PLANCHE XL IL
Hercule avec une bacchante *.
Bacchus et Hercule , tous deux fils de Jupiter et d’une mortelle (i) , ayant tous deux obtenu les honneurs de la divinisation pour récompense de leurs
* Ce cippe a de hauteur trois palmes et demie. Le bas-relief, sans l’ornement, a deux palmes de haut , et de largeur une et demie. Il est sculpte' en marbre de Cararre ; il existait dans la ville Mattéi , d’où il passa dans l’atelier des MM. d’Este et Lisandronî , de qui on l’acheta.
(i) Comme Bacchus fut fils de Se'me'lé, fille de Cadmus, roi de Thèbes , de même Hercule fut fils d’Alcmène, née d’Electrion roi deMvcènes, etd’Anaxo, fille d’Àlce'e ; roi de Tyrinthe. V. Sax., Tab. Genealog . Deorum reg>, etc. y tab. XI , B.eg?ii Argivi III.
travaux (i), furent très-souvent réunis par les an-» ciens , et regardés comme deux compagnons (a\ Beaucoup de monumens par cette raison nous les offrent ensemble , et on voit quelquefois Alcide précéder le triomphe de Bacchus (3) , et même on le trouve dans quelques bas-reliefs placé à côté du Dieu du vin dans le même char, comme ailleurs (4) il est représenté environné , pendant qu’il se repose ou qu’il est ivre , par des personnages de la suite de Bacchus (5). Ces observations nous font croire que le présent cippe a du servir pour la suite de Bacchus, puisqu’il ne nous montre que le vainqueur des hommes , des bêtes féroces , des monstres de la terre et des enfers vaincu lui-même par le vin-
(1) Dans le tome IV du Musée Pie-CLémentin , p. 210 , n. (<2), est rapportée une e'pîgramme de l’Anthologie , qui fait la comparaison , et de'crit la ressemblance entre Bacchus et Hercule.
(2) Laissons de côte les médaillés de Septime et de ses fils Caracalla et Geta ; nous indiquerons un très -beau bas-relief note' dans le Musée Pie-Clémentin ? page 197; n. (2).
(5) Museo Capitolino , tome IV , pl. LXIII. Galleria Giustiniani , tome II , pl. 1 22.
(4) Musée Pie-Clémentin , tome IV, pl. XXVI.
(5) Dans le savant ouvrage sur les bas-reliefs antiques de Rome qu’a publie' le chev. Giorgio Zoega ( enleve' depuis peu de ses e'tudes et aux lettres) on voit tome II, pl. LXVII , un bas-relief de la ville Albani représentant Hercule ivre au milieu des Bacchantes , et dans l’explication page 100 on en donne d’autres exemples. On voit encore Hercule accompagne' de même pl. LXX et LXXÏ du dit ouvrage.
et se livrant à un repos tranquille au milieu de la danse et des chants des Bacchantes et des Satyres.
La sculpture de ce marhre est romaine , et n'a pu appartenir à des temps heureux de l’art. Mais si l'artiste n’a pas pu atteindre à la perfection dans son travail , il savait bien cependant quels modèles il devait imiter , quoique son talent n’arrivât pas h leur beauté. Les ornemens sont copiés d’après de bons originaux , et il a cherché à leur donner par la profondeur du travail exécuté avec le trépan , l’effet qu’il n’a pu obtenir par la délicatesse et par une juste dégradation. Peut - être que les figures proviennent d’un excellent modèle , quoiqu’elles soient trop confuses et multipliées. En examinant cependant isolément la figure d’Hercule, nous la trouverons expressive et majestueuse; comme nous pouvons louer la vivacité de la Bacchante , la légèreté de ses habits, et le parti grandiose de leurs plis , de sorte qu’un artiste à talent peut tirer d’après cette figure un sujet très-élégant et gracieux.
Hercule barbu est assis sur une pierre couverte de la peau de lion(i), sa massue abandonnée est
(i) L’auteur du Musée Pie^Clémenlin pre'vient que les peaux des deux lions diffêrens formèrent toute l'armure et l’attribut d’Alcide. L’une e'tait du lion de Ne'me'e, l’autre du mont Cytliéron. Un de ses premiers travaux fut de tuer ce dernier lion qui de'solait cette montagne ; et quand on le voit représente' jeune, couvert d’une peau de lion, on peut la regarder comme la de'pouille de
jeté à terre ) appuyé sur le coude du bras gauche) il tieut de la même main sa coupe (f), tan-
celai du Cylliéron. Musée Vie - Clément in f tome IV , page 5n, n. i .
