‹ Monumens du Musée ChiaramontiChapitre 28 sur 60 · PLANCHE XII · texte numérisé non relu

PLANCHE XII

Minerve Pacifère *.

En suivait Tordre des divinités supérieures, après avoir parlé de Jupiter, de Junon et des objets qui ont des rapports avec eux , nous allons nous occuper de Minerve, née du cerveau de Jupiter (i).

Phiîostrate décrit une peinture antique où Ton voyait Pallas sortir tout armée du cerveau de Jupiter , que Vulcain avait ouvert d’un coup de hache, pour lui donner passage (2). Nous avons beau-

* Cette statue est de marbre pentéljque de grandeur naturelle : ses bras sont modernes. Elle était placée dans les jardins de messieurs les comtes Giraud àMontorico, derrière la fontaine de Y Acqua Paola. M. le chev. Vincent Pacetti Tacheta, et en fit la restauration avec beaucoup d’élégance.

(1) Callimaque , in lavacr. Pallad. , v. 554 '

« La Déesse ne fut pas mise au jour var une mère , car elle sortit du cerveau de Jupiter ».

(2) Palladem autem armat am horrent , quae e Jovis capite nuper erupit ; Vulcani machinis adhibitis , est enim ex earum numéro securis. Phiiostrat. ; Opéra , tome II 7 page 85 2; Icon. 7 liv. II 7 chu XXVI,

Coup de monumens qui se rapportent à cette naissance singulière. Elle est représentée sur une patère étrusque , où chaque figure est distinguée par son nom (i). On la voit de même sur plusieurs lampes antiques (2), ainsi que sur divers bas-reliefs (5>

Cette étroite union entre Jupiter et sa fille fit que dans l’ancienne Grèce on réunit très-souvent leur culte j selon Pausanias (4) > on voyait dans plu*

(1) Cette belle patère se voit dans Gori ^ Mus. Etr. s tôme I, pl. CXX ; dans Dempster, de Et rur. Reg., t. T; page 1 ; interprète par Passeri , Paralip. ad Demp . , p. 19 j comme dans Fabretti, Inscript., page 558. Monseigneur Pierfrancesco Foggini l’a expliquée dans une dissertation particulière, insérée dans les essais de l'Académie de Cortone ^ tome II , page q3. Finalement l’abbé Lanzi l’a re* produite dans son ouvrage savant sur la langue étrusque, tome II, page 191 , et il a fait les plus heureuses observations sur les caractères qu’on y voit gravés.

(2) Passerais Lucernaè FictiL, pl. LU. On voit sur cette lampe rare , Pallas en l’air, au moment où elle vient de sortir de la tète de Jupiter. Ce Dieu est assis entre Yulcain qui tient la hache, et une autre divinité, qui est peut-être Junon , surprise et admirant cette naissance.

(3) Winckelmann, Mon. ant. ined. , tome II, page 5, parle d’un sarcophage étrusque sûr la face duquel était de même représentée la naissance de Pallas : et il fait l’éloge d’un bas-relief existant dans la maison Rondinini sur lequel se voit le même sujet.

(4) Pausanias décrit plusieurs temples communs à Jupiter et Pallas. In Piraeovero cjuae spectantur haec sunt Jovis et Minervae janum. Pausan. , liv. I, ch. I, p„ 5; lè même, liv, II, cbap. XXIV ^ page i65 , et liv- Y y

sieurs lieux le simulacre de Jupiter uni à celui de Minerve. Comme la religion payenne donnait à Pallas diverses attributions , et qu’on l’adora dans tant de villes plus que toute autre divinité , on observe une grande variété dans ses simulacres irès-multipliés, et elle fut de même vénérée sous beaucoup de noms (i).

Un des simulacres de cette Déesse, le plus ancien , dont parlent les poètes et les historiens, ce fut le Palladium de Troye. On a beaucoup varié dans

ch. XVII , page 4J9> et hv. X, ch. V , page 808, et dans d’autres lieux.

Horace place Pallas ati^ côtés de Jupiter Proximos illi tamen occupavit Pallas honores .

Horace, liv. I, Carm.j Od. XII, v. 19.

On voyait aussi a Rome dans le temple de Jupiter Capitolin 3a statue de ce Dieu au milieu de Pallas et de Junon.

