PLANCHE LXIII
Hercule jeune , couronné de feuilles de peuplier *.
Cette tête , plus grande que nature , est travaillée avec tant d’art, et offre un si heureux choix de formes , qu’on peut la placer à juste litre parmi les bustes les plus beaux que nous ayent laissé les arts de la Grèce. L’habile artiste qui l’a sculptée n’en a pas négligé la plus petite partie , et ayant , au moyen de la richesse de la couronne, donné plus de valeur à la pureté des formes , travaillées avec une grâce et une délicatesse supérieures , il nous a représenté un jeune homme robuste à la vérité, mais charmant, dans lequel on aperçoit en même temps je ne sais quoi de surnaturel et de divin (i).
En le voyant, nous jugeâmes au premier coupd’œil que ce buste gracieux représentait Bacchus , puisque l’on pouvait confondre la couronne de peuplier avec celle de lierre qui orne la tête de ce Dieu. Mais faisant attention à ce regard mâle qui ne peut convenir au fils efféminé de Sémélé (2),
* Cette tête est dans une proportion qui convient â «ne statue haute de plus de huit palmes. Elle est de marbre dit grechetto , et n’a de restaure' que le nez. Elle ornait autrefois le beau jardin Aldobrandin sur l£ Quilin al. Élle a été achete'e par le cliev. Vincenzo Pacetti.
(1) Hercule comme fils de Jupiter peut avoir dàns les traits de sou visage quelque chose de surnaturel et de divin , même avant qu’il fût déifie'.
(2) Quand il a e'té question des images de Bacchus ?
à ce front musculeux , aux sourcils élevés , aux cheveux frisés et tailles à la manière des athlètes, enfin à la grosseur du col , nous reconnûmes une image du jeune Alcide , suffisamment indiquée par les caractères qu’on trouve sur ce visage. Winckelmann, ce grand maître des antiquaires et des arts, a décrit dans beaucoup d’endroits la beauté d’Hercule jeune , et il ajoute que quelquefois on lui voit les grâces féminines (i). 11 découvrit a la vue des formes semblables à celles de notre buste » qu’une tête , gravée par un artiste grec , sur une des plus belles pierres du Musée de Stosch , couverte de la peau de lion et qui avait été appelée , dans la description, Joie, n'était autre qu’une tête
on a décrit les signes auxquels on les distingue , et parai1 ceux-ci on doit placer le caractère féminin qui se remarque non-seulement à sa ligure , mais aussi dans la rondeur de tous ses membres. Apoliodore dit qu’il a été e'ievé parmi les Nymphes de Nisa , ville de l’Asie, 1. III r P- >V , 1- ‘9-
(i) Nous répéterons ici les paroles de ce célèbre écrivain « Hercule est quelquefois représenté dans l’âge le « plus beau d’une florissante jeunesse, sous des traits si dé- « licats y qu’on a peine à reconnaître son sexe , tel <( précisément que la voluptueuse Glycère désirait trouver « un amant (Athen. , Dipnos. , 1. XIII, page 6o5 , D) j <c et tel qu’on le voit gravé sur une cornaline du Musée a de Stosch. Mais pour l’ordinaire il a le front qui vient « en avant , qui se courbe , montrant un certain mouve- «< ment qui releve et semble en quelque sorte gonfler l’os « supérieur à l’œil. Ces traits indiquent sa force , et la « peine continuelle qu’il se donnait dans ses travaux, qui^ « comme le dit Homère, gonflent le cœur. » Homère > llicid. , liv. 5, v. 55o-64^* Winckel. , Hist. de l'Art tome I ? page 225.
d’Alcide (i). Il y a très-peu de différence entre notre marbre et le très-bel Hcrméracle du Musée Pie-Clérnentin (2) , et l’air plus robuste doit être attribué à la qualité propre d’un kermès qui exige plus de solidité que celle que doit avoir la tête d’une statue, dans laquelle on cherche plus de grâce, de vivacité et d’ame. Si l’on était autrefois obligé de recourir aux petites pierres gravées pour avoir une idée juste de cette beauté Herculéenne , nous en avons aujourd’hui un modèle très-parfait dans ce buste , qui s’est conservé intact, pendant tant de siècles.
Quoique beaucoup d’espèces de couronnes convinrent à Hercules (5), on préféra cependant celle
(1) Winckelmann , Description des pierres gravées de Stosch y page '268, num. 1679. Ce savant écrivain appliqua à cette tête les vers d’Ovide , Metam. , liv. VIH, v. 022 :
Quant dicere vere
V irgineam in puero , puerilem in virgine posses. Comme il rapporte aussi dans le même endroit le passage d’ Athénée déjà cité dans la note supérieure : Tum enim formosi pueri sunt . . . cum sunt foeminae similes.
(2) V. le Musée Pie-Clèmentin , t. VI ^ pl. XII.
