galea. Pascal. , dans son traite' De Coro~ tus assure, liv. VI, ch. XVII, p. 3g!., que Von offrait les sacrifices k Pallas avec le front couronne' d’olivier , et cela fut observe par Domilica. Scion Valerius Flaccus,
le» statues de Pallas soient revêtues d'une tunique courte et relevée , cependant on les voit rarement sans la formidable cgide , comme dans la statue présente ; de sorte que si sa tête ne lui était pas conservée, on eut eu des difficultés II l'attribuer h Minerve ( i ). Mais aussi cela nous fait croire que ce
liv. III, v. 4^4 , la couronne d'olivier était le signe de la chasteté :
Tempora tum vit Us et suplice cas tus olivU
Jmplicat.
Et par celle raison l'olivier convenait k Pallas.
(l) Nous avons déjà rapporté quelque exemple de Pal' las sans armes, dans nos explications discours VIH, p. 73, u. (3). Il nous suffira d’indiquer présentement d’autres monument qui ne nous offrent cette Déesse qu’avec le casque pour arme. On peut les voir dans la Galerie Giustiniaui , tome I , pl. 4 * 5 ; au tome II, pl. 65, 1 5 1 , 140 ; dans les A lonum. ined. de Wlnckelmann , n. 18 et u. Ml ; dans le Musée Pie- Clément in , tome III , plan* clie XXXVII. Quoique le commentateur ait supposé que dans celle figure et dans d’autres l’égide était sous le vêtement , elle ne manque pas cependant dans notre statue, et bien souvent les poètes décrivent la Déesse se couvrant de celte arme pour combattre.
Mais ce qu'il est bon d'observer pourtant, c’est que la Miuerve Pacifère représentée sur les médailles impé' liâtes est également sans égide, comme on peut le voir sur la grande médaille de Clodius Albinos citée par Vaillant , Aurn. Itnp* Sclccta , tome II, p. 161 , de même que sur celles „dc Marc-Aurcle, de Commode , de Seplime, publiées par Agostini, Dial. , page i43, quoique sur ces dernières Pallas ait encore la lance et le bouclier. On voit sur une médaille de Marc-Aurèle, encore jeune, une Mi* nerve casquée , uyanl une chouette daus la main droite, une lance dans la gauche ; à scs pieds est son bouclier, et cependant c’est encore une image de Minerve Pacifère.
marbre représente une Minerve Pacifcrc , la protectrice des sciences , et nou la Déesse terrible de la guerre. Aussi cst-cc avec discernement que l’artiste ne lui a pas mis dans les mains la lance ni l'écu y. mais la chouette , symbole qui convient à la Déesse de l'étude.
Tout le monde sait que Pallas ayant chasse la corneille à cause de sa loquacité, fit choix pour son favori de l’oiseau de la nuit , parce que ce temps est propice aux études sérieuses des sciences. Athènes 1a savante mettait sur ses monnoics, et partout , la chouette de Pallas -, et on la voit très-souvent ou aux pieds de la Déesse , ou dans ses mains , sur les bas-reliefs et sur les médailles anciennes , quand le temps n’a pas détruit les symboles , ce qui n’arriva que trop souveut aux statues ( i).
(i) Qu’on ne croye pas que ce soit inutilement que nous nous occupons de la chouette, symbole mis à notre figure dans des temps modernes , cela serait en effet inutile si ce symbole n’avait pas été copie' d’après d’autres monument antiques, et s’il ne convenait pas a Minerve. Le savant écrivain du Mutée Pie-Clémeutiu en a déjà dit assez sur les motifs qui avaient rendu cet oiseau cher à Minerve; il avança pour cela des raisonsqui avaient clé inconnues jusqu’alors , mais qu’il puisa dans les ancieus auteurs. On voit une chauve-souris volant au dessus de la tète de Pallas dans la très-jolie figure du Musc'c Florentin , tome III, pl. VII, et encore mieux dans le Musée Etrusque , tome I , ph*XXV III , où le monument semble donner l’explication d’une expression d’Aristophane, qui dans sa comédie intitulée Ares, p. 3rj8, v. 5i4» dit
L’olivier, cet arbre que Pallas a fait naître pour
que les oiseaux consacrés aux divinités sc voyaient sur la tête des Dieux eux-mêmes.
. . . . ’ . Jupiter Me qui ruine régnât
Aquilam averti gerit in cafrite , ut qui rex sit , Ejusque filia noctuam , A polio vero , tamquam famulus accipitrem.
Cependant l’ancien scoliaste dans la note sur ce vers, fait le commentaire de notre statue , en disantque c’ctait la coutume de représenter Jupiter avec un aigle stirmontant son sceptre , cl que la statue de Pallas , appelée Ductrix t avait dans sa mains la chouette : voici scs paroles : O ppiv tfov lit rqç X(fiaÀt}Ç. Avem gerens in capite. * Oportuit dicere tz in sceptro “ ha enim Pindarus * Et-Jri y d axtiirTpa A toç, « Dormit haec in sceptro Jovis. » Vel quod in capite cujuscumque Dei eus eu es , quae iis consecratae crant , constituera solebant. Âfinervae autem Archegetidis sintulacrum noctuam habebat in manu. Apollo contra accipitrem tenebat , utpote scilicet dis inatoriam avem , et ipse tnmquam Jovis farnulus ; quum accipiter aquila ipsa minor eu.