(i) On voit encore dans d’antres monumens ce vase à Loire dont se servait Hercule, et il est représente' trèsdiversement sur tous. Le vase ou la coupe dans laquelle Hercule buvait le vin s’appelait Scyphus Ilevculeus , et selon Macrobe , il était particulier à Alcide, comme le cantharus à Bacchus. Scyphus Herculis poculum est ? itct ut Liberi pcitris cantharus . Satura. , liv. V , ch. XXI , page 564* L’e'tvmologie du mot Scyphus , qui est grec, est tirée par Forcellini de xv(j)OÇ , quod vas quoddam concavum significat. Canipeggio dans son traite', de Re Cibaria , liv. Ht, ch. XI, donne encore d’autres étymologies , quelqu’un ayant encore l’opinion que ces vases furent ainsi nommes à cause des Scythes , dont l’intemperance pour le vin e'tait telle qu’on disait Scythiare pour s’enivrer. Ce vase était remarquable par sa grandeur , ce que nous apprend Stace :
gemini cratera ferebant
Herculeum juvenes , ilium Tyrinthius olim Ferre manu sola , spumantemque ore supino. Vertere seu monstri victor , seu Marte solebat .
Theb. VI, v. 53 1.
Servius confirme la chose en disant: Legitur in libris antiquis , Herculem ad Italiam ingens ligneum poculum in tulisse , quo utebatur in sacris : quod ne carie consume retur } pice oblitum servabatur , cujus magnitudinem > l'eligionemque simul significat (Virgilius) en disant Impie vit dexteram sacer scyphus . Ad Aeneid. , liv. VIII, v. 278. Les monumens sur lesquels on remarque le plus la grandeur du Scyphus d’Hercule sont, le bas-relief Albani , et son repos sur un autre bas-relief qui appartient à la meme ville , et qui a été publié dans les Monu menti inediti de l’an 1786, juin, pl. III. Qiiaud cette
dis qu’avec son bras droit étendu sur sa tête renversée
coupe est représentée seule, non dans les mains du héros, elle paraît faite en forme de mortier ; c’est ainsi qu'elle est dans deux lampes d’Herculanum publiées dans le tom. VIII pl. IY et XXXIV , selon ce qu’a remarque' l’auteur du Musée Pie-Clément in : dans la table ITéiiaque de la collection Mattéi qui se trouve dans les Monumenti , tom. III pl. I ; dans le bas-relief Capitolin, tome IV, pl. LXI • enfin dans le fronton Tiburtin qui existe au Musée Pie- Cle'mentin , tome IV , pl. LXIII. Sur les anciennes médaillés de la Béotie produites parBeger, Thés. Brandeb.? tome I, page 47^? 011 vo^ Scyphus différemment représente'; c’est un vase très-ressemblant au Cantharus de Bacchus , très-svelte , ayant des anses torses , et la massue pose'e dessus indique clairement qu’il appartient à Hercule. La description qu’Àthe'ne'e nous fait de ces vases s’accorde beaucoup avec cette forme et avec la manière dont ses anses sont faites; car il dit: Principio quidem fictiles fuerunt scyphi , ad quorum imitationem argenteos postea sunt fabricati , Boeotii primum magnae claritatis , et dignitatis , praesertim eos quos ideo Herculeos vocarunt , quia primas genere Boeotius in expeditionibus Hercules illis usus sit y quae appelationis caussa fuit. Hiffe' runt hi nonnihil ab aliis , quod auribus insit nodus , quem Herculeum vocant, Athen. , liv. XI, page 5oi.
Ces vases se distinguaient aussi par la matière, plus ou moins précieuse , mais aussi par la singularité du travail , ce que nous apprennent divers passages d’auteurs anciens et spe'cialement Pline dans l’Hist. natur. , où il a conserve' les noms de plusieurs ce'lèbres artistes qui les travaillaient, parmi lesquels Acragantes , Zopire , Mentor , Euphranor , Aristone et d’autres. Il se trouve beaucoup de choses sur ce sujet dans le traite' De V inis d’André Baccius liv. IV, part. III ; page 169: et d’autres érudits en ont traite' aussi.
Si nous voulons rechercher l’origine fabuleuse de cette
vers le ciel, il fait voir qu’il s’abandonne à un répos paisible (i). On voit sur le front d’Hercule la
coupe , nous devrons la nommer ce'leste , car Apollodore raconte qu’HerCule étant dans la Lybie se sentit violemment tourmenté par les rayons brulans du Soleil , ce qui le fit lancer un dard contre le Soleil lui-méme, lequel bien loin d’etre irrité de cette audace , récompensa le héros courageux en lui donnant une coupe d’or. Le même auteur ajoute qu’il se servit de cette coupe pour naviguer sur l’Océan t- Itineris sui monufnenta in Europae et Lihiae jinibus oppoSitas inter se columnas duas constituit. At ubi in itinere solis radiis calefieret , arcum in deum ipsum intendere non erubuit. Hic vero hominis vires admiratus , Herculem aureo poculo donavit , quoOcea mon trajecit. Apollod ., liv. II , page n4, 1» 5. Le changement de la coupe en vaisseau se trouve aussi dans Macrobe au lieu cité déjà , et il termine ce chapitre en disant : Ego tamen arbitror non poculo Herculem maria trasvectum , sed navigio , cui scypho nomen fuit . Y. Sa turn. y 1. c. XXII, page 565.
