‹ Monumens littéraires de l'Inde, ou, Mélanges de littérature sanscriteChapitre 12 sur 24 · TROISIÈME LECTURE · texte numérisé non relu

TROISIÈME LECTURE

Une proclamation de Vadjranâbha ordonna aux Asouras habitans de Svrapoura, de fournir à leurs nouveaux hôtes des logemens somptueux ^ des domestiques aussi beaux qu'intelligens^ et de leur offirir, comme un témoignage de satisfaction^ des pierreries magnifiques et des étoffes précieuses. La volonté du prince fut exécutée avec empressement. Cependant Bhadra, pour justifier sa réputation^ parait en public; et les Dêtyas, ravis de le voir, l'accueillent avec de bruyantes acclamations, accompagnées des présens les plus riches, des bijoux les plus éclatans qu'il est obligé d'accepter. Le spectacle commence , et les habitans de Swapoura étaient dans Tenchantement. Du grand poëme qui porte le nom de Rdmâyana, on avait composé un drame ' à la gloire du grand Vichnou, naissant sous une forme humaine, dans l'intention de susciter un ennemi mortel au roi des Râkchasas. Les acteuys, vêtus de costumes brillans, représentaient Râma% qui est

' Il existe un drame intitulé Mahàndtaka,- ou la grande Comédie, en l'honneur de Bâma, et composé par Hanouman.

' Ce Râma , surnommé Tchandra , ou semblable à la lune , est le héros des poëmes intitulés Râmdyana. Il était regardé comme un avatare , ou incarnation du dieu Vichnou. Un roi d'Ayodhya , nommé Dasaratha, était son père. Ce mot de Dasaratha est composé de dasa^

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Vichnou lui-même , et ses trois frères Lakchmana^ Satrougbna et Bharata^ Sltâ, la belle et malheureuse épouse de Rama, Dasaratha, père du dieu incarné. On vit aussi paraître sur la scène le roi d'Anga, Lomapâda; le solitaire Richyasringa amené à sa cour par les Bayadères qui Font arraché à son ermitage, et la belle Sântâqui devient son épouse. Tous les Dânavas, jeunes et vieux, étaient dans l'admiration : ils contemplaient avec étonnement cette imitation merveilleuse de la nature, ces costumes, ces gestes mesurés avec tant d'art. Frappés d'abord par un prologue intéressant (prastâçanâ), ils se trouvaient attachés, émus par un enchaînedix , et de ratha , char ; non pas que ce prince puissant n'eût que dix chars de guerre , mais on l'explique en disant qu'il pouvait conduire son char vers les dix points du ciel , c'est-à-dire les huits points cardinaux avec le zénith et le nadir. Le nom de Lakchmana signifie heureux ; celui de Satroughna , tueur d'ennemis ; celui de Bharata , protecteur. Le mot Sitâ rappelle la naissance de cette princesse, qui fut trouvée dans un sillon, et qui est fille de la Terre. Sântâ veut dire calme , tranqmUe. Anga , royaume de Lomapâda , est la partie orientale du Bengale. Deux mots forment le nom de Lomapâda, loma, qui veut dire cheveux, et pâda, qui veut dire pied : ce qui désigne sans douté sa longue chevelure , qui lui descendait jusqu'aux pieds. Pour Richyasringa , ce mot signifie èois de cerf. Tel était , dit- on , l'ornement de la tête de ce solitaire , dont l'aventure , ici mentionnée , est racontée dans le Râmâyana, et est sans doute le premier type du conte graveleux des oies du frère Philippe.

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ment adroit de scènes touchantes (dhârana^ pravésa). Le plaisir que les Asouras éprouvaient, se peignait sur leurs visages en traits enflammés, et s'exprimait par de longs frémissemens d'approbation. Us se levaient en applaudissant à plusieurs reprises, et dans les transports de leur joie , ils donnèrent aux acteurs des étoffes magnifiques, des colliers, des bracelets, de superbes rivières de perles, dont la blancheur était relevée par l'éclat de l'or , et la teinte sombre de la pierre lazuli. A ce spectacle succéda un autre divertissement : on donnait aux acteurs un sujet, et de suite ils improvisaient en vers les louanges des Asouras et des Mounis, dont ils célébraient la naissance et la famille.

