‹ Monumens littéraires de l'Inde, ou, Mélanges de littérature sanscriteChapitre 11 sur 24 · PREMIÈRE LECTURE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LECTURE

Un Asoura, redoutable par son courage et fameux par ses victoires, s'était rendu en pèlerinage au mont Mérou. Le nom de cet Asoura était Vadjranâbha '. Touché de sa dévotion, le père du monde, Brahma, avait récompensé sa piété par un vara* ^ c'est-à-dire que Vadjranâbha avait formé un souhait : «Je veux, avait-il dit, que Vadjrapoure ^ ma capitale, devienne riche et brillante; que moi-même je ne puisse succomber sous les Dévas, qu'autant qu'ils arriveront chez moi par les domaines de Vkyou^ (Fair),

' jL'Himàlaya , dont le mont Mérou fait partie, est appelé V ombilic du monde. De là le nom de Yadjran&bha , qui veut dire habitant de l'ombilic ou se forme le tonnerre , ou qui est aussi dur que le diamant.

* Gomme on voit , un vara est une grâce qu'un dieu ou qu'un saint TOUS accorde à votre choix. Elle entraine une sorte de fatalité , qui forme ordinairement Tintérét de ces récits indiens. C'était un oracle qui, obscur comme ceux des Grecs et des Romains, pouvait être éludé par l'interprétation qu'on lui donnait.

^ Yadjrapoure est la ville du tonnerre ou du diamant.

* C'est le dieu du vent , de l'air.

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qu'autant qu'ils auront Càma (V amour) pour auxiliaire. » Et Brahma avait exaucé ce vœu. Des faubourgs magnifiques, des habitations nombreuses, des tentes dressées avec élégance, chaque jour, augmentai^it l'étendue et la splendeur de Vadjrapoure. Les autres Asouras, entendant parler de, la grandeur de cette ville et\du bonheur de ses habitans, y accouraient en foule, et formaient des quartiers populeux et agréables, où ces ennemis du roi des Dévas trouvaient la richesse et les plaisirs. Vadjranâbha, au comble de ses vœux , enivré de sa prospérité , voulut profiter du privilège assuré à sa ville et à luimême. Il osa même aspirer à l'empire du monde. Paraissant un jour dans le Dévaloka {séjour des dieux) , il ne craignit pas de défier Indra * : w Vainqueur du géant Pâka, lui dit-il, cède-moi l'empire des trois mondes, ou combats contre moi. L'univers appartient à tous les nobles enfans de Casyapa "*. » Le maître des dieux

' Quand on réfléchit sur l'histoire de cet Indra , il semble que c'était , dans ces temps antiques , une espèce de prince spirituel , de calife attaqué souyent par ses voisins , et protégé par quelques souverains pieux et poissans. C'était le roi des sacrifices : les autres avaient la puissance temporelle, quç souvent Indra était forcé d'implorer.

^ Casyapa est un saint personnage qui eut plusieurs femmes , mères d'enfans ennemis entte eux. Âditi fut la mère des Souras ;

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consulta d'abord le sage Vrihaspati ' , puis il répondit à Vadjranàbha : « Vous venez d'invoquer le nom du grand Casyapa ; il est en ce moment au milieu de nous à diriger des prières et des sacrifices. Libre de ce soin pieux ^ il daignera, n'en doutez point, vous seconder de ses sages conseils. » Le Dânava se présenta aussitôt devant son père , et lui rapporta la réponse du roi des Dévas. « Oui , lui dit Casjapa, tu peux compter sur mes conseils. Mon fils, laisse-moi achever les sacrifices , retourne à Vadjrapoure , et attends ma réponse arec tranquillité. » 11 dit , et Vadjranàbha se retire.

Cependant Indra s'est rendu à la ville de Dwârakâ, entourée d'une enceinte de remparts placés autour d'elle en forme de couronne.

Il s'est soustrait à tous les regards pour se présenter devant le fils de Vasoudéva, auquel il raconte les projets de Vadjranàbha. « Roi des dieux, lui dit Crichna, nous allons faire le grand sacrifice du cheval*. Cette cérémonie

Dit! y des Détyas ; Danou , des Dânayas. Les mots ^soura , Détya , Dânava , sont synonymes pour signifier les ennemis des dieux ou dévas.

