‹ Monumens du Musée ChiaramontiChapitre 55 sur 60 · PLANCHE XLIV · texte numérisé non relu

PLANCHE XLIV

Fragmens d’anciens bas-reliefs * *.

C’est plutôt en faveur de l’art que de l’érudition que nous avons placé à la fin de ce volume

V elavitque comas , foliisque innexa pependit : Virg. , Aen.^ VIII, v. 2 76.

Servius observe ici : Herculi consecrata , qui cumad'inferos déscendens fatigaretur labore , dicitur de liac arbore corona facta caput velasse , unde foliorum pars tempo ribus cohaerens et capiti , abluit sudorem : pars vero exterior propier inferorum colorem nigra permansit. Le meme Servius en donne une autre raison au vers 61 de l’Egloque Ail du même "Virgile : Quia ea velatus ab infer i s rediit , quam Homerus Iliad. , v. 5o9 } Knepülêab dicit ab Acheronte ad superos translata 7 qua corona usus , duplici colore foliorum 7 geminos labores superorum inferorumque testatus est . On pourra lire l’histoire de cette plante dans le t. VI du Musée Pie-Clémentin , ?pl. Xlf.

(1) Lorsque Pallas reçut Hercule au grand autel ? il se couronna de feuilles de peuplier de même que tous ses compagnons. C’est ce que remarque Servius ; v. 2 76 du liv. V lit de Y Enéide: Rt honeste ait: Pependit populus, id est j corona de populo. Atqui lauro coronari solebant, qui apud aram maximam sacra faciebant ; sed hoc post urbem conditam coepit fieri.

* Ces quatre fragmens sont tous en marbre pente'lique. Les num. 1 et 2 proviennent de la ville Palombara sur l’Esquillin , et furent achetés par M. Antonio Gastaldi. Les num. 3 et 4 sont des fragmens qui ont e'te' autrefois au Vatican; ils proviennent peut-être de la ville Adr ana Tiburtina. Toutes les figures sont d’une proportion do trois palmes.

les gracieux fragmens de bas- reliefs antiques dont nous allons nous occuper en peu de mots. Quoiqu’ il nous en soit resté une infinité d’ antiques, cependant ceux dont on admire l’élégance sont très-rares. Les Romains transportèrent fort peu de bas-reliefs de la Grèce , parce que les trouvant placés comme ornemens dans des édifices , ils ne voulurent pas pousser la barbarie jurqu’à les détruire ou les mutiler. Plusieurs furent exécutés par les Romains dans les beaux temps de Fart, mais ils furent employés aux mêmes usages, de sorte qu’ils ont dû céder aux injures des temps , ou qu’ils tombèrent sous les ruines des édifices eux-mêmes. Les constructions postérieures furent ornées de même, ce qui multiplia la quantité des bas-reliefs , mais en lit dégénérer le style. Les tombeaux ont été de tout temps enrichis de sculptures , mais rarement de la main d’excellens sculpteurs. On trouve partout quelque reste de ces monumens , mais on en compte peu qui se distinguent par leur travail , et nous devons être contens , s’ils nous ont conservé des copies d’ouvrages bien supérieurs.

Les fragmens des numéros I et II sont fort-élégans. O11 les a trouvés à la ville Palombara, d’où nous est venu le célèbre Discobole , et ils sortent de-dessous des ruines qui appartiennent à. des édifices élevés dans des temps assez heureux pour les arts(i). La première figure a la tête couverte d’un

(i) On peut voir une exacte description de tout ce qui à e'te retire des fouilles de la ville Palombara 7 dans le

Musée Chiar . Vol. I. 22

large manteau ou péplum, qui en descendant couvre la tunique, que celte femme soulevé des deux mains, pour faciliter sa marche. La seconde , à laquelle manquent la tête et les extrémités, paraît vouloir danser, elle est vêtue, comme la première, d’un manteau très-large. On ne retrouve plus sur ce fragment, de la troisième figure de femme, qu’une main versant de l’eau contenue dans un vase sa-