(1) Si l’on veut consulter Pausanias seulement., on trouvera que Minerve eut beaucoup de noms qui prenaient leur origine ou de différentes villes ou des attributions qu’on lui donnait. Beger , tome I du Musée de Brandebourg, cite beaucoup de ces noms : Noël Conti en a rapporté beaucoup à la page 5o3. Les diverses manières dont Pallas est représentée sur les anciennes médailles grecques ne sont pour la plupart que des images de cette Déesse qui ont rapport aux lieux où elle était adorée. Il existe aussi quantité de figures de Pallas, différentes entre elles, sur les médailles romaines, et qui avaient des rapports avec les différens temples qui lui étaient consacrés. Le nombre considérable des statues et de bustes de cette Déesse, qui nous sont parvenus, donnent la preuve de la justesse de l’observation.

les descriptions de cette image ; quelques-uns assurant qu’elle était assise , d’autres débout lançant sa pique d’une main, et de l’autre tenant la quenouille et le fuseau. 11 paraîtrait cependant que généralement tous les artistes anciens l’ont représentée avec une lance et un bouclier rond ou argotique, dans une position roide et dure, et qu’elle semble se terminer presque dans la forme d’un herniés , comme étaient tous les simulacres religieux des Fayens de l’antiquité la plus reculée (i).

Mais il serait trop long de parler de toutes les statues de Pallas dont nous trouvons quelque souvenir dans les anciens écrivains , ou sur des monumens encore existans , restes des arts de la Grèce et de Rome. Toutefois nous pouvons assurer à nos lecteurs que cette première statue , que nous leur présentons , est ornée de beautés peu communes.

La pureté de ses formes , la noble simplicité de ses vêtemens , doivent la placer indubitablement parmi les ouvrages grecs , au moins pour l’invention : sa tête est armée d’un casque simple , sans crinière, sans autres oruemens qu’un rameau d’olivier délicatement travaillé (2). Quoiqu’on général

(1) Nous parlerons plus amplement du Palladium dans les discours sur la planche XX de ce volume.

(2) .Apulée, liv. X des Metam. , page s53 .... Minervani , caput contecta fulgenti galea , oleagiaa coronci tegebatur ipsa galea. Pascal. , dans son traité De Coronis assure ; liv. VI, ch. XVII, p. 594 , que l’on offrait les sacrifices à Pallas avec le front couronné d’olivier , et cela fut observé par Domitien. Selon Valerius Flaccus -,

les statues de Paîlas soient revêtues d'une tunique courte et relevée , cependant on les voit rarement sans la formidable égide , comme dans la statue présente ; de sorte que si sa tête ne lui était pas conservée, on eût eu des difficultés à l’attribuer à Minerve (i). Mais aussi cela nous fait croire que ce

liv. III , v. 424 > lft couronne d’olivier était le signe de la chasteté' :

Tempora tum vittis , et suplice castus oliva Implicat .

Et par cette raison l’olivier convenait à Pallas.

(i) Nous avons déjà rapporté quelque exemple de Pallas sans armes, dans nos explications discours VIII, p. n. (3). Il nous suffira d’indiquer présentement d’autres ïiionumens qui ne nous offrent cette Déesse qu’avec le casque pour arme. On peut les voir dans la Galerie Giustiniani, tome I , pl. 4 > 5 ; au tome II, pl. 65, 1 5 1 , 140 j dans lés Monum. ined. de Winckelmann , n. 18 et n. îii ; dans le Musée Pie-Clèmentin , tome II! , pl, nche XXXVII. Quoique le commentateur ait supposé que dans cette figure et dans d’autres l’égide était sous le vêtement , elle ne manque pas cependant dans notre statue , et bien souvent les poètes décrivent la Déesse se couvrant de cette arme pour combattre.

Mais ce qu’il est bon d’observer pourtant , c’est que la Minerve Pacifère représentée sur les médailles impériales est également sans égide , comme on peut le voir sur la grande médaille de Clodius Albinus citée par Vaillant, Num. lmp. Selecta , tome II, p. 161 , de même que sur celles de Marc-Aurèle, de Commode , de Septime, publiées par Agostini, Dial., page i43, quoique sur ces dernières Pallas ait encore la lance et le bouclier. On voit sur une médaille de Marc-Aurèle, encore jeune, une Minerve casquée , ayant une chouette dans la main droite, une lance dans la gauche : à ses pieds est son bouclier, cependant c’est encore une image de Minerve Pacifère,

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