' Vrihaspati est le régent de la planète de Jupiter et le précepleur des dieux. Ce mot veut dire grand maître,

^ Le sacrifice du cheval était le pins important chez les anciens

une fois achevée , je marche avec vous contre Vadjranâbha. Cependant avisons au moyen de pénétrer chez lui : car vous savez qu'on ne peut y arriver que par le secours de Vâyou. » A ces mots Crichna salue le souverain des dieux, et se rend au lieu du sacrifice. Au milieu des pompes religieuses, un même soin les occupait tous deux: ils cherchaient fheureux expédient qui pourrait leur ouvrir l'entrée de Vadjrapoure. Les fêtes sacrées se poursuivaient au milieu du bruit harmonieux des hymnes et de l'agitation des danses pieuses. En ce moment*, par son talent et son adresse, un acteur, nommé Bhadra % charmait les Maharchis assemblés\ Ravis d'admiration, ils lui donnèrent le choix d'un vara^ promettant de souscrire à tous ses désirs. Alors inspiré par Crichna et le prince des dieux, conseillé par la déesse des arts , Saraswati ^ , Bhadra osa élever ses prétentions. S'inclinant devant cette vénérable réunion de Mounis : « Pieux

Indiens. Accompli cent fois , il donnait à celui qui avait eu ce bonheur, la place du dieu Indra.

' Le mot Bhadra si giil&e fortuné.

* Maharchi signifie grand Richi, ovl personnage pieux.

^ Saraswatî était fille et femme de Brahma. Elle est la déesse de réloquence et des arts ; c'est elle qui inrenta , dit-on , la langue sanscrite. On raconte que traversant le désert un livre à la main , elle fut attaquée par des brigands , et se changea en la rivière qui

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solitaires 9 leur dit-il^ si j'ai eu le bonheur de vous plaire, je veux encore mieux mériter vos bontés. Je ne désire que les moyens d'augmenter et de varier vos amusemens« Qu'il me soit permis de voyager avec ma troupe dans les sept régions du monde à travers les plaines de l'air, sans avoir rien à craindre des autres êtres animés ou inanimés. Que je puisse à volonté revêtir toutes les formes; animal, mort ou vivant, plante même; que je devienne ce que je voudrai, sans éprouver les inconvéniens de tous ces états.

Que je puisse enfin en tout lieu, de toute manière, charmer les sages Mounis et ceux qui se plaisent à mes jeux. » — « Ainsi soit fiait », répondent les Brahmanes en le touchant; et de suite s'élançant dans les airs, il plane sur le monde entier, visité les villes des rois Dânavas et les contrées d'Outtaracourou ' (septentrion), celles de Bhadrâswa (orient) et de Kétoutnâla (occident) ,

portait son nom , aujourd'hui le Sarsouty, et qui se perd dans les sables. Ce mot signifie liquide, fluide. L'image de cette déesse est quelquefois remplacée par une plume , un encrier, et surtout un livre.

' Onttaracourou signifie région septentrionale. Bhadràswa , un des neuf fils de l'antique Agnîdhra, donna son nom à la région de l'est ; ce mot signifie possesseur d*un cheval fortuné. Le côté de l'ouest est appelé Kétoumâla , ou champ de Kétou , qui est le noeud descendant. Yama , dieu de la mort, a son séjour yers le midi.

et la région d'Yama ( midi). Mais surtout ^ dans les jours de fête et de sacrifice, Bhadra, ainsi devenu citoyen du monde , ne manque jamais de se rendre à Dwàrakà, et d'y déployer son talent devant les nobles enfans d'Yadou.

D'un autre côté, Indra, le maître des Souras , a rassemblé auprès de lui ces génies habitansdu Dévaloka, qui, à la forme et au plumage du cygne , unissent la voix de l'homme : (K Oiseaux divins, leur dit-il, pieux enfiuis de Casyapa ' , qui prêtez le secours de vos ailes aux Dévas et aux saints personnages , nous sommes menacés, et c'est contre nos ennemis que je demande vos services. Il faut agir, et je ne pense pas qu'il soit besoin d'enflammer votre zèle par le motif de la crainte. Les routes vous sont ouvertes de tous côtés, et il vous est permis par le chemin de l'air d'arriver chez Vadjranâbha. Tandis qu'il ferme à tout autre l'entrée de son royaume , vous dirigerez votre vol du côté de Vadjrapoure , pour aller vous reposer sur les étangs qui embellissent son gynécée.