(3) Tertullien parle des diverses couronnes d’Hercule en ces termes: Hercules nunc populum capite præfert , nunc oleastrum , nunc apium , De coron. milit.? ch. VII, page 1 o4 f C. Nous avons un exemple de la première couronne , c’està-dire de celle de peuplier, dans notre marbre et dansl’Herméracle du Musée Pie-Clémentin indiqué ci-dessus ; dans les Antiquités d’ Herculanum , pl. II, num. 2 du tome I des Bronzes y où est un Hercule barbu avec une couronne pareille. Ce sera la même probablement que celle qu’on voit sur la tête d’un Hercule publié par Boissard , partie IV , pl. 7!; répété par Montfaucon ^ Antiq. ExpU ,
de peuplier. Il s’en orna le front en revenant vain-
tome I, pl. CXXXVI , n. I, et que cet écrivain appelle couronne de lierre. Cette couronne e'tait précisément de peuplier, de celui qu’on nomme populus alba , lequel a ses feuilles d’un vert obscur sur le dessus et blanchâtre pardessous. Antonio Agostini en donne la raison dans ses Dialogues sur les médailles , de sorte que cet arbre e'tait consacre' à Hercule : De populo arbore vix occurrit aliud rjuam arborent esse durant , altam , ac rectam , quae iti Herculem probe quadrant. Folia quia sunt viridia , et alba , minimoque impulsa vento , Herculem forte ad co~ ronam inde sibi texendam invitarunt. Dial. Y , page 71, C, e'dit. Anterp. 1617. On connaît très-bien les vers de Phèdre, liv. III , 17 ; et de Virgile, Egl . VII , v. 61 , qui disent que le peuplier est consacre à Hercule.
L’olivier sauvage servit aussi aux couronnes d’Hercule , puisque les vainqueurs des jeux Olympiques s’en ceignaient la tète. Nous ne pouvons indiquer aucun monument où l’on trouve Alcide avec cette espèce de couronne,- mais quelques-unes des gravures, en si grand nombre , qui repre'sentent Hercule couronne' de lauriers , pourraient bien avoir celle d’olivier , qu’on ne distingue pas facilement d’avec l’autre, à cause de la petitesse de l’objet. D’ailleurs Winckelmann nous décrit un Hercule avec une branche d’olivier dans les pierres gravées du Musée Stosch y n. 1742. Nous apprenons aussi de Pausanias, liv. II, ch. XXXI, page i85, que la massue d’Hercule e'tait d’olivier sauvage.
L’ache fut aussi une des couronnes d’Hercule, nonseulement au dire de Tertullien , mais encore selon Aemilius Macer, lequel ajoute qu’elle e'tait particulière aux vainqueurs dans les triomphes. Outre les couronnes dont il vient d’ètre parle', nous voyons encore d’autres guirlandes ceindre la tète d’Hercule. On trouve une grande quantité d’Hercules a couronne de laurier sur les pierres gravées antiques , mais Winckelmann en cite différentes sortes , dans sa description du Musée de Stosch , comme aux n. 1684, i685, 1686, 1690, 1691, etc. On peut
queur des enfers (i), et chez les anciens peuples
encore dire à ce sujet que selon Sénèque le tragique, les Thébains rendirent des honneurs à Hercule lorsqu’il revint vainqueur de l’Averne, en lui ceignant le front de lauriers ^ V. Herc. Fur. , Act. III, v. 828.
La couronne Tortilis est propre à Hercule , comme on l’observe dans plusieurs de ses images antiques , comme dans la tête du Musée Pie-Cle'mentin , tome VI , pl. XIH , dans sa statue avec Téleplie du même Musée , publiée tome II, pî. IX, ou l’on en trouvera l’explication. Montfaucon avait publié deux monumens avec une couronne semblable -, mais il s’était contenté de l’appeler une couronne extraordinaire . Voyez le tome I, pl. CXXVIII, les n. 1 et 5 à la page 21 1.
Dans le même recueil d’Antiquités expliquées par Montfaucon on trouve à la pî. CXXXVIII, 11. 7 du tome I , une médaille de l’île de Chio, tirée du Trésor de Brandebourg , de Béger , sur laquelle est Hercule avec une couronne radiée , ce que nous ne voyons pas avoir été remarqué par des écrivains plus modernes sur la numismatique. Ce genre de couronne n’est pas pourtant incouvenable à Alcide, toutes les fois qu’on réiléchira que, selon quelque ancienne tradition mythologique. Hercule se confondait avec le Soleil. Voyez Beger. , Tlies. Bran deb. , vol. III, page 47; et Voss., de Orig. Idolol. , liv. II, ch. XV, page 142, b.
Selon Pascalius, Hercule se couronnait aussi de mirthe, plante porticulièrement consacrée aux vainqueurs comme le laurier. Voyez le même, de Coronis , liv. VII, ch. XIX, page5i6. Ce qui est confirmé par Hoffman , Lexicon? etc., tome III, page 259, A, sur le guide des tragiques grecs.
Enfin Tertullien dans le livre de Pallio , page 19 et 20 , nous présente Hercule efféminé et esclave d’Iole, ayant sur la tête la couronne des festins, et propre aux esclaves ivres.
(1) , . . Herculae bicolor cum populus timbra.
laiins on lui offrait des hommages ayant la tête ceinte de pareilles couronnes (i).