‹ Monumens du Musée ChiaramontiChapitre 5 sur 60 · XLV1I · texte numérisé non relu

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chéologique repose , comme toutes les autres, sur la méthode en vertu de laquelle le philosophe procède du connu à V inconnu. Plus il y a de connu dans le domaine de V antiquité , plus il est nécessaire que la quantité de F inconnu aille en diminuant* Et dans un autre ouvrage , le même auteur, revenant sur le même sujet, conclut d’une manière encore plus positive. C'est par le rapprochement que la connois sauce des monumens nous met à portée de faire en tre telle figure bien connue et bien désignée, et telle autre qui lui ressemble, mais sans désignation , que nous arrivons à expliquer les ouvrages incomplets ou mutilés que le temps nous a transmis, et que de nouvelles découvertes nous procurent .

Mais la théorie que nous avons exposée recevra encore plus de clarté et d’évidence, pourvu qu’il plaise d’observer qu’avec ce jugement on obtient aussi la même certitude dans l’interprétation des marbres écrits. Nous demandons, en leur faveur, comme une grâce de dire deux mots au sujet du tourment continuel qu’ils donnent aux illéttrés.

Nous ne contestons pas que pour n’avoir

pas voulu confronter leslnscrîptîons avec d'autres du meme genre et du même âge, des hommes d’un grand savoir n’aient été entraînes à de graves erreurs. Mais parce que quelques-uns sont tombés parfois sur la route , reste-t-elle pour cela moins unie et moins facile pour conduire à l’exacte connaissance du vrai? Et qui ne rit aujourd’hui de la Terra ■ R egesta • E x * Sua * P ecunia. "Restitueront) qui parut à Scaliger devoir se lire ainsi dans un marbre de Lyon , où il y avait clairement, et comme on le voit répété dans d’autres inscriptions là existantes, TRES • PR ovinciae? Qui ne connaît FE- LIX • SER vus • NATmwi* • GERMANVS changé par Mura tori et Amaduzzi en SERBOjNAI que quelqu’un, y voyant peu clair, a cru être le nom d’un hébreu? Dans l’inscription de Quintus Mamilius Capitolinus , publiée par le même Muratori , on dit qu’il fut PRAEF- AFR. S AT., c’est-à-dire PRAEF^cJm AFR/cae ■ S iTifensis, comme le lit le savant éditeur ; ou AFRicanae StATionis, comme le corrige d’Orville, approuvé par Zaccaria. Après que nous avons vu ce marbre dans un manuscrit du seizième siècle, et après l’avoir exa-

mine avec d’autres qui appartiennent à des magistrats de Rome (JJrbcini ), nous découvrîmes l’erreur et lûmes PRAEF^c/o * AER^zy * SA- Tiuj'ni , nous ne craignons pas de dire que ce ne soit là sa véritable et juste interprétation. Rejectis Rucleribus > ou Ripcim Romanam , étaient l’interprétation que Ton donnait autrefois au sigle R. R. dans les cippes servant à établir les confins des rives du Tibre , où Lucrèce ? Cicéron ? et ce qui plus est encore ? trois inscriptions du même genre ? enseignaient qu’on devait lire R ecta R egione. 11 n’y a pas longtemps, qu’avec le consentement de plusieurs savans nous avons banni des marbres Pannoniens et Siciliens le LEG atus • AVG ustalis • PR imi m PR aetorii, et le Quaestor • PR imae • PRoezzzciae , bien instruits par d’autres marbres des mêmes provinces ? qui expliquent ces deux charges parles paroles LEGATVS • AVGV- STI ■ PRO • PRAETORE ; QVAESTOR • PRO • PRAETORE. Il ne nous semblerait pas non plus que ce serait un grand mérite que de bannir aussi le corps imaginé des PRO- CEIFORES d’une pierre de Boldetti, reproduite par Muratori, dès qu’il y paraît claire- Mu$ée Chiar . , Yol. I. d

ment que le nomme Bulpar est un VETE- RANVS • EX • PROTECTORIBVS , c’ est-àdire de ceux que nous appelions gardes du corps, et qui gardaient et protégeaient la personne et le palais des Césars.

Celui qui voit dans les marbres d’Étrurie , ce petit, mais précieux fragment:

EX CES VIIII GERAI IIDIII SANIA NIO ET BLAESO COS

dira que c’est' une imposture ; et bien avec raison, parce quil a été mal copié par Gori qui ne l'entendit , ni ne l’interpréta point. Qu’on le confronte avec d’autres, et les personnes meme les moins versées , y liront :

EXCES.?/* • VIII • K alendas • GERMtm/ca$ • H ora • D/et • III * SAEIN1AINO • ET • BLAESO • CQnSidibus .