très-intéressant ouvrage de M. l’abbé Francesco Cancellieri ayant pour titrer Dissertazioni epistolari , ec. y so pra la statua del Discobolo scoperta nella Tailla Palombara , ec. Roma 1806, in 8. On y donnera la page 5i et suiv.; entièrement connaissance des decouvertes de morceaux antiques et modernes 3 on peut supposer qu’il y avait dans cet endroit quelqu’ édifice élevé avant la décadence des arts. Si les excellentes sculptures ici réunies 11e sont pas suffisantes pour le prouver, on en aura une preuve dans les grotesques très-élégans découverts dans cette ville, et qui ont été de'crits par Bartoli S Mont Esquilin 3 « Dans la ville du marquis Palombara , passé « S. Julien, à main droite, en allant à S. Croix inGeru- « salemme? on trouva, en creusant, une très-belle salle or- « née de gretesques et de paysages. Son éminence Mas- « simi les avant vus , ordonna le matin suivant de fair'e « des excavations. Cet amateur distingué fut trompé par « la barbarie des ouvriers 3 ils les détruisirent tous pen- « dant la nuit , excepté un morceau de 24 palmes qui « resta intact au milieu des décombres 3 s’il plaît à Dieu « il sera bientôt publié » Voyez Rome Antique par régions , etc. , avec le supplément de différentes antiquités , qui ont été décrites par Ulisse Aldovrandi , Flaminio Vacca , Francesco de Ficoroni, Pietro Santi Bartoli , et d’autres jusqu’à l’an 1741. Rome 1 747 p aux dépens deFauste Amidei, in-8, page 5oi.

cré (i), cela suffit pour faire voir qu’on a représenté une cérémonie religieuse. Quoique les sacrifices offerts à tous les Dieux fussent accompagnés de libations (2) , cependant en voyant des femmes seulement employées à cet office sacré , cela nous fait penser aux fêtes de Bacchus, que les femmes seules célébraient , dans quelques parties de la Grèce (5). Nous ne répéterons pas ce que nous

(1) La forme élégante fie ce vase le fait ressembler à ceux qui se voyent sur les médaillés impériales, où l’on trouve les ornemens pontificaux^ et il fut nomme' Simpulum. Il est cependant vrai que sur beaucoup d’autels fune'raires ou de cippes on le voit sculpte' e'galement avec une patère. Nous le voyons toujours comme une chose destine'e a des sacrifices , à des usages sacre's de religion envers les Dieux , ou vers les mânes des défunts.

(2) Nous ne manquerons pas d’occasions, dans le cours des explications qui seront donne'es de ce Musée, de parler fort-au-long sur les cére'monies des lustrations sacrées, de sorte qu’à pre'sent nous remettrons nos lecteurs à voir les observations érudites de Giuseppe Laurentio , Varia Sacra y in Gron. Thés. , tome VII, page 218 , et à l’autre opuscule du meme , de Natalitiis Comiv. , in Gron. Tlies. y tome VIII, page i44o? et autres.

(3) Il avait chez les Grecs quelques prêtresses qui célébraient les mystères sacre's de Bacchus , qui e'taient appele'es Gerare selon Hesychius et Pollux, livre VII f , seg. 108. On comptait à Athènes quatorze de ces prêtresses de Bacchus, qui justement correspondaient à autant d’autels, sur lesquels on honorait ce Dieu dans cette viile : on apprend cela de Denis d’Halicarnasse, et par le Dict. Etymologique. Les érudits remarquent que dans ce dernier on lit Tepâipaç y comme aussi dans De'mosthènes

avons dit , que la danse accompagnait ces rits ; nous en avons parlé suffisamment ailleurs (i) : nous ajouterons seulement, qu’ici il nous paraît voir une de ces fêtes célébrée avec la plus grande décence (2), et sans ce vacarme bruyant qui s’y introduisit quelquesfois (3).

in Neaer . on trouve au contraire dans Pollux et dans Hesychius yspapat , dans Harpocration yepoupat comme si elles devaient être d’un âge mûr.

Pausanias au liv. III , chap. XX , p. 26 1 , déclare expressément que les femmes seules administraient les choses sacre'es et les secrets de Bacchus dans la ville ancienne de Brisea. Aussi Ovide dans le liv. III des Fastes, v. -]>6r, a e'crit en parlant des vieilles prêtresses de Bacclius et des gâteaux qui se vendaient dans les fêtes Yinalia :

Melle pater fruitur : liboque infusa calenti Jure repertori candida mella damus.

