‹ Monumens du Musée ChiaramontiChapitre 3 sur 60 · XXXIII · texte numérisé non relu

XXXIII

vît Hadrava dans Capri , tous trois semblables entr’eux, et du mode le plus délicat que l’on connaisse, sont très-célèbres. Ils représentent quatre figures, et Morcelli les a reconnues pour être quatre femmes sacrifiant; Winckelmann y a cru voir la libation faite par une figure ailée à une Muse, suivie de Diane et de Vesta; Zoega crut que cette figure ailée était une Iris; et M. Hirt y a vu une Hebé , déesse de la jeunesse. Toutes ces opinions disparurent et furent mises à l’écart, aussitôt que chaque figure, soumise à l’examen, avec la plus grande attention* et toutes confrontées avec de semblables, que Ton voit sur les pierres gravées, sur les statues, et sur les médailles, on a reconnu, jusqu’à la certitude, que les cinq bas-reliefs sont les copies antiques d’un beau monument choragique , ou théâtral, dédié dans le temple à' Apollon Licius par un joueur de lyre, vainqueur dans les jeux solemnels au combat du chant. Celui-ci enflé de son succès, pour se glorifier lui-même, a fait représenter, par un artiste démérité, Apollon Musagètes dans l’action de recevoir la libation que la Victoire, tenant un vase, Musée Chiar Yol. I. c

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lui verse dans sa patère; espèce d'apothéose , et signe expressif d’un triomphe obtenu. Les deux femmes, qui l’accompagnent, sont Diane et Latone , Déesses paredrae ou compagnes d’Apollon lui-même , qui inter matrem , interque sororem Pjthius in longa car mina veste sonat. Celui qui a vu l’Apollon Musagètes du Musée Pie-Clém. , et l’Apollon que le roi de Suede Gustave III acquit, dont Guattani fut l’éditeur, et les deux de Postdam expliqués par Levejow; celui qui a confronté la Victoire dans les médailles de Néron joueur de Lyre, dans l’apothéose d’Hercule , dans les Vases de Tischbeyn, et dans cent autres lieux; en un mot, celui qui a pesé avec sagesse et une saine critique cette élégante composition, n’a pu ne pas y reconnaître la Victoire , Apollon , Diane et Latone, et conclure avec Boettiger, que si quelqu’un, à l’interprétation que l’on expose, calculum suum adiicere , tamquam longius ar cessitae , dubitet ; vix tamen aliter rem expediet ; sudabit , aestuabit multum , nec veri similiorem reperiet.

Dans la même ville , et dans le palais Albani, il y a deux autres bas-reliefs; dans le

premier desquels on voit un homme barbu, nu jusques à la poitrine, étendu sur un lit, avec une femme assise à ses pieds , et qui de la main droite lui presse le bras gauche; un cheval et un serviteur nu portant un vase et la patère. Dans le second, presque semblable, au lieu du sujet ci-dessus, on voit la tête d’un cheval à une fenêtre, et quatre personnes spectatrices de la scène. Winckelmann les a publiés, et il y introduit Neptune, Cérès , Arion et Pélops. Zoega les a reproduit, et dans le premier, il reconnaît une scène domestique, dans le second deux époux à table. Le chev. Inghirami les a comparés tous deux avec d’autres semblables qui sont dans divers Musées , et bien que tous soient sépulcraux, il conclut positivement que l’on a représenté-là la séparation très-amère de deux époux qui se séparent à jamais , le cheval ne s’y trouvant introduit que comme symbole d’apothéose, c’est-à-dire, du passage de l’âme à une vie meilleure,

Gori a publié dans les Inscriptions d’Étrurie une sculpture de douze figures , dans lesquelles , dit-il, sublucet quam maxime effigies Commodi imperatoris ? quum

urbem Romani, velato capite , novam Coloniaux Commodianam esset facturus. Nous soutiendrions que le savant, ou n’a pas examiné le monument avec l’exactitude nécessaire, ou ne Ta pas comparé avec les médailles et avec les bas-reliefs, en regard , car les traits de la figure principale ne se rapprochent en aucune manière de celle de Commode, et le petit enfant avec le bonnet Phrygien , qui semble prendre tant d’intérêt à ce sacrifice, n’a rien à faire avec cet empereur. Nous ne savons pas non plus que jamais Commode ait sacrifié à Hercule une truie avec beaucoup de marcassins. L’illustre abbé Zannoni a savamment observé avec Virgile, Dénis d’Halicarnasse , et plusieurs autres anciens à la main , qu’Énée débarquant sur le rivage de Laurentum vit une truie avec trente petits pourceaux blancs; qu’elle fut sacrifiée par lui, et que ce fut de-là que vint l’origine de la construction de Lavinium et d'Albe , d’où s’éleva ensuite Rome , l’éternelle cité. La truie avec les Pénates d’Énée est dans une monnoie de la famille Sulpicia; Énée avec son fils Ascagne, qui du rivage du Latium observe la truie avec ses petits