Vignoli dans l’épitaphe opislhographe d’ Cisela Irene , qui finit avec les lettres H • S • E • OIBQ • TLIS, lut avec confiance H eic • S ita EST • OmnYQusQue • T/foLIS, et personne n’a encore deviné, ni ne devinera peut-être jamais , d’où il a tiré cette version erronnée. Elle fut cependant accueillie et approuvée parMuratori et par plusieurs autres hommes très -célèbres , qui, s’ils avaient confronté

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ces abréviations avec les formules d’autres marbres du même genre, se seraient aperçu que l’interprétation véritable et naturelle est bien : H eic • S ita • • O ssa

I l/ius ' B eue • Quiescant * Terra - luevis : 11 li S it- Le marquis Guasco, au contraire, ayant vu dans l’épitaphe de la jeune Tiches , qui est dans le Musée Capitolin H . S • E • S • T T L • D - VI • MAR - IDXIII-CO, dit modestement: quisquis haec enucleabit , rnihi magnus erit Apollo , bien que, sans se croire Apollon , on puisse interpréter avec justesse, H eic * S ita * E^/ • S it • Terra - Tibi * L evis ' D ecessit V * I dus • MARtias • Iraperatore * D omiliano * XIII • CO nsule y c’està-dire dans l’année de Rome 840.

Veut-on plus? La fameuse sigle NCAPR empreinte sur les contre-marques des monnoies romaines , n’a-t-elle pas été peut-être, et, pour beaucoup, n’est-elle pas encore le tourment des paléographes les plus versés dans la science? Que l’on voie, de grâce, les étranges interprétations que tant de personnes ont proposées, et recueillies, presque toutes, par Rasche dans son lexicon Rei nummariae .

Si elles avaient cependant réfléchi que sur

d’autres semblables contre-marques on lit PRO ; PR0B ; 1MP • AVG • PRO; CAES • PROB ; TI ■ AV * PROB , lesquelles signifient indubitablement PRO bavit^ IMP eratorr AVG ustus • PRO basait \ CAES^r* PROB civit^ Tlberius • A Ygustus • PROBr/e/£, elles n’auraient pas balance à lire la sigle NCAPR, Neto ■ C aesar' Augustus -VRobavit, et elles auraient pu en déduire, avec beaucoup de probabilité, que les monnoies contre-marquées étant un peu usées, il fallut l’approbation et l’autorité du prince, afin quelles fussent admises dans le commerce, et reçues comme monnoie courante.

Et pour faire l’examen de quelques inscriptions dans chacune des classes , que les épigraphistes ont l’usage de les distinguer et de les diviser, nous commencerons par les sacrées , et nous observerons la très-antique petite lame de bronze façonnée en guise de talisman que l’on conserve dans le Musée Kircherien, et d’une indubitable autenticité. On lit sur elle ces deux seules paroles :

I O V I S CACVNVS

L’idée que s’en formèrent les érudits se rapproche du prodige. Comme Jupiter, en rai-

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son des bons dîners qui se faisaient en son honneur, fut appelé Dapalis , ils crurent alors qu’il fut dit Cacunus , c’est-à-dire stercu tiuSy pour les besoins que causent aux gourmands le superflu et le manger indigeste. Beaucoup d’autres rirent de cette explication. Mais ils ne furent pas plus heureux que les premiers, tout en croyant trancher le nœud, en ponctuant l’ëpigraplie 10VI * S • C • ACVNVS, ce qui veut dire IOYI • Sacrum • C aius ACVNVS. Ils ne surent pas nous dire cependant qui fut ce Cajus Acunus ; lorsqu’en réfléchissant que les temples les plus antiques dëdiës à Jupiter furent sur les plus hautes montagnes , dont la cime en latin s’appelle cacumeni il e'tait très-facile de s’apercevoir de la grande analogie qu’il y a entre cacumen et cacunus ; et comme cacumen resonne de meme qu ’anpiç, axpi&ç en grec, parce que le ZETC AKPAIOC qui signifie Jupiter Cacumineus est très-connu , ils auraient ainsi compris que ce pouvait être aussi le Jovis Cacunus ; comme il y a le Jovis Casius , Candi anus , Caelimontanus y hadicus , Poeninus , Vimineus , surnoms qui ont rapport à la croupe des montagnes où

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Jupiter était adoré. Cette explication n’aurait pas même été hazardée , puisque le chevalier Biondi en a démontré , il n’y a pas longtemps , l’évidence absolue, en expliquant un fragment de pierre travertine trouvée sur le Cacumen de la Morettà , qui est la crpupe , du côté du Septentrion , de la très-haute montagne dite Pietra Demorte dans la Sabine, où Jupiter était vénéré sous le nom de Cacunus.