Le bruit de cette brillante représentation ne manqua pas d'arriver jusqu'à Vadjranâbha. On lui parla du merveilleux comédien , qu'il avait désiré de posséder dans ses états. Il ordonne de l'amener à Vddjrapoure; on s'empresse' d'exécuter ses volontés, et les Yâdavas, sous l'habit de comédiens, sont introduits dans cette ville où ils ne devaient point entrer. Un logement riche et superbe leur est assigné ; ils n'ont qu'à souhaiter, rien n'est refusé à leurs désirs. Il n'est rien de trop recherché pour eux. Cependant Vadjranâbha préparait une grande fête

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en rhonneur d'Yama : un théâtre élégant a été construit, et placé de manière à ce que les habitans du gynécée puissent tout voir sans être vus. Ses nobles voisins ont été invités, et, à leur arrivée, accueillis par de riches présens. Enfin le prince entre dans la salle de spectacle, environné de toute sa famille, et d'avance animé par le plaisir. De leur côté, les Yâdavas , réunis au foyer du théâtre (népathjrd) y se révêtent de leurs costumes, et se préparent à des jeux qui sont le prélude de Scènes terribles et trop réelles. Ils paraissent; sur le devant du théâtre était placée une large et vaste timbale : à côté se trouvaient disposés des tambours de diverses dimensions; plus loin des musidkns tenaient des instrumens à cordes. Un concert commence, et des sons dignes des Gandharbas s'élèvent avec une harmonie toute céleste. Pour achever de charmer et l'oreille et l'âme, au bruit des instrumens, des femmes marient leurs voix mélodieuses ' . Par des sons doux, moelleux et flexibles, elles chantent la déesse Gangâ descendant du ciel ' ,

' Le mode sur lequel elles chantent est celui de la troisième note de la gamme indienne , appelée Gândhâra.

' On célèbre , le troisième jour du mois de Vésaka , l'anniversaire de la descente de Gangâ , ou la déesse du Gange. Le Gange,

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traversant Tair sous la forme de nuages légers, amoncelant ses eaux dans un vaste bassin, et s'élançant bientôt en torrent majestueux pour le bonheur de la terre. Cet hjrmne solennel, les nobles expressions du poète, les molles inflexions de la voix des chanteuses, les sons d'une musique tour à tour grave et légère, tout concourt à charmer les Asouras , qui , par des trépignemens de joie, témoignent leur admiration. Mais bientôt le silence se rétablit. Pradyoumna , accompagné de Gada et de Samba , prononce la prière (ndndi) qui précède la représentation : puis le fils de Roukmini, dans une pièce de vers digne des chants que l'on vient d'entendre , réclame l'attention de l'assemblée , et explique le sujet de la pièce qu'on va jouer. C'était un trait de l'histoire du dieu Couvera ', les amours de Rambhâ et de Nalacoù-

dit-on , sort de dessous les pieds de Vichnou sous le pôle, traverse l'air en vapeurs insensibles qui remplissent le lac appelé Mânasarovara y puis vient tomber sur un rocber, nommé la tête de Mahâdéva , dans les cbeveux duquel il s'embarrasse. C'est la chute du Gange, Gangotri. Le Gange descendit du ciel , à la suite des dévotions du prince Bhagîratba.

* Couvera , comme nous l'avons vu , est le dieu des richesses. Rambhâ est une des Âpsaras , dont il a été question ailleurs. Ce Nalacoûvara est un fils de Couvera : son nom est composé de nala , roicaii , cl de coii\ara ^joug d'un char. Râvana , dont le nom indique qu'il est l'auteur des cris, est le fameux tyran de Lanka

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yara , ouvrage fameux d'un savant Mouni , du grand Nârada; on y dépeint les effets de l'imprécation lancée par la colère du terrible Râvana. Le rôle de ce Râvana était joué par Soûra^ celui de Rambhà par Manomati : Pradyoumna représentait Nalacoûvara, et Sàmba était son bouffon et son confident ( vidoûchaka ). Les Yâdavas , avec un art véritablement magique , avaient imité sur les décorations le mont Kêlasa^ séjour enchanté du dieu Couvera.

Après le spectacle^ les Dânavas, émerveillés de la beauté des vers et du jeu des acteurs , ne tarissaient point en fait de louanges , qu'ils accompagnaient de présens, tels que des robes magnifiques, des pierreries, des tapis, des colliers de perles entremêlées de grains de jais et de brillans. Les fêtes se succédèrent, et la générosité du prince se distinguait envers tout le monde, surtout envers les femmes des chefs Dânavas. Ses cadeaux étaient d'une richesse étonnante : c'étaient des pierreries , de superbes palanquins, des chars magnifiques, deséléphans d'une race divine, si rapides qu'ils semblaient

( Ceylan ); il en avait chassé Couvera, qui Tavait d'abord occupé. Soùra est le nom du grand-père de Crichna : ce mot signifie 'l'aillant j fort. Manomati est une des femmes de Crichna. Son nom veut dire remplie d'âme ou passionnée.

fendre Tair; du sandal odorant; des eaux de senteur; du bois précieux de Taloès embaumé; enfin de ces pierres merveilleuses appelées Tchintâmajù % et qui procurent à leur possesseur tout ce qu'il peut désirer.