sous un figuier sauvage; au-dessus, les murailles d’une ville, sont sur une grande médaille d’Antonin le Pieux. Sur un autel du Musée Pie-Clém.,Ënée est représenté ayant la truie à ses pieds, et Homère assis , qui semble chanter la future grandeur de la postérité des héros. Le même animal se trouve encore en rondebosse et en bas-relief dans d’autres monumens. Pourquoi donc ne reconnaîtrions nous pas aussi dans le marbre de Gori le pieux Troyen qui, avec le voile sur la tête , consomme le sacrifice rapporté, avec le rit que Helenus lui a prescrit, ayant à sa suite son fils Ascagne, et étant entouré de ses compagnons, en face des deux villes, d’Albe et de Rome, que l’artiste a représentées là par une ingénieuse anticipation , à l’effet de rendre sa composition et plus belle et plus majestueuse ? Zannoni présente divers exemples de telle prolepsis familière aux poètes ; et déjà Yisconti , quant aux artistes anciens et modernes, en avait avancé d’autres. Si les bas-reliefs eussent été toujours examinés et confrontés entr’eux avec la même attention, on n’aurait pas, certes, jugé ni un Jupiter, ni un Bacchus enfant, le

petit Faune de la Galerie Giustiniani, dans une copie duquel Visconti découvrit la petite queue. On n’auroit pas pris pour l’aveuglement de Polymnestor y ni pour celui de Phénix fils d’Amintor, dans l’urne étrusque du Musée Florejntin, ce qui représente de la manière la plus manifeste la cécité d’Oedipe, opérée non par lui-même, mais par les écuyers de Lajus , ainsi que l’a prouvé Zannoni, avec une citation, vraiment classique, tirée des Scolies des Phoenissae d’Euripide. Enfin on n’eut pas pris pour Augé et Telephe, ou pour Hypsypile, vendue esclave à Licurge roi de Néme'e, ou pour les Pelasges qui ravissent les femmes aux Athéniens, une Hélène enlevée par les serviteurs de Paris, dans un bas-relief publié par Zoega; le même sujet se trouvant répété dans deux urnes étrusques de Gori, l’une du Musée de Veronne, l’autre du Musée Guarnacci , et ailleurs.

Les pierres gravées examinées aussi avec la sagacité déjà demandée , acquièrent de l’évidence et de la clarté. Agostini en a publié une dans laquelle il découvre les trois Déesses rivales , principalement parce que la dernière a sur la tête une coiffure qu’il

a jugée un casque. Cette pierre mise à côté cependant de quelques autres, on a découvert que cette coiffure n’est pas un casque, ni que trois jeunes personnes, s’embrassant dans une sécurité fraternelle et de concorde , pouvaient représenter P odieux rapprochement de trois rivales orgueilleuses et pleines de jalousie. La pierre doit donc représenter les trois Grâces, sujet traité tant de fois par les anciens artistes; celle avec la coiffure en tête est la plus jeune d’elles, épouse de Vulcain, dont elle porte le bonnet, c’est la grâce, qui embellit et rend aimables les ceuvrages des arts, qui mélangea les couleurs d’Apelle, et qui conduisit le ciseau de Praxitèle. Le bonnet est là comme symbole du savoir; et les épis que porte en ses mains celle du côté opposé ont allusion aux richesses , la troisième dépouillée d’ emblèmes , fait allusion à la simple beauté , puisque, selon Pindare , c’est aux Grâces que l’on doit savoir gré si ao(pôçy eî na/ioç, el Tiç ây'kubç avÿp , si V homme est sage , s'il est beau , s'il est riche •

