ENLÈVEMENT
DE BHÀNOUMATÎ.
Les Yàdavas se livraient aux plaisirs après les combats. Cependant un ennemi des dieux ^ un Dànava , leur tendait des embûches ' : c'était Nicoumbha^ qui^ fier de ses forces et fidèle a son antique haine, avait de plus à venger la mort de son frère Vadjranàbha. L'insensé courant à sa propre perte , osa enlever la fille de Bhânou , la jeune Bhànoumatl* • D'abord par son pouvoir magique il se rend invisible, et ce sont les femmes des Yàdavas qu'il attaque : persécuteur caché, il sème sur leurs pas les ennuis, les tourmens, et remplit leur âme d'un trouble inexprimable. Mais bientôt poursuivant son projet, il saisit le moment favorable , et malgré les barrières et les murs s'introduit dans le parc de Bhânou. Il pénètre dans le gynécée, et enlève sa victime. La vierge timide pousse des cris : le bruit retentit au-dehors. Deux guerriers,
' Bh&nou et Bhànoumati signifient brillant, et comme le Bh te change en ph , le beau nom de Phanor à la même étymologîe.
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gouverneurs de la ville, Vasoudéva et Ahouka, se préifiiteiit dans les Ueui d'où i^artent ces accens plaintifs. Ils entendent des cris, ils ne voient personne. Aussitôt ils courent au palais de Crichnâ : le dieu , à qui rien n'échappe , au premier tumulte , avait réuni autour de lui le vaillant Ardjouna', le demi-dieu ailé, vainqueur ^s serpens*, et le héros qui sur son drapeau porte un poisson ^ (c Allons, avait-il dit au dernier, monte sur ton char, hàte-toi » , et ^1 même temps il lui montrait la route qu'ils devaient suivre. « Et toi > fils de Casyapa, traverse les plaines de l'ait, et poursuivons Fennemi. )> Garouda obéit et s'élance dans la route qu'cm lui indique.
Cependant Nicoumbha dans sa fuite approchait de Vadjrapoure. Grichna, accompagné d' Ardjouna et du noble Pradyounùia, atteint son terrible ennemi. Ils l'attaquent : mais Nicoumbha, comme en se jouant, résiste avec la force d'un immortel. De son bras gauche il tient la jeune Bhânoumati ; de la main droite il agite une massue pesante et noueuse. Crichna et ses deux compagnons, craignant de blesser celle
' C'est un des fils de Pandou, particulièrement aimé de Crichna.
* C'est Garouda^ monture ordinaire de Crichna.
' C^est Pràdyoumna , qui sur sa bannière a un poisson.
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qu'ils yiennent venger, n'omit frappa l'odieux Asoui^.» Pleins de force > bouillàns de conrage, ils brûlent à la fois et tremblent de punii" son audace^ Habile à manier toutes les armes, ha* bile surtout à tirei" de Tare, Ardjouna vise le Detya, comme on vise de loin l'éléphant furieux ou le chameau rapide, et lui lance une flèche. Avec la même adresse les deux autres Fadcablent aussi de leurs traits, sans toucher à la vierge qui lui sert comme de bouclier- Alors recourant aux prestiges de son art> Nicoumbba disparait tout à coup avec Bhanotrmatl> )|u'il enveloppe des mêmes voiles que lui. Les trois héros ne se découragent pas dans leur poursuite : ils s'at-*tendent à le revoir bientôt. En effet il reparaît sous la forme d'un grand aigle : dans ses serres il tient la malheureuse proie qu'il a enlevée. Aussitôt de ses traits acérés Ardjouna recommence à l'attaquer, ménageant toujours Bhk*noufjaati. L'Asoura planant sur toute la terre, passe de conti^e en coi:itrée , et parcourt les sept régiotts du monde ' , sans pouvoir lasser les ennemis qui le poui^uivent. Enfin il passait au-^ dessus de Gocarna ' , lieu rempli de la gloire
' Les Indiens divisent le monde en sept contrées ( di»^ ) , séparées Tnne de l'autre par une mer particulière.
* On désigne sans doute ici un roc en fortne de tête au-dessous
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de Mahâdéva, révéré des dieux et craint des Asouras eux-mêmes : il ose s'abattre sur le roc que les eaux du Gange laissent à découvert , et dépose un instant Bhânoumatl. Aussitôt Pradyoumna s'élance avec rapidité et saisit la jeune vierge : en même temps Crichna et le fils de Pandou, de leurs flèches aigu&, repoussent le Dêtya furieux, qui, abandonnant Gk>carna, se dirige vers le midi ; suivi de près par ses deux ennemis montés sur Garouda, il se réfugie à Chatpoure, ancien séjour de ses ancêtres, souterrain vaste, obscur et inaccessible. En vain il espère faitiguer la constance du dieu : Crichna et son compagnon s'établissent à la porte même de sa retraite; ils veillent, pendant que la nuit sombre couvre tout de ses voiles.