' Cependant Soutchimoukhl se rend auprès de Prabhâvatî, et lui dit : a Je reviens de Dwârakâ où j'ai vu Pradyoumna. Je lui ai confié votre secret : son bonheur est extrême, il a voulu hâter le moment de se trouver avec vous, et aujourd'hui même, ce soir, il doit être à vos pieds. Ne craignez rien, ô ma charmante amie, les enfans d'Yadou ne manquent jamais à leur parole. » Prabhâvati, agitée par l'espoir et par une espèce de terreur secrète , répondit à Soutchimoukhl : i< Ta place est désormais près de moi; ne me quitte plus. Tu seras à mes côtés, quand je yerrai le fils de Crichna; il me semble que ta présence contribuera à me rassurer : je pourrai lui parler avec plus de confiance.» Le génie obéissant promet de se conformer à ses désirs, et dans l'intérieur des appartemens de Prabhâvatî , tout est préparé pour Farrivée de Pradyoumna.

' Ce mot signiGeyo/au de la pensée.

^ Les détails qu'on Tient de lire peuvent être curieux , quand il est question d'un peuple aussi anciennement civilisé. Ceux qui suivent seront souvent bizarres ; c'est peut-être une raison pour ne pas les omettre davantage.

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Soutchimoukhî s'élance ensuite par la route des airs; et bientôt l'heureux messager revient et annonce le fils de Roukmini. Mais Pradyoumna, en approchant y a vu une guirlande de fleurs que les femmes de Prabhâvatî venaient de tresser, et sur laquelle se reposaient de légères abeilles, n lui plaît de prendre cette forme , et de contempler ainsi , sans être connu , celle qui lui est destinée. La guirlande est présentée à Prabhâvatî , toutes les abeilles s'envolent et se dispersent au loin : mais Pradyoumna, c'est sur l'oreille de sa bien-aimée qu'il cherche un asile : il semble s'être réfugié dans le calice d'un lotus. En ce moment la lune majestueuse s'élevait sur l'ho- ' rizon. Prabhâvatî la contemple avec inquiétudt ^ et ne peut s'expliquer le trouble secret qu'elle éprouve. « Fidèle Soutchimoukhî, s'écrie-t-elle , quel feu me brûle! ma bouche est desséchée, mon coeur est abattu , tout mon corps est faible et 'languissant. Je ne puis définir le mal que je souffre. En vain je voudrais le guérir, la vue de cet astre silencieux a qujelque chose qui accroît mon tourment et ajoute à ma faiblesse. Quand verrai-je les rayons de cet astre bien différent que tu m'as annoncé, et que je ne connais encore que par tes discours? Quand viendront-ils doucement apaiser cette chaleur qui me con-

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sume? Malheureuses femmes que nous sommes!

Hélas! je sens que je succombe; je tremble, et cependant tu m'as bien assuré qu'il allait venir, celui que mon cœur désire. Je me disais : Je vais entrer dans une route semée de fleurs! Fuis, fuis , imprudente ! le serpent d'amour y est caché... ' Est-ce donc l'astre des nuits, û doux et si paisible, dont les rayons allumeraient dans mon sein ce feu qui le dévore? La brise du soir, fraîche et odorante, est aujourd'hui comme une flamme qui me brûle. Ah! c'est lui, lui seul qui occupe mon âme. Remplie de sa pensée, je n'ai plus de force, plus de volonté! Interdite, éperdue, je frémis, ma vue se trouble, je sens que je me meurs ! » '

QUA.TRIÈME LECTURE.

Pradyoumna connaît maintenant par luimême les sentimens de Prabbàvatî. Elle est digne

' Virgile a dit :

Qui legltis flores et bumi nascentîa fraga ,

Frigidns, 6 pnerî ! f agite hinc, latet angals in herbâ.

* Ici je me rappelle inyolontairement les vers de Sapho, traduits par Boileau.

Un nuage confus se répand sur ma vue ;

Je n*entends plus, je tombe en de douces langueurs.

Et pâle , sans haleine, interdite, éperdue.