Une femme assise devant un temple avec un simulacre dans le bras gauche , et en-

tourée de trois figures, se voit dans un trèsbeau camée (sardoine-onyx) du Musée Florentin , qui parut à Gori représenter Théano affligée de ce qu’elle doit remettre le Palladium aux Grecs. Lanzi, au contraire, y vit Yesta avec deux Pénates et le Génie de Troie. L’abbé Zannoni ne fut pas satisfait de ces interprétations, qui n’avoient pas l’empreinte de la saine critique, que tout le monde lui connaît. Ayant lu dans Hygin qu’Oreste agité parles Furies , reçut de l’oracle, à l’effet de se délivrer de ses maux, l'ordre d’enlever dans la Tauride le simulacre de Diane, et de l’apporter dans Argos ( ce qu’il exécuta avec son ami Pylade , grâce au stratagème très-connu d’Iphigénie qui étoit la prêtresse de la Déesse ), il a savamment pensé que la pierre représentait ce sujet. Ensuite il soumit à l’examen tous les passages qui dans Euripide ont rapport à ce fait , et il prouva que la pierre y correspond avec une admirable vraisem* blance. Mais ayant fait voir d'après le même sujet soit en peinture, dans les fresques d’ Herculanum , soit en sculpture , dans deux urnes étrusques , il se livra

avec une telle franchise aux particularités les plus minutieuses , que Ton a dû y reconnaître Iphigénie, Pilade, Oreste et les satellites du roi Thoas, destinés à égorger les hôtes en sacrifice à la Déesse, selon l’inhumaine coutume de cette terre barbare.

Également dans une pâte antique, et dans une pierre du Musée de Stosch , la figure soit nue, soit revêtue d’une tunique talaris9 avec de grandes ailes déployées, n’est pas Jupiter, apparaissant à Sémelé, brillant de sa plus grande gloire, mais c’est, comme l’observe Boettiger, dans le bel ouvrage de Schlichtegroll, le Tanatos ailé, c’est-à-dire la Mort prête à embrasser une jeune fille qui repose endormie, tendre allégorie avec laquelle l’artiste a voulu indiquer la fin prématurée d’une vierge dans leclat de sa beauté.

La citation que nous avons faite des fresques d’Herculanum , nous rappelle à la pensée cette antique peinture du Musée de Portici, ou l’on voit le premier des travaux d’Hercule. Les académiciens qui l’ont expliquée reconnurent Jupiter dans la figure qui est dans l’action de tirer l’épée c TTtam^evov t o %i(poç , bien qu’il n’y ait aucun

doute qu’elle doit être ximphitrion , introduit dans cette attitude par Théocrite dans ses Idilles, ce qui est confirme par un basrelief du Musée du Vatican lequel, exprime le même sujet que la peinture d’Herculanum j peinture qui, peut-être, fut imitée de celle qu’exécuta Zeuxis, et dont Pline fait mention.

Dans le même Musée du Vatican il y ‘a aussi un vase sur lequel Winckelmann a reconnu dépeint Ulysse transformé par Palîasen vieillard tremblant et courbé. Le docte Allemand se ressouvint que la métamorphose d’Ulysse advint, selon Homère, par l’attouchement d’une baguette ; et voyant que la Déesse ici n’a point de baguette, mais un vase avec lequel elle verse l’ambroisie dans celui du vieillard , plutôt que de changer d’idée , il en attribua la cause au caprice de l’artiste qui avait ainsi voulu se conduire en peintre poète, plutôt qu’en copiste. Quiconque a observé un bas-relief grec du Musée de Velletri, où Hercule présente sa coupe pour recevoir le nectar divin qu’est prête à lui verser une Déesse, pudiquement voilée, s’aperçoit aussitôt que ce n’est plus Ulysse qui est peint sur le vase, mais bien

Hercule ( la massue le confirme à-coup-sûr encore plus ), et qui n’est pas couvert de la peau de cerf, mais bien de celle du monstre de Lerne qui lui est particulière. Tous les mythologues s’accordent à dire quAlcide a du son apothéose à Minerve qui lui fit boire l’ambroisie, Pindare attribuant aussi généralement à cette boisson des Dieux la merveilleuse vertu de rendre les hommes immortels.

Montfaucon , Ducange, Moreau de Montour et plusieurs autres , ne virent-ils pas dans le dyptique de Dijon l’itnage de Stilicon, de Serena sa femme, de Eucharius , de Marie et de Termantia leurs en fans, quand il n’y avait là que le consul de l’an 5o6 Flavius Ariobindus avec deux officiers et huit figures qui représentent le peuple spectateur des jeux du cirque? Qui découvrit cette équivoque? Ce fut l’Hagembuch à l’aide de la confrontation du dyptique de Zurich. S’il soupçonna d’abord seulement quel était le vrai sujet, son soupçon prit une grande force alors qu’on publia le dyptique de Lucca, dont l’inscription, dans la forme des caractères, et dans les titres inscrits , est tout-à-fait

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