‹ Monumens littéraires de l'Inde, ou, Mélanges de littérature sanscriteChapitre 17 sur 24 · I 2 ENLÈVEMENT · texte numérisé non relu

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sent lui-même par les mains ^ d'autres par les pieds, et l'emportent ainsi dans les plaines de l'air. Bien plus , l'image d' Ardjouna désarmé^ enchaîné, suspendu dans les airs, se multiplie à l'infini. Crichna et son fils voient de toutes parts, autour d'eux, s'agiter ces figures fantastiques. De leurs flèches ils percent un Nicoumbha, se gardant bien de frapper l'apparence d'Ardjouna. D'un Nicoumbha que leur trait vient de traverser, soudain il en naît deux. Mais enfin le vainqueur de Madhou, Crichna, qui n'est autre chose que Vichnou, daigne faire usage de cette science divine par laquelle il embrasse le présent, le passé ^ l'avenir : son œil perçant a distingué le vrai Nicoumbha, l'auteur de toutes ces créations merveilleuses, le ravisseur d'Ardjouna. A la fece de tous les êtres, il se montre tel qu'il est; accoutumé à triompher des Asouras, il lance son tchakra, qui va trancher la tête de son superbe ennemi. Nicoumbha tombe, comme l'arbre dont on vient de couper les racines. Le charme cesse, et tous les vains fantômes ont disparu à la fois; Ardjouna délivré descend aussi du haut des airs; il est reçu dans les bras de Pradyoumna, et respire enfin des fatigues d'un voyage forcé , tandis que Nicoumbha, comme lui précipité du

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ciel , reste sans mouvement étendu sur la terre. Le dieu vainqueur retourne, avec ses deux compagnons, à Dwârakâ, où on l'accueille en souverain, digne des plus grands honneurs. La joie règne partout : une seule famille est encore dans le chagrin : de tristes soupçons troublent le cœur de Bhânou. « Généreux prophète , dit le héros des Yàdavas au sage Nârada en s'inclinant devant lui, daigne par tes discours consoler un père malheureux. — Noble Bhânou , s'écrie Nârada , cesse de t'affliger : apprends la cause réelle de tes maux, apprends aussi comme ils seront réparés. Dans les jardins de la fille de Révata, Bhânoumati, jeune et légère, folâtrait sans respect pour la présence de Dourvâsas ; le Mouni dans sa colère lança contre elle une imprécation : Gaité funeste! a-t-il dit, présages sinistres ! elle passera dans les bras d'un ennemi. Les autres Mounis et moi , nous avons intercédé pour ta fille : Pieux solitaire, cette vierge ignorante et naïve n'a point voulu vous oflfenser. Son intention est pure , si son action est coupable. Pourquoi la punir par une terrible imprécation? Daignez vous apaiser, daignez révoquer la sentence. Nous osons répondre pour elle.

Ainsi parlions-nous à Dourvâsas : son cœur est ému, un instant il tient sa tête baissée. Oui^

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nous a-t-il répondu , ce que j'ai prononcé doit s'accomplir : elle passera dans les bras d'un en— nemi ; mais pure et vertueuse , eUe sera rendue à son père. Bientôt épouse noble et. riche, et mère fortunée, elle sera par ses vertus et sa beauté comme ce coumdri (jasmin) qui plaît aux yeux et répand le plus doux des parfums.

Ainsi sera effacé jusqu'au souvenir même de son malheur. Illustre Bhânou, continua Nârada, vous connaissez Sahadéva ' : il est plein de courage et d'honneur, il respecte les dieux: que l'aimable Bhànoumati soit unie au plus jeune des fils de Pandou et de Madrl\ » Bhànou ne saurait s'opposer à la demande de Nârada.

Le dieu qui lance le tchakra fait appeler Sahadéva : le mariage est célébré , et les deux époux vont ensuite embellir de leur présence la ville qui reconnaît leur empire.

O vous qui avez la foi, lisez ou écoutez ce récit de la victoire de Crichna; c'est le moyen de vous assurer à vous-mêmes la paix et le bonheur.

' Sahadéva signifie compagnon de plaisir, de félicité. ^ Madri yeut èxte joyeuse , contente.

DEVOUEMENT DE VIRAVARE.

(hitopad^sa, Liv. m.)

Les deux morceaux qui suivent sont déjà connus : ils sont extraits de XHiiopadésa^ ouvrage qui a été traduit deux fois et par deux hommes de mérite (voyez Tableau de la Littérature sanscrite). Comme ils m'ont paru présenter quelque intérêt, j'ai essayé aussi de les traduire sur l'original , et je les ai insérés dans des recueils périodiques. J'ai cru que je pouvais encore les reproduire ici comme des exemples de la manière dont les auteurs indiens racontent en prose.

Une grande partie des fables de YHitopardésa ont été imitées dans les ouvrages moraux qui circulent en Orient. Ainsi on retrouve le premier des contes qu'on va lire parmi ceux que M. Trébutien a traduits de l'ouvrage persan intitulé Toutinameh. Il ne faut pas s'en étonner : nos recueils euro-

peens de contes populaires renferment depuis long-temps plusieurs de ces fables ou histoires racontées dans l'antique recueil des Indiens. Le commerce intellectuel entre rinde et l'Europe est plus ancien qu'on ne pense : le temps peut-être expliquera ce mystère.

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