Écoutez et suivez bien mes instructions. Vadjranàbha peut se vanter d'avoir une fille qui est la perle des trois mondes : on la nomme

' Casyapa est encore le père de ces êtres divins , dont le nom est Hansa , et qui ont la forme de cygnes.

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Prabhâvatî' , car elle brille comme Fastre charmant des nuits; et, par un don spécial de la déesse Pârwatî, elle doit, dit-on, libre et indépendante de l'autorité de ses parens, choisir elle-même son époux. Nobles génies, ayez koin de lui vanter les qualités du grand Pradyoumna, sa vertu, sa naissance, son courage, sa jeunesse. Quand vous commencerez à la voir heureusement prévenue, rappelez-lui adroitement le privilège que lui a donné Pârwatî , et que par vos soins ses idées s'arrêtent sur Pradyoumna . Discours flatteurs, caresses aimables, douces prévenances ^ ne négligez rien : insistez sur les vertus de Pradyoumna, et que l'âme de Prabhâvatî soit profondément atteinte. Il paraîtra quand il sera temps. Cependant n'oubliez pas de me tenir au courant de vos progrès : qu'une communication exacte et journalière s'établisse entre nous et Crichna. Pradyoumna est persuadé que cette entreprise est difficile , qu'il est téméraire d'aspirer à triompher de la fille de Vadjranâbha : c'est un motif de plus pour redoubler d'eflForts. Ces Asouras , protégés par la parole deBrahma, ne peuvent, disent-ils, tomber sous les coups des Dévas : ils succomberont, frappés par les enfans des Dévas, par Pradyoumna et

' Ce mot sigmûe Brillante.

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ses compagnons de victoire. Bhadra, profitant du privilège qui lui est donné parles Mounis, se présentera chez Vadjranâbha : les enfans d^Yadou trouveront aussi le moyen d'y arriver. Tout mon plan va se dérouler de lui-même. Mais c'est vous , officieux génies , c'est vous qui nous ouvrirez la carrière. Les Dévas, dit-on, ne peuvent entrer à Vadjrapoure ; c'est Vadjranâbha lui-même qui va nous y appeler. »

DEUXIÈME LEGTUBS.

Les cygnes, ou plutôt les génies ailés, obéissant k l'ordre d'Indra, se rendent à Vadjrapoure. Le bruit de leur arrivée est bientôt répandu : on sait que sur les étangs agréables des jardins de Vadjranâbha, au milieu des fleure dorées du lotus, ont apparu des êtres charmans, couverts d'un doux et blanc plumage.

Leur voix est harmonieuse , leur abord agréable; on admire la grâce de ces hôtes nouveaux, descendus sur les étangs du gynécée. Vadjranâbha veut les voir : il est séduit par leur doux langage. i< Nobles habitans des airs, leur dit-il, chantres harmonieux, venez embellir de votre présence les fêtes que nous célébrons en ces lieux. Venez; ce palais est Iç vôtre, vous pouvez y entrer avec confiance. » I^es génies, fidèles aux in-

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structions dlndra, acceptent raimable invitation du roi des Dânavas. Us charment tous les cœurs par leurs complaisances, toutes les oreilles par leurs récits amusans et variés. Les femmes surtout se rassemblaient pour entendre ces longues histoires, dans lesquelles on rappelait toute la gloire des enfans de Casyapa. Pensive et solitaire, la fille de Vadjranâbha, la belle Prabhâvati , se promenait à l'écart. Les génies l'ont aperçue , et leur attention s'est fixée sur elle. L'un d'entre eux, Soutchimoukhî * , s'attache à ses pas , l'amuse par sa conversation, lui fait hommage de Ses talens, lui off^e ses services, son dévoûment, son amitié. La confiance s'établit, l'intimité la suit bientôt j et Soutchimoukhi, poursuivant son projet, n'oublie pas que la louange est le plus sûr moyen de réussir.

« Charmante Prabhâvati, lui dit l'adroit génie, vous êtes, n'en doutez pas, ce qu'on peut voir de plus aimable dans les trois mondes, pour les grâces du corps et les qualités de l'âme. Mais^ ô ma belle amie, songez que la jeunesse se passe : elle va se perdre dans le temps , comme les fleuves dans la mer, pour ne plus revenir.