Foemina cur presset , non est r adonis opertae Foemineos thyrso concitat ille choros

Cur anus hoc faciat , quaeris ? vinosior aetas Haec est , et gravidae munera vitis amans.

(1) Voyez au sujet des danses consacrées à Bacchus , la note de ce volume , page 274*

(2) Le vêtement, grave et modeste des femmes représenté dans ce fragment convient bien aux prêtresses de quelque Divinité , puisque selon Aristophane ( Lysitrata ) les filles nobles paraissaient dans les cérémonies vêtues des habits les plus riches, et avec la plus grande décence. Les matrones les plus âgées , les vierges , et même les femmes les moins honnêtes y assistaient ensemble indistinctement. Euripide ( Baccliae ) dit qu’on n’admettait aux mystères de Bacchus que les vieilles prêtresses, qu’elles s’y présentaient la tête voilée, les pieds chaussés, et avec la plus grande décence , attributs qui tous se rappor* tent aux figures de notre fragment.

(5) Ovide dans le III liy. des Métamorphoses } v. 028^

En faisant attention a la figure de femme que l'on voit soutenant un enfant devant une matrone, fragment très-agréable, sous les numéros III et IV de celte planche , on y reconnaît facilement une divinité qui confie un enfant à une fille. La majesté de ses traits , la mitre qui orne la tête , la caractérisent suffisamment ; mais comme les symboles manquent à cette sculpture , comment en découvrir le sujet (i)? Nous avons taché dans la Ion-

décrit le bruit qui se faisait dans les fêtes de Bacchus : Liber adest : festisque fremunt ulalatibus agri.

Pentheus ait , aerane tantum

Aere repuisa valent ? et adunco tibia cornu ?

Foemineae voces , et mota insania vino : Obscenique greges , et inania tympan a vincant ?

Il suffit ensuite d’observer les monumens anciens ; nous y trouverons les Bacchantes, les Satyres, accompagnant les fêtes de leur Dieu avec des cimbales, avec des tambourins , avec des crotales , avec leurs lyres , et avec toute espèce d’instrument à vent , comme les flûtes , les trompettes et tout autre. On a fait observer , page 269 dans la note , que dans le triomphe de Ptolomée Philadelphe célébré k l’imitation de celui de Bacchus, il y avait queb ques chars qui portaient des trophées que l’on faisait resonner en chemin , comme l’assure Athénée.

(1) Pour proposer quelque conjecture au sujet de ce bas-relief^ nous dirons qu’on y a représenté la naissance de Jupiter. Cette figure de divinité que l’on voit soutenir un enfant, sort de la terre qui lui cache tonte la partie inférieure , et la figure qui est près d’elle indique bien le plan du bas-relief. Nous ne connaissons pas de figure que l’on voye plus fréquemment représentée couchée ou sortant de la terre, si ce n’est pas la terre elle-

gue description de ces monumeiis de ne pas risquer des conjectures mal assurées, ou douteuses; aussi nous ne voulons pas mériter en expliquant ce dernier monuqaent , d’être regardés comme des rêveurs fantastiques. Quiconque examinera ce morceau pourra en admirer le travail qui n’est pas indigne d’un artiste grec; et il pourra aussi, à son gré , en appliquer le sujet à la naissance d’un Dieu ou d’un héros.

même. Chacun sait que Rhée , la Terre , Opis , Cybèle^ la Grande Mère, sont dans l’ancienne mythologie une seule et même chose ; ainsi cette figure peut bien représenter la mère de Jupiter. On pourrait opposer à notre pensée que Cybèle ou la Terre, paraît très-souvent dans les anciens monumens, avec la tête couronnée de tours , mais il y en a beaucoup où elle se trouve ornée d’une seuië mitre. Sans parler des médailles d’Antonin le Pieux , où est Opis, assise, sans tours sur la tête, on pourrait s’appuyer d’autres exemples tirés de l’antiquité. M. Zoega reconnaît la Terre dans la figure qui est sous le char de Cérès à la pl. XCVJÏ des bas-reliefs de la collection Albani , et celle-ci n’a pas la tête ceinte d’une couronne de tours. De même dans la pl. XIII du Sépulcre des basons, la Terre, qui est assise^, déplore la mort du fils Anthée; elle n’est pas couronnée de tours, et de même dans les autres monumens.

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