Un frisson me saisit, je tremble , je me meurs.

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d'être son épouse, etSoutchimoukhi ne Ta point trompé. Il peut se déclarer sans crainte, et soudain il a paru dans tout Féclat de sa beauté. J^e palais est rempli d'une vive lumière , et la clarté de la lune est effacée par les rayons qui jaillissent de tout son corps. Prabhâvatî le voit : ces flots d'amour dont son cœur est inondé, s'enflent et se soulèvent; ainsi croît et se gonfle l'Océan, père des fleuves, quand vient à apparaître le disque plein et arrondi de l'astre des nuits. La fille de Vadjranâbha rougit, et baisse ses yeux qu'elle relève quelquefois avec timidité. Elle est immobile : Pradyoumna lui prend la main et sent qu'elle firissonne : « Beauté céleste , objet des plus ardens désirs! s'écrie- 1- il, pourquoi ces yeux baissés? pourquoi ce silence cruel? Voulez-vous m'envier et le son de votre douce voix et l'éclat de vos regards? Osez voir celui qui dépose à vos pieds ses hommages et sa liberté : osez l'agréer pour votre serviteuf. Ah! repoussez cette timidité frivole , laissez , laissez parier votre cœur. Un mot, un seul mot. Par un signe approuvez mes désirs, daignez m'apprendre que mes vœux sont comblés, et le rit Gândharba ' va consacrer notre union. Le lieu,

' Les Indiens reconnaissent huit sortes de mariage. Celui quW

le temps, tout nous favorise. Belle et sage Prabhàvati, consentez à mon bonheur. »

Aussitôt Pradyoumna serre la main de sa bienaimëe, puis il la tient avec la sienne étendue au-dessus du feu * qui brille sur un autel enrichi de pierres précieuses, et il récite quelques prières (mantras). Il offre des fleurs en sacrifice, et tous deux prononcent le serment d'amour : puis ils tournent autour du brasier en observant de commencer par le côté droit. Comme pour faire honneur au fils de Crichna , le feu , témoin divin , présent dans toute la nature , brille d'un éclat merveilleux. Pradyoumna met en réserve les dons qu'il destine aux brahmanes, (c Veille à cette porte » , dit-il ensuite à Soutchimoukhî , qui le salue avec respect : puis saisissant la main de sa nouvelle épouse, il l'entraîne dans la chambre nuptiale ; il la presse doucement contre lui , dépose sur sa joue de tendres et longs baisers, savoure les parfums de son haleine , comme l'abeille ceux du lotus; lentement il prépare sa victoire, et ne retarde son dernier triomphe

appelle gândharba est le mariage contracté par consentement xsï\i\xie\ {voyez livre m des lois de Manou).

. ' Un feu est allumé à la naissance d'un enfant ; il sert pour les sacrifices de chaque jour, pour les cérémonies de son mariage et pour son bûcher.

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que pour prolonger ses plaisirs. Cependant le pi'écurseur du jour, Arouna ' , annonça le retour du soleil et le moment de la séparation. Les deux époux, enchantés l'un de l'autre, se quittèrent; Prabhâvatî, pour penser seule à son bonheur; Pradyoumna, pour aller rejoindre ses compagnons.

Ainsi les enfans d' Yadou exécutaient , sous un vêtement emprunté , les volontés d'Indra et de Grichna, et, en silence, ils attendaient le moment où Vadjranâbha se lèverait pour marcher à la conquête des trois mondes. Tant que durèrent les sacrifices de Casyapa , les Dévas et les Asouras ne commencèrent point les hostilités. Et cependant l'aimable saison des pluies était venue répandre le bonheur par toute la nature '. Le jour et la nuit, les génies, messagers ailés de Crichna et du roi des dieux, transmettaient rapidement tous les ordres et les nouvelles. Des nuits de bonheur s'écoulaient pour Pradyoumna et Prabhâvati : à côté d'eux veillait la troupe des fidèles génies. Pendant le jour le fils de Rouk-

' C'est le frère de Garouda , conducteur du char du soleil. On le représente comme privé de jambes. C'est l'aurore moins agréablement personnifiée que dans les poètes grecs.

> La saison des pluies dans un climat chaud doit être chantée comme celle qui amène la fin des tourmens produits par la sécheresse. ( Voyez plus bas une description des plaisirs de cette saison.)

minî ne peut se résoudre a quitter son épouse : mais , se doublant par un prodige de son art magique^ son image est auprès de ses compagnons , sa réalité reste auprès de Prabhâvatî.