' Ce nom , si dur et si bizarre , signifie doué d'une tête blanche. C'est nn nom convenable à un cygne.

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Profitez de ces momens qui vous échappent , livrez-vous aux plaisirs; et, croyez-moi, il n'en est pas de comparable a celui de l'amour. C'est dans un attachement légitime que consiste le vrai bonheur. Eh ! quelle femme peut être plus heureuse que vous? Libre dans votre choix ^ vous n'avez point a subir la volonté d'un père quelquefois prévenu. Par exemple, il pourrait vous imposer un de vos Asouras : sans doute cette race est noble , il en est parmi^eux d'aussi distingués par les qualités du corps que par celles du cœur. Mais sont-ils dignes de vous? Peuvent-ils bien sans rougir prétendre a votre main? Que je voudrais qu'il fut possible au fils de Roukmini , à Pradyoumna , de paraître en ces lieux ! Voilà l'époux qui conviendrait à la belle Prabhàvati. Dans les trois mondes il n'est rien de comparable à lui pour la beauté , la naissance, l'âme et le courage. Quelque part qu'il se présente, parmi les mortels, lesDévas, les Dânavas, il est toujours le premier, le plus vaillant comme le plus vertueux. En le voyant, les femmes ne peuvent s'empêcher de l'aimer, et tous les cœurs lui sont ouverts. Comparez sa face avec la lune dans toute sa splendeur, ses deux yeux à deux fleurs du lotus, sa marche à celle du lion , et vous serez encore au-dessous

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de la vérité. Pour le former, Vichnou a pris ce qu'il y avait de mieux dans tous les êtres. A peine il sortait de Fenfance , et déjà il triomphait du cruel Sambara * : il peut à volonté revêtir toutes les formes, sans jamais cesser d'être l'aimable Pradyoumna. Rassemblez toutes les qualités qui distinguent les créatures dans les trois mondes, les merveilles que l'on admire dans l'eau , sur la terre , dans le soleil : tout sera reproduit dans Pradyoumna. »

Prabhâvatî prit la parole et dit à Soutchimoukhî : « J'ai bien souvent entendu parler de ce Vichnou descendu sur la terre. Mon père et le sage Nârada font de lui des récits étonnans : c'est, dit-on, un ennemi des Dêtyas : aussi redoutable que la foudre, il dévore de son tchakra brûlant ceux qui lui résistent; son arc et sa massue répandent la mort autour de lui. Aussi tous les héros Dânavas, qui habitent Vadjrapoure, respirent la vengeance, et n'attendent que le signal du combat. Quel moment pour penser à Pradyoumna ! Cependant c'est un désir bien légitime pour une femme, que celui d'entrer, comme épouse, dans une famille

' Ce géant avait enlevé Pradyoumna au moment de sa naissance, n fut tué par ce héros, dont il voulait faire sa victime. Je donnerai cette histoire dans un autre volume.

meilleure que la sienne. Si je pouvais me laver de cette tache qui flétrit ma race, si tu trouvais quelque moyen d'amener Pradyoumna en ces lieux , je sens que j'aurais pour toi une grande reconnaissance. .Oui, tes discours m'ont persuadée : je ne saurais te le cacher, un époux tel que Pradyoumna , noble descendant de Vrichni' , est désormais tout l'objet de mes vœux. Malgré cette inimitié qui sépare sa famille et celle des Dêtyas , son histoire merveilleuse est arrivée jusqu'à nous, et quelques femmes âgées de nos Asouras m'avaient déjà raconté sa naissance et sa victoire sur le géant Sambara. Je sens que l'image de Pradyoumna est au fond de mon cœur. Je voudrais qu'il fut ici présent, mais ce n'est pas assez de le vouloir. Tu m'as offert ton amitié, je la réclame, et ma reconnaissance ne se bornera pas à de simples promesses. Vois, réfléchis, invente, emploie les ressources de ton esprit : il s'agit du bonheur de ton amie. » — wEh bien, lui répondit en souriant Sou tchimoukhi , je serai l'interprète de vos sentimens : par moi Pradyoumna connaîtra votre pensée.

Je saurai l'engager à paraître devant vous, et vous deviendrez l'heureuse épouse de Câma lui-

» Vrichni , comme Yadou , était un des ancêtres de Crichna. De là on l'appelle Varchneya.