Cependant le fils de Roukminl, par l'ordre de Crichna, est retourné à la ville de Dwârakâ, et, triomphant, a remis à Bhànou sa fille qu'il pleurait : puis retournant à Chatpoure, il y retrouve les deux héros, qui, terribles et menaçans, se préparaient à forcer la porte de cet odieux repaire. L'amvée de Pradyoumna ajoute
de la chute du Gange (Gangotri). On le regarde comme une représentation du signe sous lequel on adore Siya ou MahAdéra , le grand dieu. Le mot Gocama signifie oreille de vache : cet animal est réyéré dans Tlnde.
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encore à leur ardeur : c'est le sang de Nicoumbha qu'ils demandent. Mais aussitôt bravant leurs forces réunies, Nicoumbha sort de son antre, et a£fronte le danger. Ardjouna, de son redoutable Gândts^a'^ incessanunent tendu, laiice une grêle de flèches qui semblent lui fermer le passage. Nicoumbha s'est précipité avec force, et son énorme massue est tombée sur la tête d'Ardjouna. Le héros frappé vomit le sang, et ses esprits se troublent. Le superbe Asoura , en riant, poursuit sa victoire, va droit au fils de Roukmini , et à l'improviste assène encore un coup de maissue sur la tête de Pradyounma qu'il fait chanceler.
Les deux guerriers se retiraient, éperdus et blessés : Crichna les voit, il accourt furieux, et ^e sa Y^sxsxX/e cômodakt * il menace de loin Nicoumbha. Les deux rivaux s'approchent, ils poussent des cris horribles et s'attaquent. En ce
■ C'est le' nom de Tare d'Ardjouna. Brahma d*nn teol bambon avait, dit-on , fait troiê arcs différens : de la portion voisin^ des racines, il avait formé le Pinâka , qu'il donna à Siva ; et du reste , le Kodanda et le Gândiva , qu'il remit à Vichnou Ce dernier arc passa ensuite entre les mains des deux premiers R&roas, d'Indra et d'Ardjouna.
* Je n'ai pas dû prendre sur moi de changer ce mot qui semble bizarre. C'est le nom de la massue de Crichna. Ce root signifie l'arme de celui qui fait la Joie de la terre,
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moitient apparaissent tous les dieux : ils entourent Ibtdrs^y monté sur l'éléphant Erâyana. Il vient contempler le combat terrible qui va se livrer entre l'Asoura ^t le Déva. À cette VTie Crichna , èî souvent vainqueur^ sent le désir de donner à ses nobles amis lé spectacle de la mort du Dànava. La massue levée , il tourne et retourne autour de son ennemi^ épiant l'instant de le frapper. L'Asoura surveille tous ses mouvemens^ suit tous ses pas^ tousses tours et ses détours, et balance avec adresse son arme pesante. Les clameurs des deux combattans retentissent comme les rugissemens de deux tigres en furie , conïme les cris de deux éléphans que l'amour jaloux pousse l'un contre l'autre. Enfin, avec un bruit épouvantable , Nicoumbha frappe Crichna : au même instant la massue de Crichna tombait sur la tête de Nicoumbha , et la force du coup que le dieu portait et de celui qu'il recevait lui fit un moment poser à terre sa fidèle cômodakî. D pâlit, il tremble, et le monde entier, à cet aspect, s'arrête : il semble souffirir avec lui. Le roi des dieux lui-même, Indra, puise au Gange céleste quelques gouttes d'une eau blanche et parfumée, mêlée d'ambroisie, qu'il répand sur Crichna. Ah ! si dans cette circonstance le dieu, maître des Souras, a été
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faible y c'est qu'il l'a bien voulu. Qui peut se flatter d'avoir , dans le combat , plus de force que lui ? Cependant il est revenu de ce trouble passager, et, son tchakra à la main : « Malheureux, tremble ! » s'écrie-t-il. Nicoumbha reconnaît la supériorité de son ennemi, et veut encore appeler à son secours les prodiges et les enchantemens. Il abandonne à la colère de Crichna une masse inanimée , et lui-même , il disparaît. « Il est mort » , dit le dieu un instant trompé ; et , guerrier, il respecte les restes d'un guerrier. Cependant Pradyoumna et le fils de Countî % revenus de leur premier trouble, sont à ses côtés , et ne doutent point de la mort de Nicoumbha. Mais Pradyoumna bientôt a deviné sa ruse : « Mon père, s'écrie-t-il, le traître est loin d'ici ; cette masse immobile , ce n'est pas lui. » Il n'avait pas fini de parler, et le corps avait disparu. Ardjouna et son maître divin souriaient de leur erreur. En ce moment sur la terre , dans l'air, de tous côtés apparaissent à leurs yeux mille Nicoumbhas qui viennent assaillir et Crichna, et le vaillant Ardjouna, et le généreux fils de Roukminî. O prodige! les uns prennent l'arc du fils de Pandou, les autres ses flèches redoutables : quelques uns le saisis-
' C'est le nom de la mère d*Ardjouna.