Muratori publiant cet autel

APOLLINI L • MINICIVS APRONIANVS GAL * TARRAC TPI

ajoute dans la note : breviatae voces GAL • TARRAC , Gallaecum Tarraconensem vU rum hune produnt , ita ut intelligas Gai laecos populos in Hispania Tarraconensi fuisse sitos . S’il avait confronté le présent marbre avec d’autres de Tarragone, il aurait recueilli que celui-ci ne fut pas de la Galice, personne ne s’étant jamais dit Gql -

laecus Tarraconensis , pour vouloir exprimer qu’il était né dans la province citérieure de l’Espagne- Lucius Minicius était né à Tarragon ; il fut duumvir quinquennal de sa patrie, comme l’indique une autre inscription, et il était porté dans la tribu G AL erici, à laquelle appartinrent Cojus Aemilius Auto nianus y Lucius Saenius et Lucius Annius Cantaber , tous Tarragonais, ainsi que le vit là dans les marbres en i556 un voyageur Vénitien. Nous avons lu et dépouillé l’itinéraire, encore inédit, de ce voyageur, avant qu’il passât dans la bibliotèque du roi de Sardaigne. Alors on doit interpréter APPOL- L1NI • Lucius • M1NICIVS * APRONIANVS ( ex tribu ) GAL eria • TARRACo/ie • Tï« tulum • P oui • I assit ; la tribu posée après le nom se trouvant ici , comme l’ont Titus Antistius Sabinus dans Fabretti- Tertius Vercobius Surus dans le Musée Veronais et

plusieurs autres publiés par Muratori luimème-

On a cependant vu tomber dans une semblable équivoque l’homme savant , qui, dans le troisième volume des Actes de la Société des Antiquaires de France , a pu-

blié ce titre de bronze trouve sur le Mont Joue , ou le Grand S. Bernard:

IOYI • POENINO L • PACCIYS L • F • PAL NONIANVS FVNDIS

y • LEG • YI * YICTRICIS • P • F EX • YOTO

Le surnom très-barbare PALNONIANVS qui n’a aucun sens, et que l’ëditeur a paru découvrir dans cet ex-voto , en obscurcit tout le sens. Le Centurion Lucius Paccius était natif du Municipe d eFondi, dont font mention T. Live, Strabon, Cicéron et Pornpëe Festus. 11 était inscrit dans ia tribu PAL atina , et appartenant à la famille des Nonii * adopte par un Paccius , il s’appela Lucius Pa dus NonianuSy selon l’usage connu des adoptions.

Le vënërable Morcelli a explique les trois sigles S. A. S. d’une pierre d’Aquile'e, S aluti- Aquilejensi • Sacrum. L’interprëtation est ingénieuse, mais nous qui voyons dans Bertoli trois pierres Aquilëiennes dëdie'es à SiL vain , nous lisons Silvano Augusto Sacrum f

d’autant plus volontiers que dans l’une d’elles on parle du même Lucius Statius Vrimigeriius qui se trouve mentionné dans cette même épigraphe, que l’on prétendait dédiée à la Santé , et c’est à Silvain qu’appartient aussi la suivante, retirée des mêmes débris d’Aquilée, et qu’il nous plaît de rapporter ici, puisqu’elle est inédite:

SILVANO

AYGw^o

IN • HONG R. e m Lucii • TITI • ISMARI ET IN . MEMORIAM Lucii • TITI • EPAGATHI HERMETIS - FILiï • ET Lucii • TITI • EPAGATHI • SESSioris Lucius • TITIVS • ONESIMVS ISMARI • LIB ertus 1551 * VIR • AQVJLeiae Lonum - Ledit

Non-seulement les inscriptions sacrées , mais aussi les honoraires , deviennent, avec 'cette théorie, fécondes d’importantes vérités, qui auparavant étaient inconnues. Muratori a placé un monstre rare dans son trésor tiré

des notes de Mabillon; et comme ces deux antiquaires sont également d’une très-grande autorité, nous trouvons juste de le rapporter*

CAESARI • L • CAESARI • DRVSO • IVLIO TI • CLAVDIO • AVGVSTI • F • AVGVSTI • F • GERMANICI • F • DRVSI • GERMANICI • F •

DIVI • NEPOT • AVG • PRONEPOT • NERON!

GERMANICO • PONTIF • COS • AVGVRI • COS • DESIGN • GERMANICO - IMPER ATORl PRINCIP I • IVVENTVTIS

Heic omnia confusa dit le savant éditeur, qui pour cela, dans la note placée dessous, ne fait pas remarquer ce qu’il trouve confus et ne porte pas la lumière dans cette obscurité. S’il eut considéré les inscriptions honoraires du temps de Claude, et vu que cet Auguste décréta pour Livie son ayeule les honneurs divins , pour son père les jeux du cirque , pour ses parens les funérailles publiques, il se serait aperçu que sous son règne les inscriptions généalogiques, sculptées en droite ligne sur une même pierre, étaient devenues très-fréquentes, et que dans celle-ci il n’y avait pas une épigraphe seule, mais quatre, c’est-à-dire deux à Cajns et à Lucius Caesares , petits fils adoptifs d’Auguste , une à Drusus Julius fils

de Germanicus, et une à Claude son oncle. On les verra ici distinguées pour la plus grande ëvidence l’ une après l’autre, quoique dans l’autographe elles étaient certainement continues sur une même ligne.

CAESARI AVGVSTI • F.

( divi nepoti )

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