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même'. Souvenez-vDus de ma promesse; elle aura son efifet. Cependant parlez au roi votre père des merveilles étonnantes que je puis raconter : il voudra me voir, et je préparerai adroitement les moyens d'arriver au but où nous tendons. »

Prabhàvatî suivit son conseil , et le roi des Dânavas se promenant dans le gynécée, dit à Soutchimoukhi : « Ma fille m'a vanté les récits surprenans qu'elle a entendus de toi. Elle a éveillé ma curiosité. Raconte-moi quelque chose de singulier, de nouveau, de quelque genre que ce soit, que tu aies vu dans tes courses, et dont personne n'ait encore parlé ». — « Prince, dit Soutchimoukhi, sur le mont Mérou, à la cour de Pârwatî, j'ai vu une sainte solitaire qui, par la force de ses méditations et de ses austérités , avait obtenu le pouvoir d'opérer les miracles les pilus étonnans. J'ai vu encore un être bien merveilleux et unique dans les trois mondes : c'est un comédien changeant de forme à volonté, toujours gai, toujours riant, et jouissant d'un privilège bien extraordinaire que lui ont donné les Mounis : il se transporte, comme il veut,

* Il faut savoir que Pradyoumna était Câma, c'est-à-dire rAmour. Autrefois réduit en cendres par un regard de Siva, il était , daus une seconde naissance , deyenu fils de Crichna.

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vers les différens poin ts du monde ; il connaît tous les airs^ toutes les danses des GandHarbas^ et partout il excite l'admiration des Dévas ». — (( 11 n'y a pas encore long-temps, dit Vadjranâbhà, que j'ai entendu les contes desTchdranas% que j'ai vu les prestiges des Siddhas. Cest là mon plus grand plaisir, je fais venir à ma cour tout ce qu'il y a de curieux; mais je ne connais pas encore ce comédien surprenant. » — « Généreux Détya, reprit Soutchimoukhl , il parcourt les sept régions du monde, et se rend dans les pays où il pense que l'on appréciera son talent. N'en doutez point, prince, s'il vient à connaître votre goût, vous le verrez bientôt avec sa troupe arriver dans cette ville ». — w II faut, répliqua le prince des Asouias, trouver le moyen de l'amener en ces lieux. Adieu , je te confie ce soin; tes compagnons ailés auront bientôt rempli mes désirs. » Et en effet les génies partent aussitôt de Vadjrapoure, mais c'est pour avertir le roi des dieux et Crichna de tout ce qu'ils ont déjà fait. Crichna communique ses idées à Pradyoumna, qui doit s'unir à Prabhâvati, mais

' Les Tchdranas et les Siddhas sont des êtres merveilleux » qui font partie de la cour d*Indra. Hors de la poésie, qui ennoblit tout, les premiers seraient des comédiens et chanteurs ambulans , les autres des escamoteurs.

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en même temps frapper à mort Yadjranàbha.

Cependant la ruse favorisera le projet du dieu : sa cour devient une troupe de comédiens :

le privilège de Bhadra et de ses camarades va protéger, les nobles enfans d'Yadou, qui se joignent à eux, couverts d'un costume de théâtre. Pradyoumna est le directeur [nâyakd) ; Samba ', son frère, est le bouffon (vidoûcfiaÂa); Gada, frère de Crichna, et les autres princes, leurs femmes elles-mêmes, déguisées en actrices, complètent cette société comique , que suivent les principaux musiciens et les chefs d'orchestre. Ce brillant CQrtége était transporté sur un char volant et magnifique qu'avait préparé Pradyoumna* Ainsi revêtus chacun du costume propre au rôle qu'il devait jouer, les Dévas, couverts du masque de la gaîté; les héros Yâdavas, réunis sous les enseignes du plaisir, s'avançaient à la vengeance et à la gloire. Ils arrivent près de Vadjrapoure , et vont d'abord s'établir dans un bourg brillant et populeux, appelé Swapoura."

' Sàmba , fils de Crichna et d'une de ses femmes , Djambavatî , est célèbre pour avoir introduit dans le Magadha une colonie de brahmanes venus de la province de Saka. Ils changèrent, à ce qu'il paraît, les anciennes doctrines. C'est un fait qui mérite peut-être quelque attention. Le nom de Sâmba signifie heureux^

' Ce mot signifie ville particulière.

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