Aveuglés par le dieu de la mort, les Asouras ne s'aperçoivent point des projets de ces faux comédiens. Ils admirent leur retenue, leur sagesse et leur aimable gaîté; et leurs femmes elles-mêmes rendent justice à la beauté, aux grâces vives et piquantes, à l'élégance, à l'esprit, mais surtout à la décence des compagnes de ces charmans étrangers.

Vadjranâbha avait un frère, nommé Sounâbha ' , et ce Sounàbha , deux filles aussi bonnes que belles : l'une se nommait Tehandravati * , l'autre Gounavati. Dans les visites qu'elles firent à leur cousine , elles en virent assez pour surprendre son secret , et cette découverte amena des confidences. « Je possède, leur dit-elle, un talisman merveilleux (yidjrd) ^. Celle qui en fait

' Sounàbha est le nom que l'on donne à l'Himalaya , qui est comme Vombilic du monde. Sounàbha signifie donc habitant de l'heureux ombilic du monde. J'avoue que, dans ce cas, il serait mieux de dire Sânâbha,

* Tehandravati veut dire brillante comme la lune , et Gounavati, douée de bonnes qualités.

^ Un vidjrà est une espèce de bol enchanté , auquel on suppose

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usage, par la force du charme , attire près d'elle répoux qu'elle a désiré; Déva ou Dànava, il ne peut résister, et le bonheur couronne promptement leur union. Pour moi , j'ai choisi parmi les Dévas , et je n'ai pas lieu de m'en repentir » . Et pour les en convaincre, elle leur montre Pradyoumna, dont elles admirent la jeunesse et la beauté, (c Quelle différence, continue Prabhâvatî, entre un Déva et un Dânava, amis, par leur nature, l'un de la justice, l'autre de l'iniquité; attachés l'un à la piété, l'autre au plaisir, l'un à la vertu, l'autre au vice. N'en doutons pas, là où se trouvent la justice, la piété, la vertu, là sera la victoire. Les Dévas doivent l'emporter, c'est parmi eux que vous devez choisir un époux, et je vous prêterai mon talisman. Vous

une grande yertu. H suffit de le mettre dans sa bouche et de former un souhait y pour qu'il soit de suite exaucé. Je yois d'ici quelques lecteurs impîtoyahles rire de mes pauvres Indiennes , et cependant je sais (me pardonnera-t-on cette indiscrétion?), je sais que quelques dames firançaises , voulant connaître d'avance l'époux qu'elles devaient avoir , ont placé sous leur chevet un miroir merveilleux , et que, pendant leur sommeil, elles ont très certainement vu l'heureux mortel qui leur était destiné. Voulezyous savoir encore le prénom de votre futur époux ? le jour de l'an, en sortant de l'église, faites l'aumône à un pauvre, et demandez-lui son nom de baptême, ce sera infailliblement celui de l'homme que le ciel vous réserve. . . . Nous sommes tous de la même famille !

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verrez de suite paraître les deux héros que vous aurez désire's, » Les deux cousines acceptent avec joie la proposition. Prabhàvati prie son époux de les diriger dans leur choix : il leur désigne Gada^ son oncle ^ et Sâmbha^ son frère ^ doués tous les deux de beauté et de vertu , et tous les deux fameux par leur bravoure. « Voici , leur dit alors Prabhàvati, le sort que m'a rerais autrefois Dourwâsas ' en me promettant qu'il me procurerait l'époux que je souhaiterais, quel qu'il fut, Déva, Dânava, Yakcha ' même.

Faites comme moi, prenez ce talisman , et vous allez voir paraître celui que votre cœur désire. » De sa bouche elle tire le talisman, qu'elle donne à ses cousines : elles pensent alors à Gada et à Sàmbha , qui se présentent aussitôt accompagnés de Pradyoumna. Le fils de Crichna a répandu autour d'eux un nuage magique, qui les a dérobés à tous les regards. Ils demandent à être unis aux jeunes princesses par le rit gândharba; et , prononçant les paroles sacrées (rnantrcLs)f Gada reçoit la main de Tchandravati, et Sàmbha celle de Gounavati. C'est

' C'est le nom d'un mouni fameux, redoutable par son caractère susceptible et emporté. Ce mot signifie mal habillé,

* C'est une classe de demi-dieux attachés au service de Couvera .

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ainsi que, se conformant aux ordres qu'ils ont reçus , les héros , enfans d' Yadou , mettent dans leur parti les filles des Dânavas , et par l'amour commencent déjà à saper la puissance de Vadjranâbha.

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