Une Pallas en bronze du Musée Kircker, citée par AVinckelmann , Pier. grav. de Stosch , page Ü5 , est représentée de la même manière; clic est de même sur la cornaline que l’auteur indique au num. ato. La jolie petite statue de Pallas également eu bronze que l'on voit dans la Collect. Ant. Rom . de Borioni , que Rod. Venuti, à la pi. XIX*, pensa cire une Agiippine Minor sous la figure de Minerve, a aussi une chouette dans la main. Sur une médaille d'Athènes publiée dans l’ Histoire de l'Acad. R. des hcr. et Belles lettres , tome I, page agi , num. VI, éd. in- 10, Pallas est représentée avec une branche d'olivier dans la main droite, et la chouette dan» la gauche. Parmi les médailles grecques impériales de Vaillant sur les nié* daillcs des habitaus d 'Aega et de Cotiacum dans Agrip-
lai
être utile aux homme» (i), est, comme on sait, le symbole de la Paix (2)5 et le rameau qui orne le casque de cette statue , nous a décidés , en outre des autres motifs dont nous ayons parlé , à lui donner le nom de Minerve Pacifcre.
Il est nécessaire de faire quelque remarque sur le casque de cette Déesse. 11 a la forme du crâne ; il est garni de deux ouvertures comme le* yeux , afin qu’on puisse l’abaisser en avant et former la visière. Ces casques si simples se trouvent dans les images de Minerve et sur les figures militaires d’un travail grec (5).
pine Major, page i5, est indiquée de même. On peut en voir d’autres exemples dans Pellerin , tome 11 ^ Peup. et Vil . , pl. XLVII , n. 73. Mélange , tome I , pl. XIV, 11 un». 8.
(1) Quoique les anciens avant raconté de différentes manières le combat entre Pallas et Neptune , cependant tous conviennent que Pallas fit naître l’olivier. Pausanias, liv. I, ch. 24 , page 5n , décrit une figure de Pallas, et dit : Prima oleae plantam Miner va proferens.
(2) Nous citerons à ce sujet quelques vers des anciens poètes
Circuit extremas olcis pacalihus oras
Ovid., Meiam. VI, v. 101.
Paciferactjue ramum pr ne lendit olivae
Virg. , Aen. VIII, v. 1x6.
(3) On voit généralement dans les ouvrages grecs Pallas avec le casque dans la même forme que celui de notre statue. Le buste colossal de la même Déesse , qui a etc autrefois dans la Villa Albani , et qui se trouve maintenant au Musée de Paris, avait le casque dans le même genre , et on le voit de la même forme dans plu-
Musée Chiar. Vol. I. iG
Quelques écrivains ont cm, dit Ferrari (i), pouvoir donner le nom de tunica pectoralis au vé-
sicurs gravures de monument grecs , comme dans celle d’Aniioclius rapportée par Gori , Inscript. Etrur. , tome I, pl. I , n. IV ; dans celle rapportée par Mariette , Pier. grav. , tome U, p. II, n. 4 i dans celle d'Aspasie citée par Winckclmann , Mon. ined. , tome II, page i43. Ce même écrivain remarque que celte partie du casque qui était saillante sur le front , s'appelait subgrundium , parce que cette partie faisait au casque et à la tète le même effet que la goutière fuit pour un toit. Dans un autre endroit il prévient, page i8i,que l'on rabaissait ces casques sur le front, ce qui formait ainsi la visière. Nous ne nous rappelons pas d’avoir vu aucun monument qui nous démontre cet usage , et nous ne pouvons qu'indiquer une très-petite statue en bronze du Musée Obizi du Catai , qui nous l’indique. Nous produisons dans la plan* cbe du supplément ce combattant , d’un travail assez médiocre, dont la tète est couverte d’un casque de la forme dont il est question; il s’en sert puor visière, et les yen*, de ce casque lui donnent la facilité de voir en se battant. Dans le Journal des Monumcns inédits, 1-8-, mai, tome IV , pl. II! , ou voit le dessiu d'une terre cuite où est un combattant dont le front est couvert d'une visière ; mais il semble plutôt être un combinant d'amphitéàtre qu’un guerrier, comme l’a indiqué l’éditeur, pl. XI.III.
(0 II * pin à monseig- Bottari de lui donner ce nom dan* le discours sur la planche VII du tome III du Musée Capitolin , mais Ferrari parle plus des liabillrnicns d'homme» , et romains, même du bas empire, que des liabillemens des Grecs ; d'où il parait avoir mal à propos donné ce nom à la tonique supérieure de Falla». Nous ne croyons pas non-plus devoir l’appeler Colascium comme celle que Winckelmann a remarquée sur le vase où est représenté le jugement d'Orcstc , tome II , p. 307 , parce
tentent supérieur j mais il nous parait que ce n'est que l.i tunique courte ordinaire dont nous voyons revêtues Pallas et les autres divinités du même sexe. ‘VYinckelmann nous montre un vêtement pareil dans la Pallas du bas-relief des noces de Thélis et Pelée (i). Cette tunique supérieure, et celle de dessous, sont travaillées à petits plis , comme dans les figures d’un style grec ancien (a).
La chaussure de la statue n’a rien de particulier , ses pieds sont presque en entier couverts par cette longue robe qui est propre à cette Déesse, laquelle daus toute sa personne conserve ce main* tien virginal , qui est son caractère distinctif.