Le très-savant Zoega dans l’explication des bas-reliefs Albani, présente une opinion différente sur ce passage que fit Hercule sur l’Océan, et il ne croit pas qu’il s’embarqua avec sa coupe , « mais avec le char doré du Soft leil, que ce Dieu lui avait prêté. Il faut observer que « les mots employés pour indiquer divers ustensiles étaient « semblables et presque identiques souvent , barque, ber- « ceau , coupe , chaudière et plusieurs autres objets por- « laient le même nom. » Y. tome II , page 109. Le même auteur parle de beaucoup de morceaux antiques où l’on voit Hercule avec sa coupe, tome II, page ÿ et il a décrit même avec soin ce morceau de sculpture.
(1) La position de notre figure, sa tête tournée vers les étoiles conviennent parfaitement avec la description que Martial fait d’une petite statue d’Hercule en bronze, ouvrage de Lysippe.
couronne de peuplier, qui lui était particulière (i). A sa droite est sculptée une Bacchante d’une proportion plus petite, pour indiquer davantage la taille gigantesque d’Alcide (2). Elle est vêtue d’une tunique longue et d’un péplum ou manteau légèrement
Hic qui dura sedens porrecto saxa leonc Mitigat exiguo magnus in aere deus Quaeque tulit , spectat resupino sidéra vultu ,
Cujus laeva calet robore , dextra mero.
Liv. IX , Ep. XLIV.
Nous avons déjà dit ailleurs que le bras pose sur la tête indique le sommeil ou le repos :
Hic igitur tibi laeta quies , fortissirne Divum Alcide .
Stat. Syl. y liv. IV , VI , v. 96.
On pourra lire pî. XIV du tome V du Musée Pie-Clémentin beaucoup de choses analogues à notre sujet.
(1) Nous parlerons des couronnes qui sont particulières à Hercule , à propos de son buste dans le discou: s suivant.
(2) On voit sur beaucoup de monumens antiques la forme gigantesque d’Alcide. Le repos d’Hercule déjà cité , le fragment de la ville Aibani, publié dans les Monumenti inediti de l’année 1786, juin, pl. III, et ensuite par Zoega , tome II, pl. LXIX, suffisent pour le confirmer. Cette taille extraordinaire d’Hercule est indiquée avec beaucoup d’énergie par Sophocle dans les Trachiniae , lorsqu’il dit qu’ayant pris Lycas par un pied , il le lança dans la mer, contre un écueil que l’on suppose toujours à quelque distance de la terre : et il ajoute que les montagnes placées au de-làdelamer retentirent du son de sa voix. Voici le passage : « Autour de lui retentissaient les « rochers, les montagnes arides et escarpées des Locriens, « et les roches élevées, qui s’avancent sur les ondes de la « mer Eubée. »
roulé sur le bras droit, et qui voltige ensuite autour de sa tête. Elle s’accompagne , en dansant gracieusement, avec le son de son tambour qu’elle bat «n l’élevant des deux mains au-dessus d’elle (i).
Sur les côtés que l’on voit gravés au-dessus du cippe , est un Satyre à pieds de chèvre qui danse en sonnant les cymbales (2) des deux mains ; à ses pieds sont la houlette et la flûte de roseaux , instrument dont se servaient souvent ces demi-dieux champêtres. On remarquera au Silène la guirlande propre aux fêtes de Bacchus, qui ceint son corps £3), de même ses oreilles applaties, comme nous les avons observées dans d’autres monumens antiques (4).
Il y a enfin, sur le côté opposé, un Faune ou Satyre , de forme humaine , mais avec des oreilles de chèvre , tenant la houlette de la main droite , et portant une outre sur l’épaule gauche , couverte d’une peau de tigre.
(1) Nous avons ailleurs fait remarquer qu’on se servait de tympani dans les fêtes deBacchus. V. pl. XXXVI ; etc. , n. (2), page 3og.
(2) On voit continuellement des tambourins dans les mains des'Satyres , des Faunes et des Bacchantes. Le son joyeux de ces instrumens de métal, que l’on frappait, accompagnait les danses et les fêtes de Bacchus , comme on pourra les remarquer dans un grand nombre d’antiquités de toute espèce.
(3) On remarquera à ce sujet la note (2) , page 266 , que nous avons placée au discours de la pl. XXXIV de ce volume.
(4) Voyez, lieu déjà cité, la note (2), p. 262 de la «même pl. XXXIV.